Le ghetto de Stanisławów (, ) était un ghetto pour les Juifs créé en 1941 par les autorités allemandes nazies dans la ville polonaise de Stanisławów (aujourd'hui Ivano-Frankivsk, en Ukraine occidentale). Avant 1939, la ville faisait partie de la Deuxième République polonaise. Après l'invasion allemande de l'Union soviétique, l'Allemagne nazie a incorporé la ville dans le district de Galicie, comme cinquième district du gouvernement général semi-colonial.

Le , pendant le tristement connu « Dimanche sanglant », quelque à Juifs ont été abattus dans des fosses communes au cimetière juif, par les SS allemands du SIPO et des bataillons de la police de l'Ordre, conjointement avec la police auxiliaire ukrainienne. Deux mois après le massacre, un ghetto a été officiellement créé pour les Juifs restants, clôturé le et fermé en après sa liquidation.

Contexte Au début de la guerre, la population juive de la ville est d’environ personnesSejm, Internetowy System Aktów Prawnych (Poland's Internet archive of State published documents). Dz.U. 1924 nr 102 poz. 937. . Quand la guerre éclate, les milliers de réfugiés juifs de l'Ouest arrivent dans la ville. Mais très peu des Juifs de la ville ou de Juifs réfugiés réussissent à franchir la frontière de la Roumanie ou de la Hongrie. Stanisławów est soumise à plusieurs bombardements d'artillerie et le , les troupes et la police polonaise quittent la ville, ouvrant grande la porte au chaos qui règne plusieurs jours. La populace ukrainienne des villages environnants et des bandes organisées pillent les entrepôts de l’armée et lancent un pogrom contre la communauté juive, d’abord dans les environs, puis dans la ville même. Le , les Soviétiques arrivent, remettent de l'ordre dans la ville et mettent fin aux émeutes dans les environs. Au début de l’occupation soviétique, plusieurs communistes juifs de la ville siègent au conseil de la ville, mais dès que la région est intégrée à la république soviétique d’Ukraine, les communistes locaux sont relégués à des postes subalternes. Durant l'occupation, le NKVD inflige une sévère répression contre la population locale, assassinant politiques (ukrainiens, polonais et juifs) dans la ville, juste avant l'occupation nazie de Stanislavov.

Des femmes avec des dizaines d'enfants ont été abattues par les Soviétiques dans le ravin isolé de Dem'ianiv Laz à l'extérieur de la ville, au moins 524 victimes, forcées de creuser leur propre fosse communeRobert Nodzewski, "Demianów Łaz" IV Rozbiór Polski, 1939. Retrieved 1 December 2014.. Durant l'été 1940, beaucoup de Juifs, principalement les réfugiés, sont exilés en Sibérie. Des Juifs locaux cachent beaucoup de leurs coreligionnaires chez eux ; les militants sionistes sont emprisonnés et tous les responsables des divers organismes juifs de la ville sont limogés. Seules peuvent fonctionner les synagogues, uniques établissements où la vie sociale et spirituelle de la communauté peut encore s’exprimer.

Toutes les grandes entreprises privées, particulièrement les usines juives, disparaissent. Des entrepôts et des magasins sont confisqués. Seuls peuvent continuer à exercer les petits commerçants et les petits artisans, mais celles-ci finissent par fermer face aux lourdes taxes que leurs impose les autorités soviétiques. La grande majorité des juifs perd ses ressources traditionnelles et est forcée de chercher du travail dans les usines, les domaines agricoles, les magasins et les bureaux nationalisés.

Arrivées des nazis Quelques centaines de Juifs, particulièrement les jeunes qui s’étaient engagés dans l’armée rouge, tentent de se sauver vers l'Est. Dès le départ des Soviétiques, les Ukrainiens locaux commencent à persécuter les juifs. L'armée hongroise, entrée dans la ville le , met fin aux pogroms. La situation se tend avec l’arrivée de plusieurs milliers de réfugiés Juifs des Carpates, qui avaient été exilés par le gouvernement hongrois. La majorité va rester dans ces lieux, même après la constitution du ghetto.

Lorsqu'arrivent les Allemands le , plus de juifs peuplent la ville de Stanisławów. Ce nombre inclut les réfugiés de Pologne occidentale, les exilés des Carpates et des réfugiés des villages voisins venus à Stanisławów à la suite des persécutions de la population ukrainienne après le départ des Soviétiques. Avec l'aide des Ukrainiens, la police allemande pénètre dans le quartier juif et les dénombre en les photographiant. Ukrainiens et Polonais profitent de la destruction de la statue de Lénine au centre-ville pour s'en prendre aux Juifs. Très vite, la Gestapo ordonne à Yisrael Seibald, un des chefs de la communauté juive d'avant-guerre, d’installer un JudenratZofia Sochańska, Anna Mirkowska, Eugeniusz Riadczenko, Stanisławów (ob. Iwano-Frankiwsk). Muzeum Historii Żydów Polskich POLIN. Consulté le 29 novembre 2014.. Un peu plus tard, un décret oblige tous les juifs des professions indépendantes à s'enregistrer par profession. Les gens se précipitent pour s'inscrire, dans l'espoir de trouver un emploi approprié. Le , toute l'intelligentsia juive de Stanisławów est prévenue qu’elle devra se présenter sous peine de mort les 3, 4 et au siège de la Gestapo installé dans le tribunal, rue Bilinski, pour discuter des affaires communales et être nommés à divers postes de travail. Les personnes doivent se présenter par professions. Entre 500 et Juifs se présentent, sont incarcérés dans la cour à côté de la prison, avant d'être transportés par le SIPO dans la forêt appelée Czarny Las, près du village de Pawełcze (Pawelce)Tadeusz Kamiński, Tajemnica Czarnego Lasu (The Black Forest Secret, Internet Archive). Publisher: Cracovia Leopolis, Cracovie, 2000. Book excerpts.. Après avoir creusé leur propre tranchée, tous sont abattus sauf 8 à 10 médecins, les Allemands pensant avoir besoin de leurs services en cas d’épidémies dans la ville, ainsi que treize ingénieurs, ayant réussi à convaincre les Allemands qu'ils jouent un rôle essentiel dans les affaires de la ville et leur sont indispensables.. Pendant quelques semaines, les fonctionnaires de Gestapo réussissent à convaincre les familles (80% juives) qu'il n'y avait eu aucun massacre et que les prisonniers étaient vivants dans des camps de travail. Ils permettent alors aux familles de leur envoyer des paquets de nourriture et de vêtements par l'intermédiaire du JudenratHolocaust Encyclopedia – Stanisławów. 1941–44: Stanislau, Distrikt Galizien. Consulté le .. Laam, le vice-président du Judenrat, tente même de négocier avec la Gestapo le retour des exilés.

Le commandement de Stanisławów est repris par un commandant SS, Hans Krueger, impliqué un mois plus tôt dans l'organisation du massacre des professeurs de Lviv. Au début d', les autorités allemandes ordonnent aux Juifs, sous peine de mort, de porter des brassards marqués de l’étoile de David. Puis tous les décrets contre les juifs en vigueur dans le Generalgouvernement ont été imposés à la population locale. De nombreuses familles juives sont expulsées de leurs maisons et d’autres sont enlevés pour le travail forcé. Le Judenrat installe un bureau du travail, dirige par Tennenbaum afin d’éviter les « kindanppings » sauvages et mettre de l’ordre dans l’accomplissement des exigences allemandes (plus de « travailleurs » par jour). Ce bureau prépare des listes de juifs disposés à travailler et les transmet aux autorités. Les Juifs inscrits sur ces listes sont tenus de se rassembler quotidiennement au bureau où des personnes sont choisies pour effectuer le travail dont les Allemands ont besoin. Ces travailleurs perçoivent de pauvres salaires, une soupe et parfois une tranche de pain de l'employeur ou du Judenrat. Plus tard, lorsque le ghetto sera établi, le bureau de travail établira une liste d'ouvriers réguliers travaillant à l’intérieur ou à l’extérieur du ghetto et délivrera des permis de travail.

Les 8 et , plusieurs Polonais et Juifs de la ville sont arrêtés, dont des enseignants, des fonctionnaires et des professeurs, convoqués selon une liste dressée par la milice du peuple ukrainien qui aidait la police de sécurité allemande (officiellement, une milice collaborationniste ukrainienne créée à la mi-août par Heinrich Himmler). Le , les prisonniers sont transportés dans des camions couverts vers un endroit proche de la ville, nommé la Forêt-Noire (Czarny Las) et exécutés. Le nombre de victimes est estimé entre 200 et 300.

Massacre du dimanche sanglant

vignette|300px|Emplacement de Stanisławów (en bas à droite dans le district de Galicie) pendant la Shoah en Europe de l'Est. Au début d', les nouvelles des massacres dans les petits villages des Carpates arrivent à Stanisławów. Quelques jours plus tard, des terrassiers du « Baudienst » ukrainien arrivent dans le nouveau cimetière juif avec bêches et pics et commencent à creuser de grandes fosses, destinées, selon leurs dires, à devenir des abris antiaériens. Sur ordre de Hans Krueger, la police ukrainienne dresse des listes de tous les Juifs de la ville. Le 10 ou le , une rumeur circule que la Gestapo avait ordonné au Judenrat de lui fournir hommes à envoyer dans des camps de travail.

Le , les maisons des juifs au centre de la ville sont cernées par la police allemande, les Ukrainiens et les membres du « Bahnschutz » (police des rails) armés de mitraillettes et de matraques. Des milliers de Juifs sont rassemblés sur la place du marché Ringplatz pour une . Ils doivent se rendre en ordre par la rue Batory au cimetière, où les charniers avaient déjà été préparés, tandis que les malades et impotents sont chargés sans ménagement sur des camions. Au cimetière, les gardes rassemblent les Juifs près du mur, et leur ordonnent de leur livrer les objets de valeur. Ils vérifient les permis du travail au cours duquel plus de cent travailleurs (plusieurs centaines selon d’autres sources) sont libérés, mais sans tenir compte des permis délivrés par le Judenrat. Le massacre commence dans l’après-midi : petit groupe par petit groupe, les gens sont obligés de se déshabiller et de ranger soigneusement leurs vêtements, puis sont amenés du mur au bord de la fosse. Certains sont abattus directement, d’autres doivent d’abord sauter dans la fosse avant d’y être assassinés. Certains membres du Judenrat sont amenés avec leur famille au cimetière, près des fosses, et sont obligés d’assister à la tuerie avant d’être exécutés à leur tour. Seibald, le chef du Judenrat réussit à se cacher ; Tennenbaum (chef du bureau du travail qui fait le lien entre le Judenrat et la Gestapo) fait face courageusement : le chef de la Gestapo lui offre la liberté, mais il refuse et choisit de mourir avec ses frères. Des membres du Judenrat présents au cimetière, seul Michael Lamm (président-adjoint et avocat) et sa famille sont libérés.

La tuerie s’achève au coucher du soleil. Entre et juifs ont été assassinés: hommes, femmes et enfants. ou qui n’ont pas été tués sont renvoyés à la maisonMcKinley von Theme, 1941: 12 Oktober – Erschiessung in Stanislawow. ShoaPortalVienna 2014, den opfern zum gedenken. Retrieved 6 December 2014.. L'Aktion, sans précédent en termes d'échelle dans l'histoire de l'Holocauste jusqu'à cette date en Pologne occupée, était connu sous le nom de Blutsonntag. Une célébration de la victoire a eu lieu ce soir-là au siègeH.M.C., Timeline of Jewish Persecution: 1941. October 12: Bloody Sunday. Jewish Virtual Library. Retrieved 4 December 2014.. Le jour suivant, la fosse commune est comblée de terre et ceux qui sont chargés de cette besogne sont exécutés. Le lendemain paraît un décret : après les « émeutes de la veille », la vie doit à nouveau revenir à la normale.