Joseph-Jean-Théophile de Mourcin de Meymy de la Nogarie, plus simplement Joseph de Mourcin, est un licencié en droit, helléniste, et archéologue français, ami, disciple et assistant du comte de Taillefer participant à ses recherches archéologiques dans le Périgord, né à Périgueux le , baptisé le , et mort dans la même ville le .

Biographie Origine de la famille Mourcin La famille Mourcin est originaire du lieu-dit Mourcinq, aux environs de Coursac. Une branche s'est établie à Périgueux. Sous Louis XIV, Pierre Moucin, bourgeois de Périgueux, est médecin, consul pour le quartier de l'Eguillery où il habitait, 28 rue de l'Eguillery. Il avait acheté, en 1668, le domaine de Chauffre. Jean Mourcin, sieur de Meymy, fils aîné de Pierre Mourcin, médecin de l'évêque Daniel de Francheville, marié en 1690 avec Marguerite Brachet, demoiselle du PiriaudFerdinand Villepelet, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790. Dordogne. Série E, supplément, nos 1 à 785, tome 1, Arrondissement de Périgueux, Imprimerie de la Dordogne, Périgueux, 1906, (lire en ligne), riche héritière de Razac qui lui a amené d'autres propriétés. Des onze enfants qu'ils ont eu, un seul a survécu, Pierre Mourcin, lui aussi médecin. Il a épousé en 1721 Louise Foulcon, fille d'un procureur, bien dotée, qui meurt 7 ans plus tard en lui laissant trois enfants. Il se remarie avec Marie-Marthe du Cheyron, fille de Jean-Jacques du Cheyron, seigneur de Palenque, qui lui amène des quartiers de noblesse. Huit enfants sont nés de son second mariage, dont quatre ont survécu. Il meurt en 1765. De tous ses enfants, il a choisi de faire de Jean-Théophile, l'aîné du second lit, son héritier universel. Sa veuve, Marie-Marthe du Cheyron a marié sa fille aînée avec un avocat, Joseph Tourtel du Pavillon, sieur de Moreau. Elle vit avec ses deux filles plus jeunes, Honorée et Marie-Marguerite (qui est aveugle), dans la maison Mourcin de la rue de l'Eguillery. Naissance de Joseph-Jean-Théophile de Mourcin Jean-Théophile Mourcin se fait appeler Jean-Théophile de MourcinArmes de la famille de Mourcin : « d'azur sur au cœur enflammé percé de 4 flèches d'or, à la bande de gueules brochant sur le tout » (Suzanne Gendry, 1973, .. Il est encore célibataire à 50 ans et vit noblement, ce qui entraîne des embarras financiers et des poursuites. Le , une servante de la maison, Anne Boyre, met au monde un fils que Jean-Théophile de Mourcin le reconnaît. Il veut lui donner son nom et le faire déclarer légitime sans se marier. Il a été baptisé sous le nom de Joseph-Jean-Théophile de Mourcin dans la paroisse Saint-Hilaire de Périgueux le , reconnu « fils naturel et légitime de Messire Jean-Théophile de Mourcin de Meymi, noble citoyain et privilégié de Périgueux, chevalier escuyer seigneur de Meymi et de Anne Boyre ». Son parrain est Joseph de Tourtel, sa marraine Marie-Marthe du Cheyron.

Jean-Théophile de Mourcin s'est finalement marié à Marie Tamarelle, demoiselle de Lagrave, le . Il a deux filles jumelles, en , qui meurent quelques jours plus tard. Il meurt le .

Enfance et formation de Joseph-Jean-Théophile de Mourcin On ne connaît pas grand chose sur la petite enfance de Joseph de Mourcin. Il est probable qu'il ait habité avec sa mère une maison appartenant à son père. Peut-être Lanogarie car il s'était fait appelé Mourcin-Lanogarie en 1805 et il connaissait très bien le pays.

À la mort de son père, il n'est pas considéré comme un héritier légitime. De la fortune des Mourcin il reste peu de biens, la maison de la rue de l'Eguillery à Périgueux et quelques terres à Razac. La veuve de Jean-Théophile de Mourcin habite au premier étage et les deux sœurs, Honorée et Marie-Marguerite, au second. Elles ont décidé à une date inconnue d'accueillir Joseph de Mourcin et de se charger de son instruction. Il a probablement suivi les cours de l'École centrale de Périgueux dès son ouverture, en 1797, jusqu'en 1803, à 19 ans. Il est ensuite envoyé à Paris pour continuer ses études.

À Paris, il suit des cours de droit. En 1805, il est convoqué à Périgueux par le Conseil de recrutement de la Dordogne mais il est réformé pour faiblesse de constitution. Retourné à Paris, il soutient sa thèse avec succès en 1806. Licencié en droit, il n'a jamais songé à l'utiliser pour se faire avocat.

Il se lance avec passion dans l'étude des langues anciennes, suit les cours du Collège de France. Il suit les cours de grec de Jean-Baptiste Gail et sa connaissance est assez approfondie pour qu'il le charge de la suppléance de ses cours en 1810. Il s'intéresse aussi aux langues romanes, à l'hébreu et à l'arménien sous la direction de Louis-Mathieu Langlès. Il s'est aussi intéressé à d'autres langues, mortes ou vivantes, comme le sanskrit, le chinois, l'allemand, etc. et fait des recherches sur les étymologies communes, à regroupes les racines des différentes langues et à trouver une méthode de comparaison. Ces travaux de linguistique l'ont occupé toute sa vie.

Se présentant comme un « helléniste distingué », il signe un contrat en 1812 avec l'éditeur Delalain pour un lexique grec-français qui lui a été payé 900 francs. À l'automne 1812, il vient faire un séjour dans le Périgord. Il y rencontre le comte Wlgrin de Taillefer qui avait réuni en 1804 une soixantaine d'ojets antiques dans un musée situé dans une chapelle de l'ancien collège des jésuites, avant de devenir en 1808 le « musée vésunien » dans il s'est installé dans l'amphithéâtre de Vésone, première amorce de ce qui va devenir le Musée du Périgord. Il va s'enthousiasmer à la visite de cette collection.

En 1813, il est rappelé dans le cadre de la levée de pour rétablir la situation militaire. Il adresse une pétition au ministre de l'Intérieur pour être exempté avec l'appui et les signatures de 18 personnalités comme Monge, Gail, Daunou, Sylvestre de Sacy, et les députés de la Dordogne dont Maine de Biran. L'exemption du service militaire est accordée par le décret du .

L'exemption accordée, il travaille sur l'arménien et une grammaire arménienne, sur des « Notes sur le sanskrit », des « Notes sur la formation des langues romanes » et fait imprimer en 1815 chez Didot « Serments prêtés à Strasbourg en 842 par Charles le Chauve, Louis le Germanique et leurs armées respectives » extraits du manuscrit de Nithard.

Il est alors membre de la « Société royale des antiquaires de France ». En 1816, il en est vice-président et veut présenter au ministre de l'Intérieur un projet de règlement « pour la conservation des antiquités »Comte de Taillefer, Antiquités de Vésone, tome 1, .. Ce projet n'aboutit pas probablement parce que Joseph de Mourcin était reparti s'installer à Périgueux deux ans après la mort de sa belle-mère, à l'automne 1816.

Carrière administrative à Périgueux À la mort de sa belle-mère, sa tante aveugle, Marie-Marguerite lui demande de s'occuper de ses affaires. Il loue l'appartement de sa belle-mère, se réservant la possibilité de le reprendre. Il se promène avec le comte de Taillefer et François Jouannet qui venait de montrer l'intérêt des silex taillés trouvés aux environs de Périgueux. Il en profite pour commencer un cabinet de curiosités avec les pointes de flèches, les débris de poteries, les monnaies qu'il trouve.

Il revient à Paris, mais en sa tante en fait son héritier universel dans son testament et lui demande de revenir à Périgueux pour s'occuper de ses intérêts. Il vient donc s'installer au premier étage de la maison du 28 rue Eguillerie. La première fonction qu'il exerce à Périgueux, en 1819, est bénévole : secrétaire administratif du collège. Deux ans plus tard, il est inscrit au tableau des avocats. Il est juge suppléant au tribunal civil de Périgueux du jusqu'au . Il est actif, soit en siégeant à la plupart des audiences, soit en remplçant le juge d'instruction une partie de l'année.

Les Trois Glorieuses lui ont permis de changer de position. Une demande est présentée au préfet de Norvins :« M. de Mourcin, juge suppléant, secrétaire de la société d'agriculture, savant distingué, antiquaire, homme généralement estimé et très capable, propriétaire ». Le , il est nommé conseiller de préfecture de la Dordogne en remplacement de Gilles-Lagrange. Il est installé le et reste à ce poste jusqu'à la révolution de février 1848. Il est alors révoqué par le gouvernement provisoire.

Disciple du comte Wlgrin de Taillefer Joseph de Mourcin avait rencontré le comte de Taillefer en 1812 au cours d'une de ses visites à Périgueux et s'était passionné pour ses recherches d'antiquités. Quand il revient s'installer définitivement à Périgueux, ses occupations lui laissent suffisamment de temps libre pour qu'il collabore, avec François Jouannet, à la rédaction du livre qu'avait entrepris le comte de Taillefer : les Antiquités de Vésone cité gauloise remplacée par la ville actuelle de Périgueux 1821, tome 1, 1826, tome 2. C'est surtout dans la rédaction du tome 2 que sa participation a été la plus active, en particulier par les relevés qu'il a faits dans la cathédrale Saint-Front. Le second tome des Antiquités de Vésone dont l'impression était prévue en 1823 n'est sorti qu'en 1826 à cause des lenteurs et du travail méticuleux de relevé de la cathédrale Saint-Front. La description de la cathédrale occupe toute la première partie du livre, soit 275 pages. Comme l'explique le comte de Taillefer dans une lettre : « Je ne suis rien moins que littérateur, et sans l'aide de MM. Jouannet et Mourcin, cet ouvrage n'aurait peut-être pas été lisible... C'est ce savant helléniste et orientaliste qui est l'auteur de presque tout ce qui regarde le christianisme et entre autres la description de notre basilique de Saint-Front... ».

En 1820, il a fait acheter par sa tante un jardin près de la Cité où on avait trouvé des mosaïques où ont été identifiés les « bains de Campniac » ou thermes Vésone.

Les appréciations sur le caractère et son travail à la préfecture de Joseph de Mourcin exprimées par le préfet Auguste Romieu en 1841 sont très critiquesRobert Villepelet, 1912, . : Activité : Activité complètement nulle. Voué au culte exclusif des médailles et de tout ce qui se rapporte à l'archéologie. Relations sociales : il ne va pas dans le monde, et le peu de personnes qu'il voit sont, elles-mêmes, sans grandes relations. Caractère et conduite privée : Très avare. Sa mère, qui est une ancienne servante, ne se loue pas, dit-on, de ses procédés. On en rit, et on l'aime peu. Ambition : il n'en a aucune, si ce n'est de garder sa place. Ce jugement assez critique ne l'a pas empêché de se faire des amis qui lui sont restés fidèles : l'abbé Pierre Lespine, François Jouannet, Morteyrol-Soulelie, l'architecte Vauthier et l'abbé François-Georges Audierne et à conserver l'affection du comte Wlgrin de Taillefer.

Avare, il a toujours cherché à acquérir des antiquités en négociant les prix et à essayer de les obtenir gratuitement. Désintéressé, il a collaboré sans compter son temps à l'ouvrage du comte Wlgrin de Taillefer. Il a fait découvrir à ses amis les antiquités du Périgord qu'ils ignoraient et qui, en retour, lui signalent celles que ces néophytes découvrent. Il parcourt la Dordogne à la recherche d'antiquités comme le montrent ses « Notes de voyage en Périgord (1824-1828) ».

En , sa passion des vieilles pierres va l'amener à demander la sauvegarde du bâtiment du consulat sur la place du Coderc. Il s'en prend aux édiles périgourdins et à leur « manie de détruire ». Peine perdue, il a été détruit et remplacé par la halle du Coderc construite par Louis Catoire.