L’immigration des communautés musulmanes au Québec s'est graduellement accrue au fil du XXe siècle. Les musulmans représentent en 2021 5.1% de la population québécoise, tandis qu'elle était de 3.1% en 2011. La communauté musulmane québécoise actuelle, d'origine ethnique multiple, provient de multiples pays, dont les plus importants seront détaillés ci-dessous.
Histoire Les musulmans sont présents au Canada depuis les débuts de la Confédération (1860), mais leur immigration s’est accrue particulièrement dans la seconde moitié du . La présence musulmane au Québec a été en effet d'abord limitée jusqu’au milieu du . Par la suite, les politiques basées sur la nationalité ayant changé pour des politiques basées sur la langue et l’éducation, l’immigration musulmane s’est développée au Canada. Le Québec, province canadienne au statut législatif particulier, a pu développer de lui-même plusieurs lois relatives à l’immigration dès la fin du siècle. Dès 1991, un accord particulier entre le Canada et le Québec permet effectivement à ce dernier de développer des politiques visant les populations immigrantes francophones, hautement scolarisées et les jeunes familles (les ressortissants du Maghreb francophone ont par conséquent été relativement favorisés).
Certains facteurs ont contribué à l'attractivité du pays pour les migrants : la liberté religieuse, le multiculturalisme et la stabilité politique ont pu favoriser le choix de cette terre d’accueil, notamment pour des musulmans, et favoriser leur attachement au Canada. Le Québec, depuis la fin du , est une province qui accueille différentes vagues d’immigration, principalement en raison de ses politiques et de sa langue, le français, qui le distinguent du reste du Canada. Selon un sondage auprès des musulmans canadiens menés en 2016 par The Environics Institute of Survey Research, le Québec est la province canadienne où les musulmans se sentent les plus marginalisés, mais où ils font montrent d'optimisme quant à l'avenir : «They are among the most positive about how future generations will be treated, and their level of pride in being Canadian has jumped dramatically over the past 10 years.»
Ainsi, en ce qui concerne l’immigration musulmane, la seconde moitié du marque l’arrivée et l’installation de différentes communautés musulmanes au Québec, mais plus particulièrement des musulmans d’origine indopakistanaise. Le début des années 2000 entraîne une nouvelle vague d’immigration, cette fois en provenance plus importante du Maghreb (région particulièrement mouvementée à l’époque). La période actuelle est marquée par la présence d’une multitude de communautés ethniques de ces différentes régions. L’immigration est, encore aujourd’hui, très importante et le Québec accueille chaque année plusieurs musulmans de différentes origines internationales. La présence plus ancienne de certaines communautés donne naissance à différentes générations d’immigrants musulmans dans plusieurs régions du Québec.
Perspectives Au niveau du Canada, les projections pour 2036 prévoient que ce seraient les personnes ne se rattachant à aucune religion qui seront les plus nombreux à cet horizon, avec entre 28 et 35 % de la population, contre 24% en 2011. Les populations se réclamant d'une religion non catholique devraient se chiffrer aux alentours de 15%, ce chiffre agglomérant par ordre d'importance relative des musulmans, hindous et sikhs. Les personnes se revendiquant catholiques resteraient environ deux fois plus nombreux.
Entre 2010 et 2015, les cinq pays d'origine des migrants arrivant au Canada ont été dans l’ordre : les Philippines (14,6 % de l’ensemble des immigrants), l’Inde (12,8 %), la Chine (11,3 %), l’Iran (4,3 %) et le Pakistan (3,8 %)..
En 2036, entre 28,7 % et 30,4 % des immigrants résidant au Québec seraient issus d’Afrique (à comparer au chiffre de 7,6 % et 8,4 % pour le Canada hors Québec) et entre 21,6 % et 22,4 % viendrait des Amériques (versus entre 12,6 % et 13,2 % pour le reste du Canada).
Accueil et intégration des communautés musulmanes au Québec Il faut noter toutefois l’importance de Montréal, lieu d’immigration privilégié dans le cas de plusieurs communautés. D’autres villes (Québec, Sherbrooke, Laval, Gatineau, notamment) ont également des communautés musulmanes bien établies. Selon les statistiques de l’agglomération de Montréal en 2011, environ 9 % des ménages privés sont musulmans.
D'autres statistiques montrent également que les immigrants musulmans présentent un profil très éduqué. Au moment de leur arrivée, ils sont pour la plupart en possession d’au moins un diplôme universitaire. Dans plusieurs cas, il s’agit de jeunes professionnels désirant de meilleures opportunités professionnelles ou un avenir stable pour leur famille : ils représentent aussi une population plus jeune que l’ensemble des Québécois et des Canadiens.
Les dynamiques d’intégration sont particulièrement complexes pour les femmes musulmanes, dont le port du voile dans certains cas mène à une discrimination et une marginalisation sociales. Pour plusieurs, ce signe religieux entre en contradiction directe avec les valeurs de la société d’accueil. C’est une question particulièrement discutée dans les dernières années sur la scène publique au Québec. Avec la grande diversité culturelle et religieuse entraînée par l’immigration, le concept d'accommodement raisonnable fait son entrée dans les paysages politiques et éthiques québécois, qui n’avaient pas l’habitude d'être confrontés à de telles questions. Ces éléments ont fait l’objet de plusieurs politiques particulières et projets de loi (Commission Bouchard-Taylor en 2007, Charte des valeurs en 2011, enjeu majeur lors des élections provinciales de 2018, Loi 21 en 2019, etc.).
Par région Moyen-Orient La présence de l'immigration en provenance des pays du Moyen-Orient au Québec est importante : Libye, Irak, Jordanie, Arabie Saoudite, Palestine, Syrie, Liban et Égypte sont en effet bien établis. En 2008, 61,9% de la population québécoise originaire de ces pays est immigrante (ce qui sous-entend que 38,1% de cette communauté est donc résidente permanente). Dans ce pourcentage, 37,5% se dit rattachée à la religion musulmane. La présence de musulmans originaires de ces pays au Québec est non négligeable : les natifs musulmans du Québec originaires du Moyen-Orient sont les plus nombreux en 2008 (34,1%). L’Égypte et le Liban sont les communautés les plus présentes au Québec, bien que la communauté syrienne connaisse aussi une expansion fulgurante ces dernières années.
Égypte L’immigration d’Égyptiens musulmans au Canada est particulièrement importante après la Seconde Guerre mondiale. En effet, plusieurs Égyptiens ont émigré vers le Canada dès 1946. On peut également remarquer une immigration accrue avec la révolution nasserienne vers la fin des années 60. Dans le cas du Québec, la communauté égyptienne grandit progressivement au tournant des années 2000. en 2006, les immigrants égyptiens représentent 2 % de la population immigrante totale de l’agglomération de Montréal , statistique qui demeure inchangée en 2018. Ainsi, c’est une des communautés ethnoculturelles les plus présentes dans cette région.
Liban Les Libanais sont présents au Canada depuis la fin du siècle, mais c’est réellement avec les événements entourant les enjeux pétroliers du golfe arabo-persique dans les années 60 que leur immigration s’accroît au Canada. Au Québec, plusieurs réfugiés arrivent dans les années 70, et bien qu’ensuite l’immigration se diversifie, c’est une communauté qui demeure de petite taille jusqu’à tout récemment. C’est en effet dans les dernières années que la communauté libanaise québécoise connaît une expansion importante : l’agglomération de Montréal dénombre d’origine libanaise en 2006 , et les mêmes statistiques notent que la communauté représente 3,1% de la population immigrante totale en 2016. Bien qu’elle soit croissante sur l'ensemble du territoire québécois, c’est une communauté qui se concentre particulièrement dans le Grand Montréal.
Syrie L’immigration syrienne au Québec avant 2010 était discrète, bien que l’on parle avant cela d’une immigration syro-libanaise (faisant référence aux Syro-Libanais, groupe ethnique et minorité visible d’Égypte). Toutefois, la communauté s’est taillée une place importante dans le paysage ethnoculturel québécois ces dernières années, particulièrement dans la région montréalaise. En effet, l’agglomération de Montréal dénombre dans son recensement de 2016 10 075 personnes d’origine syrienne, ce qui correspond à 1,6% de la population immigrante totale. Il faut noter que l’origine syrienne, dix ans auparavant, n’était pas assez considérable pour occuper un tel pourcentage, et était plutôt intégrée dans la catégorie « autres pays » d’origine. Cette croissance considérable de l’immigration syrienne au Québec s’explique fort probablement par les tensions d’ordre politique qui y règnent depuis 2011, sous le régime de Bachar el-Assad. Plusieurs immigrants syriens sont en réalité des réfugiés. En 2018, le Gouvernement du Québec note qu’entre 2007 et 2016, 82,3% des Syriens admis au Québec y demeurent encore, ce qui témoigne bien de l’importance de cette communauté au Québec.
Afrique du Nord (Maghreb) L’immigration de membres de la communauté maghrébine s’est accélérée au tournant des années 2000. Selon le recensement québécois de 2011, la majorité des membres issus de cette région (80,1%) est musulmane. La majorité (69,9%) d’entre eux est née à l’étranger (et donc de la première génération), mais un bon nombre d’entre eux (28,7%) est né ici (deuxième génération). De plus, le Québec a particulièrement encouragé l’immigration francophone maghrébine de jeunes diplômés avec ses politiques internationales : « […] les populations maghrébines francophones sont particulièrement visées par les politiques d’immigration québécoises volontaristes à l’égard des jeunes adultes ayant charge de famille, dotés d’un niveau de diplôme supérieur et d’un bon potentiel économique. ». Cela ne veut pas dire que leur accueil et leur intégration se déroulent sans encombre pour autant. Comme préalablement mentionné, l’intégration au Québec est en effet complexe.
Algérie Les Algériens forment actuellement la plus importante communauté musulmane du Québec. Avec le Maroc, l’Algérie est en effet le pays dit « arabe » dont le taux d’immigration et de pratique religieuse au Québec sont les plus élevés. Dès 2006, on remarque qu’à Montréal ils forment l’une des communautés ethniques les plus présentes, et c’est une statistique qui se confirme jusqu’en 2018. En effet, toutes catégories d’immigration confondues, 37 285 Algériens arrivés entre 2007 et 2016 seraient installés au Québec en 2018. Ainsi, 6,2% de la population immigrante totale de l’agglomération de Montréal en 2018 est née en Algérie, ce qui représente plus précisément 40 135 Algériens. Parmi ce nombre, les raisons d’immigration sont, dans l’ordre : économiques, familiales et, finalement, politiques (réfugiés, exils et situations de précarité semblables). La langue française, couramment parlée en Algérie, est un facteur majeur expliquant la présence importante des Algériens au Québec. Principalement concentrée à Montréal, la population algérienne regroupe plusieurs jeunes familles et professionnels. Toutefois, malgré la connaissance du français, l’intégration est très difficile pour cette communauté, notamment les femmes algériennes (et, plus largement, maghrébines), qui disent vivre beaucoup de discrimination à l’emploi au Québec.
Maroc