La communauté haïtienne du Québec est composée de toute personne d'ascendance haïtienne qui s'est établie au Québec. C'est l'une des principales communautés culturelles du Québec.

Histoire Période coloniale À la suite des demandes du conseil souverain de la Nouvelle-France, le roi Louis XIV permet, le , l'importation d'esclaves noirs en Nouvelle-France, plus précisément au Canada... Les personnes noires esclavagées en Nouvelle-France provenaient souvent d'Afrique, des colonies anglaises, de la Louisiane et des Antilles françaises, dont Saint-Domingue, l'État prédécesseur de Haïti... En 1728, le premier esclave noir originaire de Saint-Domingue est recensé.

La venue d'esclaves noirs de Saint-Domingue au Canada s'est poursuivie sous le régime britannique. De 1760 à 1834, dans la population noire esclavagée de Montréal, au total cinq venaient de la colonie de Saint-Domingue, soit environ 3 % des esclaves de Montréal.

Période duvalienne En 1957, François Duvalier accède à la présidence haïtienne et instaure un régime répressif et dictatorial en Haïti qui aboutira en 1986 avec le départ de Jean-Claude Duvalier. Plusieurs fuient cette dynastie et émigrent. Il y aura principalement deux vagues d’immigrants haïtiens qui s’installeront au Canada, plus précisément à Montréal.

La première vague débute dans les années 1960 durant les Trente GlorieusesGeneviève Laramée, La représentation médiatique des gangs dans le journal La Presse de 1980 à 2010 : la mise en discours d’une « problématique sociale », Ottawa, Université d'Ottawa (Thèse soumise à la Faculté des études supérieures et postdoctorales dans le cadre des exigences du programme de maîtrise en criminologie), 2012, 123 . Elle est composée d'exilés issus de l'élite haïtienne principalement visée par les Tontons Macoutes et la politique noiriste de François Duvalier. Ces réfugiés sont pour la plupart des travailleurs qualifiés (médecins, infirmiers, enseignants, techniciens), éduqués et francophones dont les compétences sont reconnues à Montréal. Beaucoup d'entre eux se font embaucher dans des métiers professionnels tels que médecin, professeur, ingénieur et infirmier et ils se sont bien intégrés au marché du travail. Ces exilés contribuent à l'expansion du service public québécois et répondent au besoin du gouvernement provinciale d'une main-d'œuvre qualifiée et francophone. Néanmoins, la majorité d'entre eux espéraient pouvoir un jour retourner dans leur pays natal et y participer à sa reconstruction.

L'exil d'environ 80 % de ses professionnels a bouleversé l'économie haïtienne: au moins 52 % de la population haïtienne est au chômage ou en sous-emploi. En 1971, François Duvalier décède et passe le flambeau à Jean-Claude Duvalier qui continue la répression politique.

La seconde vague commence dans les années 1970, où il y a eu deux chocs pétroliers. Elle est composée d'immigrants pauvres, peu scolarisés, uniquement créolophones, d'origine ouvrière ou paysanne attirés à Montréal par des liens familiaux cherchant à survivre et à sortir de la misère. Elle a moins de ressources matérielles et culturelles que la précédente et n'a souvent pas de statut légal en matière d'immigration. Ces immigrants ne trouvent, en majorité, que des emplois dans les services domestiques, le secteur manufacturier et dans l'industrie du taxi. Les travailleuses domestiques haïtiennes étaient très prisées par les riches familles blanches canadiennes-françaises d'Outremont et de Montréal à cause de leur habileté présumée à parler français et de leur supposée proximité culturelle. Certaines de ces familles allaient même dans l'illégalité ou le lobbying politique pour en avoir une. Ces domestiques haïtiennes étaient obligées travailler 100 heures par semaine pour par mois dans des conditions qualifiées de « quasi-esclavage » et elles ne portaient pas plainte quand une agression survenait sous peine de perdre leur emploi et par peur d'être déportées. Cette seconde vague a été victime de toutes sortes de formes de racisme : discrimination à l'embauche, discrimination au logement, micro-agressions raciales, profilage racial, brutalité policière, discrimination linguistique, etc. Elle fut associée au crime, à la délinquance, la maladie et à la violence.

La crise des 1 500 ou la crise de 1974 En 1967, le gouvernement libéral de Lester B. Pearson instaure le Règlement sur l’immigration qui met en place une nouvelle sélection d'immigrants sur un système de points afin de réduire la discrimination raciale et ethnique et de maximiser la contribution économique potentielle que les candidats peuvent apporter.. Le mois suivant, la section 34 de La Loi sur la Commission d’appel de l’immigration permet aux visiteurs de demander le statut d'immigrant reçu ou de résident permanent avec droit d'appel résultant à des files d'attente qui s'éternisent et à des retards de masse..

Le , le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau révoque le droit de faire une demande à l'intérieur des frontières canadiennes par décret. Six jours plus tard, Paul Déjean fonde le Bureau de la communauté chrétienne des Haïtiens de Montréal pour soutenir sa communauté. Le , le gouvernement fédéral modifie la Loi sur la Commission d’appel de l’immigration et réduit le droit d'appel qu'aux immigrants à résidence fixe, aux personnes venant au Canada avec un visa et aux réfugiés de « bonne foi » . Le , avec l'adoption de la loi C-197, Pierre Elliott Trudeau et Robert Andras lancent le Programme de modification du statut ou lOpération mon pays rendant possible la régularisation de toutes personnes venues en tant que visiteur ou ayant franchi la frontière irrégulièrement avant le 30 novembre 1972. Ces derniers ont jusqu'au 15 octobre 1973 pour faire leur demande. Ceux qui sont arrivés après le 30 novembre 1972 n'ont aucun recours.

Entre le 30 novembre 1972 et le 15 août 1973, près de haïtiens entrent au Canada en tant que visiteurs pour pouvoir faire une demande de statut d'immigrant sur place ignorant les nouvelles politiques d'immigration du Canada, car les agences de voyages ont continué de leur vendre des billets d'avion tout en perpétuant le faux espoir d'une régularisation facile et rapide.

À l'automne 1974, 90 % des appels auprès de la Commission d'appel de l'immigration sont refusés et les déportations augmentent. Un sentiment de panique, de vulnérabilité et de « déportabilité » s'installe chez la communauté haïtienne dont certains craignaient une mort certaine en Haïti. La presse rapporte des situations où des officiers de l'immigration sont entrés dans des maisons privées et des lieux de travail à la recherche de sans-papiers ; des Haïtiens sur le point d'être déportés témoignent de leur histoire et des cas de Haïtiens déportés emprisonnés dès leur arrivée sont relatés. Le Bureau de la communauté chrétienne des Haïtiens de Montréal a été perquisitionné par la Gendarmerie Royale du Canada pour être suspecté d'avoir aidé Frantz Nelson, un immigrant haïtien sans-papiers.

En fin septembre 1974, Paul Déjean, cofondateur du Bureau de la communauté chrétienne des Haïtiens de Montréal et exilé haïtien, mobilise des syndicats, le clergé, des institutions scolaires, des partis politiques, des organisations sociales et professionnelles et crée le Comité Anti-Déportation. Ce comité, sous le commandement de Paul Déjean, organisait une massive campagne de sensibilisation auprès des médias, surnommée Opération 1500.. Pour contrer la déportation des 1500 Haïtiens, Paul Déjean avance les deux arguments suivants : le danger que représente le régime de Jean-Claude Duvalier et la francophonie que partagent les Haïtiens et les Franco-Québécois. En faisant un usage stratégique du nationalisme québécois, Paul Déjean obtient le support du mouvement nationaliste québécois désireux d'une augmentation de l'immigration francophone au Québec.

La presse écrite fut l'un des principaux moyens de sensibilisation, de dénonciation et de mise en lumière des enjeux de cette crise. Déjà en 1973, Franklin Midy dénonce les politiques néo-coloniales qu'entretiennent le Québec et le gouvernement fédéral avec Haïti, le soutien qu'apportait le ministère du tourisme du Québec et des compagnies québécoises, comme Québecair, au régime des Duvalier et la présence de missionnaires québécois en Haïti. Le 2 mai 1974, Paul Déjean rappelle dans une lettre ouverte à Jean Bienvenue, ministre de l'Immigration du Québec, le désir du ministre de vouloir attirer plus d'immigrants francophones au Québec et de donner au Québec une politique d'immigration indépendante et que c'est dans son meilleur intérêt de garder ces « travailleurs honnêtes, paisibles. industrieux » et qui « ne demandent pas mieux que d'être admis a s'adapter à leur nouvelle condition ». Il dénonce aussi le fait que l'Agence canadienne de développement international et autres organismes canadiens et québécois financent certaines dictatures du Tiers-Monde au nom du « développement », tout en imposant des obstacles aux personnes voulant fuir l'oppression politique et économique à laquelle ils ont contribué. Le 30 septembre 1974, Renaud Bernardin dénonce dans Le Devoir les relations néocoloniales qu’entretiennent le Québec et ses missionnaires avec Haïti. Le 2 novembre 1974, Karl Lévêque, cofondateur du Bureau de la communauté chrétienne des Haïtiens de Montréal et prêtre jésuite haïtien de gauche dénonce, dans un éditorial du Devoir, le silence des diplomates canadiens d'Ottawa et de Port-au-Prince, des intellectuels haïtiens vivant au Québec ayant « tourné la page sur ce pays de cauchemar » et ne voulant pas renoncer à leurs nouveaux privilèges, des hommes d'affaires québécois qui exploitent la main-d'œuvre à bon marché haïtienne responsables de l'inflation à 300 % en Haïti et contributeurs du « développement du sous-développement » en Haïti, des missionnaires québécois en se demandant: « Pourquoi ne viennent-ils pas confesser que leur grande mission éducative en Haïti s'est avérée un échec monumental ? ». De plus, il témoigne des tentatives de muselage dont il a été victime. Le 9 novembre 1974, Serge Baguidy-Gilbert rédige une lettre ouverte à Pierre Elliott Trudeau et Robert Andras où il témoigne, malgré les risques que lui et sa famille peuvent courir, de son temps en prison et de la torture qu'il a subie, il demande aux destinataires de ne pas les renvoyer au abattoir ou du moins les supplie de les armer avant de les déporter. Le 11 novembre 1974, les membres du Congrès des femmes noires du Canada écrivent une lettre ouverte à Pierre Elliott Trudeau, Margaret Trudeau, Jean Bienvenue, Robert Bourassa et Jean-Claude Duvalier demandant la fin des déportations des immigrants haïtiens et la libération des prisonniers politiques et des personnes qui ont été récemment déportées. Elles parlent également d'« intersectionnalité » et dénoncent le mythe de l'exceptionnalisme et de la tolérance canadiennes. Le 16 novembre 1974, dans un éditorial s'adressant à Pierre Elliott Trudeau, Anthony Phelps dénonce l'égoïsme et la mauvaise foi du gouvernement fédéral et ainsi la barbarie de la famille Duvalier.

Cette campagne de sensibilisation porte fruit et réussit à mettre la question de l'immigration des sans-papiers au centre du débat public québécois. En effet, une personne membre de la réserve crie d'Attawapiskat envoya une lettre et un chèque à un comité anti-déportation; des pétitions demandant l'annulation des déportations circulent dans toute la société civile québécoise; des travailleurs s'indignent que leur collègue haïtien René Joseph aie été déporté et envoient une pétition à Robert Andras; la Ligue des droits de l'homme et la Confédération des syndicats nationaux dénoncent les actions du gouvernement et demandent qu'un statut légal soit accordé aux 1500 Haïtiens. En décembre 1974, près de de domaines variés condamnent publiquement la politique du gouvernement.