Isaac Moumé Etia, né le à Ewodi dans le Nkam (Cameroun allemand) et mort le à Bonatéki, Deïdo , Douala, est un écrivain, interprète, poète, essayiste, fabuliste, linguiste et haut fonctionnaire camerounais.
Il est le premier écrivain camerounais d'expression française, le premier poète camerounais, le premier haut fonctionnaire camerounais, le premier Africain dans l’Empire colonial français à avoir remplacé un administrateur des Colonies à la direction d'une subdivision administrative, et le premier camerounais à recevoir les Palmes académiques françaises (Officier d'académie) en 1936.
Isaac Moumé Etia parlait et écrivait le français, l’allemand, l’anglais, l’espagnol et des langues camerounaises telles que le douala (sa langue maternelle), le bassa, le boulu, le fang, l'ewondo, le nufi et le bamoun.
Écrivain-interprète principal chargé des affaires indigènes sous l’Administration allemande, anglaise puis française, il écrit pour la première fois en langue française en 1920. Ses écrits sont diffusés dès 1922, dans la Gazette du Cameroun, à la rubrique « Littérature et Traditions orales », et édités à partir de 1927. En 1920, en Afrique noire, il y a quelques publications en langues locales,arabe, allemande ou anglaise, mais pas en français.
Le jour de ses obsèques, le , une journée de deuil est décrétée à Douala par l'Administration française.
Biographie Origines et jeunesse (1889 - 1905) La famille Moumé Etia est une famille aristocrate et protestante, issue de la noblesse de Douala et de l’élite intellectuelle du Cameroun.
Isaac Moumé Etia est né le à 19h00 à Ewodi, dans le Nkam, où sa maman se trouvait en voyage. Mais son acte de naissance est enregistré à Deïdo-Douala, lieu de résidence de ses parents. Il est mort le , à son domicile de Bonatéki, Deïdo à Douala. vignette|Isaac Moumé Etia, son épouse la Princesse Christine et leur fils cadet, Abel Moumé Etia en 1927. Isaac Moumé Etia est le fils d’Abraham Etia Tanga Ebelè de Bonatanga, Bonatéki, Deïdo, Douala et de Sikè Mouanjo Moudourou Ebelè de Bonamoudourou, Deïdo, Douala. Il est marié à Christine Mouna Ntonè Ekwalla Eyoum Ebelè, princesse de la Chefferie supérieure de Deïdo, fille du prince Ntonè Ekwalla Eyoum Ebelè, petite-fille du prince Fritz Ekwalla Eyoum Ebelè, Chef supérieur de Deïdo de 1876 à 1877 et arrière petite-fille de Deido Ier Eyum Ebele Charley DIDO, Roi de Bonebela de 1804 à 1876Liste des règnes africains les plus longs. Deux enfants sont issus de cette union : Léopold Moumé Etia et Abel Moumé Etia.
Son père Abraham Etia Tanga Ebelè est un commerçant qui détenait plusieurs points de vente et sillonnait toutes les côtes du littoral, approvisionnant aussi bien la ville de Douala que les localités d'Ewodi, Pongo et Abô, en produits divers : huile de palme, cacao, café...
Il ravitaillait également les Occidentaux. Cette activité commerciale, devenue prospère, lui permet d’assurer le bien-être de sa famille.
Isaac Moumé Etia est inscrit à l’âge de à l’école allemande officielle Mittelschule. Mais il s’ennuie dans cette prestigieuse école européenne qu’il abandonne et demande la permission à son père de rester à la maison, pour se consacrer à l'apprentissage du douala, sa langue maternelle.
En 1895, Isaac Moumé Etia est conduit par sa mère, chez son oncle maternel, Richard Dikoumè Dikonguè de Bonamoudourou qui dirige l’école du gouvernement, afin qu’il y soit admis comme interne. En 1897, le frère de sa maman, Elemè Mouanjo Moudourou Ebelè envoyé par la Mission protestante de Bâle comme moniteur-catéchiste, l’emmène avec lui dans un petit village appelé Yassa, près de Japoma, où il devait exercer ses fonctions. Là-bas, il apprend à lire et à écrire en douala. De retour un an plus tard, il est baptisé protestant à Bonatéki en 1898 et continue ses études à l’école communale de Deïdo.
En 1900, ses parents l’inscrivent à nouveau à l'école officielle qui, à cette époque, se situe à Bonanjo dans le canton Bell, et est dirigée par l'instituteur Frantz Sengat Kouo.
Il avait notamment comme condisciples Ebonguè Akwa (prince héritier des Akwa), Fernand Etinguèlè Meetom, Ejanguè Disonguo, Koloto Nkebe, Toï Ngonton, Kouo Mbonè… Il termine ses études, le .
Carrière administrative (1905 - 1939) Au sein de l'Administration allemande Après avoir obtenu le classement à sa sortie de l’école, la carrière administrative d’Isaac Moumé Etia débute avec son intégration au sein de l’Administration allemande, le , comme écrivain-interprète et responsable de la collecte des impôts au service des finances publiques.
Pour son premier poste, il est affecté au Besirksamt (Bureau du district) à Douala. Une position qui présente bien des avantages, dans la mesure où il est l’un des interlocuteurs privilégiés de l'Administration allemande et l’interface avec la population.
En 1908, il est appelé à offrir ses services au siège du gouvernement allemand à Buéa, jusqu'en 1911. À sa demande, il revient à Douala, en et y travaille jusqu’en 1914.
En 1913, il épouse Christine Mouna Ntonè Ekwalla Eyoum Ebelè, princesse de la Chefferie supérieure de Deïdo, le au temple protestant de Bonatéki et le à l’état civil, le mariage religieux étant à l'époque exigé pour la validité du mariage civil. Son premier enfant, Léopold Moumé Etia, est né le .
En 1914, le gouvernement allemand propose son nom pour diriger un Besirksamt (Bureau de district). Malheureusement, la Première Guerre mondiale éclate.
Au sein de l'Administration britannique Pendant la Première Guerre mondiale, le Cameroun est occupé par les Britanniques, les Français et les Belges. Le pays est ensuite confié à la France et au Royaume-Uni en 1922, sous le mandat de la Société des Nations.
Les Britanniques découpent administrativement leur territoire en deux régions, le Northern Cameroons et le Southern Cameroons, qui sont administrées sous le régime de lindirect rule.
Les autorités autochtones administrent les populations locales selon leurs coutumes, sauf lorsque « celles-ci sont en contradiction avec les principes de la civilisation britannique » et les autorités britanniques, quant à elles, déterminent les grandes orientations et en laissent la mise en œuvre aux autorités locales.
Grâce à sa connaissance des éléments politiques, administratifs et sociaux de son pays, Isaac Moumé Etia est engagé par les Anglais au même titre qu’il l’avait été par les Allemands, mais avec plus de responsabilités. Le CPO (Chief Political Officer) à Douala était Sir Kenneth V. Elphinstone.
À la répartition du Cameroun entre les Français et les Anglais, l’administration britannique lui demande de passer au Cameroun britannique. Il décline cette proposition, préférant rester à Douala. Son travail fut salué et l’appréciation de sa contribution relatée dans diverses publications officielles, dont certaines copies sont archivées à la Cambridge University Press.
Au sein de l'Administration française Le Cameroun français recouvrait l'actuel territoire de la République du Cameroun, à l'exception des régions actuelles du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui faisaient partie du Cameroun britannique.
Lorsque l’Administration française s’est mise en place, Isaac Moumé Etia est invité par M. Fousset Louis-Jacques-Eugène, gouverneur des colonies de l’Afrique-Équatoriale française et M. Victor Dimpault, inspecteur général des colonies, les premiers chefs de la circonscription de Douala, à les assister dans leurs fonctions, qui consistait à administrer, non seulement Douala et ses environs, mais aussi les zones de Yabassi, Mbanga et une partie d’Édéa. Ainsi, de 1911 à 1918, il eut successivement comme chefs de service Messieurs Dimpault et Matthieu.
Isaac Moumé Etia avait une position intéressante au sein de l'Administration française et n'avait pas besoin de laisser-passer pour circuler dans les quartiers réservés aux colons. Il était l'un des rares noirs, avec le prince des Bell, à disposer d'un tel privilège.
Parcours professionnel En 1918, en pleine guerre mondiale, il est le plus gradé des fonctionnaires indigènes et est nommé chef de la subdivision de Yabassi, en remplacement de M. Mathieu, Administrateur des Colonies. Yabassi est une circonscription sensible et stratégique pour l'Administration française, parce que c’est l'une des villes où s'est déroulée une grande bataille de résistance contre l’Administration allemande. Isaac Moumé Etia dirige cette subdivision tout seul, sans l'assistance d'un colon, malgré l’hostilité de certains Occidentaux, qui ne voulaient pas être sous les ordres d’un Noir. Il devient ainsi le premier Africain dans l’Empire colonial français à avoir remplacé un Administrateur des Colonies.
Le , il est père d’un second fils, Abel Moumé Etia et reçoit ensuite plusieurs affectations professionnelles.
Il est nommé en qualité d’écrivain-interprète de à compter du et mis à disposition du chef de la circonscription de Yaoundé, par décision du . Il part ensuite de Yaoundé à Douala, où il est mis à la disposition de l’Administrateur de la circonscription de Douala, par décision du .
En 1920, il est versé dans le cadre local des écrivains-interprètes en qualité d’écrivain-interprète de classe par arrêté du à compter du .
Il est ensuite promu écrivain-interprète principal de à compter du , par arrêté du .
En 1930, il est mis à la disposition du Commissaire spécial de l’Immigration par décision du et est ensuite muté à Kribi, où il est mis à la disposition du chef de la circonscription de Kribi, par décision du .
En 1931, il est encore réaffecté à Douala par décision du .
En 1932, il est mis à la disposition du chef de la circonscription de Dschang par décision en date du 19-7-3 et part de Dschang pour Bafoussam, le , par suite de décision régionale du .
Il revient encore à Dschang le et est déplacé de Dschang à Bafang et à Foumban, par décision du .
Isaac Moumé Etia était ami avec Mathias Djoumessi, monarque de la dynastie à la tête de la chefferie bamiléké de Foréké-Dschang, chez qui il envoyait souvent ses enfants en vacances.
À son arrivée à Foumban en 1933, il se lie également d'amitié avec le roi des Bamouns, le sultan Ibrahim Njoya, autre figure du patrimoine camerounais. La décision de destituer le roi Njoya est prise par l’Administration coloniale, juste au moment où il est muté à Foumban. Convaincu qu’il est victime d’une injustice, Isaac Moumé Etia refuse de rédiger le rapport d'accusation recueilli deux ans plutôt, le , sur lequel l'administration voulait asseoir la déposition du sultan, à la suite d'une campagne de dénigrement des missionnaires à son encontre auprès de l'Administration française, prétendant, entre autres, que le roi des Bamouns arrachait les paupières des chrétiens, pour les empêcher de prier les yeux clos..
Il est mis à la retraite anticipée par arrêté du . Il part de Foumban à Bafang et de Bafang à Douala le , et arrive à Douala le .
Il meurt le au moment où le Gouverneur Richard Brunot, nouveau Commissaire de la République du Cameroun et son chef de cabinet, M. Chaleur, voulaient le réintégrer malgré sa mise à la retraite par son prédécesseur, et lui offrir une place à rétribution fixe à Mbanga, en position de hors-cadre.
L'engagement syndical et citoyen Isaac Moumé Etia est solidaire de ses compatriotes et voulait contribuer à faire évoluer leurs droits. Il n'était pas pour l'action violente mais pensait, disait-il, qu'il fallait « se servir de la loi pour combattre l'injustice ».