, né en 1945 dans la préfecture de Miyazaki et mort le , est un peintre et illustrateur japonais. Son œuvre est à la croisée des traditions japonaises de l'ero guro (combinaison d'érotisme et de grotesque) du shunga (gravures érotiques traditionnelles) et du yōgai-ga (images folkloriques de monstres et de fantômes).

Biographie Toshio Saeki naît en 1945 dans la préfecture de Miyazaki. En 1949, sa famille s'installe à Osaka où il grandit. Il est introduit à l'art en illustrant des scènes érotiques pour ses amis au lycée. N'ayant aucune expérience sexuelle, il se force à puiser ces scènes dans son imagination, avec violence et humour. En 1960 il rentre dans la Western Painting Department of Kyoto Municipal Hiyoshigaoka High School Art Program, où il étudie les croquis de plâtre ainsi que la peinture à l'huile. Il fait également des études de graphisme et travaille dans la publicité, avant de déménager pour Tokyo en 1969, avec l'espoir de devenir illustrateur dans le milieu de l'édition. Au cours des deux années suivantes, il publie deux livres de dessins, en 1970 et en 1971. Dans ses premiers dessins, il utilise des motifs traditionnels japonais pour créer une fresque cauchemardesque qui suscite des commentaires admiratifs. Des expositions lui sont consacrées, dont une à la Gare de Paris-Saint-Lazare en 1970 à l'issue de laquelle les originaux des dessins exposés sont égarés.

L'éditeur , réputé pour publier les œuvres d'auteurs influents comme Nagisa Ōshima ou Shūji Terayama, lui donne carte blanche pour son troisième livre. Toshio Saeki y travaille dans des conditions particulières : sa femme, qu'il vient de rencontrer, est la proie d'un harceleur qui la poursuit où qu'elle aille. Le couple, sentant la menace se préciser de semaine en semaine se cache dans des tsurekomi yado ( « Auberge pour clients accompagnés »). C'est dans ces hôtels réservés aux amants qui souhaitent trouver un abri pour des relations discrètes que Saeki achève en deux mois les dessins de son livre le plus célèbre. L'un des dessins de ce recueil est utilisé par John Lennon et Yoko Ono pour illustrer le livret de leur album Some Time in New York City (1972).

En 1979, Michel Boschet réalise Demain la petite fille sera en retard à l'école, un court métrage d'animation inspiré de ses dessins, qui remporte le César du meilleur court métrage d'animation l'année suivante...

À partir de la fin des années 1980, Toshio Saeki vit une forme de semi-retraite dans les montagnes de la préfecture de Chiba, à l'extérieur de Tokyo..

En 1991, l'artiste publie son premier livre pour enfants, Tricks for Kids, Fukuinkan Shoten, le premier de trois.

Son travail va pourtant se faire connaître à l'international. Le public français le découvre avec Japon Intime, publié en 1990 chez Albin Michel grâce à Romain Slocombe. Mais c’est seulement 20 ans plus tard que Saeki, désormais grande figure de l’underground japonais, connaît une popularité croissante avant d’atteindre le statut d’icône populaire que nous lui connaissons aujourd’hui. En 2010, la galerie d’art contemporain Da-End. organise dans la capitale sa seconde exposition personnelle en France, intitulée Kuro Hozuki. D’autres événements s’ensuivent, comme l'édition du coffret Kuro Hozuki (2010), la publication de l’anthologie Rêves Écarlates (2016), la ré-édition de la Red Box (2019) par les éditions Cornélius, un reportage sur Arte / Tracks. (2016), ou encore l’utilisation de ses illustrations par la marque de vêtement Supreme (2020).

Toshio Saeki meurt le à l'âge de 74 ans. L'annonce de son décès par sa famille n'intervient que le .

Depuis 2019, plusieurs expositions, soit Hana Yasha (2021) et Naishokagami (2024), qui présentent une série de sérigraphies inédites de Saeki, à la galerie Da-End située à Paris ainsi que Fièvres nocturnes (2022) à la galerie Arts Factory, présentant une série d'estampe de l'artiste, ont lieu, sous forme de rétrospectives.

Style Toshio Saeki est l'inventeur d'un style unique, dans un domaine qu'il a totalement transformé : l'ero guro. Ce mouvement artistique et littéraire japonais est apparu vers 1930, combinant l'érotisme à des éléments macabres et grotesques. Sa paternité est attribuée à l'auteur Edogawa Ranpo.. Chaque dessin raconte une histoire. Toshio Saeki, en déclinant les motifs traditionnels, les a mêlés à des angoisses propres à sa génération, qui a connu les espoirs et les désillusions des années 1970. Son style est notamment caractérisé par un aplat de couleurs vives et travaillées, où la finesse des lignes simples et les dégradés de couleurs se remarquent, grâce à la technique du chinto printing. C'est notamment l'une des manières dont il se distingue de ses contemporains.

Entre humour, horreur et érotisme, Saeki, toujours confronté aux enjeux de la censure, (qui saura également alimenter sa production artistique) propose une œuvre qui est à la croisée des traditions japonaises du shunga (gravures érotiques traditionnelles) et du yōgai-ga (images folkloriques de monstres et de fantômes). Ce mélange entre tradition, érotisme et violence est la raison pourquoi le spectateur se voit souvent provoqué. En 2016, la chaîne de télévision franco-allemande visite l'artiste dans son atelier reclus, ce qui permet de tirer plusieurs informations inédites sur la pratique de Saeki ainsi que de lui donner une véritable reconnaissance internationale : «J'adore soulever le couvercle que notre société maintient sur les désirs inavouables et ça me plaît de libérer tous ces interdits qu'elle cache au fond d'elle-même...». Cette provocation est totalement volontaire de la part de l'artiste : «À quoi bon être artiste si ce n'est pas pour bousculer le bon goût du public.». Pour l'artiste, la provocation vient faire en sorte que le spectateur se voit puiser dans son propre inconscient, par l'état de rêve ou de cauchemar, où logent peut-être ses propres désirs érotiques et/ou violents. «I want to wake up the sensibilities that are kept quiet and sleeping inside a person». C'est donc le spectateur qui est mis au centre de la production de sens par l'artiste dans ses œuvres. Il affirme que l'art n'est pas une méthode d'expression de soi pour lui, mais véritablement un lien avec son spectateur. Il dit même ne pas être engagé dans ces actes morbides, ils n'existent que pour brusquer. Les auteurs du magazine d'art Elephant font même un lien avec la psychanalyse freudienne : « He digs into the darkest depths of the subconscious, creating glaringly authentic Freudian nightmare scenarios. »

Incontestable héritier d’Yoshitoshi, d’Hokusai et d’Utamaro, l’immense Toshio Saeki, disparu en 2019, affirme encore aujourd’hui la pérennité de cet art de l’image trouble, dérangeante et fascinante, qui, tapie au creux des âmes, habite tout particulièrement l’inconscient collectif japonais. Si les images de Saeki exercent un indicible pouvoir de séduction, nous le devons à la beauté qui transcende la cruauté de ses images magnifiquement violentes et cauchemardesques. Mais c’est à la douceur aussi que nous devons cette sensualité triomphante, celle de ces visages purs et laiteux, celle de ces chairs fermes et galbées, l’ondulation de chemins oniriques baignés de calme lumière lunaire… On se perd à ce jeu pervers du désir, quand, pour mieux posséder, on aime à détruire.

Son érotisme monstrueux bousculant d’autant plus fortement qu’il repose sur la puissance d’évocation et se déploie dans un dessin très pur. Hergé plongé dans les perverses pensées d’un Edogawa Ranpo. Toshio Saeki, c’est le choc de couleurs primaires et vives utilisées pour explorer les zones les plus reculées et obscures du désir, celles qui devraient rester tues, honteuses. C’est une surface faussement lisse destinée à explorer des zones caverneuses.

Publications En France

À l'étranger 1970 : Gashū, Agremensha 1971 : Toshio sakuhinshū, Gakugei shorin 1972 : Akai hako, Haga shoten 1992 : Yōga-kan, Kōchi shuppansha 1999 : Yume manji, Jiyū kokuminsha 2001 : Inkenka, Kawade shobōshinsha 2002 : The Earliest Works of Toshio Saeki, Jiyū kokuminsha 2003 : Gokurakuchō, Sawarabi hon kōbō 2004 : Jōnen emaki, Seirinkōgeisha 2006 : Showa Naughty Fun Picture Book 2007 : Akai hako, Wailea publishing 2009 : Saeki Toshio’s Works in Music, Presspop 2009 : Onikage (‘Demon Shadow’) : The Art of Toshio Saeki, Last Gasp 2010 : Yumegakure, Utsuki Shōkai 2014 : Yumenozki, Kokusho Kankokai 2019 : Banshō kaiki, JXJ Gallery 2019 : Unnen, Innen

Expositions 1970 : Toshio Saeki Book Release, Paris 1971 : Akaihako, Gallery Décor, Tokyo 1975 : Toshio Saeki, Tokyo Gallery, Tokyo 1985 : Toshio Saeki, Gray Box Gallery, San Jose 1994 : Toshio Saeki, Up’s Gallery, Tokyo 1995 : Chimushi, Atom Age Gallery, Tokyo 1996 : Chimushi II, Azzlo Gallery, Tokyo 1996 : Toshio Saeki, Kebunsha Anfail, Kyoto 1999 : Yumemanji, Span Art Gallery, Tokyo 2001 : Toshio Saeki, Chuo University Art Gallery, Aichi, Japon 2002 : Toshio Saeki, Trance Pop Gallery, Kyoto ; Toshio Saeki, Span Art Gallery, Tokyo 2004 : Toshio Saeki, Trance Pop Gallery, Kyoto ; Toshio Saeki, Span Art Gallery, Tokyo 2005 : Toshio Saeki, Naruse Bijyutsu-Za, Tokyo 2005 : Toshio Saeki Solo Exhibit, Naruse Bijyutsu-Za, Tokyo 2006 : Saeki Toshio 70, Trance Pop Gallery, Kyoto ; Saeki Toshio 70, Span Art Gallery, Tokyo 2007 : Akaihako, Subterraneans, Osaka ; Akaihako, Trance Pop Gallery, Kyoto 2009 : Onikage, Span Art Gallery, Tokyo ; Works in Music, Trance Pop Gallery, Kyoto 2010 : Oedipal Indescretions, Edible Obsessions: Early Work of Toshio Saeki 2010: Toshio Saeki Early Works, 111minnagallery, San Francisco, 2010 : Bookseller East Hampton Gallery, New York 2010 : Span Art Gallery, Tokyo 2011 : Kuro Hozuki, Galerie Da-End, Paris 2011 : Tous Cannibales, La Maison Rouge, Paris 2013 : The Print House Gallery, Dalston 2013 : Ba'alei Hamelacha, Tel Aviv-Jaffa 2013 : Kuro Eden, Galerie Da-End, Paris 2014 : The Red Box, Narwhal Gallery, Toronto 2014 : Yumenozoki: TOSHIO SAEKI, Trance Pop Gallery, Kyoto 2014 : TOSHIO SAEKI, AISHONANZUKA, Hong Kong 2015 : Happily Until Their Deaths, Narwhal Gallery, Toronto 2016 : Toshio Saeki Prints Sale, Kartel, Tel Aviv-Jaffa 2016 : Exposition personnelle, Narwhal Gallery, Toronto 2016 : Genei, Jiu Xiang Ju Gallery, Taipei 2018 : Toshio Saeki - Unnen, Nanzuka Gallery, Tokyo 2018 : Musubi, Galerie Da-End, Paris 2018 : Unnen, NANKUZA, Japon 2019 : Red Box, Galerie Arts Factory, Paris 2019 : Banshou Kaiki, iu Xiang Ju Gallery, Taipei 2020 : Tokyo Pop Underground, Deitch, Los Angeles 2020 : Global Pop Underground, Parco Museum, Tokyo 2021 : Hana Yasha, Galerie Da-End, Paris 2021 : Tao of Dream, Jiu Xiang Ju Gallery, Taipei 2022 : Fièvres nocturnes, Galerie Arts Factory, Paris 2024 : Naishokagami, Galerie Da-End, Paris

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Ero guro Shunga

Liens externes

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