L'enceinte du Quesnoy est un ancien ensemble de fortifications qui protégeait la ville du Quesnoy, dans le département du Nord, entre le Moyen Âge et le .
L'enceinte moderne (1527-1654)
Contexte
La création de l'enceinte moderne s'inscrit au cours des dans une période d'affrontement entre le royaume de France et les ducs de Bourgogne qui se prolonge lorsque les territoires bourguignons passent à la maison de Habsbourg à la fin du à la suite du mariage de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne avec Maximilien Ier de la maison de Habsbourg. À cette même époque, la guerre de Succession de Bourgogne à la fin du a entrainé la perte de la Picardie pour les Pays-Bas bourguignons avec un déplacement de la frontière vers le nord à la frontière avec l'Artois resté bourguignon.
Mais c'est surtout l'apparition puis la généralisation de l'artillerie au , ayant rendu obsolètes les fortifications médiévales, qui vont pousser ces deux puissances au cours du à établir de nombreuses fortifications le long de leur frontière commune.
Les trois premiers bastions
À partir de 1527, les travaux sont entrepris pour moderniser l'enceinte, trois bastions sont construits selon les nouvelles méthodes de fortification : le bastion de Croÿ (n°6) en hommage à Philippe II de Croÿ, gouverneur du Hainaut est construit au cours des années 1933 et 1934, le bastion de la Reine (n°4, plus tard appelé bastion Soyez) est construit au cours des années 1534 et 1535 et le bastion Impérial (n°1) l'est au cours des années 1535 à 1538. Le bastion de Croÿ, premier construit est de taille plus modeste que les deux autres. Ces derniers sont à flancs brisés avec des flancs casematés selon une conception typique des bastions construits dans les Pays-Bas au cours des années 1530 et 1540 (on peut les rapprocher du bastion Cardon à Valenciennes).
Ces premiers ouvrages ne sont pas prévus pour se flanquer mutuellement, mais dans une logique similaire à celle appliquée dans les autres villes des Pays-Bas à cette période pour renforcer des points faibles de l'enceinte.
Ajouts ultérieurs
Dans les années suivantes, trois bastions sont rajoutés à l'enceinte entre 1538 et 1553Le plan Deventer réalisé dans les années 1550 et celui réalisé lors de la tournée d'inspection des fortifications des Pays-Bas par Giovanni Maria Olgiati et Sébastian van Noyen en 1553 représentent ces ouvrages. . Le bastion Vert (n°8), construit au sud-ouest (à droite) de la porte Faurœulx et le second, le bastion César (n°3), construit à l'est de la porte de Valenciennes sont de taille plus importante que les trois premiers bastions construits au Quesnoy. Le bastion Vert est à flancs brisés, ses flancs sont par ailleurs dotés de places basses (on peut mettre en parallèle cette évolution de conception avec le bastion de Mons construit à Valenciennes à partir de 1546 même si celui-ci est à flancs casematés et non à places basses)Duvivier évoque également la présence d'une poterne dans le flanc gauche du bastion Vert, cette poterne probablement construite à l'origine existe toujours mais a été agrandie et sa sortie modifiée quand les flancs à orillons ont été supprimés au cours de la seconde moitié . Si on s'en réfère aux méthodes de construction des bastions à orillons à partir des années 1540, il est fort probable que cette poterne était située dans le revers de l'orillon. Les plans ultérieurs témoignent également que l'accès aux places basses se faisaient depuis la gorge du bastion via une galerie souterraine.. Le bastion César comporte également des places basses mais semble être à flancs droits perpendiculaires à la courtineSeul le plan de 1654 représente le flanc gauche avec un orillon, le plan Deventer et celui d'Olgiati & van Noyen représentent des flancs droits.. Le troisième, future demi-lune des Suisses (n°15) est un demi-bastion, son flanc droit est comme pour les deux premiers à orillon avec une place basse dans le flanc, sa face vient se raccorder à son saillant sur une tour médiévale, parfois appelée tour de Baudouin l'édifieur (Boudouin IV de Hainaut) réutilisée pour l'ouvrage laquelle se raccorde à sa gauche sur la courtine vers le bastion de CroÿLa tour en partie en pierre est percée d'une canonnière évasée de chaque côté en fond de fossé, celle de droite possède encore une salle à l'arrière, le reste est éboulé, celle de gauche est en partie obstruée (la salle voutée et la poterne sont ultérieures, voir la section sur le ). On peut douter de l'affirmation de Duvivier sur l'origine médiévale de la tour néanmoins le demi-bastion avec ses places-basses et une taille plus importante que les trois premiers témoigne déjà d'une certaine évolution dans la méthode de construction (sa construction se place entre 1538 et 1553) incompatible avec celle d'une tour d'artillerie, ouvrage plutôt attribué dans les Pays-Bas à la fortification de transition fin début , la taille de l'ouvrage de diamètre ne plaide pas non plus pour un ouvrage de transition (en comparaison, la tour de Navarre à Langres fait de diamètre, et les tours Milard et du Roy à Mézières font respectivement de diamètre pour la première et de large et 29 de long pour la seconde). Enfin la présence de canonnières dans les tours médiévales est attestée dès le . On peut par ailleurs remarquer aujourd'hui dans la salle voutée du un mur en pierre perpendiculaire aux côtés pouvant laisser supposer un plan semi-circulaire comme pour les portes Saint-Martin et de Valenciennes..
Par la suite, des demi-lunes sont ajoutées, dont quatre devant les portes de la ville : de Valenciennes (13), de Flamengrie ou Impérial (n°10), de Faurœulx (n°9) et Saint-Martin (n°14), une autre (n°18) est placée à gauche du bastion de Croÿ pour protéger le moulin du Gard. La porte de Flamengrie est cependant murée en 1543 sur ordre de Charles Quint. Les portes Saint-Martin et de Valenciennes issues du Moyen Âge sont conservées ainsi que différentes tours médiévalesParmi les tours mentionnées dans les écrits ou documents on trouve (dans le sens horaire) deux tours dans la courtine 3-4, le plan réalisé lors de la tournée d'inspection des fortifications des Pays-Bas par Giovanni Maria Olgiati et Sébastian van Noyen en mentionne une troisième à l'ouest; deux tours sur la courtine 1-3; une tour sur la courtine 1-8 entre la porte Faurœulx et le bastion Impérial uniquement représentée sur les Albums de Croÿ; quatre tours sur la courtine du château 6-8 (mentionnées par Jules Duvivier et visibles sur l'album de Croÿ, il n'en reste plus que deux sur le plan de 1654).. Des ouvrages pour permettre l'inondation sont également rajoutés au cours de cette période.
Le Quesnoy française (1654-1700) Le Quesnoy ville française À la suite du siège de 1654, Le Quesnoy est occupée par les français et la ville devient officiellement française par le traité des Pyrénées de même que les places hennuyères d'Avesnes-sur-Helpe et Landrecies.
L'enceinte qui avait été volontairement détériorée par les espagnols avant leur départ ainsi que par le siège est réparée et la porte Saint-Martin est muréeDuvivier mentionne à deux reprises dans les tours préservées au cours de la modernisation du , la tour-porte Saint-Martin et une seconde «à sa gauche», il peut s'agir de la tour du demi-bastion des Suisses aucune autre n'étant attestée à cet emplacement.. Un premier projet de modernisation est proposé en 1659 par l'ingénieur La Touche mais reste sans suites à l'exception du bastion Royal (voir section suivante).
Vauban au Quesnoy
En 1676, Louis XIV charge Sébastien Le Prestre de Vauban de moderniser l'enceinte dont les bastions ont maintenant plus de cent ans. Celui-ci élabore un projet dont il va confier l'exécution à Armand François. Le projet comprend en premier lieu la régularisation du tracé des courtines et du chemin couvert avec en parallèle le rajout de nouveaux ouvrages et le remaniement de ceux existants.
Sur le front nord-est (n° 1-3) déjà en 1668 ou en 1676, un bastion, le bastion Royal (n° 2) est ajouté entre les bastions Impérial et CésarDuvivier place sa construction ou 1676 selon les plans de Vauban, une autre source parle de 1668 selon les plans du projet de La Touche de 1659. Cette seconde hypothèse semble la plus probable, la conception de l'ouvrage ne ressemble à rien de connu chez Vauban.. Ce bastion est placé légèrement en avant du corps de la place, à flancs droits, ceux-ci sont reliés à l'ancienne courtine. Il est surmonté d'un cavalier et doté d'abris. Les deux demi-lunes présentes à cet endroit (n° 10 et 11) sont maintenues et leur plan légèrement modifié. Le fossé situé devant les faces du bastion Royal et des deux demi-lunes 10-11 est plus haut qu'au niveau de la courtine, le bastion étant construit sur l'ancien fossé de la courtine, il obstrue dès lors l’écoulement de l’eau. Pour pallier cela, un aqueduc est construit à travers le bastion Royal pour permettre la bonne circulation de l'eau. Plus au nord, une contre-garde (n° 12) est ajoutée devant le bastion César. gauche|vignette|Bastion à orillons du premier système de Vauban. Trois bastions sont agrandis selon le premier système de Vauban, les flancs gauche des bastions Soyez (de la Reine) et César ainsi que le flanc droit du bastion Impérial sont transformés en flanc à orillon en englobant les anciens flancs (aucune poterne n'est cependant ajoutée), les flancs non modifiés et leurs poternes sont conservés. Le flanc droit du bastion César est également modifié, la place-basse est supprimée, et le bastion est doté d'une poudrière.
Sur le front nord-ouest, l'étang est intégré dans la ligne de défense (il était placé auparavant devant le glacis), l'ancien glacis devant la face gauche du bastion Soyez est également transformé en une demi contre-garde non revêtue (future contre-garde des Hollandais n° 15) mais reste rattachée au glacis. Devant la courtine l'ancienne demi-lune (14) est précédée d'une lunette (19)Il se peut que la demi-lune 14 ait simplement été modifiée ou totalement reconstruite.. vignette|gauche|Bastion à flancs droits du premier système de Vauban. Le front sud-ouest est totalement remanié, la courtine est reculée vers la ville (entrainant la démolition de certaines maisons), le demi-bastion des Suisses (n° 15) est détaché de la courtine et transformé en demi-lune, protégé par une nouvelle contre-garde (16). Le bastion de Croÿ est également supprimé. Le nouveau front est composé de deux nouveaux bastions à flancs droits selon le premier système de Vauban, le bastion de Saint-Martin (n° 5) au nord et du Gard (n° 6) au sud, ce dernier remplaçant celui de Croÿ. La courtine est protégée par une tenaille simple revêtue. Le moulin du Gard auparavant placé à gauche du bastion de Croÿ est déplacé entre la nouvelle courtine 5-6 et la tenailleÀ droite du moulin dans le bas de la courtine se trouve également la sortie d'un aqueduc qui mène à l'abreuvoir.. Deux poternes sont percées dans ce nouveau front, la première au centre de la courtine 5-6 pour accéder au moulin du Gard, la seconde au coin du flanc gauche du bastion du Gard. Le bastion du Gard est également doté d'une poudrière.
Sur le front sud, Vauban outre la régularisation de la courtine construit un demi-bastion du château (, parfois appelé demi-bastion « du Gard ») qui entoure le château, il maintient les deux demi-lunes (n° 18 du Gard et 17), la construction du demi-bastion entraine néanmoins la destruction d'une ancienne demi-lune placée en avant de la courtine du château. Il ne modifie pas non plus le bastion Vert (n° 8) qui conserve ses orillons et places basses.
Enfin sur le front sud-est, aucune grande modification n'est faite, la porte Faurœulx est conservée, comme sur les autres fronts le tracé de la courtine est régularisé, le flanc droit du bastion Impérial modifié (voir ce paragraphe plus haut) et la demi-lune de Forest (n° 9) est revêtue.
Les projets de 1698 et 1701