La (de l'anglais , « annuler »), aussi appelée en français culture de l'annulation ou culture de l'effacement, est une pratique dont la manifestation est apparue aux États-Unis au cours des années 2010, consistant à ostraciser des individus, groupes ou institutions responsables d'actes, de comportements ou de propos perçus comme inadmissibles.. La a pour préalable la , la pratique de la dénonciation publique (de l'anglais , « dénoncer ») Mark Carl Rom et Kristina Mitchell, Teaching Politics in a Call-Out and Cancel Culture, cambridge.org, 24 juin 2021..

La situation de rejet de certains individus, comportements et communautés est parfois décrite comme une « tyrannie du politiquement correct ». Le phénomène de cancel culture suscite de nombreuses controverses, tant sur les réseaux sociaux que dans le monde réel.....

Terminologie Étymologie L'infinitif anglais dans décrit le processus au moyen duquel une personne dénoncée publiquement est expulsée des cercles sociaux ou professionnels . La personne serait pour ainsi dire « annulée ».. L'emploi du verbe dans ce contexte remonte à 2015 au moins, et son utilisation se généralise à partir de 2018... Le verbe , apparu en Angleterre vers la fin du dans le sens d'annuler un écrit à traits de plume croisés ou parallèles, vient de l'ancien français canceler. Le substantif correspondant est cancellationRubrique Cancel sur etymonline.com... La forme « canceller » (avec deux ), présente dans presque tous les dictionnaires généraux des , signifie Rubrique canceller dans le lexique du CNRTL..

Variantes Une diversité d'équivalents est attestée dans l'usage et dans les sources normatives, qui mentionnent une culture ..., .., .., ou ., ., ., .., ou , , , ., ..

Description Le concept de « culture de l'annulation » est apparu à la fin des pour qualifier la dénonciation publique d'une personne en raison de ses actions ou de ses paroles réelles ou supposées, jugées comme socialement ou moralement offensantes ou inacceptables, en particulier sur les réseaux sociaux....

La manifestation numérique de la culture de la dénonciation (« ») est représentée par un mouvement comme « » qui permet aux femmes de partager et de dénoncer leurs expériences de violences et de harcèlement sexuels..

Comme substitut à la pratique de la dénonciation en public (), une personne ou une entité peut être avertie en privé (« »). L'accusateur parle de vive voix à l'accusé ou lui envoie un message concernant sa conduite ou son comportement..

Selon le politologue spécialiste des États-Unis Jean-Éric Branaa, quand une personne soupçonnée ou condamnée pour pédophilie s'installe dans un quartier, il arrive que ses nouveaux voisins, informés de son passé, placardent des affiches dans les rues avec son nom et les faits pour lesquels elle a été condamnée, sans que cela soit considéré comme du harcèlement..

Déboulonnage de statues vignette|Retrait d'une statue du général Robert Lee à La Nouvelle-Orléans en 2017, après la fusillade de l'église de Charleston.L'expression cancel culture est souvent utilisée... pour désigner des pratiques de déboulonnage, vandalisme et/ou destruction de statues de personnalités historiques liées à l’esclavagisme ou à la colonisation, en particulier aux États-Unis (le général confédéré Robert Lee, le président américain Thomas Jefferson) et au Royaume-Uni (l'esclavagiste Edward Colston) dans le cadre plus général de pratiques de dé-commémoration., ainsi qu’en Amérique centrale (Christophe Colomb)..

Après plusieurs déboulonnages de statues en réaction à la fusillade de l'église de Charleston en 2015, l'extrême droite américaine organise la manifestation « Unite the Right » à Charlottesville en 2017 en opposition au démantèlement d'une statue de Robert Lee dans cette ville. Les violences de cette manifestation galvanisent l'opposition aux statues de figures de la Confédération. La plus grande vague de démantèlements suit le meurtre de George Floyd, un Afro-Américain tué par un policier lors de son arrestation le à Minneapolis (Minnesota, États-Unis).

Pour plusieurs historiens et chercheurs qui se sont intéressés à ces phénomènes.., les déboulonnages n’effacent pas l’histoire ni les personnages historiques, mais permettent de et de revisiter l'histoire officielle. Ces universitaires soulignent qu'avec ou sans statues, ces personnalités resteront présentes dans les livres d’histoire et dans la mémoire collective et feront toujours l’objet d’études historiques.

Rapport aux œuvres littéraires Plusieurs polémiques apparaissent en rapport à des œuvres littéraires : des livres peuvent être retirés de la vente à la suite d'une polémique en raison d'un contenu jugé discriminant ou véhiculant des préjugés racistes ; ou des livres sont censurés et retirés de bibliothèques par des courants conservateurs proches de l'extrême-droite car jugés trop progressistes ou faisant état de réflexions sur la discrimination, à l'instar de la bande-dessinée Maus, ou de contenus trop « profanes ».

Dans la culture populaire La série télévisée d'animation américaine s'est moquée de la avec sa propre campagne #CancelSouthPark en promotion de la vingt-deuxième saison de la série... Le troisième épisode de la saison, , traite de la controverse relative à Apu, le personnage indien des Simpson (dont les caractéristiques stéréotypées ont été critiquées dans le documentaire .) et plus généralement du concept de , de la de l'actrice Roseanne Barr après ses tweets controversés et des auditions de confirmation du juge de la Cour suprême Brett Kavanaugh..

La est l'un des principaux sujets de , série dramatique de Dave Chappelle., et du film de de Bill Burr..

Critiques La culture de la dénonciation peut être perçue comme une forme d'auto-justice, condamnant des individus sans procédure juridique et sans motif ni fondement autre que l'appréciation générale d'un groupe. Plusieurs auteurs estiment qu'elle s'apparente à du cyberharcèlement, d'autres à du lynchage., risquant d’annihiler tout débat. Ainsi, le , dans une tribune parue dans le . (traduite le lendemain dans Le Monde), , intellectuels et personnalités, dont Noam Chomsky, Salman Rushdie ou encore J.K. Rowling, préviennent que la prise de conscience nécessaire des inégalités raciales et/ou de genre intensifie ., dénoncent la culture de l'annulation et les obstacles à la libre circulation des idées.. et condamnent l'..... La question de la comparaison avec une forme de censure est posée... À l'inverse, l'essayiste et historienne Laure Murat estime que la peut certes engendrer des excès, mais est l’expression d'un grand sentiment d'injustice.. La sociologue Nathalie Heinich quant à elle la critique et la trouve inadaptée en France.. L'éditorialiste américain Lance Morrow la compare au maccarthysme.. La journaliste et essayiste Laetitia Strauch-Bonart estime que cette ..

Selon certaines analyses, le concept de est mal nommé et n’existerait pas réellement, car il ne s'apparenterait pas à une « culture » et les effets négatifs de la dénonciation publique ne sont pas toujours définitifs et absolus. Ainsi, des personnalités comme Louis C.K. ou Harvey Weinstein, dénoncées publiquement, continueraient à connaître un certain succès auprès d'au moins une partie de leurs fans dans la vie publique. Cependant, il y a eu des cas de suicides liés à la ..

La est aussi dénoncée par des gouvernements comme le gouvernement français ou celui du Québec. En 2021, les ministres de l'Éducation français et québécois Jean-Michel Blanquer et Jean-François Roberge ont signé une lettre ouverte où ils critiquent la , qui va selon eux à l'encontre des valeurs de respect, de tolérance et de liberté d'expression par le bannissement de personnalités politiques, de livres ou de spectacles..

Exemples Prémices historiques Le bannissement de Spinoza de sa communauté juive amstellodamoise au est donné par le philosophe David Rutledge comme une manifestation de la avant la lettre..

États-Unis Le , Mike Adams, professeur de criminologie, se suicide, en partie à la suite d'une campagne de harcèlement propre à la entamée après une intervention provocatrice..

France En France, la pratique existe, bien qu’elle soit moins importante qu’aux États-Unis.. Dans la presse, elle est régulièrement associée à une pratique américaine, et est parfois rejetée en tant que phénomène d'« américanisation » de la société.. Dès les , la doctrine du politiquement correct développée dans les universités américaines est mal vue en France, où l’on défend un universalisme républicain opposé à l’identitarisme anglo-saxon ; mais une telle opposition suscite le débat. Justifiée pour certains chercheurs, elle est considérée par d’autres comme une forme d’anti-américanisme. Ses détracteurs l'associent parfois au terme , qu'ils utilisent pour désigner un mouvement de venu des mouvements antiracistes..

Le terme de « » est peu utilisé hors des milieux militants : selon un sondage Ifop de 2021, 11 % des interrogés sont capables d’expliquer ce dont il s’agit, principalement les et les classes éduquées..

La fait particulièrement débat dans le milieu culturel, auquel il est reproché de véhiculer des stéréotypes et de maintenir une forme de domination. Par exemple, l'auteur Philippe Abjean déclare à propos de la culture bretonne :J’entends prendre ma part à la lutte contre le wokisme ou la cancel culture […] Je veux simplement tirer la sonnette d’alarme face à tous ceux qui, dans l’ombre, s’acharnent à détruire cultures, nations, voire jusqu’à anéantir une conception millénaire de l’homme pour imposer un seul marché mondial.

Royaume-Uni Au Royaume-Uni, J. K. Rowling est une cible emblématique de la .. En , elle avait affiché son soutien à Maya Forstater, une chercheuse britannique licenciée après avoir affirmé que personne ne pouvait . Selon J. K. Rowling, la scientifique avait été injustement licenciée pour avoir simplement déclaré que . À la suite de ce soutien, la romancière est à son tour accusée de transphobie par certains fans et médias.. Par la suite, J. K. Rowling fait partie des , dont Salman Rushdie, Margaret Atwood, Gloria Steinem, Malcolm Gladwell et Noam Chomsky, qui signent en 2020 une lettre dénonçant la .

En 2020 également, Le Monde estime que la journaliste britannique Suzanne Moore a été victime de la « ». Après la publication sous sa signature d'un article d'opinion dans laquelle elle défendait une universitaire jugée « transphobe », Suzanne Moore avait été visée par une lettre signée par du , des personnalités politiques dont Siân Berry, Christine Jardine, Nadia Whittome et Zarah Sultana, des écrivains et des journalistes dont Ash Sarkar et Reni Eddo-Lodge. Soupçonnant les milieux intellectuels de gauche de museler la parole au nom de « politiques d’inclusion », la journaliste prend la décision de quitter le journal..

En 2021, le gouvernement britannique annonce des mesures pour « garantir la liberté d’expression » dans les universités et tempérer les effets de la qui priverait de parole certains universitaires. Le projet de loi vise à éviter que des universitaires ne perdent leur emploi pour avoir exprimé des positions controversées, mais aussi à empêcher que les pressions étudiantes ne conduisent à l'annulation de la venue de certains orateurs invités à des conférences. Ces propositions ont été saluées par un groupe de chercheurs dans le quotidien conservateur . Elles donnent cependant lieu à des accusations d'ingérence dans le fonctionnement des établissements. Parmi les événements qui ont été interrompus ou annulés en raison de l’opinion des intervenants, figuraient des conférences de Nigel Farage, de la journaliste de la BBC Jenni Murray ou encore du philosophe Roger Scruton.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie .