L'enceinte de Lille est un ensemble de fortifications qui protégeait la ville de Lille entre le Moyen Âge et le début du . vignette|gauche|Enceintes successives de Lille à partir du . Les remparts successifs ont évolué dans leur dimension à la suite des agrandissements de la ville entourant une surface urbanisée de au jusqu'à après 1858 et dans leur ampleur, de celles du Moyen-Âge comprenant des parties en terre, aux fortifications bastionnées entourées d'ouvrages à cornes et de forts avancés.

Contrairement à d'autres villes qui se sont étendues concentriquement, les agrandissements de Lille se sont effectués d'un seul côté du rempart. La ville s'est étendue à partir des enceintes primitives du castrum et du forum, vers le sud-est au englobant les paroisses Saint-Maurice et Saint-Sauveur, vers 1370 aux environs de l'église Sainte-Catherine, en 1603 au sud-ouest englobant le faubourg du Molinel, au nord-est en 1617 autour de l'ancien château de Courtrai, au nord en 1670 de la ville ancienne à la Citadelle, enfin au sud en 1858 en annexant les communes de Wazemmes, de Moulins-Lille et d'Esquermes.

Les premières enceintes médiévales (1054-1213) Le Castrum de Lille vignette|droite|Lille vers 1066 par Brun-Lavainne (plan de 1830) Une première enceinte entourant le castrum est probablement débutée sous Baudouin IV et terminée sous son successeur. Son existence est attestée en Saint-Léger 1942, Lille sous les Comtes de Flandre, Chapitre 1.. Ce castrum est construit au nord du forum et de la supposée motte castrale (place Gilleson). Il possède deux portes, l'une au nord appelée porte de Roez ou porte Saint-Pierre s'ouvrant sur la route de Bruges, Courtrai et Gand, et l'autre au sud dite porte du Châtelain s'ouvrant vers le forum. Cette enceinte reste indépendante à l'intérieur de la ville lors des deux agrandissements postérieurs. D'après le plan de Deventer ce mur séparant l'ancien castrum du reste de la ville avait disparu au milieu du .

Le tracé de cette enceinte n’est pas connu avec précision dans son intégralité. Cependant, on peut en tenter la reconstitution d'après des éléments plus tardifs datant du révélés par des fouilles archéologiques, ancienne tour Isembart à l’angle de la rue des Trois Molettes et de la rue de Weppes, tronçons rue du Pont-Neuf à l’emplacement de l’ancienne filature Vrau et à l'angle de la rue Pharaon de Winter et de la rue d'Angleterre. L'emplacement de l'ancienne porte Saint-Pierre à l’angle de la rue de la Collégiale et de la rue Négrier est également très probable.

Contrairement aux plans anciens, notamment celui de Brun Lavainne en 1842 qui représentent une enceinte rectangulaire ou irrégulière, ces éléments archéologiques et la mention dans la charte de fondation de la collégiale Saint-Pierre de 1066, « d’un mur qui longe l’eau et rejoint en s’incurvant ladite porte [porte Saint-Pierre] », permettent d’imaginer une forme ovale de 300 mètres de large sur 350 de long incluant une partie de l’ancien ilot du Gard à l’ouest de l’actuelle avenue du Peuple belge, approximativement de la rue Saint-Joseph jusqu'à l’emplacement de l'actuel Pont-Neuf et reliant les éléments connus de l'enceinte du et le bord du canal Saint-Pierre.

Le forum D’après l'historien Jean-Denis Clabaut, le forum aurait été entouré d’une enceinte semi circulaire s’adossant au fossé de la Motte (derrière la rue Basse), intégrant l’église Saint-Étienne. Cette enceinte aurait longé la rue de la Clef ce que laisse supposer l’orientation des parois de fonds de caves entre cette rue et la rue de la Grande Chaussée, se serait prolongée jusqu'à la rue des Chats-Bossus et jusqu'à l'église Saint-Étienne longeant le bord de l'actuelle Grand-Place à l'autre extrémité. Son tracé est plus difficile à restituer le long de la rue Esquermoise, le cours primitif de la Deûle à cet emplacement étant mal connu .

Agrandissement du vignette|droite|Lille vers 1145 par Brun-Lavainne (plan de 1830) Au début du , l'enceinte est étendue à l'est englobant le forum.

L'existence de cette enceinte est attestée, dans partie sud-est, à l'emplacement du canal de la rue des Ponts-de-Comines, par la mention d'une « vieze grant paroi » [vieille grande paroi] dans les comptes la ville de 1542-1543 et par celle d'une porte Saint-Nicolas en 1325. Cette paroi avait probablement disparu au car elle ne figure pas sur le plan Guichardin, première représentation précise de la ville vers 1560. Cette partie comprenant le canal de la rue de Paris, le canal des Ponts de Comines et le canal de la rue de la Quenette formait la limite entre la paroisse Saint-Étienne et la paroisse Saint-Maurice.

Son tracé pourrait correspondre jusqu'à son raccordement avec l'enceinte primitive, au nord-est au canal des Sœurs Noires prolongé par le canal du Moulin du château, au sud-ouest au canal des Poissonceaux. Ces canaux auraient été à l'origine les fossés extérieurs de l'enceinte.

Cette enceinte est encore étendue à l'est englobant les paroisses de Saint-Maurice et de Saint-Sauveur, peut-être dès la fin du , ou lors de la reconstruction ayant suivi la destruction des sièges de 1213.

La seconde enceinte médiévale (1230-1400) Les sièges de 1213 et la reconstruction En , le roi de France Philippe Auguste entre en guerre contre le comte de Flandre Ferrand, la ville de Lille est assiégée plusieurs fois au cours de l'année. La ville prise par Philippe Auguste en juin, celui-ci fait transformer une maison appartenant à la famille Dergnau ou Dérégnau située à proximité de l'église Saint-Maurice mais à l'extérieur de l'enceinte en maison forte par le renforcement des murs, la création d'un fossé et la création d'un passage la reliant à l'intérieur de la ville à travers l'enceinteSaint-Léger 1942, Lille sous les Comtes de Flandre, Chapitre 3 : L'année terrible 1213.. Ces multiples sièges entrainent la destruction en grande majorité ou totale de l'ancienne enceinte. Ferrand fait prisonnier à Bouvines en et Philippe Auguste vainqueur, la comtesse de Flandre Jeanne de Constantinople obtient la paix à condition de ne pas relever les fortifications de Lille et celles de Flandre, de faire démolir celles d'Audernarde, Valenciennes et Ypres et de ne pas en élever de nouvelles. vignette|Plan de la ville en 1304 et des types de courtine d'après les comptes de travaux jusqu'en 1338 : en rouge les parties attestées comme maçonnées en 1338 et en vert les parties attestées comme en terre ou admises comme telles. Dix ans plus tard, Philippe Auguste mort en et son fils Louis VIII en , Blanche de Castille femme du dernier devenue régente du royaume de France consent à laisser la ville rétablir les portes et fossés. La ville procède alors à partir de à leur reconstruction en en gardant probablement le tracé à l'exception de l'enceinte séparant le castrum du reste de la ville (dont fait partie la porte du Châtelain) qui est probablement supprimée mais également en agrandissant l'enceinte par l'incorporation de l'îlot Rihour, situé entre le canal des Poissonceaux et les deux bras de la Deûle (Haute-Deûle et Fourchon)Saint-Léger 1942, Lille sous les Comtes de Flandre, Chapitre 4 : Lille sous les comtesses Jeanne et Marguerite de Constantinople et le comte Guy de Dampierre. La reconstruction de l'enceinte s'accompagne également de la réalisation de nouvelles tours maçonnées ainsi qu'à l'ajout de créneaux et au renforcement général de l'enceinte autorisés en 1284 par Philippe III le Hardi, dont la tour Ysembart (sous l'actuelle rue des Trois Molettes), datée du Blieck & Vanderstraeten 1988, p. 117-119. À l'exception des portes et des nouvelles tours, la courtine est construite en terre. À la fin du ou au début du deux sections sont néanmoins réalisées en maçonnerie : la première entre les portes de Fives et Saint-Sauveur (attestée en 1318) et l'autre entre la porte du Molinel et la tour Rihour (construite au cours de l'année 1338). Une autre section en maçonnerie est également probablement réalisée entre la porte Saint-Pierre et la tour Ysembart à cette époque.

Ce rempart est percé des portes suivantes ; porte Saint-Pierre ou « porte de Roez » de la première enceinte du castrum (approximativement à l'emplacement de l'angle de la rue de la Collégiale et de l'actuelle rue Négrier); porte de Courtrai à l'emplacement de l'entrée de la rue Saint-Jacques à proximité de la place du Lion d'Or ; porte des Reignaux à l'emplacement de l'entrée de la rue du Vieux Faubourg près de la place des Reignaux ; porte de Fives à l'extrémité de la rue de Fives, actuelle rue Gustave-Delory ; porte Saint-Sauveur à l'extrémité de la rue Saint-Sauveur ; porte des Malades, à l'emplacement de l'actuelle porte de Paris ; porte du Molinel à l'emplacement de l'angle des rues d'Amiens et du Molinel ; porte de Weppes, près de la jonction de la rue Thiers avec la rue Esquermoise ; poterne du Poupelier, dans la première enceinte à l'extrémité de la rue d'Angleterre ;

Le château de Courtrai

left|vignette|Plan schématique du château. À la fin du , la Flandre est à nouveau en guerre contre la France, les fortifications de la ville sont réparées au début de l'année , Philippe le Bel assiège par la suite la ville et la prend le . En , il fait entreprendre la construction d'un château occupant l'ancien faubourg de Courtrai ce qui entraine diverses modifications sur l'enceinte dont la destruction de l'ancienne porte de Courtrai (voir Château de Courtrai).

L'agrandissement de 1370 vignette|La porte de la Barre. Vers , le faubourg de Weppes (paroisse Sainte-Catherine) d'une surface de 11 hectares est englobé dans une nouvelle enceinteSaint-Léger 1942, Lille sous les roies de France (1304-1369), Chapitre 2.. Il est probable qu'une partie de cette nouvelle enceinte ait d'origine été réalisée en maçonnerie et non en terre comme c'était le cas pour les constructions du . À proximité de la porte de la Barre qui remplace la porte de Weppes de la première enceinte du castrum, la cunette de l'enceinte (fossé extérieur) est le « rivage du Haut » (ou du Wault), port de débarquement des marchandises en provenance de la Haute Deûle qui sont ensuite transportées par voie de terre au port de la Basse Deûle avant la création en 1751 d'une liaison fluviale par le canal de la Moyenne Deûle.

Les fortifications modernes (1400-1667) Les fortifications de transition

En 1402, on commence la construction de la Noble Tour sur le front sud-est et des boulevards sont rajoutés.

À partir des années 1520, l'enceinte subit une vague de modernisation dans le cadre de la guerre entre Charles Quint et la France : en 1521, les portes de Fives, Saint-Sauveur, des Malades et du Molinel sont arasées afin de ne pas constituer une cible pour l'artillerieSaint-Léger évoque également la condamnation de la porte Saint-Sauveur en 1521 et celle de Fives en 1522. Il s'agit là probablement d'une mesure temporaire, on sait que ces deux portes n'ont été condamnées définitivement que plus tard.. Une entrée est ajoutée à la Noble Tour qui est également arasée et une tour nouvelle est construite sur la courtine entre les portes des Malades et du Molinel. En 1525, des travaux de remparement sont menés (élargissement du rempart) et la courtine à proximité de la collégiale Saint-Pierre est rénovée.

À nouveau en guerre avec la France à partir de 1537, divers modifications sont entreprises, il est interdit de bâtir dans un rayon de () autour de l'enceinte, des modifications sont faites aux portes Saint-Sauveur et de la Barre.

En 1577, le démantèlement du château de Courtrai est décidé, le mur côté ville est démoli tandis que les trois fronts extérieurs sont intégrés à l'enceinte urbaine.