est le nom latin qui désignait la ville gallo-romaine qui précéda l'actuelle ville de Nantes dans le département de Loire-Atlantique.

La ville est indiquée sur la Table de Peutinger ( ou ) comme Portus NamnetumLa Table de Peutinger est une copie d'une carte antique du (Santrot, 2010). La carte mentionne portunamnetu, forme abrégée de portus Namnetum. namnetu ne peut pas être développé en namnetus, adjectif qui ne peut pas correspondre au nom Namnetes, alors que le génitif Namnetum est parfaitement correct ; quand un adjectif en -us est utilisé, c'est namneticus (Grégoire de Tours, par exemple)..

Toponymie

Entre la fin du et le début du , le peuple gaulois des Namnètes s'installa sur la rive droite du fleuve, au confluent de la Loire et de l'Erdre et y fonda une agglomération dont le nom initial nous est connu par la Géographie de Ptolémée (), ville principale des Namnètes : Condevicnum ou CondevincumLe texte de Ptolémée est la seule référence à ce nom. Sur le plan orthographique, les manuscrits de la Géographie de Ptolémée fournissent ces deux formes, mais on ne sait pas laquelle est le résultat d'une erreur de copie (cf. Santrot, 2010)..

Après la conquête romaine, le nom fut latinisé en Condevincum (la forme la plus courante) ou Condevicnum., Condivicnum., Condivincum., etc. Plusieurs auteurs tardifs citent également les formes apparemment évoluées (et partiellement altérées ?) Cantigvine, Cantivic, Cantwic, CantguicAbbé Travers, Histoire civile, politique, et religieuse de la ville et du Comté de Nantes, Forest, Nantes, 1836, t. I, . Le radical conde serait vraisemblablement dérivé du gaulois condate désignant un confluentLouis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire de noms de lieux, Dictionnaires Le Robert, Paris, 1992, p. 330b-331a.

Histoire

Première occupation du site par les Gaulois

Au , les auteurs latins et grecs indiquent que la rive droite de l'estuaire de la Loire était occupée par le peuple gaulois des Namnètes, mentionnés pour la première fois par Jules César ; sur la rive gauche, se trouvaient les Ambilatres et les Pictons.

L'historien grec Polybe au indique l’existence d'un port fluvial connu du navigateur grec Pythéas (), qu'il appelle « Corbilo » et qu'il situe à l'embouchure de la Loire. Selon Strabon, Corbilo n'existait plus à son époque (). La localisation de Corbilo n'est pas connue et il semble peu probable que son site ait été celui de NantesMarcel Giraud-Mangin, 2007, , propose le site de Méans (commune de Saint-Nazaire). René Sanquer (in Bois, 1977, ), considère le site nantais comme acceptable.. On ignore par ailleurs si Nantes était déjà une « capitale » pour les Namnètes.

La conquête romaine

Au début de la conquête de la Gaule par César, la région joue un rôle lors de la campagne de l'année 56 av J.-C. contre les Vénètes, mais pas particulièrement Nantes ; César a fait construire des navires : cette construction a probablement eu lieu dans l'estuaire de la Loire, mais sans doute pas sur des sites namnètes. Le gros de l'armée romaine a traversé le territoire namnète entre Angers et le littoral, mais a sans doute suivi un trajet au nord de Nantes (par Blain).

La ville du Haut-Empire

Après la conquête de la Gaule par Jules César, une vie urbaine importante se développe d'une part à Ratiatum (Rezé), port relevant à l'époque de la cité des Pictons (province de la Gaule aquitaine), d'autre part à Nantes, à l'emplacement de l'actuel quartier du Bouffay, à partir du règne d'Auguste.

Au Bas-Empire, Condevincum devient Portus Nametum

À partir du , l'Empire romain subit des invasions germaniques, des agressions de pirates dits Saxons ou Frisons, mais aussi des troubles internes, comme, en Gaule, le phénomène des bandes de pillards Bagaudes.

Nantes subit un assaut germanique vers 275 et des murailles y sont construites dans les années 280 à 300. Cette enceinte grossièrement carrée enfermait une superficie d’environ correspondant à l'actuel quartier du BouffayGérard Coulon, Les Gallo-Romains : vivre, travailler, croire, se distraire. 54 av. J.-C.-486 ap. J.-C., Éditions Errance (coll. Hespérides), Paris, 2006 , .. Elle subsistera jusqu'au et sera alors reprise par les murailles ducales.

Sous le règne de Dioclétien (vers 300), dans le cadre de la réorganisation de l'Empire, Nantes fut placée dans la province de Lyonnaise seconde (Chef-lieu Rotomagus (Rouen). relevant du Diocèse des Gaules dont le siège se trouvait à Trèves (Allemagne) ; vers 385, dans la province de Lyonnaise troisième (chef-lieu : Tours), même diocèse. Sur le plan militaire, à partir du , Nantes releva du Magister Militiae de Trèves, puis du Dux Tractus Armoricani (Chef du Territoire armoricain, chargé plus spécialement de la défense maritime) ; un corps de réserve (Superventores) était basé à Nantes qui bénéficie aussi de la protection des Gentiles Teifales, des colons militaires d'origine germanique installés dans la cité des Pictons (région de TiffaugesLe nom de Tiffauges vient de ces Teifales.).

Aux , les autorités romaines procèdent aussi à l'installation de garnisons de soldats venus de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) afin de protéger la région des pirates saxons. Il semblerait que des garnisons bretonnes aient été postées le long de la Loire jusqu'à Blois. Ces Bretons insulaires auraient aussi remonté l'Erdre, ce qui pourrait expliquer quelques toponymes brittoniques le long de cette rivière.

Durant cette période, comme c'est le cas beaucoup de chefs-lieux de cités gallo-romaines, le nom gaulois (latinisé) de Condevicnum fut abandonné au profit de Portus Namnetum ou, un peu plus tard de Namnetae, Namnetes. Ces mutations toponymiques intervinrent à une époque où l'instabilité de l'empire romain perdurait, on observa la présence accrue des divinités gauloises locales dans les sculptures religieuses et les inscriptions dédicatoires. Le changement de nom des villes chefs-lieux relève peut-être d'un phénomène du même ordre, une marque d'attachement aux anciennes appartenances ethniques des tribus gauloises. C'est sous ce nom de Portus Namnetum que la ville est mentionnée sur la table de Peutinger..

Vestiges

Les vestiges archéologiques et architecturaux de Nantes sont beaucoup moins importants que ceux de Rezé, mais on a pu identifier la présence vraisemblable : d'un temple de Mars (sous la forme locale de "Mars Mullo")Statue de Mars Mullo consacrée par « Adegovir et sa fille Tautilla ». Ces deux personnalités ont encore des noms gaulois.,

d'un temple de Vulcain (trois inscriptions se rapportent à Vulcain), d'un temple de Minerve, d'un temple de Cérès (ou d'une Déesse-mère à corne d'abondance) ; d'un temple de basiliques civiles ; d'un aqueduc ; de thermes publics avec hypocauste vers l'église Sainte-Croix ;

Les remparts du Bas-Empire

La première muraille est construite vers 276, à en juger par des bornes milliaires faisant partie de ses fondations, qui portent le nom de l'empereur Marcus Claudius TaciteInscriptions référencées CIL 17-02, 00389 = et CIL 17-02, 00390 = qui n'a régné que durant cette année. L'édification de la muraille est vraisemblablement achevée sous l'empereur ProbusRené Sanquer, « Nantes antique », dans Histoire de Nantes, dir. Paul Bois (1977), .

De nos jours, il ne reste que les deux vestiges cours Saint-Pierre et porte Saint-Pierre (à côté de la cathédrale), ainsi que dans le couvent des Cordeliers (à proximité de l'école Saint-Pierre), et enfin un vestige dans le Musée d'histoire de Nantes au Château des ducs de Bretagne. Le tronçon près de la porte Saint-Pierre a été fouillé en 1910-1911 ; il ne reste que de sa hauteur, la muraille médiévale ayant été construite par-dessusDe Laigue, ..

La partie la plus grande et la mieux conservée se trouve dans la cour de l'école primaire Saint-Pierre (située au 9 rue du Refuge). Ce vestige a une hauteur de et une longueur de Sanquer, ..

Les stèles funéraires

Nantes a aussi fourni funéraires, la quasi-totalité des stèles trouvées dans la région armoricaine. Une reconstitution à partir de ces vestiges permet de penser qu'il y avait un quartier administratif dans le secteur Bouffay-Sainte-Croix, un quartier religieux (Saint-Pierre) et un quartier portuaire, appelé Vicus portensis (Quartier du port), attesté par une inscription trouvée en 1580C'est la plus importante en taille : (sous forme développée) NUMINIBUS AUGUSTORUM DEO VOLKANO MARCUS GEMELIUS SECUNDUS ET CAIUS SEDATUS FLORUS ACTORES VICANORUM PORTENSIUM TRIBUNAL CUM LOCIS EX STIPE CONLATA POSUERUNT, soit « Aux numen des Augustes, au dieu Vulcain. Marcus Gemelius Secundus et Caius Sedatus Florus agissant pour le compte des habitants du Vicus Portensis ont établi un tribunal avec lieux annexes grâce à une souscription. » Remarquer que ces deux personnalités portent des noms latins. Source : Marcel Giraud-Mangin, 2007, .. La localisation de ce Vicus portensis est problématique ; des restes ténus d'installations portuaires ont été détectés à Nantes en divers lieux de la Loire et de l'ErdreDans son article de 2010 (cf. bibliographie), Jacques Santrot envisage une localisation au sud du fleuve, éventuellement à Rezé.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie Jacques Santrot, « Au Temps d’Argiotalus, Nantes, Rezé et le port des Namnètes », in Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 115-1, 2008. Disponible en ligne : .Cet article, partant de la stèle de Worms, passe en revue le matériel documentaire actuellement disponible sur Nantes dans l'Antiquité : textes, inscriptions, trouvailles de fouilles, éléments architecturaux, monnaies... Nombreuses références bibliographiques.Jacques Santrot a longtemps été directeur du Musée Dobrée (jusqu'au ). Sophie Benaiteau, Les Inscriptions lapidaires romaines de Nantes conservées au musée Dobrée, mémoire de maîtrise, Nantes, 1995 (disponible à la bibliothèque du musée Dobrée). Martial Monteil, « Les édifices des premiers temps chrétiens », dans Nantes religieuse de l'Antiquité chrétienne à nos jours, Actes du colloque tenu à l'université de Nantes en octobre 2006, , accessible sur le site Academia Marcel Giraud-Mangin, Petite histoire de Nantes ancien. Des origines au , Éditions Pyremonde, 2007.

Articles connexes

Gaule romaine Gaule lyonnaise Ville gallo-romaine Table de Peutinger Ratiatum Histoire de Nantes Histoire de la Bretagne Liste des noms latins des villes françaises

Liens externes

Persée : Nantes à l'époque gallo-romaine Nantes gallo-romaine Nantes, un site gallo-romain près de l'Erdre

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