La politique étrangère de l'Égypte regroupe l'ensemble des relations diplomatiques entretenues par la République arabe d'Égypte depuis son instauration par le général Mohammed Naguib le . vignette|Ahmed Aboul Gheit, chef de la diplomatie égyptienne de 2004 à 2011, et Secrétaire général de la Ligue arabe depuis 2016. L'Égypte est membre de l'Organisation des Nations unies, de l'Union africaine (dont elle assure la présidence entre 2019 et 2020), de l'Organisation de la coopération islamique, et de la Ligue arabe. Le secrétaire général de la Ligue arabe est l'ancien ancien chef de la diplomatie égyptienne (de 2004 et 2011) Ahmad Aboul Gheit, réélu à l'unanimité en , par les ministres arabes des Affaires étrangères des pays membres de la Ligue. À noter que ce poste est occupé par un diplomate égyptien depuis 1991, date depuis laquelle quatre secrétaires généraux se sont succédé Ahmed Asmat Abdel-Megid (de 1991 à 2001), Amr Moussa (de 2001 à 2011), Nabil el-Arabi (2011-2016) et Ahmed Aboul Gheit (depuis 2016).

En raison de sa démographie, de sa position géographique (abritant notamment le canal de Suez qui a rapporté plus de 6 milliards de dollars à l'Égypte en 2021), de sa puissance économique et militaire, ainsi que ses liens très anciens avec l'Afrique, l'Europe et le Moyen-Orient, l'Égypte exerce une influence forte dans la communauté internationale, au sein de laquelle elle est considérée comme un partenaire stratégique pour les grandes puissances, États-Unis, Chine, Russie et Union européenne.

Pendant la guerre froide, l'Égypte est l'un des rares pays arabes à avoir été successivement allié de l'Union soviétique, puis des États-Unis, tout en se revendiquant officiellement membre du « mouvement des non-alignés » dont elle accueille le sommet international en . Mais le revirement majeur de la politique étrangère égyptienne est surtout son rapprochement avec Israël lors des accords de Camp David en 1978, après avoir été le fer de lance de la coalition arabe constituée contre l'État hébreu. L'Égypte est depuis lors considéré, à l'instar de la Jordanie, comme un médiateur incontournable dans la guerre israélo-arabe.

Depuis le début du qui voit se succéder les attentats du 11 septembre 2001, les printemps arabes de 2011, et la crise migratoire de 2015, l'Égypte est considérée par l'Europe et les États-Unis comme une puissance « stabilisatrice » et « un rempart contre le terrorisme », qui justifie de leur part un important soutien militaire et financier. Mais ce soutien est aussi de plus en plus critiqué par les ONG défendant les droits de l'homme qui critiquent le régime Abdel Fattah al-Sissi pour sa répression et sa dérive autoritaire. Le Ministre des Affaires étrangères d'Égypte est Sameh Choukri, depuis le . En , il préside la COP 27 organisée dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, au sud du Sinaï.

En , le président sud-africain Cyril Ramaphosa annonce l'entrée dans les BRICS de six nouveaux pays dont l'Égypte, ainsi que l'Iran, l'Argentine, l'Éthiopie, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, effective en .

Chronologie des relations

Débuts de la République arabe d'Égypte

Le royaume d'Égypte accède officiellement à l'indépendance en 1922, mais la Grande-Bretagne garde le contrôle du canal de Suez, des questions de défense et des Affaires étrangères. En 1936, un traité anglo-égyptien confirme l'indépendance du pays, mais permet le stationnement de troupes britanniques.

Deux événements marquants permettent à l'Égypte de s'affranchir davantage de l'influence occidentale :

En 1952, le Mouvement des officiers libres menés par Gamal Abdel Nasser, renverse le roi Farouck signataire du traité anglo-égyptien de 1936, puis proclame la République en 1953. Nasser en devient premier ministre en 1954, puis est élu président le . Le , un mois après son accession à la présidence, Gamal Abdel Nasser, nationalise le canal de Suez au détriment de la Grande-Bretagne qui en avait le contrôle, provoquant une intervention militaire franco-anglaise en , la crise du canal de Suez. Cette intervention appuyée par Israël est un succès sur le plan militaire, mais les troupes étrangères sont contraintes de se retirer à la suite de pressions diplomatiques exercées par les États-Unis et de l'Union soviétique

L'Égypte sous le mandat de Gamal Abdel Nasser vignette|Gamal Abdel Nasser, premier Président de la République arabe d'Égypte. Pendant la guerre froide, Nasser est promoteur d'un « neutralisme positif », caractérisant les États membres du mouvement des non-alignés regroupant les États qui ne se considéraient comme alignés ni sur le bloc de l'Est ni sur le bloc de l'Ouest. Mais dans les faits, également promoteur du socialisme arabe, Nasser rapproche l'Égypte de l'Union soviétique de qui il obtient d'importants investissement économiques, des livraisons d'armes, et un soutien politique et militaire contre la France et le Royaume Uni prenant la crise du canal de Suez, puis contre Israël. Sa résistance aux anciennes puissances colonisatrices de la région et à Israël (jusqu'à sa défaite à la guerre des Six Jours) donne au président égyptien un statut de leader du mouvement des non-alignés, ses discours étant largement retransmis dans le monde arabes.

Sa réputation dans la région est telle qu'il est une source d'inspiration pour de nombreux militants indépendantistes, notamment au Front de libération nationale pendant la guerre d'Algérie, en Irak pendant la révolution de 1958 contre la monarchie pro-britannique, au Liban pendant la crise politique qui a lieu la même année, et au Yémen dans les années 1960 en guerre d'indépendance contre les Britanniques.

Entre 1958, l'Égypte s'unit à la Syrie pour former la République arabe unie, présidée par Nasser, dissoute en 1961 après la sécession de la Syrie. L’Égypte conserve toutefois l’appellation officielle de « République arabe unie » jusqu’en 1971.

En 1967, l'Égypte s'oppose à Israël à lors de la guerre des Six Jours aux côtés de la Syrie et de la Jordanie, conflit remporté par Israël qui annexe la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï, occupé par Israël jusqu'en 1979.

Nasser décède en 1970.

L'Égypte sous le mandat d'Anouar el-Sadate Le , après la mort de Gamal Abdel Nasser, Anouar el-Sadate en sa qualité de vice-président, devient président de la République par intérim. Il est élu à la présidence de la république le .vignette|300x300px|Anouar el-Sadate, président égyptien de 1970 à 1981.En 1971, l'Égypte officialise sa proximité en signant un traité d'amitié avec l'URSS, qui sera rompu en 1976.

En 1973, Sadate, de concert avec la Syrie, mène l'Égypte dans la Guerre du Kippour contre Israël pour tenter de reprendre le Sinaï perdu en 1967 lors de la guerre des Six Jours. À la suite de l'échec de cette offensive, le conflit se termine au bout de 19 jours avec la signature d'un cessez le feu sous l'égide le l'ONU.

Les années suivantes l'Égypte en grande difficulté économique en partie causée par ses dépenses militaires (qui pèsent près d'un tiers du revenu national), est en butte à des émeutes de la faim qui font des dizaines de morts et de blessés en , poussant Sadate à envisager une paix séparée avec Israël.

En 1978, Sadate signe avec Israël les accords de paix de Camp David, à la suite desquels il reçoit avec son homologue israélien le prix Nobel de la paix la même année. Mais ce rapprochement coûte à l'Égypte un isolement inédit dans le monde arabe, alors que ses relations diplomatiques sont rompues avec cinq pays le jour du : la Libye de Mouammar Kadhafi, l'Algérie d'Houari Boumedienne, la Syrie d'Hafez al-Assad, l'Irak de Saddam Hussein, et le Yémen du Sud. L'Égypte est exclue de la ligue arabe en 1979, qu'elle réintégrera en 1989.

Le mandat d'Anouar el-Sadate se termine avec son assassinat le .

Son vice-président Hosni Moubarak est élu pour lui succéder le de la même année et reste trente ans à la tête de l'Égypte, jusqu'à son renversement lors de la révolution égyptienne de 2011.

L'Égypte depuis la fin de la guerre froide

Depuis la fin de la guerre froide, alors que seulement trois chefs d'État se sont succédé à la tête de l'Égypte (sans compter les mandats de « transition »), la politique étrangère égyptienne est marquée par une relative stabilité dans ses rapports avec la plupart de ses interlocuteurs étrangers, a l'exception de la Turquie et du Qatar.

De 1990 à 2011 La fin de la guerre froide marquée par la dislocation de l'Union soviétique ne met pas pour autant fin au mouvement des non-alignés dont la doctrine reste de n'être aligné avec ou contre aucune grande puissance mondiale, et au sein duquel l'Égypte continue de jouer un rôle important. Dans les faits, celle-ci garde, à l'instar de l'Inde et de l'Afrique du Sud (autres acteurs clé du mouvement) une grande proximité avec les États-Unis illustrée par la participation de l'armée égyptienne à la guerre contre l'Irak en 1991 au sein d'une coalition sous commandement américain.

L'Égypte se rapproche également de la Russie post-soviétique, où Hosni Moubarak se rend régulièrement, avant de recevoir son homologue Vladimir Poutine en 2005, et appui son intégration dans l’Organisation mondiale du commerce (effective depuis 2012).

Printemps arabe et années suivantes

En 2011, le monde arabe est secoué par une série de soulèvements populaires provoquant plusieurs changements de régime, principalement en Tunisie, mettant fin à la présidence de Zine el-Abidine Ben Ali, en Égypte, mettant fin à la présidence d'Hosni Moubarak, et en Libye, provoquant le renversement et la mort de Mouammar Kadhafi.

Dans les années 2010 faisant suite à la révolution égyptienne de 2011, la politique étrangère de l'Égypte connait plusieurs changements plus ou moins majeurs :

En été 2012, le président nouvellement élu à la tête de l'Égypte Mohamed Morsi se rend à Téhéran, marquant la première visite d’un chef d’État égyptien en Iran depuis la rupture des relations diplomatiques irano-égyptiennes en 1980. Un an plus tard, celui-ci est renversé par un coup d'État mené par son ministre de la Défense Abdel Fattah al-Sissi, condamné par le président turc Recep Tayyip Erdoğan dont il était un grand allié, provoquant une forte détérioration des relations turco-égyptiennes. Parallèlement toutefois, ce changement de régime amorce un important rapprochement entre l'Égypte et les pays arabes du Golfe à l’exception du Qatar. Pendant l'été 2017, l'Égypte rompt ses relations le Qatar à la suite de la crise du Golfe, opposant le petit Émirat à une coalition de pays arabes sunnites lui reprochant sa trop grande proximité avec l'Iran et avec les Frères musulmans. En dehors du Moyen-Orient, le projet de barrage de la Renaissance initié par l'Éthiopie en 2011 provoque d'importantes inquiétudes en Égypte en raison de la forte réduction que cela entraînerait du débit du Nil qui transite sur son territoire.. Une série de négociations a lieu entre 2011 et 2019 entre les deux États et incluant le Soudan, sans permettre de résoudre les désaccords entre ces différents pays.

L'Égypte reste un acteur diplomatique de premier plan, gardant un rôle d'intermédiaire dans les négociations de paix entre l’Autorité palestinienne et Israël, tout en s'impliquant dans la résolution de plusieurs crises régionales, comme les conflits en Libye, en Irak et la guerre contre l'organisation État islamique qu'elle combat également au Sinaï. Cette lutte contre ce groupe djihadiste menaçant également Israël permet une coopération inédite entre le gouvernement égyptien et l'État hébreu, tandis que l’armée égyptienne signe d'importants contrats d'importations d'armes avec la Russie et la France.