Éloïse Delsart, dite Ovidie, née le à Lille, est une réalisatrice, journaliste, écrivaine, chercheuse, enseignante et actrice française.
Elle débute comme actrice pornographique (de 1999 à 2003), expérience qu'elle qualifie d' dans son livre La chair est triste hélas publié en 2023. Elle passe ensuite derrière la caméra, en réalisant d'abord des films X dans la veine de la pornographie féministe, avant de se consacrer exclusivement aux documentaires. Docteure en lettres en 2020, elle est également journaliste et chroniqueuse pour différents médias. Par ailleurs, elle a écrit plusieurs ouvrages, dont la majorité concernent la sexualité ou sa représentation.
Biographie Jeunesse et formation Éloïse Delsart..... naît à Lille, de parents fonctionnairesEmmanuel Poncet, « Major de l'X », Libération, 8 janvier 2002. plutôt à gauche« Ovidie, l'éternelle sex worker », Cheek Magazine, 25 juillet 2016.. Sa mère dirige des établissements psys pour adolescents, son père est proviseur.
Pendant son adolescence, elle milite à l'extrême gauche — elle crée avec son petit ami de l'époque une antenne locale du SCALP (Section carrément anti-Le Pen). — et a des positions féministes pro-sexe. Après un baccalauréat littéraire, elle entame des études de philosophie.
À seize ans, elle découvre la pornographie, sur laquelle elle avait des a priori très négatifs et arrive à la conclusion que le porno peut, au contraire de ce que pensent les féministes traditionnelles, être un outil de libération des femmes« Ovidie : “Le plaisir ne se compte pas en nombre d'orgasmes” », France TV Infos, 18 août 2016.. Elle rompt alors avec la cellule féministe qu'elle fréquentait et se passionne pour le féminisme pro-sexe dont les idées sont incarnées par des personnalités comme l'Américaine Annie Sprinkle.
En 2020, elle obtient un doctorat en sciences humaines et humanités.
Le nom de naissance Éloïse Becht lui a été attribué par erreur par plusieurs médias, Ovidie déclarant que le nom de Becht n'était pas le sien.Elle déclare à Xavier de La Porte, sur France Inter le , dans l'émission Le code a changé, à propos de sa page Wikipédia que : « Becht n'est pas son nom de famille, mais le nom d'une personne avec qui elle était il y a 20 ans ( soit au tout début des années 2000) ». Cela a été repris ensuite par les médias et internet (qui peuvent utiliser et considérer Wikipédia comme une source « fiable »). À écouter sur L'autobiographie numérique d'Ovidie (à partir de la cinquième minute de l'enregistrement audio).Le , sur la RTS, dans Question Q, une émission de Christine Gonzalez, Julien Burri et Stéphane Gabioud, elle fait des déclarations similaires à propos de sa page Wikipédia qui « n'utilise même pas son nom » (le nom de « Becht » et uniquement celui-là, était alors mentionné sur ladite page pendant plusieurs années jusqu'au ). À écouter sur Question Q - Ovidie, libre et radicale (à partir de la trente-sixième minute de l'enregistrement audio)..
Carrière Cinéma et télévision Ovidie a une carrière d'actrice de 1999 à 2003, et de réalisatrice de 2000 à 2010. Elle crée une catégorie de niche pour les films érotiques et artistiques. En tant que documentariste, elle a notamment signé Là où les putains n'existent pas (2018)..
Actrice vignette|Ovidie en 2000 avec John B. Root dans une scène d'un film de ce dernier : XYZ.
Désireuse d'imiter les actrices américaines, elle décide d'approcher le milieu de la pornographie. En 1999, elle rencontre à un salon de la vidéo érotique une collaboratrice de Marc Dorcel, par laquelle elle est (informée) sur le métier. Après cet entretien, elle envoie une lettre de candidature à la maison de production. Peu après elle tourne pour Dorcel son premier film, La Fête à Gigi, réalisé par Alain Payet : elle choisit comme pseudonyme Ovidie, qui est une référence non pas à Ovide comme certains journaux ont pu l'écrire, mais à un personnage de la bande dessinée de Ptiluc, Destin farceur, une rate vivant en marge de la société, personnage dans lequel elle se reconnaît à l'époqueOvidie ("Histoires inavouables") : "Je ne suis pas forcément douée pour créer une excitation.", Actua BD, 24 février 2014.
Au début des années 2000, elle devient très rapidement une vedette du porno français. Remarquée par les médias grand public pour sa personnalité et son look , elle apparaît dans diverses émissions de télévision. Elle se distingue non seulement par son parcours d'étudiante en philosophie, mais aussi par un discours revendicatif — elle se présente comme une — et féministe, qui lui vaut d'être surnommée à l'époque l'. Sa carrière provoque la rupture avec ses anciens amis d'extrême gauche, qui la considèrent comme vendue au patriarcatOvidie : “Je m’intéresse à tous les combats oubliés du féminisme”, Télérama, 6 juillet 2018.
Elle dit alors vouloir . Elle refuse les pratiques sexuelles qu'elle estime dégradantes et exige — dès son deuxième film comme actrice — d'utiliser un préservatif durant les tournages.
En 2003 elle met fin à son activité d'actrice pornographique, pour se concentrer sur son travail de réalisatrice.. Son dernier film en tant qu'actrice X, Katsumi à l'école des sorcières, sort en 2004.
Avant de mettre fin à sa carrière d'actrice, elle tourne pour quelques réalisateurs de films dits « traditionnels » : Le Pornographe de Bertrand Bonello avec Jean-Pierre Léaud (prix international de la critique à Cannes en 2001), Mortel Transfert de Jean-Jacques Beineix, All About Anna, produit par Lars von Trier et La Nuit des horloges réalisé par le cinéaste fantastique Jean Rollin. En 2016, elle fait une apparition dans Saint Amour, de Benoît Delépine et Gustave Kervern, où elle donne la réplique à Benoît Poelvoorde.
Elle assume sa première carrière d'actrice et refuse d'être étiquetée comme une ancienne vedette du X lorsqu'elle est interrogée par les médias sur des sujets sans rapport avec le porno. Elle a, à de multiples reprises, pris la défense des autres actrices de X. Elle a notamment dénoncé, de manière générale, la stigmatisation sociale dont ils font l'objet (par exemple dans le documentaire Rhabillage, 2011) ou la dégradation de leurs conditions de travail (Pornocratie, 2017). Elle a également défendu des actrices faisant l'objet de harcèlement ou d'insultes, qu'il s'agisse de Clara Morgane injuriée à l'occasion de sa grossesseOvidie défend Clara Morgane, Gala, 31 août 2015 ou de Nikita Bellucci, victime de cyberharcèlement.
Réalisatrice En 2000, alors qu'elle est actrice depuis un an et n'a encore que dix-neuf ans, elle passe à la réalisation pour le compte des productions Marc Dorcel, avec Orgie en noir, qui pastiche les films d'horreur et le style d'Ed WoodPour une pornographie féministe, vacarme.org, 26 avril 2001. Par la suite, elle cesse d'apparaître dans ses propres filmsLes deux principales exceptions sont Le Point G (2007), dans lequel elle a une scène hard où on la voit masturber l'actrice Cecilia Vega et Liberté sexuelle (2012), dans lequel elle joue un rôle important mais ne participe pas aux scènes hard., tout en continuant pendant un temps à jouer dans les films d'autres réalisateurs. L'année suivante, Dorcel produit son film Lilith, avec lequel elle aborde la pornographie féministe et qu'elle considère comme son premier long-métrage abouti. Elle s'intéresse ensuite à l'éducation sexuelle, avec Sexualité : mode d'emploi (Blue One, 2001), puis Le Point G (V. Communications, 2007).
En 2009, elle coréalise avec Jack Tyler le film Histoires de sexe(s), qui ambitionne de montrer des scènes de sexe plus réalistes qu'à l'accoutumée et de décrire les différences de perception de la sexualité chez les hommes et les femmes. Destiné par ses auteurs à une sortie en salles, le film est classé X par le CNC.. Le ministère de la culture invalide ensuite ce classement, ce qui fait d'Histoires de sexe(s) un film sans visa d'exploitation. Diffusé sur Canal+ dans la tranche horaire destinée au X, il obtient le meilleur taux d'audience de la chaîne depuis trois ans, avec trois fois plus de téléspectatrices que d'habitude.
Ovidie continue ensuite de réaliser des films X pour Canal+. En 2010, elle persiste dans la création d'un genre hybride à mi-chemin entre la comédie de mœurs et le film pornographique pour couples, en réalisant Infidélité, un film abordant la crise de la quarantaine et le déclin du désir. Puis en 2012 avec Liberté sexuelle, un film qui s'interroge sur la télé-réalité et le sexe communautaire (dans lequel elle apparaît, uniquement habillée). Elle réalise ensuite en 2013 Pulsion, dans lequel apparaissent le critique de cinéma Christophe Bier et l'animateur Daniel Morin. En 2014, elle réalise Le Baiser, un film X avec l'actrice féministe pro-sexe américaine Madison Young, dans lequel elle cherche à donner une image réaliste de la bisexualité féminine, qu'elle estime très mal représentée dans le porno mainstream..
En 2016, elle coréalise avec Dist de Kaerth X-Girl contre Supermacho, film pornographique en deux volets avec la vedette américaine Stoya. Les deux parties du film montrent respectivement une vision féminine (réalisée par Ovidie) et une vision masculine (réalisée par Dist de Kaerth)Canal+.
Dans le cadre de sa carrière X, Ovidie a remporté deux trophées comme actrice et douze comme réalisatrice, dont deux Hot d'or d'honneur en 2001 et 2009, le Hot d’or du meilleur scénario en 2001, le prix du film de l'année aux Feminist Porn Awards 2013, et de la meilleure réalisation aux Feminist Porn Awards 20142014 FPA Winners | Good For Her - Toronto Sex Store and Workshops.
Son dernier film pour adultes est réalisé en 2017 : Chloé, l'embrasement....
En , Canal + diffuse sa première fiction non-pornographique, Un jour bien ordinaire, un court-métrage coréalisé avec Corentin Coëplet, avec Benjamin Biolay, Romane Bohringer, Pablo Cobo, Anne Benoît, Nina Roberts et Catherine Corringer..
Documentariste De à , Ovidie est directrice des programmes de la chaîne d'éducation sexuelle pour couples Frenchlover TV diffusée sur Canal Satellite. Elle y réalise plus de 200 films pour adultes à caractère éducatifOvidie Officiel - Filmographie. Elle quitte la chaîne en .
À partir de 2011, elle se tourne vers le genre documentaire en réalisant Rondes et Sexy, un film de 52 minutes sur la sexualité des femmes en surpoids. Elle signe également Le Sexe écolo, un 26 minutes sur l'impact de la sexualité sur l'environnementOvidie tourne pour France 2, Télé Loisirs, 15 mars 2015.
En 2011, elle réalise pour l'émission Envoyé spécial (France 2) Rhabillage, un reportage de 35 minutes vu par cinq millions de téléspectateursOvidie, ex-star du porno, fait grimper l’audience d’Envoyé spécial, produit par Jean-Jacques Beineix, qui se penche sur les discriminations sociales que subissent les anciennes stars du X, tant d'un point de vue professionnel que familial et affectif. Ces discriminations affectant plus les actrices que les acteurs, le film s'interroge sur le sexisme en général et sur la non-acceptation de la libération sexuelle féminine. Le reportage contient des témoignages d'anciennes vedettes du porno, Nina Roberts, Nomi, Eliska Cross et Brigitte LahaieAgnès Giard, Y'a-t-il une vie après le X ?, blog Les 400 culs sur Libération, 24 novembre 2011.
En , France 2, dans l'émission Infrarouge, diffuse son documentaire À quoi rêvent les jeunes filles, produit par Christophe Nick, qui s'interroge sur l'impact des nouveaux médias sur le rapport au corps ainsi que sur la sexualité des enfants du numérique, et plus précisément celle des jeunes filles de la génération Y"À quoi rêvent les jeunes filles ?" le documentaire d'Ovidie sur les femmes qui ont grandi avec Internet et leur rapport au sexe, Les Inrockuptibles, 20 juin 2015.