Le minoxidil est un vasodilatateur, initialement utilisé par voie orale pour soigner l’hypertension artérielle. Sous sa forme topique, il est avec le finastéride l'un des deux seuls médicaments approuvés aux États-Unis par la FDA (Food and Drug Administration) pour lutter contre l'alopécie androgénétique.

Historique

Aux États-Unis

Fin des années 1950 à 1965 : découverte du minoxidil À la fin des années 1950, l'entreprise pharmaceutique Américaine the Upjohn Company située au Michigan (devenu plus tard une partie de Monsanto et PfizerPharmacia), fait des essais en laboratoires pour traiter les ulcères. L'entreprise porte son intérêt sur un composé chimique de synthèse dérivé d'acide barbituriques, lui-même dérivé de la pyrimidine. Dans les premiers essais utilisant des chiens, le composé chimique ne guérit pas les ulcères, mais s'avère être un puissant vasodilatateur.

L'entreprise synthétise plus de 200 variations dérivées de ce composé chimique, y compris celui qu'elle développera entre 1963 et 1965, qu'elle nommera minoxidil.

1967-1974 : tests cliniques et nouvelle application En 1967, la FDA (Food and Drug Administration) autorise l'entreprise Upjohn à faire des tests cliniques sur les êtres humains. L'entreprise engage le docteur Charles Chidsey, professeur agrégé de médecine à l'Université du Colorado School of Medicine de Denver, afin de mener deux études cliniques sur des patients atteints de troubles cardio-vasculaires.

À la fin de l'année 1967/1968, le docteur Chidsey débute sa première étudeGilmore, E, Weil, J, and Chidsey CA. Treatment of Essential Hypertension with a New Vasodilator in Combination with Beta Adrenergic Blockade, NEJM 282: 521-527, 1970.

Entre 1970 et 1971, durant la deuxième étude, le docteur constate que certains patients sous minoxidil présentent comme effet secondaire, un développement pileux sur l'ensemble du corps et un recul d'alopécie androgénétique. Il consulte plusieurs collègues endocrinologues et dermatologues, afin de déterminer son origine. L'origine hormonale étant écartée, il consulte le docteur Guinter Kahn, qui est dermatologue travaillant dans le même établissement, sur une possible utilisation du minoxidil pour un traitement de l'alopécie androgénétiqueGottlieb, TB, Katz, FH, Chidsey, CA Combined Therapy with Vasodilator Drugs and Beta Adrenergic Blockade, Circulation XLV, 571, 1972.

Le docteur Chidsey obtient de l'entreprise Upjohn, une autorisation de délivrer du minoxidil pur au docteur Kahn afin d'étudier cet effet secondaire, avec comme condition de mener ces recherches sous le contrôle du docteur Chidsey.

En 1973, après de nombreuses expériences, le docteur Kahn aidé de son collègue le docteur Grant, obtiennent des résultats satisfaisants sur un patient présentant une alopécie, en utilisant une solution de 1 % de minoxidil dissous dans de l'alcool puis appliquée quotidiennement sur le cuir chevelu du patient. Cependant, ils n'informent pas le docteur Chidsey de ces résultats.

En 1974, le docteur Kahn et le docteur Grant essayent de breveter discrètement leurs travaux, mais ils constatent que l'entreprise Upjohn a breveté le même médicament en utilisant la majorité de leurs recherches, et seul le nom du docteur Chidsey est inscrit sur le brevet.

En 1979 : lancement de Loniten En 1979, pendant que le docteur Kahn bloque le brevet depuis cinq ans, l'entreprise Upjohn obtient une autorisation de mise sur le marché du médicament Loniten, destiné aux malades souffrant d'une hypertension artérielle sévère.

Le médicament se présente sous forme de comprimés sécables (en tablettes de 2,5 mg et 10 mg) à administrer par voie orale. Il est composé de minoxidil et d’excipients tels que : cellulose microcristaline, amidon de maïs, lactose, stéarate de magnésium, dioxyde de silicium.

1986-1988 : lancement de Rogaine En 1986, la longue bataille administrative qui a duré plusieurs années opposant le docteur Kahn à l'entreprise Upjohn prend fin. Le docteur obtient un accord lui permettant de faire inscrire son nom sur le brevet (US # 4,596,812 Charles A Chidsey, III et Guinter Kahn). Il obtient également de l'entreprise un pourcentage sur les chiffres d'affaires. Le brevet appartient désormais à l'entreprise Upjohn.

Le , une autorisation de mise sur le marché est accordée au médicament Rogaine à 2 % de minoxidil, indiqué dans le traitement de l'alopécie androgénétique chez les hommes (il sera distribué en Europe sous le nom de Regaine et en France sous les noms de Alostil et Regaine). Le médicament se présente sous forme liquide en flacon de 60 ml et muni d'une pipette graduée. Il est composé de minoxidil, propylène glycol, alcool, eau purifiée.

En 1991, les ventes du médicament Rogaine restent au plus bas depuis 3 ans, les patients ne s'y intéressent pas. L'image de l'entreprise Upjohn est ternie par une affaire sur un autre médicament, pour lequel plus d'une centaine de poursuites sont engagées contre l'entreprise. Elle entreprend ensuite pour Rogaine la troisième campagne publicitaire la plus chère du monde pour un médicament, à 50 millions de dollars. L'entreprise fait également du démarchage auprès des médecins pour promouvoir son médicament Rogaine, mais la FDA désapprouve ces méthodes. Elle réussit également à obtenir une autorisation pour rendre son médicament Rogaine disponible aux femmes souffrant d'une alopécie androgénétique. Puis la campagne publicitaire fonctionne et les ventes augmentent de 30 %, mais les prix du médicament Rogaine restent élevés.

La disponibilté de Rogaine pour le grand public a considérablement augmenté en 1996. Le , la FDA approuve la production de formulations génériques de minoxidil et sa vente sans prescription. Déterminée à rester un acteur incontournable de la vente de minoxidil, l'entreprise Upjohn lance en 1997 une nouvelle formulation, titrée à 5%, associée à une campagne de publicité pour promouvoir la force accrue de cette nouvelle formulation.

Le , le Lonoten (minoxidil oral pour l’hypertension artérielle) est repris sous la marque Pfizer (il sera distribué dans d'autres pays dont la France sous le nom de Lonoten par Pfizer). Durant sa période de mise sur le marché de 1979 à 2005, il a été pratiqué des autopsies sur 150 patients décédés de causes diverses et utilisant le Lonoten. Elles n’ont pas permis d’identifier formellement la responsabilité du médicament pour ces décès(Archives médicales nationale Américaines) .

En 2007, l'entreprise pharmaceutique Américaine Johnson & Johnson acquiert le médicament Rogaine (elle acquiert également Regaine et Alostil), lors d'un achat d'une partie des médicaments de Pfizer pour 17 milliards de dollars.

En France

En 1983 : entrée du minoxidil sur le territoire national Le , une autorisation de mise sur le marché français est accordée au médicament Lonoten.

Le , le minoxidil sous toutes ses formes ainsi que ses dérivés, est inscrit sur la liste du tableau A des substances vénéneuses de la médecine humaine par l'arrêté du .

Le , une autorisation de mise sur le marché est accordée au médicament Regaine à 2 % de minoxidil pour application locale en flacon de 60 ml (sa commercialisation en France sera arrêtée le ), ainsi qu'une autorisation de mise sur le marché du médicament Alostil à 2 % de minoxidil pour application locale en flacon de 60 ml.

Le , le minoxidil sous forme topique, ainsi que ses dérivés, sont inscrits sur la liste du tableau C des substances vénéneuses de la médecine humaine par l'arrêté du .

Le , 4 autorisations de mise sur le marché sont accordées le même jour pour : le médicament « Minoxidil Cooper » à 2 % de minoxidil, pour application locale en flacon de 60 ml et distribué par l'entreprise Coopération Pharmaceutique Française ; le médicament « Minoxidil Sinclair » à 2 % de minoxidil, pour application locale en flacon de 60 ml et distribué par l'entreprise pharmaceutique Sinclair Pharma France ; le médicament « Minoxidil RPG » à 2 % de minoxidil, pour application locale en 30 ampoules de 1 ml chacune et distribué par l'entreprise pharmaceutique Ranbaxy Pharmacie Génériques ; le médicament « Minoxidil CS » à 2 % de minoxidil, pour application locale en 30 ampoules de 1 ml chacune et distribué par l'entreprise pharmaceutique CS.

1990 : nouvelles législations Le , une modification des arrêtés du et du est faite par l'arrêté du toujours en vigueur, qui simplifie les classements des substances vénéneuses en deux listes : la liste I et la liste II, qui comprend les substances classées dangereuses nécessitant une surveillance médicale, et les substances susceptibles de présenter directement ou indirectement un danger sur la santé. Le minoxidil est classé sur les deux listes.

2001 : interdiction française d'incorporation dans les produits cosmétiques Le , le minoxidil sous toutes ses formes ainsi que ses dérivés, est inscrit sur la liste des substances interdites en France entrant dans la composition des produits cosmétiques, par l'arrêté du .

2005 : entrée du minoxidil pour application locale dosé à 5 % Le , une autorisation de mise sur le marché est accordée au médicament "Minoxidil Sandoz Conseil" à 5 % de minoxidil, pour application locale en flacon de 60 ml et distribué par l'entreprise pharmaceutique Sandoz.

Le , une autorisation de mise sur le marché est accordée au médicament "Minoxidil Bailleul" à 5 % de minoxidil, pour application locale en flacon de 60 ml et distribué par l'entreprise pharmaceutique Laboratoires Bailleul.

Les autres groupes pharmaceutiques possédant déjà des médicaments à applications locales dosés à 2 % de minoxidil, obtiendront également après cette date une AMM pour des traitements dosés à 5 % de minoxidil.

2009 : interdiction européenne d'incorporation dans les produits cosmétiques Le , le minoxidil sous toutes ses formes ainsi que ses dérivés, sont inscrits sur la liste des substances interdites dans l'Union européenne entrant dans la composition des produits cosmétiques par l'article du règlement (CE) n°1223/2009 du Parlement européen et du Conseil du relatif aux produits cosmétiques.

En 2012 : autorisation de commercialisation sans prescription médicale Le , une autorisation partielle est accordée au minoxidil sous sa forme topique à la prescription sans ordonnance, mais il demeure inscrit sur la liste des substances vénéneuses.

Le médicament Lonoten (pour l'hypertension artérielle) est remboursé par la sécurité sociale à hauteur de 65 %et ne dispose d'aucun médicament générique. Son prix ne peut pas être modifié par les pharmaciens, puisqu'il est inscrit sur la liste des médicaments remboursables.

Le médicament pour application locale n'est pas remboursé par la sécurité sociale. Il est disponible sous différentes versions génériques depuis que l'entreprise Pharmacia & Upjohn a perdu les droits de brevet en 1996. Les pharmaciens sont libres de fixer son prix.

Le minoxidil, qu'il soit sous forme topique à application locale, ou sous forme comprimée par voie orale, est un médicament potentiellement dangereux pour la santé. En tant que médicament, sa vente en France est strictement réservée aux pharmacies françaises inscrites sur la liste de l'Ordre national des pharmaciens, et interdite aux moins de 18 ans.

Efficacité Une méta-analyse, portant sur l'ensemble des études antérieures à 2017, a montré que les résultats du Minoxidil topique sont supérieurs à ceux du groupe témoin, quelle que soit la concentration. Concernant l'alopécie androgénétique, la méta-analyse pointe des différences moyennes chez l'homme de +8.11 cheveux/cm2 et de +14.90 cheveux/cm2 associées au Minoxidil 2 et 5%, comparés au groupe témoin. Chez la femme, le Minoxidil 2% a entrainé une différence moyenne de +12.41 cheveux/cm2 par rapport au groupe témoin.