Aigueblanche est une ancienne commune française située dans le centre-est de la France, dans le département de la Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Le , elle regroupe trois anciennes communes : Bellecombe, Grand-Cœur et Villargerel. Au , elle forme la commune nouvelle de Grand-Aigueblanche aux côtés du Bois et de Saint-Oyen.
Géographie La ville est située à d'altitude au niveau de la mairie, avec un point culminant situé à au sommet du Quermoz. Implantée au cœur des et au pied des 3 vallées, Aigueblanche est traversée par l'Isère. Elle est desservie par la RN 90 qui emprunte le tunnel de Ponserand situé sur la commune.
Situation La commune est limitrophe de La Léchère au nord et nord-ouest, l'entrée amont de la station thermale étant sur le territoire d'Aigueblanche ; de Hautecour au nord-est et à l'est, de l'autre côté de la forêt de Villargerel et le col du Pradier ; de Moûtiers au sud-est, séparée par le rocher du Siboulet et le débouché des gorges de Ponserand ; de Le Bois au sud, la rive gauche de l'Isère et le Nant Noir marquant la frontière ; des Avanchers-Valmorel au sud-ouest, jusqu'aux sources du ruisseau du Merderel et enfin de Saint-Oyen à l'ouest.
Hydrographie thumb|L'Isère à Aigueblanche. Le territoire communal d'Aigueblanche est principalement situé au pied d'un bassin versant de au fond duquel coule l'Isère.
Le Morel Le torrent du Morel est un affluent de l’Isère, en basse Tarentaise. Il a accédé à la notoriété depuis qu’il a été choisi comme éponyme par la station de Valmorel sur la commune des Avanchers, rebaptisée par la même occasion Les Avanchers-Valmorel.
Données naturelles Cette valorisation apparaît comme d’autant plus paradoxale que ce même torrent avait acquis à la fin du une réputation détestable du fait même des excès de son régime. Son bassin-versant de 35 km s’étire selon une direction grossièrement sud-ouest/nord-est entre sa source vers 2200 mètres, au pied du Cheval Noir, et sa confluence avec l’Isère à 440 mètres. Sa dangerosité tient d’abord aux variations de son débit : évalué en moyenne à 250 litres par seconde il a pu atteindre en crue jusqu’à 180 m/s, soit une variation de 720 fois ! Son pouvoir érosif est considérablement aggravé par les conditions géologiques car son lit est taillé dans les schistes du Lias dont le pendage proche de la verticale favorise le délitement. Enfin, sa pente moyenne de 11,4 % est fortement accentuée dans le chenal d’écoulement entre l’auge glaciaire suspendue de son bassin d’alimentation et son cône de déjection sur la commune de Bellecombe..
Menaces Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les menaces les plus graves pesaient sur la commune de Doucy, en rive gauche : dans les pentes sous le chef-lieu, au droit du chenal d’écoulement, s’étaient ouvertes des tanières selon la terminologie locale, vastes crevasses profondes, dans les cas extrêmes, de 60 m avec un écartement des lèvres de 50 mètres et sur une longueur de 100 à 150 m ! A en juger par les lézardes des murs des maisons du chef-lieu, son existence même était menacée. La situation était tout aussi alarmante sur le cône de déjection : les débordements du torrent en crue menaçaient le chef-lieu de la commune de Bellecombe, pourtant établi sur une des génératrices les plus latérales ; son terroir cultivé étant transformé en glières et les voies de communication coupées. À terme, à la confluence de l’Isère, devant la progression du cône, on pouvait craindre un travail de sape sur la route nationale RN90 et la voie ferrée, artères vitales pour toute la Tarentaise.
La lutte contre le torrent Face à ce danger séculaire, les remèdes apportées sous le régime sarde ont été peu opérants. Ils ont consisté à encourager le reboisement dans les parties à l’amont du bassin versant victimes de défrichements et à tenter d’endiguer le lit sur le cône de déjection. Il n’a été pris conscience de la gravité de la situation, ici comme sur l’ensemble du territoire national, qu’après l’annexion de la Savoie à la France en 1860. Une étape capitale a été franchie avec l’adoption de la loi de 1882 portant restauration des terrains en montagne. Furent à la fois levés les obstacles juridiques et financiers. D’une part, la puissance publique se portait acquéreur des terrains déclarés d’utilité publique sur lesquels se justifiait une intervention ; d’autre part, le financement incombait exclusivement à la nation. Or il s’agissait de sommes considérables, vu l’ampleur des travaux à entreprendre.
Afin de parer au danger maximum pesant sur le village de Doucy, il fut décidé de créer une dérivation dans la partie la plus déclive du chenal d’écoulement. Cette dérivation, compte tenu de la topographie, n’était possible que par le percement d’un tunnel en rive droite du torrent, à l’opposé du versant doucerain. Long de près d’un kilomètre (978 m), il fut foré de 1902 à 1906 entre les cotes 749 au barrage de dérivation et 640 au point de sortie. La pente étant de plus de 11 % à l’intérieur de l’ouvrage, la puissance érosive du courant a dû être brisée par une succession de paliers de 20 mètres de long à faible pente (1 %) et de marches d’escalier de 2 m de haut, le tout solidement maçonné en moellons de pierre cimentés. L’approche logistique avait nécessité la création d’une voie ferrée pour wagonnets decauville de 3,5 km de long afin d’amener les matériaux nécessaires à la construction depuis la gare d’Aigueblanche en fond de vallée. Au total, le seul tunnel s’est inscrit pour 78 % de la dépense totale.
À la sortie du tunnel, les eaux faisant retour au lit naturel par une haute cascade, il restait à sécuriser les terrains sur le cône de déjection entre les cotes 550 et 440 à la confluence. De 1906 et 1909 le cours du torrent a été entièrement endigué. Aux cinq seuils aménagés en même temps que le tunnel à l’aval de la cascade ont été ajoutées trente-sept cascatelles sur 950 mètres. On aura rarement observé une telle métamorphose du paysage, avec une urbanisation pavillonnaire aérée, une base de loisirs avec piscine (très grande nouveauté dans toute la Tarentaise !). La promenade sur la digue jusqu’à la cascade dans une ambiance forestière profite aussi aux estivants de la proche station thermale de la Léchère pour laquelle s’est élargie l’offre locative.
Aménagements EDF thumb|Barrage d'Aigueblanche. Sur le cours de l'Isère se trouve un barrage hydroélectrique construit en 1954. Le barrage des Échelles d’Hannibal d'une capacité de permet de dévier une partie des eaux de l'Isère vers la centrale souterraine de Randens en Maurienne. Une galerie longue de sous le massif du Grand Arc (une portion de l’aqueduc souterrain est visible à Bellecombe) permet d'obtenir .
Pour compléter ce dispositif, la retenue de La Coche, en aval du col de la Coche, est achevée en 1972 pour alimenter la centrale de La Coche. D'une capacité de , elle a été le site d'expérimentation des stations de transfert d'énergie par pompage.
D'autres cours d'eau affluents de l'Isère parcourent la commune, venant ainsi alimenter les sources et captages d'eau potable. Versant gauche : le ruisseau de Merderel, le Nant Noir et versant droit, le ruisseau de Villargerel.
Climat Le climat d'Aigueblanche, au cœur du massif alpin, est de type montagnard. La station Météo-France de Bourg-Saint-Maurice a enregistré en un record de température maximale à et minimale de en .
Toponymie Aigueblanche Aigueblanche est mentionnée pour la première fois sous la forme Aqua alba au , qui dérive en Aqueblanche au cours du siècle suivant, puis Aquablanca en 1260D'après .. Pendant l'occupation du duché de Savoie par les troupes révolutionnaires françaises, on trouve l'usage de la forme Blanches-Eaux, bien que Aigueblanche soit utilisée en 1793 puis Aigue-Blanche en 1801 avant de retrouver sa forme originelle.
Aigueblanche est un toponyme composé du préfixe aigue-, qui en vieux français désigne l'« eau », et de blanche, correspondant à la couleur blanche ou claire. La commune est donc le lieu de l'eau blanche. Le toponyme provient du torrent qui traverse le territoire de la commune et qui dépose du tuf blanchâtre très calcaire.
En francoprovençal, le nom de la commune s'écrit Èguablantse, selon la graphie de Conflans.. Fichier:
Bellecombe thumb|Bellecombe. La première mention de la paroisse, selon l'abbé Joseph-Antoine Besson., date de 1139 avec un Anselmus Bellecombe, puis dans la décennie suivante un Anselmus de BellacumbaD'après .. Entre la fin du et le , le nom de l'église passe de Bellacomba à la forme Bellecombe. Afin de la distinguer des autres communes, elle est parfois désignée sous la forme « Bellecombe-en-Tarentaise ».
Le toponyme est composé de « belle » et de « combe », désignant une belle vallée.
Grand-Cœur Grand-Cœur et Petit-Cœur portent le nom de Saint-Eusèbe, puis Saint-Eusèbe-de-CœurD'après .. La première mention de la paroisse remonte vers 1170 avec Ecclesia de Cors. Durant les trois siècles suivants, c'est la forme Cors qui est utilisée. Au , on trouve la forme Ecclesia grandis curie.
Le toponyme dérive de Cors, une forme romane de curtis ou cortis, qui désigne l'« enclos, [la] cour d'une ferme, [la] basse-cour ». Le site d'Henry Suter avance peut être une dérivation de curia (cour).
Villargerel thumb|Villargerel. La paroisse de Villargerel est mentionnée pour la première fois en 1170 sous la forme Villargerardi. On trouve au Villari Girelli et au Villarium Gerelli, enfin Villagerel en 1577, puis Vilargerel en 1731.
Villargerel est un toponyme composé de , le domaine, et de Gerel provient d'un nom d'homme, diminutif de .
Histoire Situation Aigueblanche tire son nom d’un ruisseau affluent de l’Isère, sur sa rive droite. Sa source était une exsurgence, au pied de la roche de la Biettaz, vers 520 m d’altitude. La confluence se situait peu en amont de l’unique pont du village vers 430 mètres d’altitude. Son débit était particulièrement abondant au printemps et, du fait de la forte pente, le flot s’écoulait avec force et un grand jaillissement d’écume d’une blancheur éclatante.
Son cours avait été équipé au Moyen Âge d’une succession ininterrompue de biefs et de chutes pour l’alimentation de moulins dont le nom se perpétue dans le hameau proche de la source. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale étaient encore en activité un moulin à farine et une scierie dans laquelle on broyait aussi les noix chaque automne.
Ce ruisseau a aujourd’hui disparu. Dans un premier temps, les tirs de mine pour les travaux EDF proches ont provoqué l’enfouissement de son cours. Depuis les travaux de construction de la voie rapide vers les stations de haute Tarentaise à la veille des JO d’Albertville (1992) le paysage lui-même a été totalement bouleversé. Le ruisseau a été capté à sa source et a été remplacé par une discrète canalisation enterrée. Seul témoignage de son ancien tracé : les buttes calcaires à l’amont des chutes car l’eau était très chargée en calcite qui s’est déposée sous forme de tuf (voir toponymie).
Préhistoire et Antiquité Des sépultures néolithiques, attestant une présence ancienne dans le bassin d’Aigueblanche, ont été mises au jour lors de travaux de réparation des dégâts provoqués par les crues du Morel entre 1859 et 1875.
Ligures puis Ceutrons peuplent la vallée de la Tarentaise jusqu’à la victoire romaine (15 av. J.-C). Les Romains créèrent alors une voie de circulation pour leurs communications avec le reste de la Gaule. L’Alpis Graia, voie créée par les ingénieurs d’Agrippa sur la rive gauche de l’Isère que l’on suit de l’Etrat à Bellecombe au défilé de Ponserand où elle passe à au-dessus de la rivière taillée dans le roc sur Aimé Bocquet "La grande traversée des Alpes par Hannibal".