Yves Durand, dit Youen Durand, de son nom d'artiste, né le à Plobannalec et mort à Pont-l'Abbé le , est un artiste français, rattaché à l'art singulier, brut et naïf, connu et reconnu pour son œuvre unique de tableaux et maquettes en coquillages. On lui doit également des tableaux peints sur différents supports, toiles ou cartons.
Biographie
Deuxième fils de Marie Leroux et de Laurent Durand, Youen Durand est né handicapé, son fémur gauche étant atrophié, ce qui lui rend la marche difficile. Ne pouvant pas courir, il lit beaucoup, souhaite devenir architecte et intégrer l'école d'architecture de Quimper. La Seconde Guerre mondiale éclate et l'école ferme. Il devient tailleur à domicile, mais le développement du prêt-à-porter dans les années 1950 le pousse à se reconvertir. Il se voit proposer un travail à la criée de Lesconil, qui compte à cette époque et , laissant débarquer chaque jour. Vendeur à la voix à partir de 1958, il devient directeur de la nouvelle criée en 1966, et ce jusqu'en 1986, année de sa retraite.
Son bureau est situé à l'étage, sans aménagement pour son handicap. En 1982, il se fait opérer, ce qui lui permet de marcher un peu mieux. Puis, à la fin de l'année 1986, vient l'heure de la retraite où il peut se consacrer entièrement à son art.
Entre 1991 et 2000, à l'exception de 1995, Durand expose ses œuvres, chez lui, puis à la maison des associations de Lesconil. Ses archives montrent un nombre 61 872 visiteurs sur la décennie, pour 48 980,05 francs reçus, intégralement reversés au CCAS de la commune. Par la suite, son état de santé se fragilise et il cesse toute activité.
En 2003, le collectionneur Jean-Claude Volot, en vacances sur Lesconil, découvre le travail de Youen Durand et en parle avec le critique d'art Laurent Danchin, spécialiste de l'art brut. Souhaitant rencontrer Durand, Danchin le contacte par téléphone mais l'artiste se froisse lorsque le critique mentionne l'art brut, lui rétorquant : "je ne suis pas fou." La fatigue, puis la maladie de Durand feront que la rencontre n'aura pas lieu.
En 2005, Youen Durand lègue les œuvres en sa possession à la municipalité de Plobannalec-Lesconil : deux rosaces en pinna nobilis, une maquette (Carosse) et seize tableaux en coquillages.
Malade des poumons en partie à cause des vapeurs de la colle qu'il respire lors de ses collages, Youen Durand est hospitalisé à Pont-l'Abbé où il meurt le .
Technique thumb|Tableau pédagogique des coquillages utilisés par Youen Durand Les pêcheurs rapportaient les coquillages des côtes bretonnes mais aussi de plus loin, l'Irlande ou encore la mer du Nord, à Youen Durand. Il les lavait, puis les triait par genre et couleur dans son atelier, avant de les ranger dans de grands bocaux. Dans un souci pédagogique, il avait réalisé un panneau des coquillages utilisés, avec leurs noms et caractéristiques. En complément, le tableau des pétoncles montrait l’étendue de couleurs et nuances qu’un seul coquillage lui permettait d’obtenir.
Coquille Saint-Jacques, couteau, huître, moule, pelure d’oignon, pousse-pied… et de nombreux autres coquillages sont présents dans ses tableaux. Ils constituent la sublime palette de l'artiste, dans leurs couleurs naturelles. Tout d'abord, il fait des croquis, puis un grand dessin préparatoire qu'il décalque sur le support en bois déjà encadré préparé par le menuisier voisin. Il taille et casse les coquillages et choisit chaque morceau un à un, qu'il colle (comme une mosaïque) sur le fond ou sur du carton mâché préalablement formé quand celui-ci est presque sec. "Il travaille à plat sur une table, dans son garage. Lors de ce travail à plat, il doit faire confiance à son dessin, car il ne voit jamais son œuvre en face telle que finie il l'accrochera au mur"<ref>François Caradec, Entre miens. D'Alphonse Allais à Boris Vian, Flammarion, 2010.</ref>. Il parvient ainsi à créer ses tableaux en relief, aussi proches de la sculpture que de la peinture. Il faut environ 120 kg de coquillages pour un tableau, et après découpe et tri, il en reste environ 25 kg sur le tableau. Nous n'avons aucune image de l'artiste dans son atelier. Peu de gens y étaient admis. Il travaillait souvent la nuit, des heures durant. Un document écrit de sa main indique : "Toutes ces œuvres (travaux exécutés de 1957 à l'an 2000) sont inédites et en relief. Chaque tableau représente de deux à six mois de travail suivant la grandeur du sujet. Les coquillages utilisés sont tous dans leurs couleurs naturelles et d'origine des côtes bretonnes et pêchés par les chalutiers et côtiers. Pas la moindre couleur de peinture, ils ont reçu en fin de création un vernis ultra marin incolore qui donne aux couleurs leur teinte d'origine (comme dans la mer)."
En 1999, France 3 Bretagne diffuse un reportage capté dans la maison de l'artiste dans le cadre de l'émission Du-mañ Du-se, dans laquelle il explique, en breton, son travail au journaliste Manu Mehu. C'est le seul témoignage enregistré de l'artisteVidéo de l'INA, site web consacré à l'artiste, consulté le 6 janvier 2024..
Réception critique Francis Pierre écrit :
Hommages En 1997, l'écrivain François Caradec présente le travail de Youen Durand. L'article est publié dans son ouvrage posthume Entre miens. D'Alphonse Allais à Boris Vian.
thumb|Plaque du jardin Youen Durand à Lesconil
Les tableaux en coquillages de Youen Durand reposent depuis plus d’une dizaine d’années à la mairie de Plobannalec-Lesconil quand une nouvelle habitante de la commune, Marie-Christine Durand, sans lien de famille avec l'artiste, les découvre avec fascination. « Un coup de foudre artistique » selon ses mots. Grâce à elle, en liaison avec la mairie, est créée en 2013 l’association “Les amis de Youen Durand” pour faire connaître ce véritable trésor. Entourée par les anciens amis de Youen Durand, elle organise les premières expositions à Lesconil des tableaux, avant d’écrire et publier un livre catalogue consacré à l'artiste. Des expositions de tableaux de Youen Durand sont désormais organisées tous les étés à Lesconil ou dans d'autres communes voisines. L'association, qui a pour objectifs en ligne Site des amis de Youen Durand (consulté le )..
Le , un jardin de Lesconil, à proximité de la demeure de Youen Durand, est inauguré en son honneur, à l'occasion des 20 ans de sa disparition. thumb|Détail de la tombe de Youen Durand
Œuvres
Peintures
Les peintures de Youen Durand ne sont pas datées. La Grande Odalisque, d'après Jean-Auguste-Dominique Ingres, mairie de Plobannalec - Lesconil. Échoué, localisation inconnue. Le Port, localisation inconnue. Le Port 2, localisation inconnue. Le Port à marée basse, localisation inconnue. Oiseaux au couchant, localisation inconnue. Bouquet 1, mairie de Plobannalec - Lesconil. Bouquet 2, mairie de Plobannalec - Lesconil. L'Oiselière [?], localisation inconnue. La Bigoudène, localisation inconnue.
Maquettes en coquillages
Caravelle, collection privée. Vaisseau, collection privée. Galère de Malte, collection privée. Carrosse, collection publique, mairie de Plobannalec-Lesconil. Drakkar, collection privée.
Tableaux en coquillages
Collection publique, mairie de Plobannalec-Lesconil. Le Port byzantin, 1981, , restauré en 2015Ouest-France, (en ligne, consulté le ).. Liberté, les chaînes brisées, 1988, 100 x 75 cm Mythologie, Bellerophon monté sur Pégase terrassant la Chimère, 1988, . La Bigoudène, d'après un tableau de l'artiste, 1988, 68 x 79 cm Scène de la vie tropicale, 1990, 80 x 100 cm Les Musiciennes, 1991, 142 x 82 cm La Bretagne paysanne et maritime, sous-titré les travailleurs, 1992, . La Leçon de piano, 1992, . Les Merveilles de la nature, 1994, 80 x 100 cm L'Oiselière, 1997, 75 x 100 cm L'Hallali, 1995, 75 x 100 cm Le Jardin d'enfants, 1995, 130 x 82 cm Mon univers, 1992, 150 x 100 cm Le Berceau, 1998, 80 x 100 cm Le Rêve d'Aurélie, 1999, 80 x 100 cm Si tous les enfants du monde, 2000, 114 x 94 cm Collections privées Ballet aquatique, 1988, 67 x 78 cm Le Charmeur de serpent, 1990, 60 x 75 cm Le Paon, 1990, 60 x 75 cm Le combat des licornes, 1988 Nature morte ou le bouquet, 1988 L'hymne à l'amour, 1989, 132 x 82 cm Le vieux marin et la mouette, 1990 La femme papillon, 1992 1993 Retour de mer, 1992
Expositions 1991-2000 (sauf en 1995) : Plobannalec-Lesconil, « L'art des coquillages » Expositions qui se déroulent du vivant de l'artiste, dans sa maison dans un premier temps, puis à la maison des associations de Lesconil par la suite. Youen Durand n'a jamais souhaité vendre ses œuvres. Un document trouvé dans les papiers de l'artiste présente le décompte précis de visiteurs aux différentes expositions, plus de à chaque fois, avec plus de la première année. Les dons des visiteurs étaient reversés par l'artiste au centre communal d'action social, soit un total d'un peu moins de pour les neuf expositions, entre 1991 et 2000Télégramme de Brest, 29 août 1999, consulté le 3 février 2020 .. 2014 : centre d'art contemporain de l'abbaye d'Auberive, « Mycelium : génie savant, génie brut »José Francisco Abello Vives, Paul Amar, Joaquim Antunes, Joseph-Emmanuel Boudeau, Jean-Michel Chesné, Abbé Bernard Coutant, Youen Durand, Ghislaine, Jean-Luc Giraud, Jeanne Giraud, Joseph Kurhajec, Joël Lorand, Franck Lundangi, Maïthé D, Mister Imagination, Agnès Pataux, Jano Pesset, Raymond Reynaud, Jim Sanders, Ghyslaine et Sylvain Staëlens, Germain Tessier, Catherine Ursin, Jean-Paul Vidal, Serge Vollin, Davor Vrankic. Commissaire d'exposition : Laurent Danchin.. 2015 : Plobannalec-Lesconil, « Coquillages et Debords de plage » ; Rothéneuf, « L'art brut en Bretagne ». 2016 : Laval, « De Bric, De Broc » ; Plobannalec-Lesconil, « Youen Durand, l'art des coquillages ». 2017 : Plobannalec-Lesconil, « Youen Durand invite Mich Mao “Art singulier”» ; Treffiagat, « L'art des coquillages », Paul Amar et Youen Durand. 2018 : Plobannalec-Lesconil, « Youen Durand invite Alexandre Duigou ; “raconte nous les coquillages” ». 2019 : Loctudy, manoir de Kerazan, « L'art des coquillages ». 2020 : Plobannalec-Lesconil, "Youen Durand invite Raymonde Dohin". 2021 : L'Hôpital-Camfrout, salle des expositions, « Youen Durand et la mer », du au ; Plobannalec-Lesconil, « Youen Durand invite Aube Ellëouet », du au ; Guilvinec, à l'Abri Marin, médiathèque, « Youen Durand et la mer », du au . 2022 : Plobannalec-Lesconil (au Sémaphore), Youen Durand invite Marc Morvan (sculpteur) 2023 : La sacristie de la chapelle de Tronoën à Saint-Jean-Trolimon, « Youen Durand à Tronoën » 2024 : Plobannalec-Lesconil (au Sémaphore), Youen Durand invite Henry Kerisit (dessinateur de portraits de bateaux) 2025 : Plobannalec-Lesconil : médiathèque : « La magie des coquillages », du au Plobannalec-Lesconil : Temple des Arts : « Youen Durand invite Fanch Savina : Le peuple des grève » du au
Notes
Références
Annexes Bibliographie François Caradec, Entre miens. D'Alphonse Allais à Boris Vian, Flammarion, 2010. . Edition revue et augmentée en 2022, sous le titre de Youen Durand l'Art des Coquillages. De Bric // De Broc, livret de l'exposition du musée d'Art naïf et d'Arts singuliers de Laval, 2016. Le Chasse-marée, éditorial du numéro 324, Gwendal Jaffry, p. 4 et 5, -. Artension, hors-série n°34, "L’art en Bretagne aujourd’hui", chapitre " Balade singulière, 15 belles adresses, Une dérive sur les chemins de l’art populaire en Bretagne ", Bruno Montpied, p.14 et 15 et pp. 80 et 82, . Cap Caval : la revue du Pays bigouden, n°49, , Le fabuleux trésor de Youen Durand, p. 40 41.
Articles connexes Kitsch Art brut Art naïf
Liens externes
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