Rocket (« Fusée » en anglais) est un lanceur léger américain développé par la société Astra Space basée à Alameda, près de San Francisco (Californie). Cette fusée à deux étages capable de placer une charge utile de en orbite basse est propulsée par des moteurs-fusées à ergols liquides développés en interne brulant un mélange d'oxygène liquide et de kérosène. Ces moteurs présentent la particularité d'être alimentés en ergols par des pompes électriques ce qui permet de simplifier leur conception. Son constructeur souhaite se démarquer de ses concurrents par la rapidité de mise en œuvre et son prix réduit (annoncé à de dollars). La société a été sélectionnée en 2019 par la DARPA (l'agence de recherche de l'Armée américaine), qui souhaite disposer d'un lanceur léger pouvant décoller avec un délai de préavis minimum, depuis n'importe quelle base des États-Unis. Après trois échecs consécutifs en , et , le lanceur réussit son premier vol le . Le , à la suite de plusieurs échecs, la version Rocket 3.0 est annulée.

Historique

Création de la société

vignette|Zone de lancement de Kodiak, d'où furent lancées Rocket 1.0 et 2.0. La société Ventions LLC, bureau d'études et de recherche, est créée en 2005 à Alameda, ville de la banlieue de San Francisco (Californie). Durant 10 ans, elle développe des technologies aérospatiales en partenariat avec l'agence spatiale américaine, la NASA. En elle est rebaptisée Astra Space. Astra Space entame le développement d'un lanceur ultra léger (capacité initiale en orbite basse) conçu selon son constructeur de manière à pouvoir effectuer des lancements à cadence élevée à des couts réduits. L'objectif est de commercialiser le lancement au prix dollars américains, soit trois fois moins que son principal concurrent, le lanceur . La société souhaite abaisser à terme ce prix à 1 million de dollars grâce à une cadence de production élevée. Pour y parvenir, Astra Space pousse au maximum l'intégration verticale du processus de construction (la majorité des composants sont fabriqués par Astra Space) et fait des choix technologiques plus simples que son principal concurrent, . Elle se consacre d'abord à la réalisation d'une pompe électrique d'alimentation en ergols qui doit remplacer la traditionnelle turbopompe équipant la majorité des lanceurs en service. Le modèle développé à haute puissance doit alimenter un moteur-fusée d'une poussée de . La maîtrise de cette technologie permettra de réduire la masse des réservoirs en permettant la suppression du système d'alimentation par pressurisation. La société s'installe dans les murs d'un ancien site de la Marine de guerre américaine utilisé par celle-ci pour tester ses réacteurs d'avion. En 2018, la société dévoile la maquette d'un lanceur léger à deux étages.

Premiers tests : les vols suborbitaux 1.0 et 2.0

Le , Astra Space réalise un vol d'essai de sa première fusée, dénommée Rocket 1.0, depuis la zone de lancement de la base de lancement de Kodiak, en Alaska. Le véhicule décolla en plein brouillard, rendant l'observation du vol très difficile, et l'issue du vol est incertaine. La FAA a indiqué qu'un accident était survenu, ayant empêché la poursuite de la mission dans des conditions nominales, ce 21 secondes après le décollage depuis Kodiak. La fusée Rocket 1.0 est composée d'un premier étage de de diamètre, équipé de cinq moteurs Delphin développés par l'entreprise, fonctionnant grâce à du kérosène et de l'oxygène liquide, et alimentés grâce à une turbopompe électrique. Il semble qu'un deuxième étage ait été ajouté sur ce vol, bien que celui-ci ne fut qu'une maquette, non fonctionnelle. Ce premier, et à ce jour unique, vol de Rocket 1.0 fut commercialisé à un client dont le nom n'a pas été divulgué, faisant également de ce lancement le premier vol commercial à décoller depuis la base de Kodiak. La mission était nommée P120, et malgré l'accident survenu après le décollage, le client se déclarera satisfait du service offert par Astra Space.

Le , soit 4 mois après le lancement de Rocket 1.0, Astra Space réalise un nouveau vol d'essai suborbital, avec une fusée dénommée Rocket 2.0, qui est une version amélioré de la fusée originelle, disposant d'une coiffe plus volumineuse, et étant toujours équipée d'une simple maquette de deuxième étage, non fonctionnelle. Le lancement était, comme pour le premier, financé par un client dont le nom n'a pas été divulgué, et lancé depuis la zone de lancement de la base de Kodiak. Le vol de Rocket 2.0 se soldera par un échec, la fusée n'ayant pas réussi à atteindre l'altitude et l’azimut de 195° visés au décollage. Selon les déclarations de la FAA, les 5 moteurs Delphin du premier étage auraient subi des dysfonctionnements, et des débris du lanceur seraient retombés dans l'enceinte de la base de lancement, sans toutefois faire de blessés.

Sélection du lanceur par l'Armée américaine

vignette|Vue aérienne des nouveaux pas-de-tirs de la base de Kodiak (LP-3B en premier plan)

En , Astra Space est sélectionnée aux côtés de deux autres nouveaux constructeurs de lanceurs, ce parmi plus de 60 candidats, par la DARPA (l'agence de recherche de l'Armée américaine) dans le cadre d'un concours devant permettre à l'agence de disposer d'un lanceur léger pouvant décoller très peu de temps après l'annonce de la charge utile et de sa destination. La même année, Astra Space deviendra la seule entreprise concourant encore pour la DARPA, après que la société Vector ait déclaré faillite, et que Virgin Orbit se soit retirée du « DARPA Launch Challenge ». L'agence s'engage alors à verser tout d'abord de dollars à la société pour la réalisation d'un premier vol orbital, puis 10 millions de dollars pour la réalisation d'un second vol, réalisé dans le cadre du concours. En , la société Astra Space, qui est parvenue à lever de dollars américains de capitaux, emménage dans de nouveaux locaux d'une superficie de plus de situés à quelques centaines de mètres de son ancienne implantation. En octobre de la même année, un complexe de lancement est inauguré sur la base de Kodiak (Alaska), dénommé LP-3B, devant être utilisé pour les lancements de son nouveau lanceur orbital, nouvellement dénommé Rocket 3.0. La société passera toute l'année à développer et construire les systèmes d'intégration, de propulsion d'avionique et d'alimentation de son nouveau lanceur orbital. La société emploie 170 personnes début 2020. La société qui ne faisait jusque là aucune publicité sur son activité, décide d’apparaître au grand jour et crée un site internet, ainsi qu'un compte Twitter, en .

Mise au point du lanceur

Première tentative orbitale (vol 3.0 avril 2020) vignette|La fusée est transportée entièrement assemblée dans un container jusqu'à la base de lancement. vignette|La fusée est extraite de son container à son arrivée à la base de lancement.

Astra Space annonce en début d'année 2020 prévoir le premier vol orbital de son lanceur Rocket 3.0 en , depuis la zone de lancement n°3B de la base de Kodiak, dans le cadre du DARPA Launch Challenge. Cette version de la fusée Rocket dispose d'un premier étage possédant un diamètre plus important que Rocket 1.0 et 2.0, et d'un deuxième étage opérationnel, Rocket 3.0 ayant désormais les capacités d'atteindre l'orbite basse terrestre avec une charge utile d'une centaine de kilogrammes. Les conditions pour remporter le concours de la DARPA sont les suivantes : Effectuer deux lancements séparés dans un intervalle de temps défini, Faire ces vols depuis deux bases ou pas de tirs différents, Court délai entre l'arrivée des charges utiles et le lancement, Jusqu'à deux semaines maximum entre les deux lancements, Pouvoir lancer plusieurs charges utiles en même temps, vers une orbite différente à chaque vol.

À bord de ce premier vol de Rocket 3.0 se trouveront cinq charges utiles appartenant à la DARPA, à savoir trois satellites ARCE-1 de communications, développés par l'université du Sud de la Floride, un satellite militaire dénommé Prometheus, développé par le Laboratoire national de Los Alamos, et un cinquième satellite appartenant à la SOARS, qui est une balise d’identification. Ces satellites visaient une orbite de d'altitude, mais la DARPA a déclaré que le lancement serait un succès même si les charges sont déployées à . La charge utile fut dévoilée à Astra le (30 jours avant la date limite à laquelle le lanceur doit avoir décollé), et le lanceur fut transféré par avion à Kodiak le . L'intégration des charges utiles au lanceur eut lieu le lendemain, la coiffe fut fermée deux jours plus tard, et le lanceur fut transféré sur le pas de tir le .

Après plusieurs reports successifs du lancement à cause de problèmes météorologiques, le compte à rebours final a débuté le en vue du premier vol orbital du lanceur, depuis la zone de lancement 3B de la base de Kodiak. Néanmoins, à 53 secondes du lancement, le compte est stoppé et le lancement reporté, en raison d'un capteur dans le lanceur qui envoyait des informations qui auraient pu indiquer une erreur sur certains composants. Avec ce nouveau délai, Astra perd le concours de la DARPA, tout comme la récompense. Ce vol, dénommé One of Three (« Un sur trois »), aurait dû être suivi de deux autres vols orbitaux, Two of Three (« Deux sur trois ») et Three of Three (« Trois sur trois »), quelques jours après le vol inaugural, depuis d'autres bases de lancement, ce afin de compléter les conditions du concours de la DARPA.

Après plusieurs semaines de réparations, le lanceur a été de nouveau placé sur son pas de tir en avril, mais semble avoir subi une avarie, et il a été rapporté que le véhicule aurait explosé lors d'un essai de remplissage des réservoirs le , toujours sur le site de lancement de Kodiak. Une valve serait restée ouverte lors du vidage des réservoirs du lanceur, entraînant sa destruction.

Le , l'Armée américaine annonce qu'elle paiera Astra Space pour envoyer certains de ses satellites en orbite, afin de soutenir financièrement la compagnie après la crise du Covid-19. La date et l'emplacement exact de ces futurs lancements n'ont pas été communiqués.

vignette|700px|centre|Rocket 3.1 sur le LP-3B depuis Kodiak

Premier vol orbital (vol 3.1 septembre 2020) vignette|upright=1.5|Décollage de Rocket 3.1, le 12 septembre 2020.

Après l'échec de la première tentative, un nouveau véhicule est construit, dénommée Rocket 3.1. Après une mise à feu statique réussie le , le lanceur est préparé pour son premier vol orbital, toujours depuis la zone de lancement n°3B de la base de Kodiak. L'objectif d'Astra est désormais de réaliser trois vols de démonstration, avec pour but d'avoir atteint au moins une fois l'orbite lors du troisième essai. Lors de ce premier vol, Astra souhaite principalement réaliser une poussée nominale du premier étage. Le lanceur, ne concourant plus pour le concours de la DARPA, n'aura aucune charge utile de l'agence à bord, et aucune autre charge utile, Astra ne souhaitant pas risquer le satellite d'une compagnie sur un vol aussi risqué. Le deuxième étage devrait toutefois se placer sur une orbite de autour de la Terre, avec une inclinaison de 86,3°, étage auquel il sera envoyé un signal électrique simulant la séparation d'un hypothétique satellite.

Originellement prévu pour le , le lancement est reporté à plusieurs reprises à la suite de la météo défavorable et de la présence de bateaux dans la zone de lancement.