vignette|Pierre Maudet en 2017.
L'affaire Maudet est le nom donné aux accusations « d'acceptation d'un avantage » faites à l'encontre du politicien genevois Pierre Maudet du Parti libéral-radical (PLR). Une enquête est menée par le Ministère public genevois et le Grand Conseil du canton de Genève a levé l’immunité du magistrat en 2018-2019. Pierre Maudet a avoué avoir menti sur la nature et le financement d’un voyage à Abou Dabi en 2015. Après plusieurs recours allant jusqu'au Tribunal fédéral, il est finalement condamné à des jours-amende et à une créance compensatrice de .
Résumé Pierre Maudet est soupçonné « d'acceptation d'un avantage » pour un voyage à Abou Dabi en 2015. Une enquête est menée par le Ministère public et le Grand Conseil lève l’immunité du magistrat en et en . Pierre Maudet avoue avoir menti sur la nature et le financement de ce voyage, qui n'avait pas de caractère privé car il a été invité par le prince héritier de l'émirat.
Plusieurs instances politiques dont la présidence du PLR Genevois appellent à sa démission tandis que la base des membres du PLR Genevois lui renouvelle sa confiance à l'assemble générale extraordinaire du . Pierre Maudet est finalement exclu de son parti par le comité directeur du PLR en .
Le Conseil d’État retire à Pierre Maudet son rôle de président en , et réorganise les départements. Il laisse à Pierre Maudet un minimum de responsabilités, puis le suspend de sa charge en .
Le Tribunal de police de Genève a reconnu le conseiller d’État coupable « d'acceptation d'un avantage » et l'a condamné en 2021 à une peine pécuniaire avec sursis. En appel, Pierre Maudet est acquitté, les juges reconnaissent l’acceptation d’un avantage indu mais sans que l'accusé en soit redevable. Le Ministère public a fait recours contre cette décision au Tribunal fédéral, qui admet partiellement le recours fin 2022 et renvoie la cause à l'instance cantonale. En , la Chambre pénale d'appel et de révision du canton de Genève a reconnu Pierre Maudet coupable d'acceptation d'un avantage et l'a condamné à une peine pécuniaire de (à par jour) avec sursis durant deux ans. Il est aussi condamné à payer une créance compensatrice de en faveur de l'État de Genève. Pierre Maudet n'a pas déposé de recours contre ce jugement.
Le , Pierre Maudet a été réélu Conseiller d’État du canton de Genève et dirige le Département de la santé et des mobilités depuis le .
Faits Voyage à Abou Dabi vignette|Mohammed ben Zayed Al Nahyane. Pierre Maudet et sa famille, son ancien chef de cabinet Patrick Baud-Lavigne et Antoine Daher, un ami actif dans l’immobilier à Genève, ont effectué un voyage à Abou Dabi du 26 au pour assister à un Grand Prix de Formule 1. Pierre Maudet affirmait jusqu'en que le voyage comprenant des vols en classe affaires, le logement à l’ et l’accès au Grand Prix, avait été payé par un ami de son ami. Ce voyage, selon Pierre Maudet, était privé, et c'est par hasard qu'il aurait rencontré le cheik Mohammed ben Zayed Al Nahyane, prince héritier d'Abou Dabi et nouvel homme fort des Émirats arabes unis. À la suite de cette rencontre, il a eu des entretiens avec des hauts dignitaires sur des sujets politiques.
Ce voyage a en définitive été organisé par Magid Khoury (de la société genevoise active dans l'immobilier), et payé par le cheik Mohammed ben Zayed Al Nahyane.
À un journaliste du journal Le Temps, Pierre Maudet affirme avoir fait don le de à l'Église protestante et autant à l'Église catholique, le total correspondant au prix du « package » reçu (avion, hôtel et Grand Prix) selon les recherches qu’il a lui-même faites sur Internet. Le coût de ce voyage est alors évalué à plusieurs dizaines de milliers de francs.
Le , Pierre Maudet reconnaît sur la chaîne locale Léman bleu avoir menti dans cette affaire : . Il affirme avoir , en soulignant avoir voulu protéger sa famille..
Financements de campagne et de cotisation, déduction fiscale La justice n'a pas statué sur la véracité de ce qui suit : deux associations auraient soutenu Pierre Maudet dans ses campagnes électorales, dont le Cercle Fazy-Favon (fonds provenant du parti radical, créé en 2011 lors de la fusion des partis radicaux et libéraux). Ce fonds aurait financé l'association de soutien à Pierre Maudet pour plus de . Le Cercle Fazy-Favon est qualifié de « trésor caché » (des radicaux) par la journaliste de la RTS..
Ces fonds auraient également payé la cotisation de membre du parti de Pierre Maudet durant quatre ans, pour un total d’environ . Ces cotisations ont été déduites fiscalement par Pierre Maudet.. L’avocat fiscaliste Xavier Oberson estime qu’il s'agit de « maladresses ».. L'administration fiscale a trouvé des erreurs sur quatre années et a amendé Pierre Maudet en . Une procédure qualifiée d’ par Xavier Oberson. L’amende est inférieure à et n'est donc pas inscrite au casier judiciaire..
Projet immobilier du Pré-du-Stand Selon le journal Le Temps, les informations divulguées par l'émission alémanique Rundschau le font soupçonner un possible lien avec une affaire immobilière impliquant Capvest, la société contrôlée par Magid Khoury, qui serait liée à l'organisation du voyage en 2015 à Abu Dhabi. Le , un autre journaliste du magazine Bilan, Serge Guertchakoff, prouve que ces attaques ne tiennent pas la route et que l’intervention de Pierre Maudet est improbable au vu des dates. Considérant qu'il n'y a aucun lien avec Pierre Maudet, le parlement approuve le le déclassement de 12 hectares de terrain agricole, dans le cadre d’une rocade complexe, ce qui permet au projet de construction de de bureaux et de cinq terrains de football d'avancer. Un référendum est annoncé par l'extrême gauche.. L'objet Pré-du-Stand est refusé en votation cantonale le .
Autorisation d’exploiter de l’Escobar Un article à charge et non étayé par une décision de justice, du journal Le Temps, insinue que Pierre Maudet aurait aussi pu faciliter l'ouverture du bar l'Escobar pour Antoine Daher, l'un des organisateurs du voyage d'Abu Dhabi. Dans ce même bar aurait eu lieu une fête d'anniversaire pour le ministre en fonction, qui aurait été pour partie aux frais de Daher (). L'entrepreneur aurait également financé un sondage de la campagne de Pierre Maudet pour un montant de suisses. Deux proches de Pierre Maudet sont mis en prévention pour abus d’autorité dans cette affaire d’autorisation d’exploiter donnée à l’Escobar : son ancien chef de cabinet et le directeur de la police du commerce (suspendu de ses fonctions)..
Groupe hôtelier Manotel Le groupe hôtelier Manotel a effectué pour de dons à des associations de soutien à Pierre Maudet. Il a financé une autre fête à laquelle ont assisté des personnalités politiques, médiatiques et judiciaires, dont le procureur général Olivier Jornot, pour un coût de . Les procureurs ont perquisitionné le siège de Manotel. Ils ont aussi formulé une nouvelle demande de levée de l’immunité de Pierre Maudet le .. En , Pierre Maudet comparaît devant le Ministère public genevois concernant ce volet de l'affaire..
Consultation de rapports des services secrets Pierre Maudet a reçu des copies de rapports classés confidentiels de la Brigade de sûreté intérieure de la police cantonale (BSI), qui est liée au Service de renseignement de la Confédération (SRC).. Un député dépose une question urgente le , pour comprendre le niveau d’information exact que le conseiller d’État (ou son ancien chef de cabinet) avait en matière de sécurité intérieure et extérieure, au moment de leur voyage à Abou Dabi.. Selon les explications données par le Conseil d’État : ces documents ont été transmis de main à main, par la commandante de la police, Monica Bonfanti, tous les deux ou trois mois, dès l’entrée en fonction de Pierre Maudet en 2012 ; la destruction subséquente de ces rapports serait établie avec une traçabilité « relative ». La pratique est légale selon le SRC, cependant pour certains elle devrait se limiter aux services de police, et ne pas s’étendre aux instances politiques. Le nouveau responsable de la police au Conseil d’État, Mauro Poggia, est étonné. Il décide de suspendre cette pratique..
En , la rédaction alémanique de l’hebdomadaire allemand publie les informations obtenues de deux employés de la Brigade de sûreté intérieure. Ces employés affirment avoir été d'abord heureux de l’intérêt manifesté par le conseiller d’État, mais s’être rendu compte que dans le cas de Pierre Maudet, .. Ils . Selon eux, leur supérieur transmettait les rapports chaque semaine à Pierre Maudet.
Affaire des naturalisations express
En , la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil du canton de Genève dénonce une affaire de naturalisation d'un ami de Pierre Maudet. Il s'agit d'un banquier libanais proche de l'un des organisateurs du voyage d'Abou Dhabi, condamné en . Celui-ci a obtenu sa naturalisation en sept mois, alors que la durée usuelle est de 15 à18 mois. Une trentaine de courriels ont été échangés entre 2015 et 2017 entre Pierre Maudet, le banquier libanais et plusieurs personnes chargées des procédures de naturalisation.
Conséquences politiques et juridiques Procédure judiciaire vignette|Olivier Jornot, procureur général.
La justice a été saisie en d'un rapport de police sur le voyage à Abou Dabi, et une procédure a été ouverte contre inconnu, Pierre Maudet et son ancien chef de cabinet ayant le statut de personnes appelées à donner des renseignements. Le , le Ministère public décide d'ouvrir une instruction contre l'ex-chef de cabinet, entendu le même jour. Le Ministère public veut aussi entendre Pierre Maudet « en qualité de prévenu d'acceptation d'un avantage », pour cela le Grand Conseil doit lever son immunité. Pierre Maudet publie une lettre ouverte dans laquelle il indique être favorable à la levée de son immunité. L'ensemble des partis y étant favorable également, l’immunité est levée le et Pierre Maudet est auditionné devant le Ministère public le .
Pierre Maudet est interrogé en audience par le procureur général Olivier Jornot. Les deux hommes se connaissent pour avoir ensemble mené une politique sécuritaire de lutte contre la criminalité, concernant principalement la sécurité routière et la délinquance financière en 2016.
Le , le ministère public dépose une nouvelle demande de levée de l’immunité de Pierre Maudet, pour « acceptation d'un avantage » par rapport aux sommes d'argent versées par le groupe Manotel. Demande acceptée par le Grand Conseil le . Avec une analyse de Pierre Ruetschi, ex-rédacteur en chef de la Tribune de Genève.. En , Pierre Maudet comparaît devant le Ministère public genevois concernant ce volet de l'affaire.
Demande de récusation des procureurs Le , les avocats de Pierre Maudet déposent une demande de récusation des trois procureurs qui enquêtent sur lui (le procureur général Olivier Jornot et deux premiers procureurs Yves Bertossa et Stéphane Grodecki). Les avocats de Pierre Maudet dénoncent la communication d'extraits d'audience en pleine instruction, ils la considèrent comme un acte de . À leur connaissance, aucune levée du secret de fonction n'a jamais été demandée au Conseil supérieur de la magistrature.. Ces extraits sont selon Maître Mangeat susceptibles d'avoir influencé la réorganisation du Conseil d'État, donc d'être une ingérence politique du ministère public..
Positions des partis et appels à la démission vignette|Petra Gössi, présidente du PLR suisse. Le , le comité directeur du PLR genevois ne prend pas position quant à un appel à la démission de Pierre Maudet tandis que Petra Gössi, présidente du PLR Suisse, déclare : .