Le Magistrat de la ville de Strasbourg désigne l'ensemble des membres de l'administration à la tête l'ancienne ville impériale libre de Strasbourg au Moyen Âge et à l'époque moderne, et ne doit pas être confondu avec l'actuelle fonction de magistrat.
Cette instance politique exerçait à partir du le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire sans distinction. Plusieurs autorités et assemblées ont composé le Magistrat, notamment le conseil des Treize, des Quinze et des Vingt-et-un. Cet ensemble a gouverné Strasbourg, alors cité-État du Saint-Empire romain germanique, jusqu'à la capitulation de la ville face aux armées de Louis XIV et à son annexion par la France en . Il assure ensuite le rôle d'administration municipale jusqu'à sa dissolution le lors de la Révolution française.
Le Magistrat était également appelé « Régime permanent » ou « Régence perpétuelle » (en allemand : )).
Composition vignette|Armorial des Stettmeister et Ammeister de Strasbourg réalisé par Sebald Buheler et ses continuateurs
La Constitution de la ville de Strasbourg (en allemand : , « charte de serment ») a changé plusieurs fois pendant le Moyen Âge, à cause notamment des conflits entre le patriciat et les corporations de la ville. Une stabilisation des institutions s'effectue par la dernière charte de . Quand le Magistrat promulgue une , celle-ci commence par les mots : « Nous, les maîtres, le Conseil et les Vingt-et-un ».
« Les maîtres », à la tête de la cité, c'est d'abord lAmmeister, membre d'une des vingt corporations professionnelles. Il exerce sa charge pendant un an et ne peut pas être réélu pendant les cinq années suivantes. À côté de lui il y a le Stettmeister, obligatoirement patricien, dont les fonctions, surtout honorifiques, s'exercent pendant un trimestre.
« Le Conseil », aussi appelé sénat, est l' souveraine de la ville. C'est une assemblée de 30 personnes renouvelées par moitié tous les ans selon un double système de cooptation – chaque sénateur est donc en place pour deux ans.
« Les Vingt-et-un », c'est le Conseil des XXI, composé d'une trentaine de membres (ce nombre peut varier légèrement) cooptés à vie par le sénat et par les membres du XXI eux-mêmes. Un tiers des membres du XXI sont des patriciens élus par le Conseil ; les deux tiers du XXI sont des représentants des vingt corporations. Le XXI se scinde en deux pour gérer la ville : le Conseil des XIII, ou Treize, aussi appelé collège des XIII ou commission des XIII, est chargé des affaires militaires et de la politique extérieure de la ville ; le Conseil des XV, ou Quinze, aussi appelé collège des XV ou commission des XV, est chargé des affaires internes de la ville.
Les membres des XXI peuvent aussi être sénateurs.
Le Magistrat gouvernant Strasbourg est donc formé d'une cinquantaine de personnes. ; il est remplacé par une municipalité en 1790.
Petit sénat
On trouve aussi le petit sénat ou petit conseil (Kleiner Rat ou Rat des kleinen Gerichts) de Strasbourg, actif de 1373 à 1596. Il est présidé par l'ammeister de l'année précédente et comprend 8 juges, dont six constofeler parmi lesquels trois stettmeister. Il juge essentiellement les affaires civiles d'un montant inférieur à 300 livres selon une source., mille livres selon une autre.
Failles du système
Ce système est marqué d'une inertie intrinsèque : plus de la moitié du Magistrat ne se renouvelle que lentement, puisque les sénateurs sont renouvelés tous les deux ans mais les XXI sont en place à vie.
L'inertie est considérablement renforcée de ce que le Magistrat correspond à une oligarchie de fait : les quelque cinquante membres du Magistrat, qu'ils soient co-optés pour deux ans ou à vie, sont toujours choisis dans les mêmes familles. Au , ils forment « un groupe fermé, homogène, jamais renouvelé », que Bérenger compare à l'oligarchie dirigeant Venise à la même époque.
Selon Bérenger, les membres du Conseil, élus pour un an, se désintéressent des affaires de la ville, et de plus peu d'entre eux ont une compétence juridique suffisante. Résultat : officiellement, la gestion des affaires est entre les mains des XXI, mais la réalité est tout autre : les juristes professionnels, syndics et secrétaires détiennent le pouvoir de fait. Ils préparent les textes que les membres des Conseils ne font qu'entériner ; et, plus important encore, ils sont responsables de la correspondance politique, donnant les ordres aux agents diplomatiques de la ville en poste à Ratisbonne auprès de la Diète, à Vienne auprès de l'Empereur, et à Paris.
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie
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Articles connexes Gobelet de Magistrat Histoire de Strasbourg Ville impériale libre de Strasbourg Conseil des XIII Conseil des XV Conseil des XXI Ammestre Stettmestre Magistrat de Lille Magistrat de Bruxelles
Liens externes Anne Rauner, « La politique du Magistrat » (Base numérique du patrimoine d'Alsace Canopé)
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