Auguste Jean, né le Archives de la ville de Paris, V3E/N 1209 [Acte de naissance d'Auguste Jean]. à Paris et mort le à VierzonArchives départementales et patrimoine du Cher, 3E 5749, no. 145 [Acte de décès d'Auguste Jean]., est un céramiste et verrier français.
Il est l'un des acteurs du renouveau de la faïence française au milieu du aux côtés de Joseph (Giuseppe) Devers, Charles-Jean Avisseau, Georges Pull, Eugène Rousseau ou encore Théodore Deck.
Si sa production céramique s'inscrit pleinement dans l'éclectisme ambiant du , sa production verrière se rattache quant à elle à un style pré-Art nouveau relevant de l'étrange et de l'insolite, ce qui peut paraître surprenant à l'égard du reste de son oeuvre.
Biographie Jeunesse et formation Auguste Jean nait le au sein d'un des logements de la Manufacture des Gobelins au 270, rue Mouffetard dans le de Paris. Il est le fils d'Antoine Théodore Jean (1797-1864), dessinateur-peintre en tapisserie au sein de l'atelier de basse-lisse de la Manufacture des GobelinsArchives de la Manufacture des Gobelins, G3* [Inventaire du personnel]. et de Jeanne Virginie Héronville (1806-1832), ouvrière en tapisserieArchives de la ville de Paris, V3E/M 527 [Acte de mariage d'Antoine Théodore Jean et Jeanne Virginie Héronville]..
Il passe les premières années de sa vie au sein de ce modeste logement de la Manufacture des Gobelins avec sa sœur cadette, Jeanne Victorine Jean. Sa mère y meurt des suites d'une maladie en 1832, alors qu'il n'est âgé que de trois ansArchives Nationales de Paris, Série MC Minutier central des notaires de Paris, MC/RE Répertoires, LXVIII [Étude de Victoire François Casimir Noël], 14 [Minutes. 1835, 20 Août - 1841, 02 Octobre. Inventaire après décès de Jeanne-Virginie Héronville].. En 1836, il quitte ce logement à l'occasion du mariage en secondes noces de son père avec Jeanne Élisabeth Vautier (1817 - après 1864)Archives de Paris, V3E/M527 [Acte de mariage d'Antoine Théodore Jean et Élisabeth Vautier]. De cette union naîtra Françoise Geneviève Antoinette, demi-sœur d'Auguste JeanArchives de la ville de Paris, V3E/N 1209 [Acte de naissance de Françoise Geneviève Antoinette Jean]..
Auguste Jean commence très jeune à travailler en tant que potier et peintre sur céramique au sein de l'atelier parisien de l'italien Joseph (Giuseppe) Devers (1823-1882) auprès duquel il se formeWARING, J.B, Masterpieces of Industrial Art and Sculpture at the International Exhibition, 1862, Londres, Day & son, 1863, vol. 3, p. 189-190.. Ce dernier est reconnu par ses pairs comme un acteur majeur du renouveau de la faïence en France en se tournant vers des œuvres empreintes de « réminiscences archéologiquesDEMMIN, Auguste, Guide de l'amateur de faïences et de porcelaines : poteries, terres cuites, peintures sur lave, émaux, pierres précieuses artificielles, vitraux et verreries, Paris, H. Leones, 1867, vol. 1, p. 580.».
Dans les années 1850, Auguste Jean, « Peintre sur porcelaineDELVAU, Alfred, « Le Musée Génin », Figaro : journal non politique, 5ème année, n°178, 30/10/1856, p. 6.», semble se plaire à peindre sur plâtre « des natures mortes et des fruitsIbid.» au sein du tout nouveau Café Génin qu'il fréquente avec d'autres artistes depuis son inauguration en 1857 dans le quartier de Montparnasse, rue Neuve-VavinGRAND-CARTERET, John, Raphaël et Gambrinus ou l'art dans la brasserie, Paris, L. Westhausser, 1886, p. 19.. La presse souligne son talent de peintre, tout en regrettant qu'il ne peigne pas sur toile mais sur porcelaine : .
Les Ateliers Jean : une manufacture de faïences artistiques thumb|En-tête d'Auguste Jean C'est en 1859 que Auguste Jean, alors âgé de 30 ans, fonde son propre atelier au 11, rue de Sèvres à Paris[ANONYME], Exposition universelle de 1862 à Londres, Section française, Catalogue officiel, Paris, Commission impériale, 1862, p. 221.. Il ne semble alors pas produire lui-même mais fait appel aux manufactures de Sceaux-Penthièvre, de Bourg-la-Reine et de la Faïencerie Toul-Bellevue auprès desquelles il achète des biscuits qu'une fois réalisés il se charge de peindreDEMMIN, Auguste, Guide de l'amateur de faïences et de porcelaines : poteries, terres cuites, peintures sur lave, émaux, pierres précieuses artificielles, vitraux et verreries, Paris, H. Leones, 1867, vol. 1, p. 583..
Trois ans auparavant en 1856, il prenait pour épouse Marie Claire Sophie Roux (1832 - après 1896)Archives de la ville de Paris, V3E/ M 527 [Acte de mariage d'Auguste Jean et de Marie Claire Sophie Roux]. avec laquelle il aura trois enfants : une fille Marie Geneviève (1863 - ?)Archives de la ville de Paris, V4E 669 [Acte de naissance de Marie Geneviève Jean]., et deux garçons Sainte Marie Maurice (1861 - 1938)Archives de la ville de Paris, V4E 641 [Acte de naissance de Sainte Marie Maurice Jean]. et Charles Augustin Henri (1865 - ?)Archives de la ville de Paris, V4E 693 [Acte de naissance de Charles Augustin Henri Jean]..
C'est en 1863, alors qu'il emménage au 32, rue d'Assas qu'il semble commencer à produire ses propres céramiquesFIRMIN-DIDOT, Ambroise, FIRMIN-DIDOT, Hyacinthe, Op. cit., 1863, p. 1194.. Deux ans plus tard, il ouvre un premier magasin de vente au 39, boulevard Malesherbes[ANONYME], Guide illustré du clergé et des familles dans Paris et ses environs, Paris, L'Heureux, 1867, p. 47.. Dans les annuaires spécialisés, il apparaît alors sous cette mentionSAGERET, P.-F., Almanach-annuaire des bâtiments, des travaux publics et de l'industrie, Paris, Bureau de l'Almanach, 1864, p. 214. :
Ses affaires prospères, lui permettant d'acquérir en 1868, un terrain au 61, rue Dombasle sur lequel il construit son nouvel atelier et ses appartementsArchives de la ville de Paris, D1P4 351 [1862 : Cadastre 61, rue Dombasle].. thumb|Enseigne "Aux Forges de Vulcain" d'Auguste Jean
Les premières expositions auxquelles participe Auguste Jean remontent à l'année 1861CUYALA, Aurore, Sainte Marie François Augustin Jean (1829-1896) : céramiste et verrier, Mémoire de master en histoire de l'art, sous la direction de Jérémie Cerman, Paris, Lettres Sorbonne Université, 2018, p. 31.. S'il s'y fait déjà remarquer, c'est véritablement lors de l'Exposition universelle de 1862 à Londres que le public comme les connaisseurs le découvrent[ANONYME], The Art Journal illustrated Catalogue of the International Exhibition, 1862, Londres, J.S. Virtue, [1862 ?], p. 201.. Il apparaît comme une des figures les plus prometteuses dans la fabrication de faïences artistiques qui connaît alors en France un tout jeune renouveau. Waring déclare que .
En réalité, ce qui semble faire en partie son originalité, c'est sa recherche permanente d'innovations à travers de multiples expérimentations techniques : . En tout, ce sont cinq brevets d'invention concernant la céramique qu'il dépose en 1858, 1870, 1872, 1887 et 1889. Ses recherches se portent essentiellement sur les émaux et sur les effets de métallisationCUYALA, Aurore, Sainte Marie François Augustin Jean (1829-1896) : céramiste et verrier, Mémoire de master en histoire de l'art, sous la direction de Jérémie Cerman, Paris, Lettres Sorbonne Université, 2018, p. 44..
Malgré un succès indéniable, les violents affrontements durant la Commune de Paris (1871) provoquent la destruction de sa boutique et par la même d'une grande partie de sa production en vente ce qui le pousse à réaliser un premier dépôt de bilan. Faute de pouvoir régler ses dettes, il est ainsi déclaré en faillite l'année 1875Paris, Archives de la ville, D11U3 813, no. 997 [Dossier de faillite et d'insolvabilité d'Auguste Jean, 26 Août 1875 - 18 Avril 1876]..
Il est cependant maintenu à la tête de ses ateliers et continue à produire. Il réalise notamment un élément du décor de la chapelle Notre-Dame-des-Sept-Douleurs au sein de la basilique Notre-Dame-des-Victoires de Paris. C'est aussi durant cette période qu'il réalise une enseigne publicitaire représentant Vénus et Vulcain pour la célèbre boutique de M. Chouanard, au 3, rue Saint-Denis près de la place du Châtelet : Aux forges de VulcainFOURNIER, Edouard, Histoire des enseignes de Paris, Paris, 1884, p. 418.. Il fait alors le choix d'investir dans une nouvelle production en parallèle de celle de la céramique : celle du verre pour laquelle il fonde une nouvelle société en 1879[ANONYME], Archives commerciales de la France : journal bi-hebdomadaire… , Paris, [s.n.], 6ème année, n°90, 09/11/1879, p. 2..
La verrerie Jean : un tournant vers la modernité thumb|Vase d'Auguste Jean Pour ce faire, il investit dans de nouveaux aménagements et loue de nouveaux espaces consacrés à la production de verreries artistiques et notamment . Il ouvre ainsi une boutique pour vendre ses créations verrières au 64, rue d'Hauteville de 1880 à 1882Paris, Archives de la ville, calepins de révision du cadastre, D1P4 539 [1876 : Cadastre 64, rue d'Hauteville]., puis au 45, rue des Petites-Écuries de 1881 à 1883Paris, Archives de la ville, calepins de révision du cadastre, D1P4 873 [1876 : Cadastre 45, rue des Petites Écuries]..
Si cette nouvelle production semble relever du défi, Auguste Jean réalise pourtant depuis les années 1870 des recherches et expérimentations techniques sur le verre : dès 1877 il dépose un brevet d'invention concernant l'obtention d'un verre métalliséCUYALA, Aurore, Sainte Marie François Augustin Jean (1829-1896) : céramiste et verrier, Mémoire de master en histoire de l'art, sous la direction de Jérémie Cerman, Paris, Lettres Sorbonne Université, 2018, p. 55.. L'année suivante, il expose des verreries déjà forts remarquées à l'Exposition universelle de 1878 à ParisLIESVILLE, A.-R de, « Exposition Universelle. Les Industries d'art au Champ de Mars. La Céramique moderne. Verrerie. », Gazette des Beaux-Arts, juillet - décembre 1878, p. 696.. Difficile cependant de savoir ce qu'Auguste Jean réalise lui-même et ce qu'il délègue à autrui. thumb|Vase (d'une paire) d'Auguste Jean Cette production verrière constitue par ailleurs une parenthèse assez courte dans sa carrière puisqu'elle ne s'étend que de 1879 à 1883, ce qui contraste avec l'importante quantité de verreries qui nous sont parvenues. Sur cette période il ne participe qu'à trois expositions durant lesquelles son travail est salué : à la tête , il est . Sa production en étonne plus d'un : qui transportent l'imagination .
Du point de vue formel, le verre soufflé lui permet une liberté de forme infinie qu'il n'aura de cesse d'exploiter. Auguste Jean semble par ailleurs accorder une grande importance à la couleur, tant au niveau de la décoration émaillée que de la coloration du verre dans la masse. Du point de vue du décor émaillé dont la plupart des verreries sont le support, on dénote des inspirations extrême-orientales, plus rarement proches-orientales, voire néo-renaissances. Il n'hésite pas non plus à mélanger différentes influences sur une même créationCUYALA, Aurore, Sainte Marie François Augustin Jean (1829-1896) : céramiste et verrier, Mémoire de master en histoire de l'art, sous la direction de Jérémie Cerman, Paris, Lettres Sorbonne Université, 2018, p. 60..