vignette|Liste des pays par IDH ajusté selon les inégalités en 2022. Une inégalité sociale est une différence dans l’accès aux ressources disponibles dans une société donnée, comme les inégalités sociales en santé, ou le racisme systémique. Elles sont le résultat d'une distribution inégale des ressources en termes d'accessibilité.

Les inégalités sociales sont au fondement de la stratification des sociétés humaines. En effet, l'accès inégal aux ressources socialement valorisées distribue les individus en différents groupes sociaux.

Concept

Les inégalités sociales se construisent dans un rapport dialectique aux différences qui peuvent exister entre les individus. , rappelle Louis Chauvel.. Toutefois, des différences ne suffisent pas à faire une inégalité sociale. Pour qu'une différence devienne inégalité sociale, il faut qu'elle se traduise par un accès inégal entre des individus différents, à certaines ressources..

Ainsi, la différence sexuelle biologique n'est pas, en soi, une inégalité sociale. Le fait que certains individus soient, biologiquement, nés avec des yeux verts ou des yeux marron ou du sexe masculin et d'autres du sexe féminin ne devient une inégalité que si, à partir de cette différence biologique, se constitue un accès différencié. aux ressources disponibles dans une société donnée. Par exemple, dans de nombreuses sociétés, la différence sexuelle a été accompagnée d'une inégalité entre hommes et femmes, se traduisant notamment par un accès privilégié des hommes aux ressources économiques, politiques ou culturelles.

Les inégalités sociales sont le produit contingent de l'histoire sociale. Elles ne sont pas naturelles : leur existence est un phénomène social, qui n'est pas détachable du fonctionnement de l'organisation sociale qui est à leur origine. Comme le rappelle d'ailleurs Max Weber ces discours ont une double fonction à la fois externe de légitimation sociale. Une inégalité sociale se distingue d'une différence naturelle.

Dans les Mots de la Géographie, Roger Brunet définit l'inégalité sociale comme « une différence perçue ou vécue comme une injustice n'assurant pas les mêmes chances à chacun ». L'inégalité sociale renvoie a des rapports de domination vécus comme une injustice.

L'esclavage est une forme extrème d'inégalité sociale, allant jusqu'à la déshumanisation.

Formes d'inégalités sociales

vignette|Personne sans abri, à NewYork

Les inégalités sociales font aussi référence aux différentes catégories sociales qui peuvent cumuler privilèges sociaux ou défaveurs, et qui entretiennent voire aggravent les inégalités socialesBroccolichi S (1994) Organisation de l'école: pratiques usuelles et production d'inégalités (Doctoral dissertation, Paris, EHESS) |résumé..

Il existe plusieurs formes d'inégalités sociales

Les inégalités de richesse, dont l'héritage.;

Les inégalités de revenu, dans l'accès à l'embauche. ; Les inégalités d'accès à la culture (dont la fracture numérique) ; Les inégalités d'accès aux loisirs ; Les inégalités sociales de santé ; Les inégalités d'accès au logement ; Les inégalités de frais d'inscription à l'université.

Des causes fréquentes d'inégalités sociales peuvent être des discriminations ou stigmatisations liées à des préjugés, comme le sexisme ou le racisme, qui tendent à considérer des individus comme moins dignes d'accès à ces ressources.

Inégalité des chances

À leur naissance, les individus sont placés dans des conditions différentes favorisant plus ou moins leur réussite sociale (différence entre milieu favorisé ou défavorisé, validité ou handicap physique…). L'égalité des chances est un idéal et un paradigme libéral individualiste, qui consisterait à concevoir les individus dans des conditions de départ égales ou équivalentes (avec compensation des inégalités naturelles et inégalités sociales), afin qu'ils aient toutes les chances de réussir et que le seul déterminant soit leur volonté et leur mérite.

Cet idéal reste lointain (en supposant même qu'on arrive à un accord sur la situation de référence), mais il est au moins possible de réduire les inégalités de départ les plus criantes (celles pour lesquels il y a consensus), en assurant à tous les enfants un accès le plus élevé possible aux biens critiques (alimentation, soins médicaux, éducation).

La reproduction sociale est la situation dans laquelle la position sociale des parents est un facteur déterminant de la position sociale des enfants. La proportion de changement de milieu social d'une génération à une autre (ou, inversement, la forte corrélation entre le statut des enfants et celui des parents) est caractéristique de la société. Même pour une société donnée, selon les auteurs, cette reproduction sociale est très importante ou marginalevoir Pierre Bourdieu pour la première tendance, Christopher Jencks pour la seconde...

Inégalités et répartition des richesses

La répartition des richesses, telle qu'elle a pu être observée dans les sociétés, n'a jamais été totalement égalitaire, et a été souvent très inégalitaire, une petite minorité détenant parfois presque toutes les richesses (dans les cas les plus extrêmes de sociétés esclavagistes, comme à Saint-Domingue au milieu du XIXe siècle). Les inégalités de revenu sont toujours moins importantes (notamment du fait que même dans les sociétés esclavagistes la subsistance des esclaves a dû être un minimum assurée) que celles de patrimoine, dont certaines sont socialement admises (par la justice sociale) et d'autres moins. Ce critère de richesse est d'autant plus pertinent pour estimer l'échelle sociale que la société est plus « marchande », mais d'autres aspects comptent voire prédominent : prestige, statut, pouvoir, rang social (appartenance au « parti »), nombre et rang des alliés…

La réduction des inégalités, tant au sein des pays que d'un pays à l’autre, est l'objectif des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) adoptés en 2015 par l'Assemblée générale des Nations unies.

À la suite de l'ouvrage Travailler deux heures par jour du collectif AdretTravailler deux heures par jour du collectif Adret, Collection : Points, paris, Seuil, (. ; les sociologues Christian Baudelot, Roger Establet et Jacques Toiser écrivent en 1979 en s'appuyant sur les données de la comptabilité nationale, une analyse statistique des inégalités"Qui travaille pour qui ?", Maspéro, paris, 1979.. Les chiffres de l'INSEE leur permettent de comparer les équivalents en temps de travail des échanges économiques inégaux entre classes sociales. Ainsi, en 1971, 70 % des richesses nouvelles créées profitaient à 30 % de la population. 1 % des ménages français possèdent plus de la moitié des actions françaisesEn finir avec les inégalités, Jean Gadrey, 2006, éditions Mango.. 10 ans de différence d'espérance de vie entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres en France.

D'après les chiffres disponibles de l'INSEEEnquête revenus fiscaux et sociaux 2005 et 2006, Enquête Revenus Fiscaux 2004 et Les niveaux de vie en 2006 par Luc Goutard, Insee Bretagne Jérôme Pujol, division Revenus et patrimoine des ménages, Insee ., 10 % des Français ne perçoivent que 3 % de la masse totale des revenus, contre 10 % de Français qui perçoivent 24,8 % de la masse totale des revenus après impôts et prestations sociales..

Selon la documentation française., les 5 % les plus riches des Français détiennent près de 30 % du patrimoine national. En 2001, selon l'ONURapport mondial sur le développement humain de l'ONU, 1999 et 2001. les 1 % des personnes les plus riches de la planète sont en possession de 40 % des richesses mondiales.. 2 % de l'humanité concentre 50 % du patrimoine de la planète, alors que la moitié de la population mondiale n'en détient que 1 % basé sur étude des Nations unies sur le patrimoine des ménages.. Les 10 % les plus riches des habitants de la planète possèdent 124 fois plus que les 10 % les plus pauvresRapport sur le développement humain des Nations unies, version 2001..

En 2016, les inégalités se sont accentuées, selon l'étude OXFAM de . les 1 % des personnes les plus riches de la planète sont en possession d'autant de richesses que les 99 % restant, les 8 hommes les plus riches détiennent autant de richesses que les de personnes les plus pauvres (52,9 % de la population mondiale). En Belgique, les 10 % les plus riches gagnent 8 fois le revenu des 10 % les plus pauvres. Aux États-Unis, le rapport est de 17, au Chili 43, au Brésil 66, en Namibie 129« Croissance et inégalités – Distribution des revenus et pauvreté dans les pays de l’OCDE ».. En Amérique latine, les propriétaires fonciers constituent 7 % de la population globale et possèdent 93 % des terres..

Analyse Les inégalités sont rarement unidimensionnelles.Dans les sociétés modernes, elles sont multidimensionnelles, enchevêtrées et cumulativesA. Bihr et R. Pfefferkorn, Déchiffrer les inégalités, Syros, 1999.. Il n'y a pas qu'un seul type d'avantages qui est réparti inégalement entre les groupes sociaux et aucun de ces groupes ne bénéficient de manière préférentielle de tous les avantages. On peut toutefois, analytiquement, distinguer les inégalités quantitatives, de nature économique, des inégalités qualitatives, en particulier des inégalités politiques et sociales. D'autre part, bien que les inégalités soient nombreuses et se situent sur plusieurs dimensions, elles forment un système, dans la mesure où elles s'engendrent les unes les autres.

Par ailleurs, les inégalités comportent une forte composante spatiale, comme tout phénomène social, les inégalités ne sont pas abstraites, éthérées, mais revêtent une dimension spatiale, s’incarnent dans des corps, s’inscrivent dans des lieux (localisation résidentielle, rapport à la mobilité…), renvoient à des échelles (maîtrisées, pratiquées)..

Inégalités économiques vignette|Revenus primaires et revenus après taxation et redistribution des ménages en France en euros par an en 2004. Les revenus sont classés en déciles : le D1 correspond au seuil en dessous duquel vivent les 10 % des ménages français qui ont le revenu primaire le plus faible (), le D2 à celui sous lequel vivent les 20 % les moins riches

Les inégalités économiques occupent une place centrale dans la hiérarchisation des sociétés capitalistes. Au sein du « système des inégalités », les inégalités économiques sont particulièrement structurantes.

Inégalités de revenu

Revenu primaire et redistribution

Les ressources économiques que reçoit un individu au cours d'une période donnée, et qui constituent son revenu, jouent un rôle central dans les inégalités économiques. Ces inégalités se constituent au moment de la distribution primaire des revenus, avant l'action de l'État : revenus d'activité, et en particulier salaires, ainsi que revenus provenant du patrimoine. Ces inégalités peuvent être en partie corrigées par le système de redistribution étatique : les prélèvements obligatoires pèsent surtout sur les plus riches tandis que les prestations sociales bénéficient prioritairement aux plus pauvres. Ainsi comme le montre le diagramme ci-contre, le revenu en dessous duquel vivent les 10 % des ménages français les plus pauvres (premier décile) était de en 2024. Après redistribution, il était de , soit un revenu supérieur de 60 %. Au contraire, le seuil au-dessus duquel vivaient les 10 % des ménages français les plus riches (décile 9) () était diminué de 14 % après redistribution et taxation.