Le Tour de Corse 1980 ( Tour de Corse), disputé du 23 au , est la quatre-vingt-cinquième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la dixième manche du championnat du monde des rallyes 1980.
Contexte avant la course Le championnat du monde
Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes se dispute sur une douzaine de manches, dont les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Parallèlement au championnat des constructeurs, la Commission Sportive Internationale (CSI) a depuis 1979 créé un véritable championnat des pilotes qui fait suite à la controversée Coupe des conducteurs instaurée en 1977, dont le calendrier incluait des épreuves de second plan. Pour la saison 1980, la CSI a exclu les manches suédoise et finlandaise du championnat constructeurs, ces deux épreuves comptant uniquement pour le classement des pilotes. Huit des douze manches du calendrier se disputent en Europe, deux en Afrique, une en Amérique du Sud et une en Océanie. Elles sont réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales
La saison 1980 a été dominée par Fiat, en passe de remporter un troisième titre des constructeurs avec ses 131 Abarth. Le constructeur italien s’est imposé à quatre reprises cette saison avec Walter Röhrl (Monte-Carlo, Portugal, Argentine et San Remo) et compte également une victoire aux 1000 lacs (uniquement dans le cadre du championnat des pilotes), avec Markku Alén. En l’absence de Ford et de Mercedes-Benz en Corse, Datsun est la seule marque pouvant encore battre Fiat, mais avec 37 points de retard la tâche semble presque impossible pour les berlines 160J groupe 2, surtout à l’aise sur les pistes difficiles telles celles du Safari ou de Nouvelle-Zélande où leur robustesse a grandement contribué à leur succès. Côté pilotes, malgré l’absence de ses plus dangereux rivaux et bien que les chances de victoire de la Datsun de Timo Salonen en Corse soient pratiquement nulles, Röhrl a tenu à ajouter cette épreuve à son programme, un classement dans les neuf premiers lui assurant le titre.
L'épreuve
C’est en 1956 que deux passionnés de sport automobile, le comte Peraldi et le docteur Jean Sermonard, créèrent le Tour de Corse, rallye automnal se déroulant intégralement sur l’Île de Beauté, le parcours alternant à l’origine entre pistes en terre et routes goudronnées. Dès le début des années 1960, l’épreuve (rapidement surnommée « rallye aux 10000 virages » en raison de son parcours très accidenté) profita de l’amélioration du réseau routier de l’île et se disputa intégralement sur asphalte. Devenue internationale, l’épreuve fut intégrée au calendrier du championnat d’ Europe, puis à celui du championnat du monde des constructeurs lors de sa création en 1973. S’étant imposé à cinq reprises entre 1970 et 1979, Bernard Darniche y détient le record de victoires.
Le parcours thumb|right|alt=Place d'Austerlitz|Comme en 1979, le départ sera donné place d'Austerlitz, à Ajaccio. départ : d'Ajaccio arrivée : à Ajaccio vérifications techniques : le à Ajaccio distance : 1602,6 km, dont 1128 km sur 18 épreuves spéciales (dont 13 à temps imparti) surface : asphalte Parcours divisé en deux étapesRevue L'Automobile n°414 - décembre 1980
Première étape Ajaccio - Muracciole - Bastia, du 23 au 791,6 km dont 551,1 km sur 10 épreuves spéciales
Deuxième étape Bastia - Saint-Roch - Quenza - Ajaccio, du 24 au 811 km dont 576,9 km sur 8 épreuves spéciales
Les forces en présence Fiat L'usine aligne trois 131 Abarth groupe 4 pour Walter Röhrl, Attilio Bettega et Bernard Darniche. Il s'agit des versions allégées (920 kg), dotées de suspensions à ressorts courts, pour l'asphalte. Leurs moteurs deux litres seize soupapes à injection Kugelfischer développent 225 chevaux à 7500 tr/min. Au côté des voitures officielles, l'écurie Fiat France dirigée par Jean Vinatier a engagé deux modèles presque identiques (pesant cependant près d'une tonne) pour Jean-Claude Andruet et Michèle Mouton. Les Fiat utilisent des pneus Pirelli.
Datsun Même si ses chances de rattraper Fiat au championnat, Datsun a tenu à engager deux berlines 160J groupe 2 en Corse, confiées à Timo Salonen et Andy Dawson. Avec seulement 190 chevaux, ces voitures de 990 kg ne peuvent s'imposer à la régulière sur les routes corses, mais peuvent toutefois obtenir un excellent résultat dans leur catégorie. Les Datsun sont chaussées de pneus Kléber pour cette courseRevue Auto hebdo - 30 octobre 1980.
Renault thumb|left|alt=Renault 5 Turbo|Une Renault 5 Turbo de route, base de la version groupe 4 développée par Renault Sport. Renault Sport fait débuter en championnat du monde sa nouvelle Renault 5 Turbo, homologuée en groupe 4 depuis septembre. Elle est aux mains de Jean Ragnotti, qui en a assuré la mise au point et qui, sans des problèmes de collecteur d'échappement et d'allumage, l'aurait imposée au dernier Tour autoRevue Auto hebdo - 25 septembre 1980. Cette voiture de 925 kg est équipée d'un moteur quatre cylindres de 1397 cm3, placé en position centrale arrière. Alimenté par un système d'injection Bosch K-Jetronic et muni d'un turbocompresseur Garrett T3, il développe 250 chevaux à 6000 tr/min. Le concessionnaire Renault de Bastia a de son côté engagé trois de ces modèles pour Jean-Pierre Manzagol, Francis Serpaggi et Claude Balesi, dans des versions toutefois plus sages (moins de 200 chevaux) que le modèle d'usine. L'équipe Gitanes aligne une voiture identique, mise au point par le préparateur Arthur Bozian, pour Bruno Saby. Tous utilisent des pneus Michelin.
Opel En l'absence des voitures de l'Euro Händler Team, forfait, la seule Ascona 400 groupe 4 présente en Corse est celle engagée par l'équipe Simon-Clarr Racing, préparée par Edmond Simon, aux mains de Jean-Louis Clarr. Pesant environ 1100 kg, elle dispose d'un moteur quatre cylindres de 2420 cm3, avec distribution par double arbre à cames en tête et seize soupapes. Alimenté par deux carburateurs double-corps Weber, il délivre 245 chevaux à 6900 tr/min. Le pilote français avait débuté sur cette voiture au dernier Tour de France, mais n’avait alors pu exploiter tout son potentiel faute de suspensions adaptées à l’asphalte ; quelques améliorations ont depuis été apportées, mais l’auto manque encore de mise au point sur ce terrain. La marque allemande est également représentée dans les groupes 1 et 2, de nombreux pilotes amateurs alignant des Ascona ou des Kadett GT/E dans ces catégories.
Talbot thumb|right|alt=Sunbeam Lotus|La Talbot Lotus groupe 2 Comme au dernier rallye Sanremo, Talbot a engagé deux Sunbeam Lotus groupe 2 (environ une tonne en version asphalte, moteur quatre cylindres seize soupapes de 2200 cm3 alimenté par deux carburateurs double-corps, 250 chevaux) pour Guy Fréquelin et Henri Toivonen. Après avoir participé aux reconnaissances de l'épreuve avec son coéquipier, Toivonen a toutefois renoncé à prendre le départ, estimant que son copilote Antero Lindqvist et lui-même n'avaient pas acquis suffisamment d'expérience sur ce terrain difficile. Une seule Talbot Lotus officielle est donc présente, chaussée de pneus Michelin.
Porsche Esso a engagé deux Porsche 911 SC groupe 4 préparées chez Alméras (moteur six cylindres en porte-à-faux arrière, trois litres de cylindrée, 280 chevaux), pour Jean-Luc Thérier et Alain Coppier. De nombreux pilotes indépendants s’alignent sur des 911 SC de série (une voiture pratiquement imbattable en groupe 3), les plus en vue étant Francis Vincent, Jean-Pierre Ballet, Pierre-Louis Moreau et Christian Gardavot.
Peugeot Esso est également présent en catégorie ‘Diesel’, avec deux 505 SRD groupe 2 confiées à Claude Laurent et Christian Dorche.
Déroulement de la course Première étape Ajaccio - Bicchisano - Liamone - Ajaccio Les 122 équipages s’élancent de la place d'Austerlitz d'Ajaccio le jeudi soir, pour une boucle passant par Bicchisano, Liamone, Prunelli et Aullène. Les pluies qui ont sévi avant le départ ont rendu les routes très glissantes. Le premier tronçon chronométré est relativement court mais permet déjà à Jean Ragnotti et sa Renault 5 Turbo de prendre une sérieuse avance sur ses adversaires, le pilote de Renault-Sport reléguant la Talbot de Guy Fréquelin, son suivant immédiat, à quatorze secondes en seulement dix kilomètres ! Juste derrière viennent les quatre Fiat de Jean-Claude Andruet, Attilio Bettega, Michèle Mouton et Bernard Darniche, qui se tiennent en quelques secondes. Ragnotti enfonce le clou dans la seconde épreuve spéciale, sur les soixante-neuf kilomètres entre le hameau d'Acqua Doria et le village de Bicchisano, secteur où il rattrape et laisse littéralement sur place les trois voitures qui le précédaient au départ : la Fiat de Walter Röhrl, la Talbot de Guy Fréquelin et la Datsun de Timo Salonen, parties respectivement une minute, deux minutes et trois minutes avant lui ! Seul Andruet parvient à limiter les dégâts, le pilote Fiat-France, concédant tout de même quarante-cinq secondes sur ce tronçon, prenant la deuxième place du classement général devant Bettega et Mouton. Fréquelin a rétrogradé en sixième position, juste devant la Porsche de Jean-Luc Thérier, en proie à des problèmes de freins qui seront rapidement réglés par son assistance. Au cours de la nuit Ragnotti va rapidement porter son avance sur Andruet à près de deux minutes mais une crevaison dans la cinquième épreuve spéciale, entre Liamone et Suaricchio, va lui faire perdre six minutes et trois places au classement. Andruet regagne le parc fermé d'Ajaccio en tête, avec un peu plus d'une demi-minute d'avance sur Darniche. Une crevaison lente l'ayant ralentie dans les derniers kilomètres prive Michèle Mouton, auteur d'excellentes performances dans les secteurs précédents, de la seconde place provisoire, la Française se retrouvant finalement cinquième derrière Fréquelin (qui domine largement le groupe 2) et Ragnotti. Bettega, retardé par un problème de distribution, est sixième juste devant son coéquipier Röhrl et la Porsche de Thérier, ce dernier ayant été considérablement gêné par des émanations d'essence dans l'habitacle. Sorti de la route à Olivese, Salonen n'a pu continuer : son abandon assure à Röhrl le titre de champion du monde 1980, quelle que soit l'issue de la course.
+ classement au regroupement d'Ajaccio Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Jean-Claude Andruet 'Biche' Fiat 131 Abarth 4 2 h 49 min 28 s 2 Bernard Darniche Alain Mahé Fiat 131 Abarth 4 2 h 50 min 03 s + 35 s 3 Guy Fréquelin Jean Todt Talbot Sunbeam Lotus 2 2 h 52 min 13 s + 2 min 45 s 4 Jean Ragnotti Jean-Marc Andrié Renault 5 Turbo 4 2 h 53 min 18 s + 3 min 50 s 5 Michèle Mouton Annie Arrii Fiat 131 Abarth 4 2 h 53 min 22 s + 3 min 54 s 6 Attilio Bettega Arnaldo Bernacchini Fiat 131 Abarth 4 2 h 53 min 59 s + 4 min 31 s 7 Walter Röhrl Christian Geistdörfer Fiat 131 Abarth 4 2 h 55 min 22 s + 5 min 54 s 8 Jean-Luc Thérier Michel Vial Porsche 911 SC 4 2 h 55 min 42 s + 6 min 14 s 9 Jean-Louis Clarr Jean-François Fauchille Opel Ascona 400 4 2 h 56 min 37 s + 7 min 09 s 10 Alain Coppier Josépha Laloz Porsche 911 SC 4 2 h 59 min 14 s + 9 min 46 s 11 Bruno Saby 'Tilber' Renault 5 Turbo 4 3 h 00 min 22 s + 10 min 54 s 12 Jean-Pierre Manzagol Jean-François Filippi Renault 5 Turbo 4 3 h 00 min 32 s + 11 min 04 s 13 Jean-Pierre Ballet Gérard Kerespert Porsche 911 SC 3 3 h 01 min 24 s + 11 min 56 s 14 Andy Dawson Kevin Gormley Datsun 160J PA10 2 3 h 06 min 22 s + 11 min 54 s 15 Robert Simonetti Daniel Rognoni Porsche 911 SC 4 3 h 07 min 03 s + 17 min 35 s 16 Francis Vincent Willy Huret Porsche 911 SC 3 3 h 08 min 51 s + 19 min 23 s
Ajaccio - Muracciole - Bastia