Germaine Bouloumié, née le Archives départementales des Vosges, commune de Vittel, année 1885, acte de naissance , cote 4E528/14-82745, vue 16/26 avec mention marginale de décès à Vittel, où elle est morte le , est une cheffe d'entreprise française. Elle fut la présidente-directrice générale de la Société générale des eaux minérales de Vittel (SGEMV) durant vingt ans, de 1952 à 1972, et de ce fait l'une des rares dirigeantes d'une grande entreprise française durant la période des Trente Glorieuses.
Biographie L'héritière de la dynastie Bouloumié à Vittel Germaine Marie Bouloumié est la petite-fille de Louis Bouloumié (1812-1869), fondateur de la station thermale de Vittel dans les années 1850, la fille d'Ambroise Bouloumié (1843-1903), qui a succédé à Louis, et de Félicie Bonnet et la sœur cadette de Jean Bouloumié (1878-1952), qui succède à leur père en 1903.
Elle est éduquée dans un pensionnat parisien catholique de jeunes filles, le Couvent des Oiseaux. , tenue par les Chanoinesses de Saint-Augustin de la Congrégation Notre-Dame, congrégation qui se dévoue à l'enseignement des jeunes filles (pauvres et riches mais séparément) fondée au XVIIè siècle dans les Vosges par saint Pierre Fourier et la bienheureuse Alix Le Clerc.
Elle épouse en un officier, lieutenant au 3e régiment de chasseurs d'Afrique, puis capitaine, Jacques Chalmeton de CroyLe Figaro, 19 mai 1909, commandant du 12 groupe d'autos-mitrailleuses et autos-canons d' à . Un fils naît en 1910 à Constantine (Algérie), prénommé BertrandLe Figaro, 21 novembre 1910, mais il meurt à 12 ans en 1922, à VittelLe Figaro, 3 juillet 1922, Le Télégramme des Vosges, 5 juillet 1922. L'époux siège au conseil d'administration de la SGMEVL'Est républicain, 11 octobre 1924. Le couple se sépare quelques années plus tard - divorce ou plus vraisemblablement annulation du mariage par la Papauté ? - et son ancien mari épouse une autre femme en 1928Le Figaro, 13 mars 1928. Germaine Bouloumié reprend son nom et ne se remarie pas. Elle habite le manoir de Haréloup, près de Vittel, dans les VosgesL'Express de l'Est, 29 octobre 1925Le Figaro illustré, septembre 1934 (photographie).
Elle aide son frère à animer la station thermale, haut lieu de la mondanité de l'entre-deux-guerresParis-midi, 3 septembre 1932, Paris-soir, 21 juillet 1933, Ibid., 4 septembre 1932, Le Figaro, 28 juillet 1934, Le Télégramme des Vosges, 30 juillet 1931. Elle organise des déjeuners et des dinersLe Gaulois, 23 août 1927, Le Figaro, 22 août 1937, prend part à des déjeuners à l'Ermitage, un des hôtels de luxe de la station, donnés par des personnalitésLe Télégramme des Vosges, 20 août 1936, Ibid., 9 août 1939, figure dans les tribunes des événements sportifs rythmant la saison. Elle s'occupe plus particulièrement du golf de Vittel, qu'elle présideLe Télégramme des Vosges, 16 juin 1935.
Elle siège aussi au conseil d'administration de la Société générale des eaux minérales de Vittel (SGEMV), peut-être à partir de 1932Paris-presse l'Intransigeant, 12 août 1954, (en ligne sur Retronews), à celui de la société des grands hôtels de VittelL'Est républicain, 19 mars 1939 et à celui de la verrerie de Gironcourt, détenue conjointement par la SGEMV et Souchon-Neuvesel.
Après la Seconde Guerre mondiale, l'activité thermale et mondaine reprend, la station reçoit à nouveau des personnalités comme le roi du Laos Sisavang Vong en 1949« Les adieux du roi du Laos », Le Monde, 26 juillet 1949 : et Germaine Bouloumié poursuit son activité d'animatrice de la saison« La saison de Vittel », Le Monde, 29 juillet 1949 : , notamment comme présidente du Golf Club de Vittel« Finale de la coupe de golf d'hiver de la Vittelloise », Le Monde, 28 juin 1950..
Activités caritatives
Les Bouloumié sont une famille de patrons sociaux. Il existe à Vittel des œuvres privées dont s’occupent Jean et Germaine Bouloumié, et aussi leur mère, morte à 83 ans, en 1935L'Express de l'Est, 8 février 1935.
Germaine Bouloumié pratique la charité au profit des pauvres de VittelLe Télégramme des Vosges, 30 septembre 1921. Elle a plus particulièrement fondé « La Goutte de lait », en 1924, qu'elle préside. Elle est installée dans un local situé dans un immeuble du centre-ville appartenant à leur famille. Local qu’elle a baptisé du nom de « Maison de l’enfance ». Cette œuvre lutte contre la mortalité infantile. Les femmes de Vittel y trouvent une crèche, un dispensaire, des consultations médicales, avec des religieuses et une infirmière, et du lait pasteurisé pour les nourrissons, fourni par la Société des Eaux. L'œuvre offre des layettes. Il existe aussi un Comité des dames visiteuses, fondé en 1929 à son initiative et dont elle est présidente d’honneur. Cela lui vaut la médaille d'argent de l'assistance publique en 1933L'Œuvre, 12 décembre 1934, L'Express de l'Est, 4 octobre 1934, Ibid., 28 septembre 1933, Le Télégramme des Vosges, 7 mars 1924, Ibid., 22 décembre 1931 (fête de Noël), Ibid., 27 septembre 1934, Ibid., 24 août 1939.
Sous l'Occupation, elle est l'une des deux déléguées départementales de la Croix-Rouge française, l'autre déléguée étant l'épouse de l'industriel cotonnier Georges LaederichL'Express de l'Est, 19 septembre 1942, « La Croix-Rouge française au service de l'enfance. 650 petits gars du Nord sont arrivés jeudi en vacances dans les Vosges », Ibid., 25 juin 1943, administrateur de la SGEMV. Elle s'occupe plus particulièrement du camp d'internement de Vittel installé par les Allemands de 1941 à 1944 pour les prisonniers britanniques et américains et qui accueillit aussi des Juifs Katherine Lack, Frontstalag 142: The Internment Diary of an English Lady, Amberley Publishing Limited, 2010, Camp de Vittel . Le comité de Vittel transmet les colis reçus des Croix-Rouges britannique et canadienne. Au mois d’, elle établit ainsi le rapport suivant :
En 1947, elle reçoit la médaille de bronze du service de santéJournal officiel, 5 février 1947. En , à l'ambassade du Royaume-Uni, elle reçoit de l'ambassadeur les insignes de membre honoraire de l'Ordre de l'Empire britannique avec deux autres femmes, en témoignage des services rendus aux internés britanniques par la Croix-RougeVie et bonté, janvier 1949. C'est au titre de présidente du comité de la Croix-Rouge de Vittel qu'elle obtient la croix de chevalier de la Légion d'honneur en 1953Vie et bonté, mars 1953.
Patronne de la SGEMV
Comme son frère était resté célibataire, c'est elle qui prend la direction de l'entreprise à sa mort en 1952Paris-presse l'Intransigeant, 30 juillet 1952, . La SGEMV possède alors sept hôtels, un casino, un centre thermal avec ses sources, ses piscines, son parc, son golf, son champ de courses hippiques, et des usines d'embouteillage. L'exploitation de la station continue d'être déficitaire mais le déficit est comblé par la vente des bouteilles.
Germaine Bouloumié est secondée par deux directeurs générauxVittel 1854-1954 : Hubert Chavane, qui occupe cette fonction et celle d'administrateur depuis Le Télégramme des Vosges, 13 mai 1939 (Il a auparavant été désigné 2e adjoint au maire, en l'occurrence J. Bouloumié)., et Guy de la Motte-BouloumiéNé à Lyon, Guy de La Motte-Bouloumié, est le fils de Jacques de La Motte, officier de cavalerie et aristocrate, issu d'une ancienne famille de noblesse de robe du Dauphiné, et d'Edith Bouloumié, fille aînée de Pierre Bouloumié, oncle de Germaine, frère d'Ambroise Bouloumié et fils de Louis Bouloumié., neveu de Germaine et Jean, petit-fils de Pierre Bouloumié, entré dans la société en 1947 comme comptable, secrétaire général en 1949, directeur en , administrateur en 1964 puis vice-président directeur généralBertrand Munier, Le grand livre des élus vosgiens, 1791-2003 : conseillers généraux et régionaux, députés, sénateurs, ministres, Gérard Louis, 2003, . Elle préside un conseil d'administration composé d'hommesAnnuaire Desfossés, 1957. Comme P-DG de la SGMEV, elle est en relation avec d'autres patrons français, des hommes pour la plupartBulletin du Conseil national du patronat français.
Alors que les femmes ont le droit de vote et sont éligibles depuis 1944, elle ne prend pas de responsabilités politiques, contrairement à son père, à son oncle et à son frère. C'est Guy de la Motte-Bouloumié qui se présente avec succès aux cantonales en 1952, succédant à Jean Bouloumié« Six élections cantonales », Le Monde, 22 avril 1952, et aux municipales en 1953. Il est conseiller général de 1952 à 1976 et maire de Vittel de 1953 à 1977 puis de 1995 à 2001.
Elle organise en 1954 le centenaire de l'achat de la Vittel 1854-1954, Paris, Éditions du Service de documentation économique. D'où cet article du quotidien Le Monde : Un autre quotidien, Paris-presse l'Intransigeant, évoquant aussi le centenaire, présente Germaine Bouloumié, , comme et affirme que son eau minérale est passée devant Perrier, Evian et Vichy.
En 1956, le capital de la SGEMV passe de à et le bilan comptable s'élève à au Bulletin des annonces légales, 30 avril 1956. En 1960, le capital s'élève à (nouveaux francs)Ibid., 18 janvier 1960.
Sous sa direction, la station thermale décline cependant et perd son rôle de pôle mondain. A l'été 1959, les restrictions apportées par la Sécurité sociale dans le remboursement des cures amènent la fermeture d'un hôtel de plus de cent chambres. En revanche, la production et la vente de bouteilles d'eaux minérales progressent considérablement, dans le contexte des Trente Glorieuses : 86 millions en 1951, 131 millions en 1953, 338 millions en 1958« 430 millions de bouteilles en 1959 à Vittel et à Contrexéville », Le Monde, 19 novembre 1959. La société produit aussi le quart Ricqlès à partir de 1959 et acquiert en 1964 la source Pierval (une eau de source), à Pont-Saint-Pierre dans l'EureParis-presse l'Intransigeant, 2 mai 1969, . Elle exploite aussi une autre source à Camps-la-Source dans le Var, à partir du (fabrication de boissons gazeuses et eaux minérales). Le capital de la SGEMV s'élève alors à 30 millions de francs environBulletin officiel des annonces civiles et commerciales, 1964.
La fin de sa direction est marquée par le lancement de la grande bouteille en PVC, qui a reçu l'agrément du ministère de la santé le , et l'entrée au capital de la société de la puissante firme suisse Nestlé, en 1969. Vittel est alors la deuxième eau minérale en France, avec environ 20 % de part de marché. Le chiffre d'affaires s'élève à 197 millions de francs et la production à 585 millions de bouteillesParis-presse-l'Intransigeant, 12 juillet 1969.
Elle est marquée aussi par des conflits sociaux, à partir de 1969 : s'il n'y eut pas de grève en , une partie des 2400 employés de la Société des eaux travaillant dans les deux usines de Vittel, celle dite du Sud, spécialisée dans l'emballage en verre traditionnel, où la capacité de production atteint trois millions de bouteilles par jour, et celle du Nord (embouteillage en plastique), produisant un million de bouteilles par jour, s'est mise en grève. Deux grèves éclatent en 1969; la première en (vingt-quatre heures) et la seconde en août, elle dure huit jours. Les grévistes réclament une amélioration des conditions de travail. En , 150 salariés font grève pendant une semaine. Puis, du 21 au , a lieu une grève plus suivie. Les usines sont occupées, puis libérées à la demande des syndicats. Les gardes mobiles interviennent, des manifestations ont lieuLe Monde, 30 novembre 1970, "La demande de licenciement d'un délégué C.F.D.T. confirme la détérioration du climat social à la Société des eaux de Vittel". Un mouvement social se poursuit en 1973, avec un lock-out décidé par Guy de la Motte-Bouloumié..
Elle demeure dans la villa d'Haréloup à VittelLe Figaro, septembre 1934 et possède aussi une adresse à Paris, au 14 avenue Georges-Mandel dans le arrondissementAnnuaire Desfossés, 1958.