Charles de BourgogneMichael Depreter, Moult cruaultéz et inhumanitéz y furent faictes. Stratégie, justice et propagande de guerre sous Charles de Bourgogne (1465–1477), Le Moyen Âge, , 41-69, 2015, dit Charles le Hardi ou Charles le Travaillant, plus connu sous son surnom posthume de Charles le TéméraireSa généalogie sur le site Medieval Lands., né le Henri Pirenne, Histoire de Belgique, réédition BiblioBazaar, LLC, 2008, , .Philippe Contamine et Geneviève Contamine, Autour de Marguerite d'Écosse : reines, princesses et dames du , H. Champion, 1999, . à Dijon et mort le près de Nancy (duché de Lorraine), est, après Philippe le Hardi, Jean sans Peur et Philippe le Bon, le quatrième et dernier duc de Bourgogne de la maison de Valois, seigneur et maître d'un ensemble de provinces connu aujourd'hui sous le nom d'État bourguignonBertrand Schnerb, L'État bourguignon 1363-1477, Paris, Perrin, 1999..

Après s'être illustré, en 1465, lors de la Ligue du Bien public, une coalition formée contre le roi de France, Louis XI, Charles le Téméraire monte sur le trône de Bourgogne en 1467, à la mort de son père. Se considérant comme un souverain de plein droit, son règne est marqué par un affrontement constant avec son cousin , qui revendique la suzeraineté sur une partie de ses terres, censée relever du royaume de FrancePour plus de détails sur cet affrontement, on peut, entre autres, consulter : https://fr.vikidia.org/wiki/Louis_XI_contre_Charles_le_T%C3%A9m%C3%A9raire. Dans le même temps, il se rapproche de l'empereur germanique Frédéric III et du roi d'Angleterre , dont il épouse la sœur. Comme son père avant lui, il est l'un des princes les plus puissants de la chrétienté, grâce notamment à la richesse de ses territoires et au prestige de sa cour.

Après avoir cherché, en vain, à obtenir le titre de « roi des Romains », il s'attelle à la réforme administrative de son État, qu'il consolide en tentant d'en faire une entité géographique et politique continue, par la réunion de ses possessions septentrionales et méridionales (ce qu'il fait par l'acquisition de la Haute-Alsace puis l'annexion de la Lorraine), afin de les ériger à terme en un royaume indépendant, ressuscitant l'ancienne Lotharingie.

Ses ambitions démesurées se heurtent à de nombreuses oppositions en Europe. À la fin de son règne, les guerres de Bourgogne le confrontent aux Confédérés suisses, aux Lorrains et aux Strasbourgeois. Cette coalition, financièrement soutenue par , finit par avoir raison de lui à la bataille de Nancy du , lors de laquelle il est tué.

Il laisse derrière lui une fille unique, Marie, qui, afin de faire face aux prétentions du roi de France, épouse l'archiduc Maximilien d'Autriche, première étape de la rivalité centenaire entre la France et les Habsbourg.

Biographie Enfance vignette|gauche|Charles enfant aux côtés de son père, le duc Philippe le Bon. Frontispice par Rogier van der Weyden des Chroniques de Hainaut, vers 1447-1448 (Bibliothèque royale de Belgique).

Né le 10 ou le au palais des ducs de Bourgogne de Dijon, Charles est le troisième fils, devenu aîné après les décès en bas âge des deux premiers, Antoine et Josse, du duc de Bourgogne (Philippe le Bon) (1396-1467) et de sa troisième épouse Isabelle de Portugal (1397-1471), fille du roi .

Charles reçut le titre de comte de CharolaisUne tour « Charles le Téméraire » à Charolles entretient la mémoire de Charles comme comte de Charolais (Marcel Dazy, « La tour de Charles le Téméraire », revue Images de Saône-et-Loire, , décembre 1970, p. 7-12). qui, sous les ducs Valois de Bourgogne, était réservé à l'héritier des États bourguignonsPhilippe le Bon, son père, et Jean sans Peur, son grand-père, avaient porté ce titre avant de devenir duc de Bourgogne..

À l'âge de trois semaines, son père l'institua chevalier de la Toison d'or lors du troisième chapitre de l'ordre qui se tint à Dijon le , jour de la Saint-André, patron de la Bourgogne. Dès sa première année, il eut sa propre maison que dirigeait sa gouvernante, Madame de Villers La FayeMadame de Villers La Faye demeura huit ans auprès de son jeune maître..

Charles est élevé aux Pays-Bas bourguignons, un ensemble de provinces formant la partie septentrionale de l'État bourguignon et correspondant aux pays modernes de Belgique et des Pays-Bas (ainsi qu'au Nord-Pas-de-Calais français).

Les éducateurs de Charles, alors comte de Charolais, sont d’Auxy (né vers 1396, † 1474), seigneur et baron d'Auxy dans l'Artois, seigneur de Fontaine-sur-Somme, Fumechon etc., était maître des arbalétriers de France, chevalier de l'ordre de la Toison d'or., ancien soldat de la Guerre de Cent AnsIl est fait chevalier à la veille de la bataille de Cravant (31 juillet 1423) du côté des chevaliers anglais et bourguignons., qui lui apprend l'art de la guerre et Un diplomate bourguignon du siècle : Antoine Haneron (page 286) qui est choisi comme maître d'école, et lui apprend la gestion du pouvoir, à parler l’anglais ainsi que quelques mots d'italien et de portugais. Il est, côté paternel, le cousin de Louis XI, petit-fils de Jean Ier de Bourgogne dit « Sans Peur », il est l’arrière-petit-fils fils de Philippe II de Bourgogne, lui-même fils de Jean II, Roi de France. Il grandit avec ses cousins et cousines, enfants de sa tante Marie de Bourgogne (morte en 1463), épouse du duc Adolphe de Clèves : , duc de Clèves ; Catherine, qui épousera le duc Arnold de Gueldre.

Premiers pas en politique En 1452, alors qu'il n'a que dix-neuf ans et n'est encore que comte de Charolais, il réprime avec brutalité le soulèvement des Flamands lors de la rébellion de Gand dans les Pays-Bas bourguignons et se trouve au combat de Rupelmonde, et à la bataille de Gavere. Un grand tournoi de chevalerie est organisé à BruxellesCe tournoi fut rejoué à l'occasion des 75 ans de la Belgique au Cinquantenaire en juillet 1905..

Quelques années plus tard, en , se produit un événement qui aura à terme des conséquences funestes pour Charles comme pour l'État bourguignon : le dauphin de France et futur , fuyant la vindicte paternelle, cherche refuge en terre bourguignonne. Son cousin Philippe le Bon, à qui il demande asile à Bruxelles, lui alloue une pension annuelle de . Il se voit aussi attribuer une résidence au château de Genappe au sud de Bruxelles en Brabant wallon.

Le dauphin Louis y demeura jusqu'à la mort de (). Durant ces presque cinq années, Genappe devient . Le dauphin en exil observe les intrigues de la cour bourguignonne, sonde les esprits de ceux qui la composent, s'emploie à séduire ceux qui pourront lui être utiles, note discrètement les forces et faiblesses d'un État encore fragile.

Succès initiaux vignette|gauche|Lettre de Charles de Bourgogne, comte de Charolais, seigneur de Châteaubelin et de Béthune, aux gens du Parlement de Paris, pour leur demander de juger le plus vite possible le procès entre Huguet Aimery et Pierre du Hamel, archidiacre d'Ostrevant, datée du 30 octobre 1462 (Archives nationales de France). vignette|upright|Le duc Philippe le Bon et son fils Charles (Recueil d'Arras, Arras, Bibliothèque Municipale, ms. 266, 61). Alors qu'un Philippe le Bon vieillissant règne sur les riches mais disparates fiefs (ou "pays") composant l'État bourguignon, son fils Charles prend la tête de la ligue du Bien public qui s'est formée contre , d'une part parce que celui-ci voulait limiter l'indépendance de ses plus puissants vassaux (Bourgogne, Bretagne, Bourbon), et d'autre part pour revendiquer des terres (la Picardie pour le duc de Bourgogne) ou de l'argent (pour le roi René, duc d'Anjou).

thumb|upright|Reliquaire de Charles le Téméraire de Gérard Loyet (1467-1471).

Le , la bataille de Montlhéry (entre l'armée commandée par et l'armée bourguignonne du comte de Charolais) s'avère particulièrement désordonnée : tandis que le comte de Saint-Pol (avant-garde bourguignonne), qui, selon le plan initial, devait reculer en cas d'attaque de l'armée royale, refuse de le faire et se fait laminer par celle-ci, les cavaliers du comte du Maine (aile gauche de l'armée royale) s'enfuient tous ensemble juste avant le choc avec le corps d'armée personnellement commandé par Charles qui, se voyant déjà victorieux, se rue à leur poursuite si loin du champ de bataille qu'il ne participe plus vraiment à celle-ci, laquelle tourne à une mêlée confuse entre les troupes d'Antoine de Bourgogne (demi-frère de Charles) et celles du roi. , un moment donné pour mort, rallie finalement ses troupes et fait reculer les Bourguignons… avant que le soir n'interrompe les combats.

Au lendemain de la journée, chaque camp revendique la victoireRappelons qu'au Moyen Âge, la victoire sur le champ de bataille est considérée comme le signe de la reconnaissance divine. : Charles considère qu'il l'a emporté, car son armée reste maîtresse du champ de bataille ; de son côté, , qui a jugé préférable de lever le camp pendant la nuit, ramène son armée à Paris sans encombre et s'y fait acclamer comme vainqueur.

Après Montlhéry, le comte de Charolais devient, selon Commynes, si persuadé que sa "victoire" est due à son intelligence tactique, qu'il refuse par la suite tout conseilPhilippe de Commynes, Mémoires.. Trois jours après la bataille, l'armée bretonne fait enfin sa jonction avec celle du Bourguignon ; d'autres princes ligueurs (dont le duc de Lorraine) les rejoignent ; un mois plus tard, ils assiègent Paris. Mais au bout de quelques semaines, le manque de vivres du côté de la ligue et la prise de la Normandie par le duc de Bourbon pour le compte de contraignent les deux parties à signer le traité de Conflans le , par lequel le duc de Bourgogne récupère les villes de la SommeQue lui avait rachetées deux ans auparavant., notamment Amiens, Abbeville, Guînes et Saint-Quentin, mais aussi le comté de Boulogne, tandis que la Normandie est officiellement cédée par en apanage à son frère cadet, Charles, duc de Berry (qui faisait partie des ligueurs).

Le , Charles prend d'assaut et brûle Dinant, en bord de Meuse, en révolte contre le protectorat bourguignon. Il espère ainsi étouffer les velléités d'indépendance de la principauté de Liège, une terre d'Église dont le contrôle est indispensable à l'unification des Pays-Bas bourguignons mais qui conteste l'autorité de celui que Philippe le Bon a placé sur le trône épiscopal : le prince-évêque Louis de Bourbon, son neveu. Les Liégeois semblent entendre la leçon dinantaise puisque, dès le , ils reconnaissent par le traité d'Oleye le duc de Bourgogne comme « avoué héréditaire de Liège », c'est-à-dire comme le seigneur laïc chargé de défendre le temporel de l'évêché. Ainsi ce qui n'était qu'un protectorat devient, de fait, une véritable seigneurie bourguignonne étendue sur Liège et tous les territoires de la principauté.

Maître de l'État bourguignon