Nicolas-Jean-Baptiste Joseph Vence, né le à Marseille et mort guillotiné dans la même ville le , est un homme politique français, qui prit part aux insurrections fédéralistes et contre-révolutionnaires en Provence.
Biographie Son père, Jean-Baptiste (1729-1790), capitaine de vaisseau marchand et corsaire, négociant-armateur notable à Saint-Domingue et MarseilleCharles Carrière, Négociants marseillais au XVIIIe siècle: contribution à l'étude des économies maritimes, Volume 1, Institut historique de Provence, 1973, en relations avec BoynesPierre Étienne Bourgeois de Boynes, Journal inédit, 1765-1766: Suivi du "Mémoire remis par le duc de Choiseul au roi Louis XV", 1765, Honoré Champion, 2008 et membre du Comité colonial de Saint-DomingueProsper Boissonnade, Saint-Domingue à la veille de la révolution et la question de la représentation coloniale aux Etats généraux, janvier 1788-7 juillet 1789, 1906, a reçu de Louis XV une épée d'honneur en 1757 pour sa bravoure en divers combats lors de la guerre de Sept AnsBulletin de la Section de géographie, Comité des travaux historiques et scientifiques. Section des sciences géographiques et de l'environnement, 1952Pierre-Augustin Guys, Voyage littéraire de la Grèce ou Lettres sur les Grecs, anciens et modernes, avec un parallele de leurs mœurs, Volume 2, Veuve Duchesne, 1783. Il commanda au sculpteur Fossaty le mausolée érigé à Port-au-Prince en hommage au gouverneur Victor-Thérèse CharpentierBulletin de l'IspanMédéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry, Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'île Saint-Dominge, Guérin, 1876. Le frère de son père, Jean Gaspard de Vence (1747-1808), sera corsaire durant la guerre d'indépendance américaine, amiral et le premier préfet maritime de Toulon.
Sa mère, Marie Adélaïde Gautier (ou Gantier), est d'une famille de propriétaires de Saint-Domingue, nièce du propriétaire du château de VoinslesCompléments à Généalogie et Histoire de la Caraïbe Nouvelle Série N°4 4 trimestre 2011
Vence rentre dans sa ville natale depuis Lyon où il se trouvait lorsque éclate la Révolution. À peine âgé de dix-huit ans, il se montre au début favorable au courant nouveau d'idées et de liberté. Mais, rapidement, il se trouve exilé à Palerme, en Sicile, au sein de la maison de négoce de son beau-frère BougeJean Antoine Hilarion Bouge (1759-1842), directeur de l’hôpital général des enfants abandonnés et orphelins de Marseille en 1790, il émigre en Sicile en 1792 et ne rentre en France qu'en 1805. Il devient un important négociant à Messine et Palerme, associé notamment à Jean-François Aubert, François Plegat, puis Jean Caillol et Nicoud, et connaîtra bien les futurs évêques de Marseille Fortuné et Eugène de Mazenod, émigrés à Palerme également. Favorable au retour des Bourbon, il reçoit la Légion d'honneur et la décoration du Lys en 1814 sous la Restauration. Il était le fils de Nicolas Bouge, lieutenant du premier chirurgien du roi, et le grand-oncle d'Auguste Bouge. La manière dont il parlait des événements en France excita les ombrages du préteur de Palerme, qui réprimande alors vertement son imprudence et l'engage, s'il souhaite rester dans le pays, à ne plus tenir de propos semblables. Il est par la suite envoyé en Angleterre, à Londres, pour parfaire sa formation dans les affaires. Le déclenchement de la guerre entre ce pays et la République française nouvelle le contraigne à rentrer en Provence. Sur le trajet de retour en 1793, il s'arrête quelque temps à Paris, avant de descendre à Toulon où l'appelait l'embarquement de son jeune frère à bord du vaisseau le Duquesne, commandé par leur oncle pour une campagne à Tunis.
Vence se mêla rapidement aux mouvements de révoltes fédéralistes marseillais, dans lesquels il prit une part active et occupa d'importantes fonctions. Réunissant l'esprit à la beauté et à la fortune, ayant perdu son père trois ans plus tôt, il bénéficie d'estime et rassemble autour de lui de nombreuses sympathies"Les tribunaux révolutionnaires en Provence ». Revue du Midi. Volume 21. 1907. C'est en effet au moment de son retour à Marseille que les sections de la ville élisaient les commissaires chargés de la mission de rédiger, porter et défendre devant la Convention nationale l'adresse dont l'envoi avait été décidé fin avril, et est élu l'un d'eux - par 122 voix sur 194 votants - sans y avoir été présent ni candidat. Prévenu le , flatté de la marque de confiance, il en vient en donner son acceptation le lendemain, indiquant qu'il soutiendra , et reçut les instructions et les pouvoirs nécessaires pour l'accomplissement de sa mission. La séance s'acheva Georges Guibal. Le mouvement fédéraliste en Provence en 1793. Paris. Plon-Nourrit. 1908.
Le , une fois rendus à Paris, installés rue Neuve Saint-Marc pour y tenir leurs séances, les trente-deux commissaires des sections constituèrent leur bureau. Rampal en est désigné président, avec pour vice-président Marcel et quatre secrétaires, dont Vence. Cette opération préliminaire accomplie, les commissaires envoyèrent quatre des leurs prévenir officiellement la municipalité de leur arrivée et du choix qu'ils avaient fait de l'hôtel Saint-Marc pour y tenir leurs séances. Après les Journées du 31 mai et du 2 juin 1793 et l'élimination des Girondins de la Convention, l'arrestation d'une partie des députés et commissaires de sections marseillais conduisirent à une partie de la délégation à quitter la capitale. Le , seuls douze des commissaires s'y trouvaient encore, dont Vence, avec l'espoir de mener à bien les affaires dont ils avaient été chargés.
Rentré à Marseille le , il est désigné le lendemain pour siéger dans la commission provisoire chargée d'administrer le département des Bouches-du-Rhône. L'assemblée électorale de Marseille ne reconnait plus la Convention montagnarde et, le 13, Vence est élu par les royalistes au premier tour l'un des deux députés, avec Gilly, à la Convention extraordinaire de Bourges qui devait se substituer à celle de ParisJean Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française: Le gouvernement révolutionnaire, éditions sociales, 1986, mais qui finalement ne pourra jamais se rassembler. Il défend par un discours à la tribune l'action contre les armées de la Convention montagnarde.
L'armée départementale connut plusieurs revers face aux troupes de la Convention dirigées par le général Carteaux, renforcées par les gardes nationales de plusieurs départements. Lors de l'assemblée plénière du , le chevalier de Villeneuve-Tourrettes, ancien maréchal de camp et royaliste affirmé, en est nommé général. Les commissaires civils précédemment envoyés et qui se trouvaient près de l'armée départementale à Orgon furent remerciés et remplacés par Pierre Laugier, Vence (qui était membre du comité général), Rampal fils et Michel d'EyguièresJoseph de Joannis, Le fédéralisme et la terreur à l'Isle (Vaucluse). Siège et pillage de cette ville par les Allobroges. Les victimes des échafauds révolutionnaires. (1793-1794), Seguin frères, 1884. Une fois le général et ses auxiliaires désignés, ils se consacrèrent à reconstituer une armée et Aix fut choisi comme le centre de ralliement. L'avancée des troupes républicaines ne permit cependant pas au général de Villeneuve-Tourrettes d'organiser complètement celles départementales. En parallèle, un comité est mis en place (Abeille, Castelanet, Peloux, Raymond et Laugier, ces deux derniers remplacés rapidement par deux autres royalistes, Bruniquel et Poyard) et prend contact avec les amiraux Hood et l'Langora. Prenant l'initiative pour ne pas subir un siège de la part des forces républicaines, l'armée départementale eut des débuts heureux et prit possession rapidement de plusieurs villes (Lambesc, Rognes, Saint-Cannat, Pélissanne, Salon, Cadenet, Avignon, Orange, etc), mais se termina par l'échec à la fin du moins du mois d'août.
Après le triomphe de Carteaux sur Marseille, les représentants en mission ordonnèrent les arrestations. Mis hors la loi comme , Vence, accompagné de Pinatel, tente d'émigrer, gagnant le port d'Hyères et embarquant dans un navire génois en direction de Gênes ; mais, recherché, il est capturé par un corsaire français à la hauteur d'Antibes et ramené dans les prisons de Marseille. Il passe devant le tribunal révolutionnaire, présidé par Augustin Maillet, avec Joseph Giraud comme accusateur public et Étienne Chompré pour greffier, le , et est condamné à mort. L'exécution est fixée au lendemain. Sa mère, riche veuve, tentant en vain de lui sauver la vie, vint supplier Albitte pour demander la grâce de son fils, offrant en contrepartie livres de sa dot à la RépubliqueNouvelle revue rétrospective, Volumes 10 à 11, 1899. Vence monte avec calme à l’échafaud et est guillotiné, à quatre heures. Albitte craignit quelques réactions au sein de la population, mais la peur dans lequel était versée la ville éteint toute opposition.
Un cousin de son père, l'avocat Michel-François Caudière (1735-1794), président du Comité général des sections de Martigues, sera également guillotiné pour fédéralisme, le 17 germinal An II ()Hubert Gay, « Un notable de Martigues et la Révolution française : Louis Puech (1740-1794) », in:Provence historique: revue trimestrielle, Numéros 67 à 74, Archives départementales, 1967Henri Tachoire, Un procès à Marseille sous la Terreur, Académie de Marseille, 2010.
Il est un des rares, avec Laugier et Villeneuve, à recevoir des éloges du journaliste et mémorialiste Laurent Lautard (1764-1848), de l'Académie de Marseille, dans son ouvrage sur cette période. À son sujet, il écrira : Georges Guibal. Le mouvement fédéraliste en Provence en 1793. Paris. Plon-Nourrit, 1908. .
Notes et références
Bibliographie Georges Guibal. Le mouvement fédéraliste en Provence en 1793. Paris. Plon-Nourrit. 1908 « Vence (Jean-Baptiste) », in:Les Bouches-du-Rhône: encyclopédie départementale. Archives départementales des Bouches-du-Rhône. 1937 Laurent Lautard. Esquisses historiques: Marseille depuis 1789 jusqu'en 1815, Volume 2. Olive. 1844 « Les tribunaux révolutionnaires en Provence ». Revue du Midi. Volume 21. 1907 Paul Gaffarel, « La Terreur à Marseille (Proconsulat de Barras et de Fréron) ». Annales de Provence. Société d'études provençales. 1913 Bill Scott, William Scott. Terror and repression in revolutionary Marseilles. Barnes & Noble Books. 1973 La Revolution française’’. Société de l'histoire de la révolution française. 1895 C. Lourde. Histoire de la révolution à Marseille et en Provence, depuis 1789 jusqu'au consulat’’. Jeanne Laffitte. 1838 Léon-Gabriel Pélissier. "La délégation marseillaise à la Convention nationale (mai-)". Annales du Midi, Tome 12, N°45, 1900. pp. 71-91. Augustin-Jules-Esprit Fabre. Histoire de Marseille, Volume 2. Olive, 1829 Joseph-Étienne Michel. Histoire de l'armée départementale des Bouches-du-Rhône, de l'entrée des escadres des puissances coalisées dans Toulon et de leur sortie de cette place ; précédé d'une introduction sur l'origine des troubles du Midi, sur leur durée, et les moyens de les faire cesser. Paris. Du Pont. 1797
Voir aussi
Articles connexes Insurrections à Marseille 1793 Insurrections fédéralistes Jean-Joseph Abeille Antoine Castelanet Pierre Peloux
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