L’approche systémique, parfois nommée analyse systémique, est un champ interdisciplinaire relatif à l'étude d'objets dans leur complexité. Pour tenter d'appréhender cet objet d'étude dans son environnement, dans son fonctionnement, dans ses mécanismes, dans ce qui n'apparait pas en faisant la somme de ses parties, cette démarche vise par exemple à identifier : la « finalité » du système (téléologie) ; les niveaux d'organisation ; les états stables possibles ; les échanges entre les parties ; les facteurs d'équilibre et de déséquilibre ; les boucles logiques et leur dynamique, etc.

Le plus souvent, les principes sont utilisés sans être nommés, voire sans être identifiés. Les terminologies « approche systémique » et « analyse systémique » sont donc employées plus couramment dans certains domaines d'application que dans d'autres, pour y faire expressément référence, mais il existe bien une unité dont on peut identifier les articulations historiquesPar exemple en thérapie familiale on l'utilise pour signifier des principes issus de l'école de Palo Alto. Cette utilisation est clairement liée à l'émergence de ces principes, notamment par l'intermédiaire de la personne de Gregory Bateson. Elle renvoie donc bien historiquement aux mêmes principes que ceux qui ont permis par exemple la naissance de l'informatique..

Histoire Ce type d'approche peut être associé à des cultures et des philosophies antiques, mais s'il n'y a pas d'origine fixe on peut identifier une multitude de domaines des sciences contemporaines dans lesquels est apparu au cours du le besoin de considérer les choses selon des approches nouvelles.

On peut isoler des éléments fondateurs en distinguant leur façon d'aborder ce qui est analysé, par exemple : les principes internes qui constituent et délimitent un système. C'est le domaine du structuralisme mis en lumière par Ferdinand de Saussure dans la linguistique entre 1906 et 1911 dans son Cours de linguistique généraleIl sera publié par ses élèves : F. de Saussure, Cours de linguistique générale, éd. Payot, (1913)1995. , . ; l'information véhiculée dans les échanges. C'est ce à quoi s'attache exclusivement la cybernétique comme elle est présentée par Norbert Wiener en 1948Norbert Wiener, Cybernetics. Or Control and Communication in the Animal and the Machine, Paris, Hermann et Cie et Cambridge (Mass.), The MIT Press, 1948. ; les rapports entre tous les niveaux d'organisation. C'est notamment la General System Theory de Bertalanffy qui le représente au travers de la Biologie en 1968Ludwig von Bertalanffy (1968). General System Theory : Foundations, Development, Applications, New York: George Braziller. Traduction (1973) : Théorie générale des systèmes, Paris, Bordas (Dunod)..

Ces trois embranchements sont reconnus, mais on pourrait en dénombrer d'autres, et chacune de ces branches s'est développée indépendamment des autres et en interactions avec les autres. Le cycle des conférences Macy de 1942 à 1953 est connu comme un point de jonction particulièrement important dans la réunion de ces principes interdisciplinaires, mais les interpénétrations des différentes écoles de pensée se sont faites dans la durée. C'est le travail de Bertalanffy, qui en présente une globalité, qui est généralement considéré comme l'origine de la systémique en tant que discipline à part entière.

Pour représenter la complexité de ce que recouvre l'apparition de l'approche systémique, on peut identifier dans l'évolution des idées et des concepts des chemins qui balayent les différents domaines des sciences. À pondérer très largement car si chaque étape représente des logiques d'influence raisonnablement pertinentes, aucune ne peut être considérée comme la cause unique de la suivante : le principe physiologique d'homéostasie de Claude Bernard est une des premières mises en évidence des mécanismes de causalité circulaires étudiés à l'ouverture des conférences Macy qui sont la source principale de la conceptualisation de la cybernétique et de boucles logiques d'information, origine incontestable de l'informatique (mot issue de la contraction de Information automatique), et par là de tout ce qui touche à l'intelligence artificielle ; dans le sens opposé des sciences exactes vers les sciences humaines on peut partir des idées de la thèse de Louis Couffignal L'analyse mécanique, application aux machines à calculer et à la mécanique céleste de 1938, noter leur transposition au système nerveux humain avec Louis Lapicque en 1941, les échanges avec Norbert Wiener en 1946 juste avant la formalisation de la cybernétique, son influence sur les travaux de Gregory Bateson et donc sur l'apparition des notions de double contrainte et d'analyse systémique au sens thérapeutique utilisées par exemple par Paul Watzlawick ; dans le domaine des sciences sociales (en psychologie notamment), c'est le courant de pensée connu sous l'étiquette d'école de Palo Alto qui, sous l'impulsion de Gregory Bateson, a jeté les bases d'une approche systémique et interactionniste des phénomènes humains ( L'école de Palo Alto, ). Cette perspective a révolutionné les sciences de l'homme et de la société et a rendus caducs la plupart des modèles antérieurs.

Domaines d’application La méthode cartésienne de réduction de la complexité à des composants élémentaires est adaptée à l'étude des systèmes stables constitués par un nombre limité d'éléments en interactions linéaires (décrites par des lois mathématiques proportionnelles, additives), mais, elle ne convient pas pour l'étude des systèmes passé un certain niveau de complexité, d'incertitude et de possible logique émergente, comme c'est le cas en biologie, en économie ou dans les systèmes sociaux. Une autre approche est requise, fondée sur de nouvelles représentations de la réalité, prenant en compte l’instabilité, la fluctuation, le chaos, le désordre, le flou, l’ouverture, la créativité, la contradiction, l’ambiguïté, le paradoxe.

Pour rendre compte de la complexité, la systémique impose l'appréhension concrète de concepts qui lui sont propres : vision globale, système, niveau d'organisation, interaction, rétroaction, régulation, finalité, évolution.

Elle prend forme dans le processus de modélisationJean-Louis Le Moigne (1990) : La modélisation des systèmes complexes, Bordas (Dunod)., qui utilise le langage graphique et permet l'élaboration de modèles qualitatifs (en forme de « cartes ») et la construction de modèles dynamiques, quantifiés, opérables sur ordinateur et débouchant sur la simulationLa systémique. Daniel Durand (1979), , PUF, Paris..

« Dans la conjoncture actuelle pleine de flou et d'incertitude, la modélisation systémique est un outil précieux pour décider et pour agir. Elle pousse le sujet à réfléchir à sa finalité personnelle et professionnelle au sein d'un contexte mouvant, avec de nombreux paramètres externes, et redonne ainsi au sujet une place d'acteur en lui fournissant une grille de lecture et d'action sur la complexité. Ce qui est vrai à un niveau individuel l'est également au niveau d'un territoire, d'un État... Plus le système considéré est grand et plus les acteurs sont nombreux, plus grande est la difficulté, mais plus grand est l'enjeu. »..

La démarche systémique actuelle est associée à la mondialisation qui a stimulé la prise de conscience de la complexité (du cosmos, des organismes vivants, des sociétés humaines, et des systèmes artificiels conçus par les hommes). Elle a évolué vers l'étude de la complexité, avec une attention particulière aux systèmes dynamiques (= évolutifs). Elle a donné lieu à de nombreuses applications, en biologie, en écologie, en économie, dans le management des organisations ., celui des équipes et la gestion de situations managériales., l'urbanisme, l'aménagement du territoire et les thérapies familiales entre autres Jacques Pluymaekers: Familles, institution et approche systémique Pluymaekers (Jacques) PARIS : ESF 1989, 207 p., bibliogr..

L'approche systémique : un « savoir-être » Un savoir-être, à la fois en tant que comportement de la personne qui agit pour penser le système que le comportement du système lui-même, que le comportement à mettre en œuvre par les acteurs qui veulent instituer ce « nouveau savoir-penser », cette façon novatrice de se représenter un système. Le savoir-être se situe essentiellement dans un nouveau regard porté sur les systèmes humains. Ce savoir-être consiste à appréhender les composants fondamentaux du référentiel d'accès à la complexité. Il ne s'agit pas de comprendre en analysant chaque partie du système, mais bien d'avoir une vision globale des sous-systèmes appartenant au système à considérer et de leurs interactions récurrentes.

Globalité Le tout est, à la fois, plus et moins que la somme de ses parties. Le tout est un ensemble non réductible à la somme de ses éléments du fait des interactions multiples et variées qui l'organisent. On peut donc le considérer comme une globalité et non comme une totalité. Ceci nous conduit à repérer, dans un ensemble, le système pertinent qui nous intéressera afin d'éviter de se laisser engloutir par la complexitéManager par l'approche systémique, par Dominique Bériot, préface de Michel Crozier, Éditions d'organisation (2014) .

Interaction La complexité est contenue dans chaque relation entre les constituants du système (modules considérés à leur niveau élémentaire)Jacques Mélèse (1972) L'analyse modulaire des systèmes (AMS), Les Editions d'Organisation Université. : "les acteurs et le système"L'acteur et le système. Crozier M. & E. Friedberg (1977), Seuil, Paris.. Connaître la nature et la forme d'une interaction est plus important que connaître la nature de chaque composant du systèmeL'auto-organisation. De la physique au Politique. Tabary J.C. (1983), Seuil, Paris.. Une observation attentive montre que les échanges et les comportements, souvent spontanés et inconscients, sont en fait structurés et se répètent. Ces répétitions, appelées "redondances interactionnelles" par l'École de Palo Alto, correspondent bien aux interactions récurrentes, caractéristiques de l'organisation d'un système. Leur identification permet d'accéder à la partie stable de sa complexité. Avoir un regard systémique consiste ici à se centrer sur la structuration des contenus. On s'attache au "comment" se déroulent les échanges par rapport à un objectif et non à leur objet ou à l'analyse des causes de leur fonctionnement.

L'approche systémique : un savoir (corps de connaissance constituant un ensemble « ouvert » de concepts)

Finalité (à laquelle on peut rattacher les notions de projet et de but) Selon la définition restrictive de J. de Rosnay, tout système poursuit un but ou finalité propre. "En effet, c'est à partir du résultat souhaité que les individus vont parvenir à se détacher des habitudes pour se projeter dans un futur désiré. Ce futur désiré n'est autre que la finalité ou projet".Face à un "objet" à modéliser, le modélisateur se doit de se poser la question "pour quoi faire ?" avant de se demander "comment ça marche ?".