Le V1 (de l'allemand Vergeltungswaffe : « arme de représailles ») est une bombe volante et le premier missile de croisière de l'histoire de l'aéronautique.
Le V1 est utilisé durant la Seconde Guerre mondiale, du au par l'Allemagne nazie contre le Royaume-Uni, puis également contre la Belgique (principalement le port d'Anvers ) pendant l'hiver 1944-1945. Ces tirs sont renforcés de à par le déploiement du missile balistique V2, qui frappe Londres, Anvers, et diverses autres villes.
Historique Prémices Au début des années 1930, l'armée de l'air allemande reçoit des propositions de développement d'engins (bombe volante, cible volante d'entraînement) propulsés par un pulsoréacteur. Ce type de réacteur est particulièrement simple et donc peu coûteux, il convient donc bien pour une utilisation unique, même s'il est relativement peu efficace. La Luftwaffe montre son intérêt et les développements continuent, mais jusqu'en 1941, sa domination aérienne lui permettait de préférer l'usage de bombardiers. En 1942, la situation a changé et en juin, Erhard Milch, chef de la production du ministère de l'Aviation du Reich, donna la plus haute priorité à une proposition conjointe de trois sociétés allemandes de produire un bombardier sans pilote construit à partir de matériaux non stratégiques : Argus le moteur, Fieseler la cellule et Askania le système de guidage.
Conception et déploiement
Le V1, ou Fieseler Fi 103, est conçu principalement sous la désignation FZG 76, de l'Allemand Flak Ziel Gerät 76 (« engin-cible pour DCA »), par , de la société Fieseler, et par Fritz Gosslau, de la société Argus.
Le V1 a volé en , d'abord lors d'un test de plané après largage depuis un Focke-Wulf Fw 200, puis la veille de Noël, lors d'un vol propulsé de après un lancement depuis le sol. En , un V1 s’est écrasé à de la cible après avoir parcouru .
À partir du printemps 1944, une version pilotée du V1, répondant au nom de code « Reichenberg », est projetée et des exemplaires modifiés conçus et testés, notamment par Hanna Reitsch. Aucun de ces prototypes n'est utilisé au combat. Dans cette version, le pilote doit amener le V1 sur l'objectif et sauter en parachute à environ de l'impact. En raison du peu de temps pour effectuer l'éjection, qui est entièrement manuelle à l'époque, ce type de mission s'apparente à un suicideReichenberg., et même si le pilote survit, il ne pourra pas revenir effectuer une nouvelle mission. Une version biplace a même été prévue pour l'entraînement des pilotes, avec un ski sous le fuselage pour l'atterrissage.
vignette|Un V1 fixé à l'aile d'un bombardier Heinkel 111.
Le bombardier Heinkel 111 est adopté pour le lancement d'un autre type de V1, lancé depuis un avion. Les Heinkel ont leur base aux Pays-Bas et les V1 qu'ils lancent évitent le barrage de DCA. Ils continuent leurs actions meurtrières jusqu'en 1945. La dernière bombe tombe sur le village de Datchworth, le .
Description vignette|redresse=1.7|Système de déclenchement retardé du V1.
Le moteur du V1 est un pulsoréacteur (réacteur très simple et bruyant) attaché au corps par deux mâts. Le fuselage contient la charge explosive, le carburant, une réserve d'air comprimé pour acheminer le carburant dans le moteur et une centrale à inertie assurant un guidage sommaire. Le tout est muni de petites ailes et d'un empennage stabilisateur assurant une gouverne de profondeur. Une gouverne de lacet est placée sur l'axe de fixation arrière du réacteur.
L'engin peut être catapulté sur une rampe (après allumage du pulsoréacteur à l'aide d'un brûleur à gaz) ou largué depuis un avion porteur (des bombardiers Heinkel He 111 sont modifiés à cet effet). Après quoi, la bombe est livrée à elle-même. Le point de chute est approximativement déterminé par un compteur à vis primitif entraîné par une petite hélice et qui, réglé avant le départ, sectionne le câble du gouvernail de profondeur.
Deux explosifs légers provoquent la sortie de deux petits aérofreins sur le dessous et de chaque côté de la gouverne de profondeur, déclenchant la mise en piqué. Le brusque changement d'altitude entraîne généralement l'arrêt du moteur et les populations survolées écoutaient donc avec angoisse le bruit particulier du pulsoréacteur en redoutant le moment où le bruit caractéristique s'arrêterait, marquant ainsi la plongée du missile vers le sol.
Autres caractéristiques vignette|redresse=1|Un V1 amené à son pas de tir avant le lancement (1944).
Carburant de démarrage : acétylène. Carburant principal : d’essence à 75 d'octane. Charge secondaire : à fragmentation de chacune et des tracts de propagande.
Usage opérationnel
La recherche dans le domaine des missiles était un choix stratégique des nazis, qui pensaient ainsi compenser leur faiblesse en matière de bombardiers lourds à long rayon d'action. Les Alliés, et particulièrement les Britanniques et les Américains, avaient fait le choix inverse et se donnèrent de puissants moyens aériens qui leur permirent de dominer l'Allemagne dans les airs dès 1944. Ils utilisèrent massivement les bombardements stratégiques contre l'Allemagne, en particulier contre ses villes.
En déployant ces armes nouvelles, les Allemands ne cherchent pas tant à causer des dégâts à l'armée britannique qu'à saper le moral des insulaires, ralentir leur production industrielle et, comme l'indique le nom de ses armes, se venger des bombardements qui frappent les villes allemandes. Mais les missiles allemands ne causèrent que des dégâts mineurs et ne ralentirent en rien l'effort de guerre des Alliés ni ne portèrent atteinte à leur moral. Cependant, si les destructions furent limitées, les Alliés ont déployé des moyens importants pour intercepter ces engins. Ainsi, un certain nombre de pilotes alliés périrent en essayant de les intercepter. La technique utilisée était en effet particulièrement risquée. Aussi, compte tenu de leur faible coût de production, les V1 furent paradoxalement plus efficaces que les V2 (missile), pourtant technologiquement bien plus avancés.
Fabriqués dans des conditions épouvantables par des déportés réduits en esclavage au sein du système concentrationnaire nazi, ils firent des victimes bien plus nombreuses dans les rangs de ces prisonniers.
Lancement et contre-mesures vignette|redresse=1|Rampe et V1 exposés au musée d'Éperlecques. vignette|redresse=1|Rampe de lancement de V1 à l'Imperial War Museum Duxford.
Environ sont construits, dont la moitié sont détruits au sol par des bombardementsVoir le chapitre correspondant dans Le Grand Cirque de Pierre Clostermann..
Le lancement s'effectue principalement à partir de longues rampes. Les services secrets alliés n'ont pas tardé à repérer leur disposition en arc de cercle autour de leur cible, Londres et ses alentours, grâce aux informations fournies par le réseau AGIR, dirigé par Michel Hollard.
Au total, environ sont lancés à partir de rampes de lancement, mais un certain nombre sont lancés à partir d'avions porteurs Heinkel. Approximativement sont largués d'avions sur les conurbations du centre de l'Angleterre et sur Londres, mais aussi sur Anvers, Liège et Bruxelles après la libération par les Alliés. Quelques fusées V4 portant une charge explosive de et confiées à des équipes de SS tombèrent sur Anvers en plus des V1, ainsi que des V2 dont l'un tua dans un cinéma. À Bruxelles, entre autres dégâts, un V1 détruit l'usine d'aviation Jean Stampe. Pour d'aucuns, la destruction d'un tel objectif ne serait pas le fait d'un hasard qui caractérisait la plupart des chutes de V1 mais résulterait d'une visée démontrant que le lancement avait été fait à partir d'un avion (la position géographique de cet objectif dans la commune bruxelloise d'Evere était bien connue des Allemands, qui avaient réquisitionné l'usine Stampe pendant la guerre). Quelques V1 tombèrent sur Paris, encore après la libération par les Alliés. Beaucoup se sont simplement égarés et sont tombés au hasard. Le documentaire Apocalypse, la Seconde Guerre mondiale précise que la campagne aurait causé dans les divers pays touchés.
Le vol des V1 était rectiligne et à vitesse constante (environ ), ce qui faisait de ces engins des cibles, non pas faciles mais atteignables par plusieurs types de chasseurs alliés, tout aussi véloces. L'action de ces derniers ainsi que la DCA permirent d'abattre environ la moitié de ces engins lancés contre le Royaume-Uni.
Les chasseurs les plus efficaces sont les Hawker TempestTémoignage du commandant FAFL Jean Vaissier., avec abattus ; puis les Mosquito, avec 428 ; les Spitfire, 303 ; les P-51 Mustang, 232, et les Meteor à réaction (encore au stade expérimental à ce moment-là), 13 ou 14.
vignette|gauche|redresse=1|Chasseur Spitfire modifiant la trajectoire d'un V1 en soulevant l'aile de la bombe volante.
La centrale inertielle du V1 ne pouvant corriger des erreurs que de quelques degrés de lacet sur sa trajectoire originelle, des aviateurs, sous la direction de la RAF, mirent au point une méthode pour les faire dévier de leur course : l'avion volant à la même vitesse que le V1, le pilote se place à côté de lui et place l'extrémité de son aile sous celle du V1, ce qui déstabilise celui-ci. En effet, les ailes ne se touchent pas, mais l'air entre les deux ailes étant comprimé, une force est exercée sur le V1, qui est dévié de sa trajectoire. L'utilisation de cette méthode spectaculaire est attestée dans au moins trois cas. Aussi dangereuse que soit cette action, suivre un V1 et tirer sur lui était encore plus dangereux. Car ainsi, à presque , il est très difficile d'éviter les effets de l'explosion de la bombe volante. C'est ainsi qu'est tué le héros de la France libre Jean Maridor.
Londres représentait une cible idéale pour un tel engin. Du fait de son imprécision, il était impossible aux Allemands de l'utiliser pour bombarder un objectif précis. Cependant, certaines de ces bombes volantes ont détruit des cibles stratégiques comme des usines, ce qui permet de penser à une mise en œuvre à partir d'un lancement d'avion Heinkel. Mais les zones urbaines, comme Paris, Bruxelles et l'immense étendue de l'agglomération de Londres, étaient des objectifs que les V1 pouvaient atteindre, même sans une visée précise, en causant des dégâts et des victimes. À Londres, beaucoup d'enfants ont été évacués, comme en 1940.
Pour tenter d'améliorer la précision des tirs, le colonel Max Wachtel fait équiper un certain nombre de V1 d'une radiobalise, qui peut donner l'heure exacte de l'impact. Toutefois, pour le lieu exact de l'impact, il doit compter sur les rapports des espions allemands infiltrés à Londres... qui, en fait, ont tous été arrêtés et « retournés » par les services secrets anglais qui les utilisent comme canaux de désinformation (système double cross).
vignette|V1 au musée de l'Armée à Paris.
R.V. Jones, le responsable du renseignement scientifique britannique, exploite alors magistralement la situation : sachant que, à part en utilisant quelques très rares appareils Arado ou Messerschmitt 262 à réaction, les Allemands ne peuvent plus guère opérer des reconnaissances aériennes sur Londres et que, de toute façon, vu les destructions du Blitz de 1940-1941 il y a partout des impacts de bombes dans Londres, il fait passer des fausses informations aux Allemands, couplant les heures de chute des V1 tombés « trop court » (sur les quartiers est de Londres) avec des points de chute fictifs « trop longs », dans le West End, où sont concentrés les ministères et les centres de décision.
Croyant à la fiabilité des sources humaines de renseignement, Wachtel « raccourcit » les réglages des V1 (en principes centrés sur Tower Bridge) avec, pour résultat, de les faire tomber majoritairement sur les banlieues est de Londres ou dans l'estuaire de la Tamise.