Régine Crespin est une cantatrice française (soprano dramatique), née le à Marseille (Bouches-du-Rhône) et morte le à Clichy (Hauts-de-Seine).
Excellant à la fois dans les répertoires français et allemand, elle a mené une carrière internationale sous la direction de chefs d'orchestre tels que Georg Solti ou Herbert von Karajan.
Biographie thumb|Régine Crespin dans Fedra, Teatro alla Scala, Milan, 1959-1960 Régine Crespin passe son enfance à Nîmes et étudie au lycée Feuchères. Elle écrira dans son autobiographie La Vie et l'Amour d'une femme :
Durant la Seconde Guerre mondiale, son appartement, situé place du Château, est détruit par des bombardements. Elle se réfugie alors dans l'arrière-boutique du magasin de chaussures Soulet, « Palombo », dont son père Henri Crespin est gérant.. Elle commence à prendre des cours de chant à l'âge de 16 ans avec Fernande Kossa, une « falcon » qui développe une voix alors « grosse comme une tête d'épingle »..
En 1947, elle n'a toujours pas l'autorisation de son père pour faire des études de chant. Repérée grâce à un concours organisé par une revue (Opéra), Régine Crespin monte à Paris avec le chef d'orchestre nîmois Edmond Carrière . Elle suit les cours du ténor Georges Jouatte, du baryton-basse Paul Cabanel et de la cantatrice Suzanne Cesbron-Viseur au Conservatoire de Paris, où elle reçoit les premiers prix d'opéra, opéra-comique et chant.
Elle débute à Reims en 1948 dans le rôle de Charlotte de l'opéra Werther de Massenet (alors qu'elle est encore au Conservatoire), puis entre en 1951 à l'Opéra de Paris et à l'Opéra-Comique. Tout en peaufinant les rôles de Tosca ou de La Maréchale du Chevalier à la rose, qui devient l'un de ses rôles préférés, elle sert l'opéra français en participant à la création française des Dialogues des carmélites de Francis Poulenc ou en reprenant Pénélope de Gabriel Fauré. Elle contribue à faire connaître Les Troyens d'Hector Berlioz dont elle chantera les rôles de Cassandre et Didon dans la même soirée, dans une version raccourcie. Elle enregistre d'ailleurs des extraits de cet opéra avec Guy Chauvet, sous la direction de Georges Prêtre.
Dans Lohengrin de Wagner à Mulhouse en 1951, elle chante Elsa, avec Marian Porebski dans le rôle-titre. Elle vient prendre en secret les conseils de Porebski qui lui remet sa voix en placeVoir sur le site de la fondation Ensemble Vocal Marian Porebski..
Elle se fait connaître par une voix puissante au timbre clair, un phrasé tout en nuances, une prononciation parfaite et une grande délicatesse d'interprétation. En 1952, un critique du Provençal écrit:Régine Crespin est une styliste remarquable. Réprimant sa voix ténébreuse, la contraignant aux exercices les plus difficiles, elle a réussi à devenir une cantatrice de grande classe. (...).En 1957, André Cluytens la recommande à Wieland Wagner pour chanter Kundry dans Parsifal au Festival de Bayreuth, rôle qu'elle prépare auprès de Germaine Lubin et qu'elle chantera sous la direction de Hans Knappertsbusch quatre ans de suite (de 1958 à 1961) ainsi que Sieglinde (La Walkyrie) sous la direction de Rudolf Kempe (en 1961) au Festspielhaus.
En 1962, elle commence sa carrière américaine en chantant un remplacement à Chicago dans Tosca, puis elle se produit pour la première fois au Metropolitan Opera de New York dans Le Chevalier à la rose de Strauss. Elle y est adoubée par Lotte Lehmann, qui y avait chanté la Maréchale. Régine Crespin interprète Brünnhilde dans La Walkyrie dirigé par Karajan au Festival de Pâques de Salzbourg en 1967 et 1968, ainsi qu'au Met en 1968. Selon ses propres mémoires, elle n'a pas eu le moindre désir d'ajouter les autres Brünnhilde (dans Siegfried et Le Crépuscule des Dieux) à son répertoire.
Parmi ses engagements internationaux, elle se produit à de nombreuses reprises au Teatro Colon à Buenos Aires et a un fort succès en Argentine.
Elle excelle également dans le répertoire des lieder et des mélodies. Ses récitals et enregistrements des Nuits d'été de Berlioz et de Shéhérazade de Ravel (sous la direction d'Ernest Ansermet, , reconnaissait-elle.), mais aussi de Robert Schumann, Henri Duparc, Gabriel Fauré, Francis Poulenc ou Joseph Canteloube, sont unanimement célébrés. En 1968, elle crée le cycle de mélodies Par le feu de Marius Constant, mis en musique sur les poèmes de son mari Lou Bruder.
Régine Crespin aborde dans la seconde moitié de sa carrière quelques rôles de mezzo (le rôle-titre de Carmen, Madame Flora du Médium) et chante les grands rôles d'Offenbach (elle incarne par exemple La Grande-duchesse de Gérolstein avec Robert Massard et La Périchole avec Alain Vanzo et Jules Bastin). Son incarnation de Carmen, différente de la tradition, est débattue par la critique française et anglo-saxonne..
En 1974, le réalisateur Gérard Oury lui propose de jouer la femme d'un dictateur sud-américain (ou sud-européen), joué par Louis de Funès dans Le Crocodile. Elle est enthousiaste à l'idée de rencontrer Louis de Funès et de jouer avec lui et accepte le rôle mais, le , ce dernier est victime d'un infarctus puis d'un autre le : le projet de film est abandonné.
thumb|Les cendres de Régine Crespin ont été déposées dans la case du columbarium du cimetière du Père-Lachaise.
Elle enseigna au Conservatoire de Paris de 1976 à 1992, et donna de très nombreuses master classes en France et à l'étranger : elle a participé au programme Merola qui a contribué à révéler de nombreux chanteurs qui ont ensuite fait des carrières internationales.
Elle fait ses adieux à la scène en 1989-1990. Elle était mariée avec le germaniste Lou Bruder (1923-2006), traducteur de Büchner, Kleist.
Honneurs
(1993) (2004) (1997) ; () (1974) en qualité d'« artiste lyrique »
Hommages Georges Delbard a créé en 1990 une rose à son nom, le rosier floribunda « Régine Crespin ».
En reconnaissance de son art, le concours international Marguerite-Long-Jacques-Thibaud, jusqu'alors destiné aux seuls pianistes et violonistes, s'est ouvert à l'art lyrique en 2011 et a été renommé « concours Long-Thibaud-Crespin »Site du Concours Long-Thibaud-Crespin..
La Ville de Nîmes lui a rendu hommage en sa présence, en La rencontre publique a été retranscrite dans l'ouvrage de Jérôme Pesqué, qui avait organisé cette rencontre..
En 2017, 10 ans après sa disparition, un coffre de 10 DC a été sorti chez Warner Classics. La moitié des enregistrements (DC 3, 4, 5 et 8) était issue de Decca Records qui avait autorisé l'usage de ceux-ci, en hommage à cette éminente soprano. Radio France aussi a diffusé son émission consacrée à Régine Crespin le , y compris l'entretien avec Jacques Chancel tenu le (entretien avec Jacques Chancel, durée 58 minutes).
En , la ville de Paris appose une plaque commémorative en hommage à Régine Crespin au 3, avenue Frochot 2024 DAC 303 Apposition d’une plaque commémorative en hommage à Régine Crespin au 3, avenue Frochot à Paris 9e..
Filmographie Cinéma Le Crocodile de Gérard Oury (projet non réalisé) : l'épouse du dictateur Crochet.
Télévision L'Or du diable : Carmen (chant) Elle a participé à de très nombreuses émissions de télévision durant sa carrière (concerts filmés, opéras filmés, interviews, émissions de variétés...). Sa première apparition télévisée française date de 1954.. Certains de ses concerts télévisés ont été édités en DVD : , 2002. (Regroupant plusieurs concerts filmés de 1964, 1966, 1972).
Publications
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Brigitte Durup, Régine Crespin. La voix de velours, Paris, Éditions Josette Lyon (« Les Interprètes créateurs »), 1998. (sur certains rôles de Régine Crespin) Christophe Ghristi, dir., Hommage à Régine Crespin. Une flamme française, Arles/ Paris, Actes-Sud / Opéra national de Paris, 2010. (préface d'Hubert Nyssen, texte d'André Tubeuf, très nombreuses photographies) Jérôme Pesqué, Régine Crespin. La vie et le chant d'une femme, Paris, KDP, 2021. (biographie, interview de Régine Crespin, chronologie de carrière, abécédaire, etc)
Liens externes
Sylvain Fort, Hommage avec extraits vidéo d'opéras et de récitals sur Forum Opéra Enregistrements de récitals avec pianiste John Wustman au Hunter College, New York City, le 11 novembre 1967 Biographie par Hubert Stoecklin, ResMusica.com (2007) Hubert Stoecklin, Discographie sur resmusica.com, 2007
Catégorie:Chanteuse française d'opéra Catégorie:Chanteuse d'opéra du XXe siècle Catégorie:Interprète de lied Catégorie:Soprano française Catégorie:Artiste de Decca Records Catégorie:Artiste de Pathé-Marconi Catégorie:Lauréat de l'Académie Charles-Cros Catégorie:Commandeur de la Légion d'honneur promu en 1993 Catégorie:Naissance à Marseille Catégorie:Naissance en février 1927 Catégorie:Élève du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris Catégorie:Enseignant au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris Catégorie:Décès en juillet 2007 Catégorie:Décès à Clichy Catégorie:Décès à 80 ans Catégorie:Mort d'un cancer du foie Catégorie:Mort d'un cancer en France Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière du Père-Lachaise (division 87) Catégorie:Personnalité liée à la musique classique décorée de la Légion d'honneur Catégorie:Lauréat de la médaille de la Ville de Paris Catégorie:Commandeur des Arts et des Lettres Catégorie:Grand-croix de l'ordre national du Mérite