Le procès Marengo (en néerlandais : ) est un procès aux Pays-Bas qui est tenu au Bunker, un tribunal ultra-sécurisé, à Osdorp, à Amsterdam, du ( pour la partie procédurale) au et au cours duquel 17 accusés sont condamnés pour leur participation à l'organisation criminelle dirigée par Ridouan Taghi, identifiée comme faisant partie de la Mocro Maffia. Ce procès tire son importance du témoignage de Nabil Bakkali, un ancien membre de cette organisation devenu un repenti, ainsi que de l'exploitation de messages Pretty Good Privacy déchiffrés issus des réseaux de communication EncroChat et Sky ECC.

Ridouan Taghi et Saïd Razzouki, figures centrales de cette affaire, sont arrêtés en à Dubaï et en à Medellín, respectivement, grâce aux efforts des services spéciaux néerlandais, marocains et émiratis, du FBI, de la DEA et d'Interpol. Ils sont extradés et placés en détention aux Pays-Bas. D'autres figures comme les frères Mao et Mario Romo et Mohamed Melha sont respectivement arrêtés à Paramaribo, en Suriname et à Tétouan au Maroc.

Le procès Marengo se concentre sur les accusations portées contre les prévenus, suspectés d'être membres d'une organisation criminelle responsable de six homicides et quatre tentatives d'homicide aux Pays-Bas entre 2015 et 2017. Ces événements font de ce procès l'un des plus significatifs du système judiciaire néerlandais. D'autres homicides, également à l'étranger, notamment en Espagne et au Maroc, sont actuellement en cours d'enquêtes internationales, mais n'entrent pas dans le cadre du procès Marengo qui prend fin en .

L'ouverture de la phase de jugement sur le fond, le , constitue un moment crucial dans l'avancement du procès Marengo. Ce procès a capté l'attention à l'échelle européenne, non seulement en raison de son importance judiciaire mais également pour les mesures de sécurité exceptionnelles mises en place : convois sécurisés transportant les participants au tribunal dans des véhicules blindés, accompagnés d'hélicoptères et de drones de surveillance assurant la sécurité aérienne au-dessus du tribunal. De plus, le déploiement de personnels des Forces armées néerlandaises aux abords du tribunal, l'anonymat préservé des officiers, juges et magistrats grâce à des masques, les fenêtres du tribunal renforcées par des vitrages blindés, ainsi que l'interdiction stricte de filmer ou de prendre des photographies pendant les audiences.

Le renforcement de sécurité s'explique par une réponse à une série d'attaques ciblées, marquées par une attaque au lance-roquette contre les locaux du média Panorama, l'attentat contre De Telegraaf, ainsi que les assassinats de plusieurs figures-clés liées directement ou indirectement au procès : Martin Kok (ancien criminel devenu chroniqueur), Reduan Bakkali (frère du témoin à charge), Derk Wiersum (l'avocat du témoin) et Peter R. de Vries (journaliste).

Étymologie Le terme 'Marengo' est un nom choisi au hasard par l'ordinateur, Marengo est un tissu textile. Auparavant, les enquêteurs donnaient des noms de code aux enquêtes, ce qui pouvait donner lieu à des incompréhensions ou des procès. Par exemple une affaire de blanchiment d'argent avait pour nom de code 13OMO, un homonyme de la lessive OMO.

Contexte

Depuis le , les activités criminelles attribuées à des organisations mafieuses ont été documentées, mais souvent sous-estimées ou niées par certaines autorités. Cette situation s'explique par plusieurs stratégies déployées par ces organisations pour se protéger des enquêtes, incluant la corruption d'individus influents, l'élimination de membres divulguant des informations internes, ainsi que l'intimidation ou l'assassinat de ceux pouvant représenter une menace, tels que juges, avocats, témoins ou politiciens.

Au cours de la première décennie des années 2000, l'intensification du trafic de drogue aux Pays-Bas a marqué une période de conflits significatifs au sein du crime organisé, avec une implication notable de réseaux criminels d'origine marocaine. Ces groupes ont profité des infrastructures portuaires d'Anvers et de Rotterdam pour leurs opérations. La confrontation entre les organisations dirigées respectivement par Gwenette Martha et Benaouf Adaoui a été particulièrement violente, culminant à Amsterdam avec un bilan humain très lourd. La complexité des réseaux criminels, renforcée par des alliances internationales, a posé d'importants défis aux autorités néerlandaises, malgré une pression publique croissante pour des mesures répressives plus efficaces.

Parmi les figures notoires de cette époque, Ridouan Taghi et Saïd Razzouki sont souvent mentionnés pour leur rôle dans ces dynamiques conflictuelles, principalement depuis Utrecht. Leur association présumée avec le club de motards Caloh Wagoh, dont certains membres surinamiens étaient liés à Gwenette Martha, souligne la complexité des réseaux d'alliances. Toutefois, les preuves directes liant Taghi et ces figures entre 2012 et 2016 restent limitées selon les autorités judiciaires. Des informations supplémentaires, issues de sources spécialisées en criminologie aux Pays-Bas, suggèrent que des individus précédemment affiliés à l'organisation de Martha, et par la suite à Rico Le Chilien, auraient poursuivi leurs activités criminelles en tant que tueurs à gages pour le compte de l'organisation de Taghi, notamment après l'assassinat de Martha.

Le cas de Nabil Bakkali illustre la violence interne au sein de ces organisations. Après avoir tué par erreur Hakim Changachi (neveu de Mimoun Chengachi) en , Bakkali se rend à la police'Kroongetuige Nabil B. zegt contract met justitie op', rtlnieuws.nl, 11 september 2019.. La révélation publique de son témoignage entraîne l'assassinat de son frère, non impliqué dans le crime organisé. L'assassinat subséquent de son avocat, Derk Wiersum, souligne le haut niveau de risque pour ceux qui s'opposent à ces réseaux. En , face à la menace persistante sur sa famille, Bakkali met fin à sa coopération avec la justice néerlandaise, et l'identité de son nouvel avocat reste secrète par mesure de sécurité.

Suspects

Le principal suspect, Ridouan Taghi, considéré comme étant le commanditaire de l'organisation, est arrêté le à Dubaï. Trois jours plus tard, il est transféré dans la prison de haute-sécurisée de Vught. Son bras droit, Saïd Razzouki d'Utrecht est arrêté le à Medellin. Une récompense de 100.000 euros est promise par le Ministère public des Pays-Bas à la personne qui livrera des informations à la police néerlandaise, menant à l'arrestation de l'un des deux criminels. Quatorze autres suspects sont actuellement en détention.

Le tribunal et les accusés La séance d'introduction du procès ont lieu le et le . Lors des procès, les avocats sont contraints de rester anonyme avec le visage masqué, afin de ne pas être reconnus par les accusés. Les journalistes, les caméras et le public sont interdits d'entrer dans le tribunal. Le journaliste Mick van Wely déclare qu'il s'agit de l'un des plus grands procès que les Pays-Bas aient connu.

Le , le juge (anonyme pour des raisons de sécurité) prononce le jugement des 17 accusés dont trois peines d'emprisonnements à vie.

NomNationalité(s)ArrestationCondamnationAvocat(s)RéfArthur M. Paul2 janvier 2017 à Landsmeer15 ans et 3 moisShirley SprinterMohamed Melha6 juin 2017 à Tétouan19 ans et 3 moisChristian Flokstra.Nabil Bakkali14 janvier 2017 à Utrecht10 ansDerk Wiersum (2017-2019)Peter Schouten (2019-2023)Onno de Jong (2019-2023)Onno de Jong (depuis 2023).Achraf Bekkay11 juillet 2018 à Marrakech29 ans et 2 moisGuy Weski.Zakaria Amhitte13 novembre 2018 à Utrecht9 ans et 6 moisJan-Hein Kuijpers.Zaki Razzouki16 novembre 2018 à Utrecht5 ans et 8 moisYassine Bouchikhi.Mohamed Razzouki19 décembre 2018 à Utrecht27 ansChristian Flokstra (2018-2024)Nico Meijering (2018-2024)Mark Dunsbergen (depuis 2024)Robert van 't Land (depuis 2024).Baghdad El Harrachi6 février 2019 à Utrecht8 ans et 7 moisRuud van Boom.Charif El Aissaoui6 février 2019 à Utrecht3 ans et 8 moisPeter Plasman.Mohammed El Aissaoui9 avril 2019 à Utrecht13 ans et 7 moisMarcel Heuvelmans.Zakaria El Hamdani2 mai 2019 à Utrecht23 ans et 4 moisJurriaan de Vries.Ricardo Oadi5 mai 2019 à Amsterdam1 ans et 8 moisMax den BlankenMao Romo27 mai 2019 à Paramaribo15 ans et 8 moisInez Weski (2019-2023)Susanne Boersma (depuis 2023)Mario Romo27 mai 2019 à ParamariboCondamné à perpétuitéInez Weski (2019-2023)Susanne Boersma (depuis 2023)Walid Messoudi25 novembre 2019 à Utrecht6 ans et 6 moisC. van Oort.Ridouan Taghi16 décembre 2019 à DubaïCondamné à perpétuitéInez Weski (2019-2023)Susanne Boersma (2019-2023)Laura Versluis (2019-2023)Youssef Taghi (2021)Michael Ruperti (2023)Arthur van der Biezen (2023)Sjoerd van Berge Henegouwen (2023)Vito Shukrula (2024-2025).Saïd Razzouki7 février 2020 à MedellinCondamné à perpétuitéChristian Flokstra (2020-2021)Nico Meijering (2020-2021)Robert van ’t Land (depuis 2021)Mark Dunsbergen (depuis 2021).

Mesures de sécurité renforcées Le procès Marengo est l'un des procès les plus sécurisés et médiatisés de l'histoire judiciaire néerlandaise. La sécurité autour de ce procès est extrêmement stricte en raison de la nature grave des crimes impliqués, y compris des assassinats, du trafic de drogues, et de la participation à une organisation criminelle, ainsi que des tentatives d'intimidation et d'assassinats de personnes liées au procès, y compris un avocat, un frère de témoin clé, et un journaliste réputé. Au début, lors des premières audiences, il est strictement interdit d'assister aux audiences au sein du siège public. Voici quelques aspects saillants concernant la sécurité lors de ce procès :

redresse|vignette|droite|Fleurs à la Place du Dam, Amsterdam après le meurtre de Peter R. de Vries. Le texte dit : "Attaque contre la liberté de la presse ? Non, une attaque contre son implication dans le procès Marengo !".

Lieu de procès spécifique : Le procès se tient dans une salle d'audience fortement sécurisée du complexe judiciaire d'Osdorp, spécialement conçu pour accueillir des procès nécessitant des niveaux de sécurité élevés. Ce choix montre l'importance accordée à la protection des participants au procès.

Protection des participants : Les juges, les avocats, les témoins et les procureurs bénéficient de mesures de sécurité renforcées, à la fois dans leur vie professionnelle et personnelle. Après l'assassinat de Derk Wiersum, l'avocat du témoin clé Nabil Bakkali, en , et de Peter R. de Vries en , les mesures de sécurité ont été encore intensifiées.

Anonymat des juges : Pour des raisons de sécurité, l'identité des juges peut être tenue secrète afin de les protéger contre d'éventuelles représailles.

Témoin clé sous protection : Nabil Bakkali, le témoin clé du procès, bénéficie d'un programme de protection en raison des risques élevés de représailles. Sa décision de coopérer avec la justice a entraîné des actes de violence contre sa famille et ses proches.

Conséquences et défis Impact sur le système judiciaire : La nécessité de telles mesures de sécurité souligne les défis auxquels le système judiciaire néerlandais est confronté face au crime organisé. Elle met en lumière la tension entre la nécessité d'assurer la sécurité et le maintien de la transparence et de l'ouverture du processus judiciaire.

Dialogue sur la sécurité et la justice : Les assassinats liés au procès Marengo ont provoqué un débat national sur la capacité du gouvernement à protéger les citoyens impliqués dans des procès de haute importance et sur la nécessité de renforcer les lois et les mesures de sécurité.

Transport des suspects entre la prison et le tribunal