est un genre fossile de thérapsides thérocéphales ayant vécu durant le Permien supérieur dans ce qui sont actuellement l'Afrique du Sud et la Chine. L'espèce type, Euchambersia mirabilis, fut initialement décrite en 1931 par Robert Broom à partir d’un crâne dépourvu de la mâchoire inférieure. Un second crâne attribué à l'espèce, probablement issu d’un individu juvénile et présentant un état de conservation similaire, est par la suite décrit. En 2022, une deuxième espèce, Euchambersia liuyudongi, est officiellement décrite par Jun Liu et Fernando Abdala à partir d'un crâne bien préservé. Le genre appartient à la famille éteinte des Akidnognathidae, historiquement désignée sous le nom depuis synonyme Euchambersiidae.
Il s'agit d'un thérocéphale de petite taille disposant d'un museau court et de grandes canines typique du groupe. Cependant, Euchambersia se distingue parmi les thérocéphales de par la présence de rainures sur les canines et d'une grande indentation sur le côté du crâne. Certains auteurs considèrent que ces structures ferait partie d'un mécanisme de distribution de venin, mais cette hypothèse est mal étayée. Cependant, si cette supposition est vraie, alors il s'agirait donc d'un des plus anciens tétrapodes connus se à disposer de telles caractéristiques. Une étude publié en 2017 utilise la structure interne du crâne d’E. mirabilis comme preuve la plus forte en faveur de l'hypothèse concernant la venimosité. D'autres possibilités, comme l'existence d'une sorte d'organe sensoriel, restent encore plausibles pour expliquer la présence de certaines structures.
Historiques des recherches
Le genre Euchambersia, plus précisément l'espèce type E. mirabilis, est décrit pour la première fois en 1931 par Robert Broom à partir d'un crâne fossile déformé, qu'il découvrit auparavant dans la ferme de Vanwyksfontein, propriété d'un certain Mr. Greathead, près de la ville de , dans la province sud-africaine du Cap-Nord. Ce spécimen, qui constitue l'holotype, réside désormais au musée d'histoire naturelle de Londres sous le numéro NHMUK R5696. Qualifiant ce taxon comme étant , Broom le nomme d'après l'éditeur et penseur évolutionniste Robert Chambers, dont il considère l'ouvrage Vestiges of the Natural History of Creation comme .. En 1966, un second crâne de la même espèce, de plus petite taille, est découvert dans la ferme de Waschbank, située à environ de la localité type. Celui-ci est figuré pour la première fois en 1977 par James Kitching, mais l'auteur ne donne alors aucune description.. Ce spécimen est depuis catalogué BP/1/4009 au sein de l'Institut d'études évolutives de l'université du Witwatersrand. Les deux crânes connus d’E. mirabilis, dépourvus de leur mâchoire inférieure, proviennent de la même couche rocheuse générale, dans la zone d'assemblage supérieure de Cistecephalus du groupe de Beaufort, au sein du supergroupe du Karoo. La zone d'assemblage est daté de l'étage Wuchiapingien du Permien supérieur, entre ..
En 2022, Jun Liu et Fernando Abdala décrivent la deuxième espèce E. liuyudongi sur la base d'un crâne bien conservé disposant d'une mâchoire inférieure associée, catalogué IVPP V 31137 au sein de l'Institut de paléontologie des vertébrés et de paléoanthropologie. Des restes postcrâniens, comprenant six vertèbres et quelques fragments de côtes, sont associés à ce spécimen, mais ne sont cependant pas décrits par les auteurs. L'épithète spécifique honore Liu Yu-Dong, le technicien ayant découvert le spécimen holotype en 2020. Celui-ci provient de la formation de Naobaogou, en Mongolie intérieure (Chine), datée globalement du Permien supérieur. Cette formation est subdivisée en trois membres correspondant à des cycles de sédimentation, numérotés I à III du plus ancien au plus récent ; E. liuyudongi étant issu du membre I.. Liu et ses collègues ont précédemment décrit plusieurs autres espèces nouvelles provenant de la partie médiane de cette formation, qui figuraient parmi les quelque spécimens mis au jour au cours d'au moins trois campagnes de terrain après 2009...
Description Morphologie d'ensemble vignette|droite|alt=Dessin en couleurs (gris et vert foncé) d'un corps d'Euchambersia mirabilis.|Vue d'artiste par Dimitri Bogdanov d'un corps hypothétique d’E. mirabilis.
Euchambersia est un thérapside de petite taille possédant un museau relativement court pour un thérocéphale, le crâne holotype, conséquence de la déformation et de l'écrasement lors de la fossilisation, ayant une longueur déduite d'environ . Le deuxième crâne connu, d'une longueur de , appartient à un individu plus petit, très probablement à un juvénile, à en juger par le manque de fusion dans le crâne.. Le crâne holotype d’E. liuyudongi mesure de long et a un museau plus court (moins de de la longueur du crâne).
Selon les premières descriptions, les orbites des crânes d’Euchambersia sont plutôt petites. Les branches des os postorbitaires et de l'os jugal, qui entourent habituellement l'arrière et le bas de l'orbite oculaire chez les thérocéphales, semblent être soit très réduites, soit totalement absentes. Le haut de l'orbite est formé par l'os préfrontal et le frontal est également petit. Le crâne ne porte pas de foramen pinéal. Comme Theriognathus, le ptérygoïde et le palatin du palais ne sont pas séparés, par aucune sorte d'ouverture, du transpalatin, situé plus loin sur le côté de la mâchoire. E. liuyudongi diffère d’E. mirabilis par plusieurs détails de ces os : l'os frontal sépare le préfrontal du contact avec le postorbital, et les fosses temoporales à l'arrière du crâne sont en forme de fente au lieu d'être arrondies. De plus, l'épiptérygoïde et le prootique du neurocrâne sont déconnectés chez E. liuyudongi.
Dentition
Bien que les crânes d’E. mirabilis soient incomplètement préservés, la tomodensitométrie suggère que chaque prémaxillaire contient cinq incisives, les alvéoles devenant progressivement plus grandes de la première à la cinquième. Comme chez les autres thériodontes, les couronnes des incisives d’Euchambersia sont coniques et manque également de , contrairement aux gorgonopsiens et à certains autres thérocéphales scylacosauriens, groupe dont le genre en fait partie. Le bord intérieur des incisives paraît être légèrement concave et le bord arrière semble avoir une crête. Le second spécimen a une incisive déplacée, conservée dans la cavité nasale, plus fortement recourbée et présentant des marques d'usure sur le bord supérieur, suggérant qu'il s'agit d'une incisive provenant de la mâchoire inférieure. La quatrième incisive a également une dent de remplacement qui pousse derrière elle, accompagnée d'une de la racine.
Le spécimen type d’E. mirabilis préserve la canine droite. Comme chez d'autres thérocéphales, les canines d’Euchambersia sont proportionnellement très grandes, ce qui suggère un mode de vie de prédateur spécialisé qui infligerait une morsure similaire à celle d'un animal à « dents de sabre » pour l'abattage des proies.. Cette canine est ronde en coupe transversale, et porte une crête proéminente sur le côté de la surface avant. Immédiatement à côté de cette crête se trouve une dépression peu profonde qui s'élargit près du sommet de la dent, qui est probablement la même structure que la rainure interprétée par certains auteurs. Contrairement à E. mirabilis, les canines d’E. liuyudongi n'ont ni crêtes ni rainures. Les thériodontes remplacent généralement leurs dents en alternance de telle sorte que la canine soit toujours fonctionnelle.... Les deux crânes connus d’E. mirabilis ne montrent aucun signe de développement de canines de remplacement, ce qui suggère que l'animal dépendait de la présence et de la fonctionnalité simultanée de ces dernières.
Fosse maxillaire et canaux associés
Aucune dent supplémentaire n'est présente derrière les incisives et les canines supérieures et inférieures chez le genre. Là où les thérocéphales ont des dents derrière les canines, se trouve à la place une grande dépression, ou fosse, du côté du maxillaire ; celle-ci est également délimitée en dessous par une partie du lacrymal et peut-être une partie du jugal. Chez, E. mirabilis, cette fosse mesure 48 % de la longueur de la mâchoire dans le spécimen type et 38 % dans le second crâne connu. Dans ces crânes, cette fosse est divisée en deux parties : une crête moins profonde sur le dessus et une dépression plus grande et plus profonde sur le fond. Un large sillon commençant derrière la canine entre en contact avec le fond de la fosse et passe ensuite à l'intérieur de la bouche. La partie inférieure de la fosse est fortement piquée et porte une petite ouverture, ou foramen, sur les surfaces avant et arrière. Chez E. liuyudongi, cette fosse est encore plus profonde ; une barre du maxillaire coiffe le haut de la fosse et entre en contact avec le jugal, et la paroi interne de la fosse a une grande ouverture vers la cavité nasale. Sa fosse atteint presque la mi-hauteur du museau.
La tomodensitométrie montre que ces ouvertures conduisent à des canaux. Ceux-ci se connectent au nerf trijumeau, qui contrôle la sensibilité faciale. Le canal dirigé vers l'avant se divise également en trois branches principales du nerf infra-orbitaire, qui se connectent toutes à l'alvéole de la canine, la jonction se produisant à environ le long du canal, un autre point de variation entre les deux crânes connus d’E. mirabilis.. La branche supérieure, la branche nasale externe, se divise en quatre branches dans le crâne holotype, mais elle ne se divise pas dans le deuxième crâne. Chez d'autres thérapsides comme Thrinaxodon, Bauria et Olivierosuchus, la branche nasale externe se divise généralement en trois branches ou plus. Tous ces canaux auraient amené des nerfs et des tissus riches en nutriments aux racines des canines et au reste de la mâchoire supérieure.
Classification
En 1934, Euchambersia est attribué à la famille des Euchambersiidae, alors nouvellement nommée par Lieuwe Dirk Boonstra.. Celui-ci, lors de sa description, orthographie mal le taxon en « Euchambersidae », qui est un latin impropre. Par la suite, ce nom est corrigé par Friedrich von Huene en 1940. Les Euchambersiidae ont été initialement considérées comme séparées des familles des Moschorhinidae et des Annatherapsididae. En 1974, Christiane Mendrez reclasse ces groupes en tant que sous-familles étroitement apparentées, renommés Annatherapsidinae, Moschorhininae et Euchambersiinae au sein du groupe plus large et redéfini des Moschorhinidae (bien qu'elle continue d'utiliser le nom Annatherapsididae)..
L'analyse phylogénétique de James Hopson et Herb Barghusen publiée en 1986 soutient l'hypothèse de Mendrez des trois sous-familles au sein des Moschorhinidae, mais les deux paléontologues préfèrent utiliser le nom Euchambersiidae. En 2009, Adam Huttenlocker fait valoir que les noms Annatherapsididae, Moschorhinidae et Euchambersiidae sont des synonymes juniors d'Akidnognathidae, puisque le genre Akidnognathus est le premier à avoir été décrit au sein de ce taxon. Ce nom atteint par la suite une acceptation plus large parmi les chercheurs.. Huttenlocker et redéfinissent plus tard les Moschorhininae comme faisant partie des Akidnognathidae, à l'exception des genres Annatherapsidus et Akidnognathus..