Le Haut Mincé est un château situé dans la commune d'Échemiré en Maine-et-Loire.
Le château et sa haute-cour, la closerie et la basse-cour, les dépendances et la chapelle de Mincé sont inscrits à l'inventaire général du Patrimoine de France depuis 1986 et labellisés par la Fondation du Patrimoine depuis 2021.
La cloche de la chapelle, datant de 1738, et baptisée Barbe de Mincé, est inscrite à l'inventaire du patrimoine mobilier français dans la base Palissy et se trouve actuellement à Trémentines.
La construction de la seigneurie de Mincé remonte au et son apparence témoigne des remaniements effectués par ses propriétaires successifs.
Histoire résumée Le premier seigneur de Mincé à Échemiré Vers 1082, Foulque de Mincé (Fulco de Minciaco) réside à Échemiré.
En 1094, Foulque est l’un des garants et alliés d'Ascelin, dit Raynaud de Vool (Rainaldus), fils du défunt seigneur Gédéon d’Échemiré (Gedeonis de Eschimiriaco).
La Guerre de Cent Ans En 1357, des bandes armées de routiers et de tard-venus envahissent la province.
En 1363, le chevalier Jean de la Haye d'Échemiré, seigneur du lieu, et le chevalier de la Prézaye, seigneur de Jarzé, s'allient aux troupes anglaises qui ravagent l'Anjou. Ils prennent le château de Villevêque et pillent la région. Ils se font chasser vers la mi-avril de la même année. Louis Ier d'Anjou, donne la totalité de leurs biens en juillet, au chevalier Pierre d'Avoir, chambellan du roi, gouverneur du bailliage de Touraine et sénéchal d'Anjou.
Durant cette période, le château de Mincé est attaqué, saccagé et incendié par les troupes anglaises. Les terres sont parsemées de vieux mazeris (vieilles ruines), autrefois des demeures.
Le corbeau du Mont Claveau
Vers 1515, Nicole « Nicolas » Corbin, bailli du duché de Vendôme et docteur ès droits, est le seigneur de Mincé à Échemiré et de la Courbe de Saint-Thomas à la flèche. Il est l'époux d'Antoinette Tiercelin, fille du chevalier Louys TiercelinIl était seigneur de la Béchuère à Saint-Gervais-de-Vic, lieutenant général de la sénéchaussée du Maine, conseiller au Grand Conseil du roi Louis XII et vice-président des Grands Jours de l'Anjou, du Maine et de l'Angoumois. et de Renée Veaudelet. Nicole est le frère aîné de Jehan Corbin, un chanoine et officiant de la cathédrale Saint-Julien-du-Mans.
Dès 1517, Nicole fait partie des gens du Conseil de la Maison de Marguerite d'Angoulême, sœur du roi François 1er.
Dans l'entourage de Nicole, Olivier le Bigot, écuyer et seigneur de la Roussière à Echemiré est parrain d'une de ses filles et le beau-frère de Jacques TahureauIl est écuyer et seigneur de la Chevalerie à Jarzé, licencié ès lois, lieutenant du sénéchal du Maine et arrière-petit-neveu du célèbre connétable de France, Bertrand du Guesclin.
En 1520, à Cognac, Nicole devient conseiller au Grand Conseil du roi François sur résignation de son beau-père. Antoinette meurt vers cette période ; en 1523, Nicole est remarié à Jeanne de la Couste, fille d'Hervé de la Couste.
De la Couste, parfois orthographié « de la Coste » ou « de la Côte », est seigneur de Chanteau, greffier de la prévôté et tabellion d'Étampes, ancien canonnier ordinaire des rois Louis XI et Charles VIII, édificateur des nouvelles écoles de France pour le compte de l'université d'Orléans, fabricant d'arquebuses, de couleuvrines et de canons pour l'artillerie royale et fondeur de la statue sépulcrale de Louis XI.
En 1530, avec ses anciens beaux-frères et belles-sœurs, il réclame au nom de ses enfants (Hierôsme, Robert et Anne) une partie de l'héritage des Tiercelin.
En 1536, le roi l'envoie 83 jours en Bretagne, en compagnie de Pierre Marec, maître des requêtes. Ils doivent obtenir des évêques et des prélats qu'ils paient les décimes et les dons pour la défense du royaume. La cour du Parlement de Paris déclare que ses enfants seront anoblis de par sa charge de conseiller et devront se partager leur héritage de façon noble.
En 1546, il cède sa charge et le château de Mincé à son fils aîné, Hierôsme.
L'envol des freux Hierôsme est écuyer et conseiller au Grand Conseil des rois Henri II et Charles IX, seigneur de Mincé et du Fief-au-Felle ; il est l'époux de dame Anne de Bois-Lanfray, dernière descendante de la chevalerie de Bois-Lanfray à Lasse.
Vers 1576, Robert Corbin, écuyer et licencié ès lois, est le seigneur de Mincé à Échemiré et de la Courbe de Saint-Thomas à La Flèche. Il est le père des demoiselles Anne et Françoise ; elles sont connues pour avoir été en 1623, les bienfaitrices du Collège royal Henri IV de la Flèche en donnant pour restaurer la voûte, la clôture, les vitraux et les ornements de la chapelle Saint-François-Xavier.
En 1582, bien qu'il soit défendu par le célèbre René Choppin, la Cour des Aides de Paris lui rappelle que même s'il est « fils et frère de conseillers du roi et écuyer », son anoblissement est naissant car il ne provient pas d'un aïeul. Il demeure donc un roturier taillable, et ne jouit pas des privilèges de la noblesse. Robert est donc condamné à payer les tailles à la ville de la Flèche.
La Dame de Mincé
En 1600, Magdelaine Phélipeaux porte le titre de dame de Mincé à Échemiré et de la Templerie à La Flèche. Elle a environ et est mère de 7 enfants. Elle est la fille d’Ambroys Phélipeaux, seigneur de la Fosse, avocat au Présidial d'Angers et de Renée Laurens, dame de Bourjoly. De ce fait, Madeleine est la petite-fille d’Alexandre Laurens et de Barbe Richer. Elle est également la grande sœur de Jean Phélipeaux, le célèbre prédicateur, qui a rallié le roi Henri IV à la cause des jésuites.
La famille Phélipeaux fait partie de l’ancienne noblesse de Blois et servait Louis d'Anjou en 1339.
Le , Magdelaine, âgée d’environ , meurt à Baugé-en-Anjou dans son hôtel particulier. Elle lègue le fief et les terres de Mincé à son fils puîné, Laurent.
Le Vitilitigator
Laurent Boysard prend la charge de son futur beau-père en 1628 et s'installe dans une demeure de Provins nommée « Le Châtel ». En région de la Basse-Brie, il devient lieutenant général, enquêteur et commissaire examinateur au Bailliage de la ville de Provins et maître des requêtes de son altesse royale le duc d'Orléans.
Le , la Fronde éclate ; Laurent prend les armes lors de la Journée des Barricades à Paris ; il est l'un des capitaines de Monsieur Jean Favier, conseiller d'état et colonel de la Milice Bourgeoise de Paris ; il est mortellement blessé dans les émeutes du quartier Saint-Martin.
Le , la famille, qui demeure ordinairement rue Charretière à Paris, paroisse Saint-Hilaire, est alors logée à Villebernier dans l'hôtellerie à l'enseigne de la Corne-de-Cerf. Ayant appris le décès de son mari, Marguerite émancipe ses trois enfants et décide de leur faire la donation de tous ses biens, meubles et immeubles.
Querelles et gentillesse
Laurent, né en 1639, a neuf ans lorsque son père meurt, et a été émancipé par sa mère en 1648, à seulement dix ans.
En 1659, Laurent est lieutenant d'une compagnie de chevaux légers à Provins. Il accumule richesses et possessions par tous moyens.
La fin des trois Boysard En 1670, Laurent et Marie-Anne sont attaqués en justice, sur fond d'héritages immobiliers, par les héritiers de messire Guy de Morin : l'écuyer Louis Alleaume du Tilloy, le commissaire des guerres Jehan Noel de Saint-Denis et le chevalier Georges de Saint-Phalle.
En 1672, Laurent vit richement dans le quartier de Saint-Séverin à Paris. Il récupère les fiefs et les terres de l’Enfer et de Villemarie de son défunt oncle maternel.
De 1682 à 1686, Laurent, très endetté, est saisi de la quasi-totalité de ses biens à Provins, Melun, Paris et en Anjou (il perd plus de 375 lots de fermes, maisons, terres labourables, vignes, prés, etc.). Marie-Anne perd quelques biens dans l'affaire, qu'elle récupérera et qui seront de nouveaux saisis sur ses enfants après sa mort.
Le seigneur de Mincé perd son titre et ses terres de Mincé en faveur de l'aîné Jousse, qui le cède à son père, l’écuyer Charles Jousse, seigneur de Bonneveau à Échemiré. Le reste de tous ses biens saisis seront alors vendus, à la requête d'un certain Jacques Juignet, sur ordre du Parlement de Paris.
Dès 1693, Charles et ses filles célibataires y font des travaux. Le , Urbaine, l'aînée, meurt, à 50 ans, au Mincé ; le , le seigneur Jousse y meurt à son tour, âgé de 83 ans. Entouré de six prêtres, il est inhumé avec tous les honneurs : sa condamnation à la pendaison est oubliée.
Le Prieur et le Chevalier
En 1732, le petit cousin de Marie-Anne Boysard est propriétaire du Mincé. Il s'agit de François-Louis Frain du Planty de la Vrillière, chevalier, seigneur de Chemans, conseiller président du roi, lieutenant général civil et de police (de robe et d’épée) et commissaire enquêteur examinateur en la sénéchaussée et prévôté de Baugé.
En 1738, il commande au maître fondeur d'Angers, Pierre Trony dit Labry, une cloche en bronze pour la chapelle de Mincé d'une hauteur de 26 cm et d'un diamètre de 34 cm. Il demande d'y inscrire :
Il y fait placer ses armoiries : blasons doubles ovales sous couronne de marquis le premier d'azur à un chevron d'or accompagné en tête de deux têtes de buffles et en pointe d'un croissant d'argent qui est Frain de la Vrillière, supporté par deux palmes.
Il meurt la même année, à l'âge de 83 ans à Baugé-en-Anjou ; il lègue le fief à son héritier légitime, son frère. Très pieux et attaché à la chapelle de Mincé, il offre une rente honoraire perpétuelle de 120 livres, sous testament, pour qu'une messe festive y soit célébrée en sa mémoire un dimanche de chaque année.
Joseph Frain de la Vrillière, abbé, prêtre et docteur en théologie de la Faculté de Paris, vicaire général de Monseigneur Michel Poncet de la Rivière (évêque d'Angers) et chanoine de l'église d'Angers devient propriétaire des lieux en 1738. Cet homme de foi est un haut dignitaire du clergé d'Angers qui, en 1730, avait déjà la charge de gérer pas moins de 146 cures, 35 prieurés et 3 abbayes.
En 1741, le seigneur de Mincé est élu doyen du chapitre des chanoines de la cathédrale d'Angers.
En 1745, reconnu comme le Grand-Doyen de l'église d'Angers mais aussi comme un orateur doué, le musicien de l'église, M. Follet, lui rédigera un madrigal :
Le , et avec l'autorisation de monseigneur le Révérend évêque d'Angers Jean de Vaugirault, l'abbé fait bénir la cloche de la chapelle de Mincé. Son parrain, Charles Nouchet, marchand fermier du château d'Échemiré, et Marie Moncousu, sa marraine, bénissent la cloche, sous l'invocation de Sainte Barbe, en présence de Gabriel-Louis de Gauffredeau, curé d'Échemiré, et de maître Joseph-Juste Caillot, notaire royal de Baugé.
En 1753, le doyen de la cathédrale Saint-Maurice d’Angers meurt ; le marquis de Broc décide d’acheter la propriété, convoitée par acquêt des héritiers du seigneur Frain de la Vrillière.
Dernières années de privilèges
Le , le marquis Armand René François de Broc est déjà le seigneur d'Échemiré, du Grip et d'autres lieux. Il est chevalier de l’Ordre de Saint-Louis, brigadier des armées du Roi et capitaine au régiment des Gardes-françaises.
Le , la demoiselle Anne-Françoise de Broc, née à Angers en 1707, première sœur du marquis Armand de Broc, est l'héritière noble du Grip, d'Échemiré, de La Cour-Du-Moulin, de Mincé et autres lieux. Elle passe sa vie au château du Grip à Durtal où elle meurt en 1783.
Comme l'atteste le chartrier de la Freslonnière, ses héritiers (ses quatre petits-neveux mineurs et ses deux nièces) vont se déchirer, et ses biens se retrouveront scellés durant deux ans. Sa première nièce, Anne de La Girouardière, préférera finalement se mettre en retrait de ce long conflit et se consacrer aux incurables de Baugé ; elle laisse sa sœur cadette mener le procès, face à leurs neveux et à leur mère.