vignette|upright=1.5|Une compagnie d'infanterie française chargeant à la baïonnette pendant les grandes manœuvres militaires, juste avant la Première Guerre mondiale. vignette|redresse|Soldats français à l'assaut sortant de leur tranchée pendant la bataille de Verdun, 1916. L'infanterie française durant la Première Guerre mondiale est l'arme qui déplore le plus de pertes durant le conflit. Initialement organisée comme une armée du avec un uniforme suranné et une doctrine dépassée, elle a dû sous peine de disparaître sous l'effet de l'attrition entreprendre un effort de mutation colossal. De nouvelles armes, de nouvelles organisations testées au prix de nombreux morts, lui permettront de devenir une des armes les plus performantes et d'être un des acteurs majeurs de la victoire finale des troupes alliées.
Dans l'imaginaire collectif, le soldat de la Première Guerre mondiale est un soldat en pantalon rouge qui charge à la baïonnette les mitrailleuses allemandes masquées puis rapidement devient le poilu, le fantassin représenté avec son uniforme bleu horizon et son casque Adrian.
L'infanterie française en 1914 Organisation Il existe plusieurs troupes d'infanterie au sein de l'armée française. Dans l'armée métropolitaine, on trouve la majorité des régiments d'infanterie épaulés par des bataillons de chasseurs à pied ou de chasseurs alpins. L'armée d'Afrique dispose de régiments de zouaves, de tirailleurs et de la légion étrangère enfin les troupes coloniales sont formées de régiments coloniaux composés majoritairement d'engagés métropolitains et de bataillons de tirailleurs formés d'engagés issus des colonies. Excepté pour les bataillons de chasseurs, la composition des bataillons est identique pour les différentes troupes.
Organisation générale L'armée française en 1914 est constituée de d'armée. Chaque corps d'armée est formé de d'active à deux brigades d'infanterie de à trois bataillons, d'un régiment d'infanterie de réserve à deux bataillons, d'un régiment d'artillerie de campagne à trois groupes, d'un escadron de cavalerie et d'une compagnie du génie.
Organisation du bataillon Le bataillon d'environ , dirigé par un commandant, est scindé en quatre compagnies de commandées par un capitaine et une section de mitrailleuses. Chaque compagnie est divisée en deux pelotons d'environ dirigés par des lieutenants. Les pelotons sont formés de deux sections formées de commandées par des lieutenants, sous-lieutenants ou adjudants. Les sections se décomposent en deux demi-sections d'environ aux ordres de sergent. Chaque demi-section est formée de deux escouades de dirigées par un caporal. Du fait du manque d'effectif en sous-officier au début du conflit, l'unité de combat de l'infanterie est la section.
Uniforme et armement vignette|left|upright=0.75|Un soldat français avec son équipement en 1914, son arme et son sac à dosSurnommé l’« as de carreau », le havresac modèle 1893 que doit porter tout fantassin français contient l'habillement de rechange et les vivres de réserve (pour deux jours) ; il est en prime surmonté d'une couverture, d'une toile de tente, d'une paire de chaussures, d'un fagot de bois et d'un des ustensiles de cuisine (gamelle, marmite, moulin à café, bidon, sac ou seau) ou d'outils (pelle-bêche, pelle-pioche, hache, hachette, cisaille, serpe, scie ou lanterne) que les hommes d'une même escouade se répartissent. : en plus de son fusil (), il doit porter un sac de . Uniforme En 1914, l'uniforme de l'infanterie est dépassé et date du siècle précédent. Ainsi le fantassin est habillé d'un pantalon rouge. datant de 1867, renforcé en 1887 par une doublure en bas du pantalon pour limiter l'usure des guêtres ; d'une capote modèle 1877 en drap de laine gris de fer bleuté se fermant par deux rangées de semi-bombés de cuivre ; d'un képi modèle 1884 rouge et bleu avec la jugulaire et la visière en cuir noir et d'un ceinturon de cuir teinté en noir avec des bretelles en suspension et trois cartouchières dotées chacune de Les Français à Verdun. L'uniforme français bleu-horizon..
Armement Le fantassin est doté du fusil Lebel modèle 1886 M.93, un fusil de grande précision et rustique de portée maximale annoncée avec une vitesse initiale de . Il peut contenir jusqu'à devant être chargées manuellement. Il est considéré comme démodé par rapport au fusil allemand doté de chargeurs à ou au fusil anglais disposant de lames de chargeurs..
Le fantassin français dispose également d'une épée baïonnette, une pique cruciforme surnommée Rosalie se fixant sur le fusil Lebel. Cette baïonnette permet, en effectuant un quart de tour dans le corps de l'adversaire, de provoquer une hémorragie fatale. Elle est longue de pour un poids de .
Moyens mise en œuvre Effectifs Après la guerre de 1870, la France met en place un système de conscription par tirage au sort pour un service militaire de . En 1905, ce système est généralisé à l'ensemble de la classe d'âge en revanche la durée du service est ramenée à . Cette modification entraîne la présence d'un seul contingent instruit en hiver, laissant les troupes de couverture dans une situation précaire.. En temps de paix, une compagnie a un effectif d'environ , cet effectif est souvent plus faible, des hommes étant réquisitionnés pour d'autres taches au sein du régiment. Ce faible effectif permet à de nombreux capitaines de commander à la voix leur unité chose impossible à effectif de guerre..
L'augmentation successive des budgets militaires allemands en 1911 et en 1913 entraînent une augmentation importante des effectifs outre-Rhin. En réaction, un décret du . met en place un début de conscription en Algérie pour suppléer le manque d'engagés volontaires et favoriser le réengagement des soldats. La France vote la Loi des cadres de l'infanterie créant régiments d'infanterie. par un décret du la réorganisation des bataillons de forteresses en régiment d'infanterie et portant l'effectif des compagnies en temps de paix à et pour les unités frontalières (wiki plan 17, partie mobilisation). Cette loi entraîne la création de quatre nouveaux bataillons de zouaves permettant le rapatriement des troupes de chasseurs alpins déployés au Maroc..
Le décret du entraîne la création de régiments de tirailleurs.. Le décret du est à l’origine de la création du d'armée et de la d'infanterie. La France augmente également la durée du service national à avec la loi dite des Trois ans votée à l'Assemblée le et le au Sénat, lui permettant de faire passer le nombre d'hommes sous les drapeaux de à . Cette augmentation permet aux unités aux frontières d'avoir des effectifs plus proches des standards théoriques. L'augmentation de la durée du service augmente le nombre de soldats disponibles mais l'encadrement ne suit pas : le nombre de sous-officiers ne progresse pas aussi rapidement.
Formation des cadres En réponse à la défaite de 1870, la France met en place un système de formation des officiers supérieurs calqué sur le modèle allemand. En 1876, l'École supérieure de guerre est ainsi créée lors de la formation de l'armée de conscription pour répondre à l'augmentation des besoins en officiers. Les officiers peuvent postuler à l'école supérieure de guerre après d'activité dont dans un corps de troupe. Ils sont initialement issus du rang pour moitié ou de l'école Polytechnique et de Saint-Cyr. Afin d'améliorer la qualité du recrutement, les officiers brevetés ont ensuite un avancement privilégié. Après quelques années de fonctionnement, la majorité des élèves est issue des grandes écoles militaires, Polytechnique dans un premier temps puis Saint-Cyr avec la modification des conditions d'examens..
L'école supérieure de guerre accueille environ 80 à 100 élèves par promotion pour un cursus de composé de cours théoriques de stratégie et de tactique militaire. Les officiers brevetés sont ensuite employés au ministère de la Guerre, avant de retrouver un commandement opérationnel. Ce fonctionnement présente le défaut de ne pouvoir appliquer les notions développées au sein de l'école supérieure de guerre qu'après de service..
Formation de la troupe L'encadrement de la troupe par les sous-officiers est faible dans l'armée française en comparaison de l'armée allemande. Une compagnie d'infanterie française dispose de et tandis qu'une compagnie d'infanterie allemande est encadrée par et .. Cette pénurie importante chez les sous-officiers français a pour origine des conditions financières peu flatteuses et des campagnes anti-militaristes ciblant spécifiquement cette classe. Les meilleurs sous-officiers tentent le concours d'officier, la grande masse des sous-officiers est donc constituée de conscrits dont les connaissances sont à peine supérieures à celle du soldat de base..
La formation de la troupe elle-même est déficiente lors du service militaire et lors de la mise en réserve. Ainsi, les troupes sont très mal préparées au tir, les différents règlements de l'infanterie de 1906 ou 1914 ne donnent pas d'indications sur l'instruction au tir qui dès lors est sous la responsabilité des chefs de compagnies.. L'allocation des cartouches est déterminée chaque année par circulaire ministérielle et limite le nombre de tirs possible par soldat : en moyenne un soldat d'active peut tirer par an, un réserviste 32 et un territorial 25.. Il en résulte peu de tirs individuels sur objectifs à courte distance mais des tirs de masse d'une justesse douteuse pour saturer la zone de balles..
La pénurie de moyens dans l'armée d'active est encore plus frappante pour les troupes de réserve, l'encadrement est largement en sous-effectif. Dès 1905 il manque plus de pour l'infanterie. Pour remédier à cette pénurie, un brevet d'aptitude militaire est créé en 1905. Ce brevet ne se développera vraiment qu'à partir de 1911 lorsque les brevetés auront la possibilité de choisir leur lieu de casernement. À partir de 1908, les troupes de réservistes sont convoquées durant pour leurs obligations militaires, cette durée descend à pour les troupes territoriales. L'absentéisme est cependant supérieur à 30 %. La formation y est également mauvaise, le matériel n'est pas en quantité et n'est pas moderne. De plus l'armement de cette masse d'hommes suscite des craintes chez certains hommes politiques qui la considèrent comme l'équivalent de la garde nationale avec les risques de contrôle ou d'absence de contrôle inhérent..
Camps d'entrainement L'armée française déplore un déficit de camps d'entraînement. En 1911, elle ne dispose que dont 4 de plus de . Ce sont les camps de Châlons et de Mailly pouvant accueillir un corps d'armée, les camps de La Courtine, Coëtquidan, Sissonne et le Valdahon pouvant à terme accueillir une division, et les camps du Larzac et de Souge ne pouvant être agrandis.. Ces camps ne permettent pas plus de d'instruction pour les troupes par an. Certains corps d'armée en sont trop éloignés et ne peuvent s'y rendre et se former au combat inter-armes.. Des projets de créations de camps accueillant des divisions sont proposés mais des contraintes budgétaires limitent les achats de terrain. En 1913, avec la loi sur le passage à trois ans du service militaire, des aménagements sont réalisés sur d'anciens polygones d'artillerie ou de champ de tir d'infanterie pour assurer la cohésion et la reprise en main des troupes de réserve..
Manœuvres thumb|Grandes manœuvres de l'Est en 1912 : les généraux Castelnau et Joffre avec deux arbitres (brassard blanc à la manche).