Le Rallye de Côte d'Ivoire Bandama 1980 ( Rallye Bandama), disputé du 9 au , est la quatre-vingt-septième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la douzième et dernière manche du championnat du monde des rallyes 1980 (WRC).
Contexte avant la course Le championnat du monde vignette|droite|alt=Fiat 131 Abarth|La Fiat 131 Abarth a dominé la saison 1980.
Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes se dispute sur une douzaine de manches, dont les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Parallèlement au championnat des constructeurs, la Commission Sportive Internationale (CSI) a depuis 1979 créé un véritable championnat des pilotes qui fait suite à la controversée Coupe des conducteurs instaurée en 1977, dont le calendrier incluait des épreuves de second plan. Pour la saison 1980, la CSI a exclu les manches suédoise et finlandaise du championnat constructeurs, ces deux épreuves comptant uniquement pour le classement des pilotes. Huit des douze manches du calendrier se disputent en Europe, deux en Afrique, une en Amérique du Sud et une en Océanie. Elles sont réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales
Dominée par Fiat, la saison 1980 a également consacré Walter Röhrl, le pilote allemand et son employeur s’étant attribué les titres mondiaux (pilotes et constructeurs) à l’issue du Tour de Corse. Tout comme le Rallye RAC disputé un mois plus tôt, le « Bandama » ne représente donc aucun enjeu pour le championnat ; néanmoins, le marché africain intéresse de nombreux constructeurs, aussi Mercedes, Peugeot, Datsun et Toyota ont-ils engagé plusieurs équipages dans cette épreuve, qu’ils ont longuement reconnue. Fiat ne sera pas officiellement présent, mais sera néanmoins représenté par le champion italien Sandro Munari, sorti pour l’occasion de sa retraite sportive, engagé à titre privé.
L'épreuve
Seconde épreuve africaine du calendrier, le Rallye Bandama se court presque intégralement sur piste, le classement s’effectuant sur la base de moyennes imposées dont le non-respect entraîne des pénalités, sur le modèle de l’East African Safari disputé au Kenya. Le parcours n’étant pas fermé, les risques d’accidents routiers sont élevés, les concurrents lancés à pleine vitesse devant croiser ou dépasser bon nombre de véhicules locaux (deux-roues, attelages, voitures particulières, camions…). Disputée depuis 1969, l’épreuve ivoirienne fut intégrée au calendrier du championnat du monde en 1978. Avec cinq succès entre 1971 et 1978, Peugeot y détient le record de victoires.
Le parcours vignette|upright=1.15|droite|alt=KICC|Le départ du rallye sera donné au pied de l'hôtel Ivoire d'Abidjan. départ : d'Abidjan arrivée : à Abidjan distance : surface : terre Parcours divisé en quatre étapes, comprenant 58 secteurs de liaison, soient 62 contrôles horaires (C.H.)
Première étape Abidjan - Alépé - Ono - Abidjan, le distance : , 6 secteurs de liaison (7 contrôles horaires)
Deuxième étape Abidjan - Abengourou - Abidjan - Bouaké - Yamoussoukro, du 10 au distance : , 26 secteurs de liaison (27 contrôles horaires)
Troisième étape Yamoussoukro - Kahin - San-Pédro - Daloa - Yamoussoukro, du 12 au distance : , 15 secteurs de liaison (16 contrôles horaires)
Quatrième étape Yamoussoukro - Maféré - Abidjan, le distance : , 11 secteurs de liaison (12 contrôles horaires)
Les forces en présence Mercedes-Benz vignette|upright=1.1|droite|alt=Mercedes 500 SLC|Un coupé Mercedes 500 SLC groupe 2 lors d'une manifestation historique. Ayant effectué des reconnaissances intensives les semaines précédant la course, le constructeur allemand engage cinq coupés 500 SLC groupe 2, confiés à Hannu Mikkola (vainqueur ici même en 1979), Björn Waldegård, Andrew Cowan, Jorge Recalde et Vic Preston. Pesant 1350 kg, ces voitures sont équipées d'un moteur V8 de cinq litres de cylindrée développant 340 chevaux à 6500 tr/min, avec transmission automatique à quatre rapports. Elles utilisent généralement des pneus Dunlop, mais pourront être chaussées de pneus Pirelli à l'arrière sur les tronçons les plus longsRevue Sport Auto n°228 - janvier 1981.
Peugeot La marque française est officiellement présente avec trois coupés 504 V6 groupe 4, aux mains de Timo Mäkinen, Jean-Claude Lefebvre et Alain Ambrosino, ce dernier étant résident ivoirien. Leur moteur V6 de 2664 cm³ est alimenté par deux carburateurs triple-corps. Mäkinen et Lefebvre disposent des versions standard (230 chevaux à 7500 tr/min), tandis qu'Ambrosino utilise un moteur expérimental, poussé à 250 chevaux grâce à de nouveaux pistons et une modification des arbres à cames et de la carburation. D'un poids de 1230 kg, les coupés 504 utilisent des pneus Michelin TRX.
Datsun Le constructeur japonais mise sur la robustesse de ses berlines 160J groupe 2 pour reprendre à Ford la seconde place du championnat. Trois voitures ont été engagées pour Shekhar Mehta, Mike Kirkland, et Michel Mitri. Leur moteur deux litres ne délivre que 190 chevaux à 7400 tr/min mais grâce à un poids limité à 1050 kg elles s'avèrent beaucoup plus maniables que leurs concurrentes sur les pistes cassantes. Elles utilisent des pneus Dunlop.
Toyota vignette|droite|alt=Toyota Celica|Un coupé Toyota Celica groupe 4 lors d'une course historique. Trois coupés Celica GT groupe 4 ont été officiellement engagés pour Ove Andersson, Per Eklund et Samir Assef. Équipées de pneus Pirelli, les Celica disposent d'un moteur deux litres de 230 chevaux, pour un poids de l'ordre de 1200 kg.
Fiat Engagé à titre privé, Sandro Munari dispose toutefois de l'assistance bénévole de mécaniciens de l'usine. Il pilote la Fiat 131 Abarth groupe 4 utilisée par Markku Alén lors du Safari 1979, une voiture d'environ 1200 kg animée par un moteur quatre cylindres deux litres de 220 chevaux et chaussée de pneus Pirelli. L'objectif de Munari (qui n'a plus couru depuis un an et demi) est de terminer l'épreuve dans les trois premiers afin de faire partie des pilotes prioritaires de la FISA et bénéficier ainsi d'une bonne position au départ du prochain Safari, une course qui manque au palmarès du champion italien.
Déroulement de la course Première étape Les cinquante-deux équipages s’élancent d'Abidjan le mardi, en direction d'Alépé, sur des pistes ouvertes à la circulation locale. Le début de parcours ne présente absolument aucune difficulté et au premier pointage presque tous les concurrents ont respecté le temps imparti. Avec l’intensification du trafic routier, les conditions deviennent ensuite plus problématique et au moment d'embarquer sur le bac d'Alépé seuls six équipages ont maintenu la moyenne imposée : quatre des cinq coupés Mercedes (ceux de Björn Waldegård, Hannu Mikkola, Andrew Cowan et Vic Preston), ainsi que la Toyota Celica de Per Eklund et la Fiat de Sandro Munari. Ils comptent une minute d'avance sur le coupé 504 de Timo Mäkinen et deux sur la Toyota d'Ove Andersson, la Datsun de Shekhar Mehta et la 504 d'Alain Ambrosino. Alors qu'il roulait sur le rythme des meilleurs, Jean-Claude Lefebvre a été retardé par un problème mécanique : deux bougies ont cassé sur le moteur V6 de sa 504, et leur remplacement va coûter huit minutes de pénalisation au pilote français. Sur la cinquième Mercedes, Jorge Recalde a perdu plus de dix minutes à cause d’un câble d'accélérateur cassé. Après le franchissement du Comoé sur le bac, le secteur ralliant la rive gauche du fleuve à la ville d'Ono doit s'effectuer à près de 140 km/h de moyenne, ce qu'aucun équipage ne parviendra à réaliser. Sur ce tronçon de vingt-neuf kilomètres les moins pénalisés seront Eklund, Mikkola, Cowan et Waldegård, qui regagnent Abidjan ex-æquo en tête, avec seulement une minute d'avance sur Munari, Preston et Mäkinen. Juste derrière, Andersson et Mehta comptent trois minutes de retard. Si quarante équipages achèvent cette première étape, seuls trente-sept sont en mesure de reprendre la route le lendemain.
+ classement à la fin de la première étapeRevue Auto hebdo - 18 décembre 1980 Pilote Copilote Voiture Groupe Pénalisations Écart 1 Per Eklund Hans Sylvan Toyota Celica 2000 GT 4 4 min 1= Hannu Mikkola Arne Hertz Mercedes-Benz 500 SLC 2 4 min 1= Andrew Cowan Klaus Kaiser Mercedes-Benz 500 SLC 2 4 min 1= Björn Waldegård Hans Thorszelius Mercedes-Benz 500 SLC 2 4 min 5 Sandro Munari Jacques Jaubert Fiat 131 Abarth 4 5 min + 1 min 5= Vic Preston Jr Claes Billstam Mercedes-Benz 500 SLC 2 5 min + 1 min 5= Timo Mäkinen Jean Todt Peugeot 504 V6 coupé 4 5 min + 1 min 8 Ove Andersson Henry Liddon Toyota Celica 2000 GT 4 7 min + 3 min 8= Shekhar Mehta Mike Doughty Datsun 160J PA10 2 7 min + 3 min 10 Samir Assef Gilbert Fourcade Toyota Celica 2000 GT 4 9 min + 5 min 10= Alain Ambrosino Jean-Robert Bureau Peugeot 504 V6 coupé 4 9 min + 5 min 12 Mike Kirkland Yvonne Mehta Datsun 160J PA10 2 10 min + 6 min 13 Michel Mitri Marcel Copetti Datsun 160J PA10 2 11 min + 7 min 14 Jean-Claude Lefebvre Christian Delferier Peugeot 504 V6 coupé 4 13 min + 9 min 15 Jorge Recalde Nestor Straimel Mercedes-Benz 500 SLC 2 19 min + 15 min
Deuxième étape Abidjan - Abengourou - Abidjan Les trente-sept équipages restant en course repartent d'Abidjan le mercredi matin, à dix heures, sur des pistes légèrement boueuses, comportant des passages de gués. Les moyennes imposées sont élevées et Eklund perd rapidement du terrain sur les Mercedes. Au contrôle de Grand Aféry, Mikkola reste seul en tête devant Waldegård et Cowan. Ce dernier revient à la hauteur de son coéquipier finlandais à Abengourou mais dans le secteur suivant il se retrouve face à un bus dans un passage étroit ; ne pouvant l'éviter, il le heurte de son côté gauche, sort de la piste et achève sa course sur le toit, dans un fossé. L'équipage est indemne, mais l'abandon est inévitable. Mikkola ne compte alors qu'une minute d'avance sur Waldegård mais dans les tronçons suivants il hausse le rythme et se construit bientôt une marge plus confortable, concédant qu'un minimum de pénalisations dans les parties sinueuses du parcours. Mäkinen a également augmenté sa cadence ; à Maféré il pointe au troisième rang, à dix minutes de la Mercedes de tête mais peu après le moteur V6 serre, entraînant l'abandon de la plus rapide des Peugeot. Egalement malchanceux, Eklund a concédé près d'une heure et demie de pénalisation routière, après un blocage de boîte de vitesses sur sa Toyota, ayant nécessité une intervention sur place. Mikkola rentre à Abidjan avec cinq minutes d'avance sur Waldegård, maintenant suivi par Andersson qui a effectué une belle remontée, ayant successivement passé Preston, Munari et Mehta.
+ classement au contrôle d'Abidjan Pilote Copilote Voiture Groupe Pénalisations Écart 1 Hannu Mikkola Arne Hertz Mercedes-Benz 500 SLC 2 25 min 2 Björn Waldegård Hans Thorszelius Mercedes-Benz 500 SLC 2 30 min + 5 min 3 Ove Andersson Henry Liddon Toyota Celica 2000 GT 4 39 min + 14 min 4 Shekhar Mehta Mike Doughty Datsun 160J PA10 2 42 min + 37 min 5 Sandro Munari Jacques Jaubert Fiat 131 Abarth 4 45 min + 20 min 6 Vic Preston Jr Claes Billstam Mercedes-Benz 500 SLC 2 47 min + 22 min 7 Samir Assef Gilbert Fourcade Toyota Celica 2000 GT 4 53 min + 28 min 8 Jorge Recalde Nestor Straimel Mercedes-Benz 500 SLC 2 55 min + 30 min 9 Alain Ambrosino Jean-Robert Bureau Peugeot 504 V6 coupé 4 1 h 06 min + 41 min 10 Michel Mitri Marcel Copetti Datsun 160J PA10 2 1 h 11 min + 46 min
Abidjan - Bouaké