Roger Sargos, de son nom d'état civil Vincent Jean Roger Sargos, né le à Pissos (département des Landes) et mort le à Bordeaux, est un sylviculteur, industriel, administrateur d'entreprises et homme politique français, auteur de plusieurs ouvrages et articles sur les activités forestières des Landes et de l'Afrique française, ainsi que d'un témoignage sur la Première Guerre mondiale.
Issu d'une famille de propriétaires forestiers des Landes (son père est un des fondateurs de la société Sargos Frères (1887-1934), dont Roger sera un des dirigeants de 1920 à 1934), il est formé à l'École nationale des eaux et forêts de Nancy. Entré dans l'administration forestière en 1913 à Lacanau (Gironde), il est mobilisé dès l'année suivante comme officier d'infanterie pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), avant d'effectuer une mission forestière en Afrique en 1919.
En 1920, quittant le service public, il devient administrateur de la concession forestière du Kouilou détenue par la société Sargos Frères au Congo français, tout en intervenant aussi en métropole, notamment comme maire d'Aureilhan (Landes) de 1926 à 1934 et comme cofondateur du groupe Gascogne (1925) et des Papeteries de Gascogne. Il réintègre l'administration forestière après 1934, devenant inspecteur général des Eaux et Forêts en 1944, l'année précédant sa retraite. Après 1945, il poursuit ses activités à la tête des Papeteries de Gascogne. Il joue aussi un rôle important dans divers organismes patronaux de l'industrie et du commerce du bois.
Biographie Origines familiales Il est issu d'une famille de grands propriétaires fonciers des Landes, possesseurs de vastes forêts de pins maritimes, appelées en gascon pignadas, établie de longue date dans le pays de Born (pays de Mimizan, Biscarrosse et Parentis, situé à la limite de la Gironde, près d'Arcachon) et le Marensin (pays de Soustons, Vieux-Boucau, Castets, Lit-et-Mixe, situé au sud du Born).
Il est le fils de Jean Léon, dit Léon, Sargos (1855-1944), propriétaire, négociant et industriel forestier, maire de Lit-et-Mixe, son village natal, de 1929 à 1941.
Sa mère est Marie Jeanne Henriette Thérèse Callen, née en 1867 à Sore dans le pays de la Grande Lande (à la limite de la Haute-Lande-Girondine) et mariée en 1885 à Pissos avec Léon Sargos. Roger est l'unique enfant du couple.
Roger est le petit-fils de Pierre-Alphonse Sargos (1831-1892), maire de Bias (Landes) de 1860 à 1885, a fait partie de avec Napoléon III pour le sensibiliser à la conservation des nouveaux boisements des landes de Gascogne.
Il est le neveu de Paul Sargos (1858-1917), maire d'Aureilhan en 1887, puis en 1892, et de Jean Henri, dit Henri, Sargos (1862-1951), maire de Mimizan en 1891, puis maire de Bias en 1900.
À la mort de leur père en 1892, Léon, Paul et Henri se partagent un héritage foncier dont la superficie totale est d'environ 1 600 ha et dont la valeur est estimée à près de 900 000 francs, comprenant trois maisons principales, dont le château DarricauSite du domaine Darricau. à Aureilhan et 34 métairies en pays de Born (à Lévignacq, Saint-Julien, Bias, Mimizan, Saint-Paul) et en Marensin (à Lit-et-Mixe).
L'entreprise forestière des frères Sargos (1887-1934) Historique de l'entreprise
Dès 1887, Léon Sargos et ses frères sont associés dans le commerce et l'industrie du bois de pin et des produits résineux sous la dénomination « Sargos Frères », dans un premier temps à Lit-et-Mixe, puis à Mimizan.
Ils s'associent ensuite avec Léon Crouzet, fils de l'ingénieur des pont et chaussées Henri Crouzet (1817-1880), dans la société Crouzet & Sargos (1889-1925), siège à Lit-et-Mixe.
L'entreprise finit par s'appeler simplement « Léon Sargos », avec son siège à Pissos.
Implication dans la colonisation de l'Afrique équatoriale (1893-1934) En 1893, la société Sargos Frères répond à l'appel de Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905) en vue de la colonisation de l'Afrique centrale.
Elle obtient dans la colonie du Congo français une concession en pleine propriété de 18 kilomètres de longueur sur le fleuve Kouilou. Cette concession est située à 40 km de la côte au lieudit Magan Matali (formule en langue viri ) dans la région montagneuse du Mayombe congolais. Elle est alors couverte d’une végétation luxuriante de forêt vierge équatoriale.
Le projet des frères Sargos est d’exploiter le bois et de créer des plantations à partir de transplantation de caféiers sauvages donnant un café de qualité, classé au même rang que les cafés Cazengo, Rio Numez et Mysore d’Afrique. Des graines de cacaoyerGraines qu'on trouve dans le fruit du cacaoyer, la cabosse. sont aussi semées.
En 1899, les plantations occupent 50 hectares.
Roger Sargos entre dans l'entreprise familiale en 1920 et en prend la tête en Afrique en 1922.
Mais la crise de 1929 provoque la ruine de cette aventure coloniale qui s'achève en 1934.
Formation Roger Sargos fait ses études secondaires à Arcachon (Gironde), puis au collège Sainte-Barbe et au lycée Henri-IV à Paris.
En 1907, il est admis à , d'où il sort major de la promotion, puis étudie de 1910 à 1912 à l'École nationale des eaux et forêts à Nancy, dans la promotion.
À sa sortie de cette école (1913), il est nommé garde général des eaux et forêts au cantonnement du Moutchic à Lacanau (Gironde), sous l’autorité de l'inspecteur Pierre Buffault (1866-1942).
thumb|left|150px|Roger Sargos en tenue de garde général des Eaux et Forêts en 1913.
Officier d'infanterie pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918) thumb|left|150px|Le capitaine Roger Sargos en 1915.
thumb|left|150px|Roger Sargos en 1918, en tenue de chef de bataillon commandant le 3 bataillon du 404 régiment d'infanterieLes forestiers avaient le privilège durant leur service militaire de conserver leur uniforme de forestier. Roger Sargos porta cet uniforme durant toute la guerre, et dû rajouter, à la suite d'une observation du général Pétain lors d’une revue en 1917, au cor de chasse, le numéro du bataillon (Roger Sargos, Témoignage 1914-1918 d'un officier forestier, tome I, p. 17).
En 1914, il est mobilisé dans l'infanterie dès le début de la Première Guerre mondiale.
Lieutenant du 48 bataillon de chasseurs à pied, il est remarqué par ses chefs le à Soupir (Aisne).
Promu capitaine dans le même bataillon, il est cité à l’ordre de l’armée pour avoir, « le commandé un détachement de deux compagnies à l’attaque victorieuse d’une tranchée allemande ».
À la fin de la guerre, il est chef de bataillon et commande le bataillon du 404 régiment d'infanterie. Il reçoit alors une décoration. À la fin de sa vie, Roger Sargos écrira des mémoires de guerre (en trois volumesNotice BNF.).
Mission forestière en Afrique française (1918-1919) Après l'armistice de 1918, toujours sous les drapeaux, le commandant Sargos est détaché par l’administration des Eaux et Forêts<ref>Louis Papy et Bernadette Suau, « Roger Sargos », dans Mémoire des Landes Dictionnaire biographique, Comité d'études sur l'histoire et l'art de Gascogne, 1991, 346 p.</ref> auprès du service des Bois Coloniaux pour une mission forestière au Congo français, dans le prolongement de la mission de prospection des forêts de la Côte d’Ivoire, du Gabon et du Cameroun réalisée par le chef de bataillon André Bertin (1879-1956), inspecteur des Eaux et Forêt.
À ce titre, il prospecte la forêt congolaise du Mayombe et acquiert une bonne connaissance du milieu tropical.
Il est l’auteur avec le botaniste François Pellegrin d’une communication au congrès de l’Association française pour l'avancement des sciences (AFAS) à Strasbourg en 1920.
De cette expédition, il rapporte une intéressante collection qu'il cède ensuite au Muséum national d'histoire naturelle, au service du professeur Paul Lecomte (1856-1934). Sa mission constitue la base des études forestières du Congo.
Mariage (1919) et descendance
Le à Brazzaville, il épouse Suzanne Julienne Armande Hilaire (1899-?), fille du général Jean HilaireRoger Sargos est l'auteur d'une brochure à son sujet, Le Général Jean Hilaire, conquérant et pacificateur du centre africain, Bordeaux, Imprimerie San Marcelli Frères, 1958, 40 p ., un des pionniers de l'Empire colonial français.
Père de deux fils, Pierre (1921-?) et Gérard (1922-2010), Roger Sargos est le grand-père de Jacques Sargos (né en 1957, fils de Gérard), écrivain, éditeur (fondateur de la maison d'édition bordelaise L'Horizon chimérique) et historien de l'art, et de Patrick Sargos (1948-2012), mathématicien.
Dans l'entreprise Sargos Frères en Afrique française (1920-1934) Administrateur de la concession du Kouilou Le , au lieu de réintégrer l'administration forestière, il débute une période de congé sans solde qui va durer jusqu'en 1934.
À partir de 1922, il dirige l'entreprise Sargos Frères, exploitant la concession de Kouilou. Le domaine comporte des plantations de caféiers, de cacaoyers et de palmiers à huile et des forêts naturelles pour exploitées pour le bois.
Les produits exportés en France sont soit des produits de plantations (café, cacao, l'huile de palme, soit des produits de la forêt (copal, bois de construction et d’ébénisterie, graines oléagineuses).
Les bureaux sont situés à Bordeaux, au numéro 20 de la rue de Grassi.
En 1924, la société Sargos Frères devient la Société forestière et agricole du Kouilou, dans laquelle il occupe le poste d'administrateur délégué.
Président de la Chambre syndicale des producteurs de bois coloniaux (à partir de 1926) En 1926, lorsque les exploitants de bois de l'Afrique-Équatoriale française (AEF) et de l'Afrique-Occidentale française (AOF) s'organisent en Chambre syndicale des producteurs de bois coloniaux africains, Roger Sargos en est élu président. Dans sa communication de 1931 sur La politique forestière coloniale, il exprime son point de vue sur le profil souhaitable des cadres de l'administration forestière coloniale et plaide pour la création d'une section d'officiers forestier de la France d'outre-mer. Également en 1931, il propose la création d'une banque de crédit forestier colonial, mais échoue face aux arguments contraires d'E. Bernard-Aubry, président du Syndicat des importateurs de bois coloniaux de Bordeaux.
Opposition à l'administration coloniale française (notamment à propos du Congo-Océan) À cette époque, contre la construction (1921-1934) du chemin de fer Congo-Océan, devant relier Brazzaville à Pointe-Noire, qui va être terriblement coûteuse en vies humaines pour les indigènes.
Dans un pamphlet de 1923 signé R. S., dont il est très probablement l'auteur (ainsi que dans son ouvrage de 1958 sur son beau-père le général Hilaire), Roger Sargos fait des portraits au vitriol des deux gouverneurs généraux de l'AEF de cette époque, Gabriel Angoulvant (1917-1920) et Jean-Victor Augagneur (1920-1923), qu'il dénonce comme ayant tous deux exercé une « omniprésente satrapie d'outre-mer ».
Activités en métropole (1921-1934) Les papeteries de Gascogne (à partir de 1925) Roger Sargos est un des créateurs du groupe Gascogne dont l'objectif est la production de papier à partir du bois de pins des Landes.
En effet, dès le début de cette activité industrielle nouvelle dans la région, il est membre de la Société civile d’études pour le développement économique de la région landaise, créée le à Paris, à l'origine de la fondation des Papeteries de Gascogne. La production commence à Mimizan en . Parmi les douze propriétaires forestiers qui financent la papeterie, .
Il est administrateur des Papeteries de Gascogne de 1927 à 1934, puis de 1945 à 1966, pour en devenir le doyen à cette époque.
Maire d'Aureilhan (1926-1934)
Retour à l'administration forestière (1934-1945) En 1934, à la fin de la concession congolaise des Sargos, il réintègre l'administration comme inspecteur adjoint à Oloron-Sainte-Marie (Basses-Pyrénées), puis à Bayonne, inspecteur pour quelques mois en 1935 à Bayonne, inspecteur puis chef des Bureaux de la conservation à Bordeaux.