Le Cabo Santa Maria est un cargo de ligne espagnol construit à Carthagène par l'Empresa Nacional Bazán. Lancé le 20 décembre 1955 sous le nom d’Hernando de Solís, il entre en service en 1957 comme Díaz de Solís pour la Naviera Comercial Aspe. Acquis et renommé par Ybarra y Compañía en 1963 ou 1964 — les registres divergent d'un an —, il prend alors le nom de Cabo Santa Maria.

Le 1 septembre 1968, au cours d'un voyage vers l'Amérique du Sud, il s'échoue dans la baie de Salinas, sur la côte nord de l'île de Boa Vista, au Cap-Vert. La presse espagnole contemporaine identifie son commandant comme le capitaine Fernando Sabín et indique que les 37 membres de l'équipage sont sains et saufsUne reconstitution publiée en 2018 donne « Fernando de Solis », tandis que la presse espagnole contemporaine nomme le commandant « don Fernando Sabín ». Hernando de Solís et Díaz de Solís sont par ailleurs les deux anciens noms du cargo.. Les tentatives de renflouement échouent et le navire est déclaré perte totale. Son épave, demeurée près du rivage, devient un symbole visuel de Boa Vista et donne à la plage le nom populaire de praia de Cabo de Santa Maria.

Construction et caractéristiques

Le navire appartient au type Y du plan de constructions nouvelles de l'Empresa Nacional Elcano. Cette série comprend quatre cargos rapides : les deux premiers sont construits à Cadix et les deux suivants, dont le Y-3 appelé à devenir le Cabo Santa Maria, dans l'établissement de Carthagène de l'Empresa Nacional Bazán.

Le Y-3 est mis à l'eau le 20 décembre 1955 sous le nom d’Hernando de Solís. Pendant sa construction, il est vendu à la Naviera Comercial Aspe et reçoit avant son entrée en service le nom de Díaz de Solís. Ses essais ont lieu à Carthagène le 2 janvier 1957 ; il y atteint une vitesse corrigée de 17,95 nœuds.

Il mesure 131,40 m de longueur hors tout, 122 m entre perpendiculaires et 17,20 m de largeur, pour un creux de 10,83 m. Son déplacement prévu à pleine charge est de 10 950 t et son port en lourd de projet de 7 000 t. Ses cinq cales offrent 11 197 m³ pour les marchandises en balles. Un moteur Diesel Sulzer 10-SD-72 de dix cylindres, développant 7 300 ch à 125 tours par minute, entraîne une hélice ; la vitesse de service prévue est de 16,5 nœuds. Les aménagements comprennent douze places pour passagers et une dotation de 38 personnes.

Carrière commerciale

+ Noms et exploitation du navire Période Nom Armateur ou opérateur Situation 1955–1957 Hernando de Solís Empresa Nacional Elcano Nom de lancement pendant la construction ; vendu à Navicoas avant l'entrée en service 1957–1963/64 Díaz de Solís Naviera Comercial Aspe (Navicoas) Entrée en service et première période commerciale 1963/64–1968 Cabo Santa Maria Ybarra y Compañía Ligne Méditerranée–Brésil–Río de la Plata ; perte totale à Boa Vista

Les histoires de flotte postérieures situent en 1964 l'acquisition du Díaz de Solís et de son navire jumeau Pedro de Valdivia par Ybarra y Compañía, qui les renomme respectivement Cabo Santa Maria et Cabo Santa Marta. Le Lloyd's Register de 1968 porte cependant la mention de l'ancien nom «Diaz de Solis-63» ; les sources publiées ne permettent donc pas d'établir si le changement au registre et le transfert d'entreprise ont eu lieu la même année.

Ce registre donne 4 972 tjb, 2 849 tjn et 6 265 t de port en lourd, ainsi que le numéro officiel 508975 et l'indicatif EAQS. Les 7 000 t publiées dans la documentation technique correspondent au port en lourd de projet. Une photographie conservée par le Musée maritime de Barcelone montre le Cabo Santa Maria, ancien Díaz de Solís, amarré à Barcelone sous les couleurs de Ybarra.

Échouement à Boa Vista

Les inventaires du fonds Ybarra aux Archives historiques provinciales de Séville recensent les manifestes et connaissements du voyage numéro 28 à l'aller, chargés successivement à Tarragone, Barcelone, Marseille, Gênes, Carthagène, Algésiras, Séville et Cadix. Les destinations comprennent Rio de Janeiro, Santos, Montevideo et Buenos Aires. Ils signalent également des déclarations du capitaine et de l'équipage, des journaux de navigation et les dossiers des opérations de sauvetage et de liquidation de l'avarie.

Le Cabo Santa Maria quitte Santa Cruz de Tenerife le 29 août 1968 à destination de Rio de Janeiro. Dans la nuit du 31 août au 1 septembre, il s'échoue sur un banc de sable de la baie de Salinas, sur la côte nord de Boa Vista. Une dépêche publiée le 10 septembre indique que le bâtiment est commandé par le capitaine Fernando Sabín, que ses 37 membres d'équipage sont sains et saufs et que des cartes marines sont demandées d'urgence pour les opérations de renflouement.

La cause de l'accident n'a pas été rendue publique de manière concluante. Une reconstitution capverdienne publiée cinquante ans plus tard mentionne diverses hypothèses, mais précise qu'elles n'ont jamais été établies. Le premier remorqueur venu de Mindelo ne parvient pas à dégager le cargo. D'autres tentatives se succèdent, mais aucune ne permet de le remettre à flot.

Le catalogue du fonds Ybarra décrit les déclarations du capitaine, des copies des journaux de navigation, la liste de l'équipage et la correspondance de sauvetage. Il documente aussi une tentative du remorqueur océanique Tasman Zee entre le 23 novembre 1968 et le 24 janvier 1969, suivie d'un rapport technique daté du 18 février 1969.

Déchargement et mémoire locale

À la fin de septembre 1968, la décision est prise de débarquer quelque 1 720 t de marchandises. L'absence de route et le manque de moyens mécaniques imposent une longue opération, en grande partie manuelle, à laquelle participe une part importante de la population de Boa Vista. La cargaison comprend notamment des machines, des engrais, des produits chimiques et des denrées. Dans un contexte de sécheresse et de pénurie, une partie des aliments parvient aux habitants ; la mémoire locale en conserve l'image d'un « pão por Deus », une provision providentielle.

vignette|Le campanile de la Cathédrale de Brasilia. Les sources ne permettent pas d'établir que ses cloches actuelles soient les mêmes pièces physiques que celles transportées en 1968.

Quatre cloches de bronze destinées à la Cathédrale de Brasilia figurent parmi les éléments les plus remarqués de la cargaison. La presse de 1968 donne un poids total de 8 200 kg et les noms Santa María, Niña, Pinta et Pilarica. Les récits postérieurs divergent sur le sort matériel exact de ces cloches ; il n'est donc pas établi que les pièces actuellement suspendues au campanile soient celles qui se trouvaient à bord.

Épave et héritage

vignette|Les restes structurels du Cabo Santa Maria en janvier 2023, après plus d'un demi-siècle d'exposition à la houle et à la corrosion.

La plage, auparavant appelée praia de Atalanta d'après le naufrage d'un autre navire, commence après septembre 1968 à être désignée populairement comme praia de Cabo de Santa Maria. Le nom peint sur la proue du cargo, très visible depuis le rivage, s'inscrit ainsi dans la toponymie locale. L'épave devient ensuite un symbole de Boa Vista et l'un des paysages les plus photographiés du Cap-Vert.

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi

Boa Vista (Cap-Vert) Liste d'épaves émergées

Liens externes

Notice du dossier C-Y/1173 du Cabo Santa Maria dans @rchivAWeb, Junta de Andalucía Photographie historique du Cabo Santa Maria à Barcelone au Musée maritime de Barcelone

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