La crise américano-iranienne de 2019-2020 est un conflit asymétrique opposant les États-Unis et l'Iran du au .

Principaux alliés du gouvernement irakien lors du conflit mené contre l'État islamique entre 2013 et 2017, les États-Unis et l'Iran se déchirent rapidement après la proclamation de la victoire sur les djihadistes. En 2018, Washington se retire unilatéralement de l'Accord de Vienne sur le nucléaire iranien et rétablit ses sanctions contre l'Iran. Téhéran accroît pour sa part son influence en Irak, notamment par le biais de milices chiites des Hachd al-Chaabi soutenues par les Gardiens de la révolution islamique.

En , l'Iran abat un drone américain au-dessus du détroit d'Ormuz. Fin 2019, les États-Unis accroissent les sanctions économiques, l'Iran et l'Irak sont touchés par de vastes manifestations anti-gouvernementales, des milices pro-iraniennes mènent des attaques en Irak contre des cibles américaines et l'armée américaine attaque officiellement des cibles militaires iraniennes. L'ensemble provoque des réactions internationales importantes : des soutiens aux deux parties prenantes, des demandes d'apaisement et une plainte auprès de l'ONU.

Contexte En 2018, le retrait unilatéral des Américains sur l'Accord de Vienne sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions contre l'Iran provoque une dégradation des relations entre les États-Unis et l'Irak. En , le président français Emmanuel Macron tente de faire baisser les tensions lors du sommet du G7 de Biarritz en invitant le ministre des affaires étrangères iranienCédric Pietralunga et Marc Semo, G7 : Emmanuel Macron à la manœuvre sur l’Iran et les autres dossiers brûlants, Le Monde, 26 août 2019. Mais en septembre, après l'attaque d'Abqaïq et de Khurais, le président américain Donald Trump accentue les sanctions économiques en déclarant qu'elles sont « les plus sévères jamais imposées à un pays »Iran : Donald Trump annonce "les sanctions les plus sévères jamais imposées à un pays", Europe 1 avec AFP, 20 septembre 2020..

Manifestations iraniennes (2019)

À la fin de l'année 2019, l'Irak et l'Iran sont touchées par d'importantes manifestations anti-gouvernementales. En Iran, le mouvement de protestation démarre le . Déclenché par une hausse du prix de l'essence, il se transforme en un mouvement de contestation contre la République islamique. Des portraits du Guide de la Révolution, l'ayatollah Ali Khamenei, et du général Qassem Soleimani sont brûlés. Les autorités coupent internet et mènent une violente répressionGhazal Golshiri , Avec le retour d’Internet, les Iraniens découvrent l’ampleur de la répression, Le Monde, 26 novembre 2019.Soulayma Mardam Bey, Pourquoi l’Iran risque de fermer complètement la parenthèse révolutionnaire, OLJ, 6 janvier 2020.. Des massacres sont commis par les Gardiens de la révolution islamiqueGhazal Golshiri, Iran : retour sur un massacre dans le sud du pays, Le Monde, 7 décembre 2019.. Fin , le bilan de la répression est estimé entre 300 et Le bilan de la répression en Iran atteindrait - sources, Reuters, 23 décembre 2019..

Manifestations et guerre civile irakiennes (2019-2020)

En Irak, les manifestations se concentrent à Bagdad et dans le sud du pays, majoritairement chiite, tandis que le nord, majoritairement sunnite et durement touché par la guerre contre l'État islamique, reste à l'écart de la contestationSoulayma Mardam Bey, Pourquoi les Arabes sunnites ne rejoignent pas massivement la contestation irakienne, OLJ, 4 décembre 2019.. Les protestataires réclament des mesures économiques et dénoncent la tutelle que l'Iran exerce sur le pays. Le général iranien Qassem Soleimani, commandant en chef de la Force Al-Qods, les forces spéciales du corps des Gardiens de la révolution islamique, est alors dépêché en IrakEn Irak, une génération est broyée et le système remis en cause, Médiapart, 19 décembre 2019.. Sous son commandement, les milices pro-iraniennes des Hachd al-Chaabi participent activement à la répression, ouvrant le feu sur les manifestantsHélène Sallon, « On doit rester unis jusqu’à la chute du régime » : à Bagdad, la contestation de la place Tahrir résiste à la répression, Le Monde, 2 novembre 2019.Irak: un militant assassiné en , l'ONU accuse des "milices", AFP, 11 décembre 2019.. Dans plusieurs villes, les protestataires réagissent en incendiant les sièges de milices pro-iraniennesCortège funéraire et incendies en Irak en pleine révolte, AFP, 26 décembre 2019.. Moqtada al-Sadr apporte son soutien aux protestataires et fait déployer ses miliciens des Brigades de la paix pour protéger les manifestationsHélène Sallon, « Nous sommes prêts à manifester indéfiniment » : en Irak, la mobilisation contre le gouvernement reprend dans le sang, Le Monde, 26 octobre 2019.. Le très influent ayatollah Ali al-Sistani prend également la défense des manifestants et appelle la classe politique à des réformesHélène Sallon, En Irak, l’ayatollah Ali Al-Sistani soutient la contestation, Le Monde, 23 novembre 2019.. Le , le Premier ministre Adel Abdel-Mehdi annonce sa démissionEn Irak, le premier ministre Adel Abdel Mahdi annonce sa démission, Le Monde avec AFP, 29 novembre 2019.. Les factions pro-iraniennes poussent alors pour nommer Qoussaï al-Souheil à sa succession, mais le président de la République Barham Salih oppose un véto catégoriqueLa révolte populaire reprend en Irak, toujours sans premier ministre, Le Monde avec AFP, 23 décembre 2019.. À la fin de l'année 2019, le bilan des manifestations en Irak est de et .

En 2019, la coalition internationale menée par les États-Unis est toujours présente en Irak, où elle poursuit ses opérations contre les cellules de l'État islamique. En plus des américains, 600 Italiens, 500 Canadiens, 400 Britanniques, 200 Français, 120 Allemands et 14 Roumains sont présents dans le paysForces étrangères en Irak: qui part, qui reste?, RFI, 8 janvier 2020.Irak: L'Italie va maintenir sa présence militaire, 20 Minutes avec AFP, 8 janvier 2020.. Selon l'agence Thomson Reuters, à la mi-, lors d'une réunion à Bagdad, alors que l'Irak commence à être en proie aux manifestations antigouvernementales, le général Qassem Soleimani aurait donné pour instruction aux milices chiites de mener des attaques contre des cibles américaines afin de provoquer des ripostes de la part de Washington et diriger la colère des Irakiens vers les États-UnisLe plan de Soleimani pour intensifier les attaques contre les forces US en Irak dévoilé par Reuters, OLJ, 5 janvier 2020.. Il donne également l'ordre aux Gardiens de la Révolution de transférer des roquettes Katioucha et des missiles sol-air portatifs aux Kataeb Hezbollah, qui sont chargées de coordonner ces attaques. En novembre et , une dizaine d'attaques frappent des cibles américaines. Ces actions, non revendiquées, sont imputées par les Américains aux milices pro-iraniennes. Elles font un mort et plusieurs blessés dans les rangs de l'armée irakienne et provoquent des dégâts matériels jusqu'aux abords de l'ambassade américaine. Fin 2019, la présence de l'armée américaine, sollicitée en 2014 par le gouvernement irakien, est remise en cause, notamment par l'Alliance Fatah, une coalition parlementaire formée par les factions pro-iraniennes des Hachd al-Chaabi. Depuis la fin de la seconde guerre civile irakienne, l'influence de l'Iran sur les institutions politiques et l'économie du pays s'est accrue, au détriment des États-UnisEn Irak, l'"aventurisme" de Washington ravive les douloureux souvenirs de l'occupation, AFP, 4 janvier 2020..

Déroulement

Attaques des milices chiites pro-iraniennes Le , 36 roquettes s'abattent sur la base K1 à Kirkouk, où sont présents des militaires américainsUn Américain tué par des roquettes dans l'Irak en crise, AFP, 28 décembre 2019. Un sous-traitant américain est tué et plusieurs militaires sont blessés dans cette attaque, d'une ampleur alors sans précédent.

Le , les États-Unis ripostent en bombardant cinq sites tenus par les Kataeb Hezbollah, une des principales factions pro-iraniennes des Hachd al-Chaabi, accusées d'être responsables de l'attaque de la base K1. Les F-15 frappent trois sites dans l'ouest de l'Irak et deux dans l'est de la Syrie, tuant au moins 25 combattants de la milice et faisant Hélène Sallon, Risque d’escalade entre les États-Unis et les milices chiites en Irak, Le Monde, 30 décembre 2019.Irak : les représailles américaines font , Le Point avec AFP, 30 décembre 2019.Frédéric Autran, Irak : derrière les frappes américaines, l’ombre du conflit avec l’Iran, Libération, 30 décembre 2019.. Les frappes sont condamnées par le gouvernement irakien.

Le , des milliers de miliciens et de partisans des Kataeb Hezbollah pénètrent dans l'enceinte de l'ambassade des États-Unis à Bagdad, brûlant plusieurs installations avant de se retirer de la zone verte sous la pression des autorités irakiennes« Mort à l’Amérique » : des manifestants attaquent l’ambassade américaine à Bagdad après des raids, Le Monde avec AFP et Reuters, 31 décembre 2019.Hélène Sallon, Les milices chiites irakiennes proches de l’Iran défient Washington, Le Monde, 31 décembre 2019.Hélène Sallon, En Irak, les États-Unis pris au piège de l’escalade des violences face aux milices chiites et à l’Iran, Le Monde, 2 janvier 2020.. Le , le président américain Donald Trump menace l'Iran, affirmant le tenir pleinement responsable des précédentes attaquesAprès l'attaque de l'ambassade des États-Unis à Bagdad, Donald Trump menace l'Iran, L'Express avec AFP, janvier 2020.. Il assure cependant ne pas vouloir d'une guerrePhilippe Coste, Assassinat de Soleimani: la décision surprise de Trump, Libération, 3 janvier 2020..

Attaque américaine

Le , un drone américain mène une frappe ciblée près de l'aéroport international de Bagdad et tue le général iranien Qassem Soleimani, commandant en chef de la Force Al-Qods, Abou Mehdi al-Mouhandis, le chef des Kataeb Hezbollah et de la branche militaire des Hachd al-Chaabi, quatre officiers iraniens et quatre membres du HachdAmir Havasi, Iran Threatens Revenge As It Mourns Guards Killed By US, International Business Times, 3 janvier 2020.Les États-Unis tuent le puissant général iranien Ghassem Soleimani dans une frappe en Irak, Le Monde avec AFP et Reuters, 4 janvier 2020.. La mort de Soleimani provoque une véritable onde de choc et l'Iran promet une « vengeance »Ghazal Golshiri, En Iran, l’assassinat de Ghassem Soleimani par les États-Unis unit toutes les factions, Le Monde, 3 janvier 2020.Allan Kaval, Après l’assassinat du général Soleimani par les États-Unis, l’Iran s’interroge sur ses représailles, Le Monde, 4 janvier 2020.. Le gouvernement irakien condamne le raid américain et Moqtada al-Sadr déclare qu'il réactive l'Armée du Mahdi. De son côté, Washington annonce le déploiement de en renfort au Moyen-Orient et que l'ambassade américaine à Bagdad appelle ses ressortissants à quitter « immédiatement » l'IrakLes États-Unis annoncent l’envoi de près de de plus au Moyen-Orient, Le Monde avec AFP, 3 janvier 2020..