Emma Eliza Coe (née le à Apia, aux Samoa, et morte le à Monte-Carlo), puis Emma Forsayth, Emma Farrell et enfin Emma Kolbe au fil de ses mariages successifs, était une femme d’affaires et propriétaire de plantation américano-samoane.

Emma Coa suit une éducation catholique à Apia et Sydney, puis passe son adolescence auprès d'un oncle et d'une tante de San Francisco où elle est initiée aux codes de la haute société. De retour aux Samoa à l'âge de 19 ans, elle fonde avec son premier mari James Forsayth la compagnie commerciale et maritime Forsayth & Co. En 1873, son époux disparaît en mer. La même année, elle fait la connaissance du colonel Albert Barnes Steinberger, qui devient le premier Premier ministre des Samoa. Cependant, il commet des erreurs qui entraînent un conflit civil à Apia entre 1875 et 1876. Emma Coe subit lourdement les conséquences de ce conflit puisqu'elle perd son emprise commerciale sur l'archipel.

Dans les années 1880, elle décide de changer d'air et de s'installer avec son nouveau mari, Thomas Farrell, aux îles Bismarck, en Nouvelle-Guinée allemande. Ils développent un nouvel empire commercial à partir de leurs plantations de cocotiers de la péninsule de Gazelle. Après la mort de Farrell en 1886, sa veuve, qui reprend le nom de son premier époux, continue à faire prospérer l'entreprise. Elle est alors connue sous le nom de Queen Emma de Nouvelle-Guinée. Dans les dernières années de sa vie, considérée comme la propriétaire de plantations la plus fortunée de Nouvelle-Guinée, elle vend son empire. Après s'être installée à Sydney, elle entreprend un tour d'Europe avec son dernier époux, l'Allemand Paul Kolbe, avant de s'installer à Monaco. Elle y décède le à l'âge de 63 ans.

Figure célèbre en son temps, la « Reine Emma » a fait l'objet de deux biographies en anglais et d'une en français, ainsi que d'une mini-série télévisée australienne. Son parcours, rare pour une femme océanienne, est souvent mentionné par les historiens.

Premières années (1850-1869) Famille et enfance aux Samoa (1850-1860) Emma Coe naît le à Apia, dans l'archipel polynésien des Samoa. Elle est le deuxième enfant d’une mère samoane, Ioana Taletale née Le’utu, et d'un père américain, Jonas Myndersee Coe. Sa mère est membre de la dynastie royale des Malietoa et cousine du roi Malietoa Laupepa, un personnage emblématique de la vie politique des Samoa dans les années 1880. Par sa mère, Emma est considérée comme une princesse par les Samoans.

Emma est élevée aux Samoa avec sa jeune sœur Phoebe. Elles font partie de la communauté mixte d'Apia appelée « the beach », composée d'étrangers venus du monde entier.

Durant les dix premières années de la vie d'Emma Coe, Apia change considérablement. À sa naissance, l'estran du port est occupé par des villages samoans, puis la zone de résidence s'élargit, de Sogi à l'ouest à Matautu à l'est, où vit la famille Coe. La ville devient un entrepôt commercial, avec un certain nombre de commerçants à terre et de grands intérêts commerciaux régionaux.

Australie (1860-1864) Jonas Coe souhaite faire de sa fille une lady, considérant qu'elle dispose d'une grande beauté. C'est pourquoi à l'âge de dix ans, elle est envoyée à Sydney, au couvent de Subiaco à Parramatta, un établissement réputé pour la qualité de ses enseignements religieux. Elle y apprend principalement à bien se comporter en société et réussit à se démarquer de ses camarades par son humour et son naturel, qui font oublier son métissage aux autres filles. Néanmoins, elle s'attire le mécontentement des religieuses lorsqu'elle commence à enseigner à ses camarades l'art du massage samoan. À l'âge de quatorze ans, elle organise une danse traditionnelle samoane, ce qui lui vaut son exclusion du couvent et son retour sur son île natale. À son retour, elle découvre la séparation de ses parents, une nouvelle belle-mère et trois nouveaux frères et sœurs.

États-Unis (1864-1869) À la demande de son père, Emma rejoint en 1864 son oncle Edward à San Francisco. La femme de ce dernier, Elizabeth Hudson Barney, une dame de bonne famille, prend en charge l'éducation d'Emma. Elle suit alors des règles strictes : elle ne sort pas sans chaperon, passe ses journées à broder et apprend à baisser les yeux lorsqu'on s'adresse à elle afin de ne pas passer pour une effrontée. Les cinq années qu'Emma passe auprès du couple sont difficiles pour la jeune fille puisqu'en plus de ces règles, sa tante est condescendante envers elle et lui rappelle sans cesse ses origines samoanes. Néanmoins, cela reste une partie de sa vie très formatrice : elle apprend à jouer du piano, à monter à cheval en amazone, et prend goût à la littérature .

En 1869, à l'âge de dix-neuf ans, elle piège son oncle Edward, lui disant qu'elle souhaite donner une lettre pour son père au capitaine de l’Emily Ann, un cargo faisant le voyage jusqu'aux Samoa. En réalité, elle décide de monter à bord pour rentrer chez elle auprès de sa famille. C'est lors de ce voyage de retour qu'elle rencontre James Forsayth, un marin écossais de vingt-deux ans, né à l'île Maurice. Lorsqu’elle arrive à Apia, elle est surprise par les changements survenus sur l’île depuis son départ .

Retour aux Samoa (1869-1878) Fondation et gestion de Forsayth & Co (1869-1873) Emma Coe et James Forsayth se marient le . Ils créent la compagnie commerciale et maritime Forsayth & Co. Cette union est aussi à l’origine de la naissance de leur premier enfant, décédé en 1870. En 1872, ils ont à nouveau un fils, Jonas Mydersee Coe Forsayth . Emma Coe supporte mal la tutelle et la jalousie de son mari : lorsqu'elle était tombée une première fois enceinte en 1870, ce dernier avait cherché à l’enfermer au couvent de Sabiaco jusqu’à son accouchement. En 1873, alors que leur relation est de plus en plus mauvaise, il se perd en mer. À l’âge de 23 ans, Emma Coe, veuve, retrouve sa liberté, et sa réputation est protégée par son alliance. Elle devient alors l’unique gérante de Forsayth & Co et la femme la plus courtisée d’Apia.

Un nouveau conciliateur à Apia par l’intermédiaire d’Emma (1873-1875) vignette|Albert Barnes Steinberger en 1875. En , Emma Coe rencontre le colonel Albert Barnes Steinberger, qui sollicite son aide en tant qu’interprète. Agent secret des États-Unis, il se présente comme le représentant de la Polynesian Company, une société commerciale américaine. Elle devient alors sa maîtresse .

À Apia, Steinberger apparaît comme le conciliateur attendu depuis longtemps pour régler les tensions politiques locales entre les différentes lignées samoanes nobles. Il en profite pour proposer ses talents de juriste dans le but de rédiger une constitution samoane. Celle-ci prévoit une chambre des pairs composée de nobles locaux, une chambre des représentants élue au suffrage universel et un roi choisi alternativement parmi les grandes familles de l’archipel. Ce texte est très bien accueilli par les Samoans qui cherchent alors à mettre fin à la suprématie des beachcombers.

Après deux mois de séjour aux Samoa, Steinberger retourne aux États-Unis, où Emma Coe le rejoint moins d'un mois plus tard. À la demande de Steinberger, elle a pour projet de se rendre à Washington afin de signer les actes d'une donation de terres au gouvernement américain. Ces terres sont situées sur l'île de Tutuila, non loin de Pago Pago. Cependant, son père, qui l'a rejointe aux États-Unis, veut l'en dissuader en lui prouvant que Steinberger n'a pas l'intention de se marier. Les relations se tendent entre le père et sa fille, et Jonas décide alors de rentrer à Apia. Emma Coe quitte alors Steinberger mais ne renonce pas à son idée de donation : les papiers sont quand même signés.

vignette|Le roi samoan Malietoa Laupepa en 1895. En , Steinberger retourne à Apia. Il est envoyé par son gouvernement, chargé de cadeaux (armes à feu, uniformes, instruments de musique, drapeaux américains et une chaloupe à vapeur), dans le but d'établir de bonnes relations avec les Samoans. L'objectif est de faire du petit archipel polynésien une « nation moderne ». Une réception est alors organisée en l'honneur de l'amitié américano-samoane, pendant laquelle Steinberger lit une lettre du président des États-Unis Ulysses S. Grant et présente une bannière rayée de sept bandes rouges et blanches, frappée d'une étoile blanche sur fond bleu, l'emblème du récent gouvernement samoan.

Jonas Coe est par la suite remplacé par un nouvel agent commercial et consul des États-Unis, Samuel Foster. En juin, Steinberger est nommé premier ministre des Samoa par le roi Malietoa Laupepa, ce qui fait de lui l'arbitre des rivalités polynésiennes.

Les erreurs de Steinberger (1875) James Lyle Young, jeune planteur anglais qui arrive des Fidji en , raconte au jour le jour la chute du colonel Steinberger dans son journal. Le , une commission d'enquête est réunie pour examiner la plainte d'un travailleur mélanésien qui déclare avoir été fouetté et sa femme violée par un planteur allemand du nom de Krause. En tant que premier ministre, c'est Steinberger qui préside la séance, mais son attitude déçoit les missionnaires car il semble vouloir protéger la compagnie coloniale Godeffroy à laquelle Krause appartient. Par la suite, le colonel se confie à Young sur son projet de conquête des Tonga, se justifiant en qualifiant les Tongans de « barbares » et de « rustres ». Apia est alors divisée : Britanniques contre Américains et beachcombers contre missionnaires.

Steinberger perd ses derniers soutiens lorsqu'il décide de réguler la vente d'alcool sur l'île. Le , des affiches sont collées sur les arbres de la ville, informant de la fermeture des débits de boissons à dix heures du soir en semaine et sept heures le samedi. De plus, ces établissements doivent désormais s'acquitter d'une licence dont le prix est mis aux enchères et ne peut pas être inférieur à deux cents dollars. Officiellement, cette mesure est prise par souci de santé, notamment pour protéger la jeunesse. Mais en réalité, Steinberger souhaite ainsi court-circuiter le trafic de boisson contrôlé par les beachcombers et en tirer des bénéfices. À ce moment-là, Steinberger n'a plus autour de lui que quelques chefs samoans et un petit noyau d'Américains dont Emma Coe et son père. En effet, dorénavant, Jonas Coe l'apprécie car Steinberger a plaidé pour sa cause auprès des Affaires étrangères lorsqu'il a été remplacé par Samuel Foster.

Le conflit civil d'Apia (1875-1876) Le , le , un navire militaire britannique, accoste au port d'Apia. Samuel Foster, le consul britannique Williams et le révérend Turner montent à bord pour rencontrer Stevens, le commandant, et réussissent à le mettre de leur côté. Ainsi, lorsque le major Latrobe vient se présenter de la part de Malietoa Laupepa, il est mal reçu et Stevens déclare ne pas reconnaître le gouvernement récemment installé. Stevens s'en prend ensuite au Peerless, une luxueuse goélette appartenant à Steinberger. Emma Coe se rend chez lui pour le prévenir mais il est trop tard : l'embarcation a été démâtée, remorquée et mis à couple du Barracouta. L'épreuve de force commence entre les deux hommes. Stevens prétend que le Peerless est enregistré au nom d'un citoyen américain mais qu'en réalité il appartient à la compagnie Godeffroy. De plus, il lui reproche de violer la neutralité américaine en arborant un pavillon des États-Unis. Les consuls exigent également du colonel qu'il leur montre les lettres de créances qui prouveraient qu'il a l'autorisation du gouvernement américain, mais il n'en a pas. Pour se défendre, Steinberger déclare que son gouvernement est inattaquable puisqu'il a été créé par et pour les « indigènes ».