Le Torcol fourmilier (Jynx torquilla) est une espèce d'Oiseaux de la famille des pics (Picidae). Il se distingue en leur sein par son plumage très cryptique qui le fait ressembler à une feuille morte et par son bec relativement court, qui le rend incapable de creuser lui-même son nid. C'est également le seul pic de l'Ancien Monde à pouvoir être vraiment migrateur.

Comme son nom vernaculaire le suggère, il se nourrit principalement de fourmis, à tous leurs stades de développement, à l'instar de tous les représentants de la famille des Picidae. Plus secondairement, il peut attraper de petits invertébrés : pucerons, petits coléoptères, chenilles et araignées. De manière opportuniste, il peut également se nourrir de baies. Il chasse essentiellement au sol, en utilisant sa longue langue poisseuse pour collecter sa nourriture. Il attrape également les invertébrés sur ou sous l'écorce des arbres et fouille les murs, pavés et cailloux.

Les deux sexes concourent au choix du nid : une cavité d'arbre naturelle, une ancienne loge de pics, voire un terrier abandonné de Martin-pêcheur d'Europe ou d'Hirondelle de rivage. Il adopte également volontiers les nichoirs. La saison de reproduction commence à la mi-mai en Europe et s'étend de mai à juin au Cachemire. La ponte compte six à douze œufs, qui éclosent après douze à quatorze jours d'incubation par les deux parents. Les jeunes s'envolent entre après l'éclosion.

Le Torcol fourmilier est capable d'étirer et tendre son cou à plus de 180°, ce qui lui vaut son nom de « torcol » ou « torcou ». Il adopte cette posture pendant les parades nuptiales ou lorsqu'il est dérangé. Dans ce cas, il émet également des sifflements comme ceux d'un serpent. Ce comportement curieux explique son utilisation dans l'Antiquité dans des pratiques magiques.

Selon la population, les Torcols fourmiliers sont migrateurs sur courte ou longue distance, voire sédentaires : les oiseaux européens hivernent en Afrique subsaharienne et les populations d'Asie centrale se rendent en Inde et en Asie du Sud-Est. Une partie des oiseaux de la sous-espèce nominale hivernent dans le pourtour méditerranéen, tandis que les représentants des sous-espèces tschusii et mauretanica se contentent d'alterner entre hautes et basses altitudes.

En Europe, seule zone où son écologie est bien connue, le Torcol fourmilier connaît un lent déclin depuis le milieu du , plus marqué au , tant pour ses effectifs que pour son aire de répartition. Il a ainsi disparu de Grande-Bretagne, du nord de la France et de régions entières en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Cette contraction a été attribuée à plusieurs facteurs, comme le changement climatique, qui accroît les précipitations pendant sa saison de reproduction, la perte d'habitat et l'intensification des pratiques agricoles. Toutefois, l'importance de ses effectifs mondiaux, leur vaste distribution et leur déclin qui reste dans l'ensemble modéré entraînent son classement en espèce de préoccupation mineure par l'Union internationale pour la conservation de la nature.

Noms et étymologie vignette|alt=Oiseau dans les tons brun clair tenu en main lors d'une opération de baguage. Il redresse son cou à 90° par rapport à son corps, le bec pointé vers le ciel.|Ce jeune torcol en situation de stress se tord le cou, origine de son nom dans la plupart des pays de son aire de répartition.

Le nom scientifique du Torcol fourmilier, Jynx torquilla, lui a été attribué par Carl von Linné lors de sa description formelle de l'espèce en . Il se décompose en jynx, du grec ancien qui désigne déjà cette espèce, et torquilla, du pseudo-latin, qui fait référence à sa façon de tordre (en latin torquere) le cou comme un serpent quand il est dérangé. Cette habitude singulière est aussi à l'origine de son nom vernaculaire dans plusieurs langues de son aire de répartition : en allemand, en anglais, en catalan, en espagnol, torcol ou torcou en français, en italien, en roumain, par exemple.. La flexibilité particulière du torcol a débouché sur un sens figuré en Allemagne, peu après la réunification : un était un individu capable de retourner sa veste..

Son nom en français, Torcol fourmilier, fait également référence à son régime alimentaire essentiellement composé de fourmis. Ce trait se retrouve dans plusieurs de ses noms vernaculaires régionaux signifiant littéralement « chasseur/mangeur de fourmis » : dans le Somerset, dans la province de Valence et dans les îles Baléares, en Sardaigne, etc..

Le Torcol fourmilier est associé aux serpents depuis l'Antiquité : Aristote écrit dans son Histoire des animaux que sa langue Partout dans son aire de répartition, des noms dialectaux ou anciens l'appellent « oiseau serpent », « oiseau vipère », « langue de serpent », etc. : en Angleterre, ou en Autriche, en Finlande, en Hongrie, etc..

Plusieurs noms populaires en Europe relient le Torcol fourmilier au Coucou gris : c'est le messager ou le domestique du coucou (, etc.) en Angleterre, le « petit coucou » () en Bohême ou encore la « servante du coucou » () en Finlande. La raison de cette association n'est pas totalement claire ; elle tient peut-être à ce que le Torcol fourmilier rentre de migration peu avant le Coucou gris..

Comme tous les pics européens, le Torcol fourmilier est associé au temps qu'il fait. Son chant est réputé annoncer l'arrivée de la pluie dans plusieurs régions d'Autriche et dans les Asturies. En Styrie, c'est l'oiseau neigeur (). En Suisse, il annonce au contraire la fin de l'hiver. En Estonie et en Finlande, il promet un temps sec. En Angleterre, l'un de ses noms populaires est l'« oiseau d'orge » (), sans doute parce que son arrivée coïncide avec la période où l'on sème cette céréale. De même, en Suède, on l'appelle le faucon, le coucou ou le moineau du grain ()..

Description Apparence vignette|alt=Oiseau cherchant sa nourriture dans une pelouse avec des violettes. Il est vu en plongée et de dos. Son dessus est gris, avec une barre longitudinale brune dans le dos, et un motif brun écailleux dans le bas du dos.|Le dos du Torcol est marqué par une bande centrale brun foncé. Dordogne, France.

Le Torcol fourmilier présente une silhouette atypique pour un pic.. Son corps est plutôt mince et allongé. Les ailes sont larges et légèrement pointues. Le bec s'amincit régulièrement jusqu'à la pointe. La queue est longue, à bout carré, mais souvent tenue légèrement en éventail..

En outre il arbore un plumage complexe et cryptique, c'est-à-dire qui se confond facilement avec son environnement : son dessus, de la calotte à la queue, est gris à brun en passant par le roux, ce qui le rend difficile à distinguer quand il est posé sur l'écorce d'un arbre, et ce même s'il passe le plus clair de son temps au sol.. Son ventre est beige avec de petites barres noires. Son dos est marqué par une bande centrale brun foncé qui va de la nuque à la queue. La queue est courte et assez peu rigide. La tête est relativement petite. L'œil est souligné par un trait roux. Le bec, gris, est plus court et pointu que celui des autres pics, ce qui ne lui permet pas de creuser des cavités dans les arbres pour nicher. Les pattes, de couleur brun-gris, sont courtes.

Le dimorphisme sexuel est très léger chez cette espèce : sur le terrain, il est pratiquement impossible de différencier mâle et femelle. En période de reproduction, le mâle tend à arborer des couleurs plus vives que la femelle, mais la différence n'est souvent perceptible que lorsque mâle et femelle sont côte à côte et elle n'apparaît pas chez tous les couples..

Les Torcols fourmiliers juvéniles ressemblent beaucoup aux adultes, mais avec des couleurs plus ternes. Les jeunes de premier hiver et dans leur deuxième année calendaire ont un iris gris, qui devient marron avec l'âge.

Dimensions Longueur (de l'extrémité de la queue à la pointe du bec) : . Longueur de la queue : Longueur de l'aile : Envergure : Longueur du bec : Poids : très variable, en migration, hors migration.

Communication

Son chant consiste en une série rapide de notes nasales et perçantes, ressemblant à tien-tien-tien-tien. ou .. Il est émis essentiellement d'avril à juin, quand les Torcols fourmiliers rentrent de migration et qu'ils doivent délimiter leur territoire. Les deux sexes chantent, sur des tonalités et des rythmes différents. Puissant et facile à entendre, le chant facilite l'observation de l'espèce, très discrète le reste du temps. Il peut toutefois être confondu avec des cris de rapaces, notamment l'Épervier d'Europe et le Faucon hobereau..

Le Torcol fourmilier émet également des cris pour communiquer avec un congénère ou quand il est excité. Il s'agit alors de séries courtes de notes râpeuses ou comme éternuées. Rarement entendus, ils portent par ailleurs assez peu.

Vol

Le Torcol fourmilier n'a pas le vol ondulé caractéristique des autres pics. Son vol est rapide et direct, souvent court et assez bas.. En vol, il n'a pas non plus la silhouette des autres pics, mais ressemble plutôt à une grande fauvette avec un long cou et une longue queue, en particulier à une Fauvette épervière (Curruca nisoria), avec laquelle il peut facilement être confondu.

Confusions possibles Le plumage du Torcol fourmilier est souvent décrit comme ressemblant à celui de l'Engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus), mais la différence de taille empêche la confusion. Dans sa zone de reproduction, en Europe, il ne peut guère se confondre qu'avec des passereaux, comme une femelle ou un juvénile de Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) ou de Fauvette épervière (Curruca nisoria). En Afrique, son aire d'hivernage recoupe l'aire de répartition de son proche parent, le Torcol à gorge rousse, notamment en Éthiopie. Contrairement à ce dernier, le Torcol fourmilier n'arbore pas de couleur rousse..

Comportement Alimentation vignette|alt=Oiseau dans les tons bruns perché sur un nichoir en bois cloué sur un arbre. Il a le bec plein d'œufs de fourmis. Le trou d'entrée du nichoir est abîmé, sans doute attaqué par un autre pic.|Torcol fourmilier posé sur un nichoir, le bec plein d'œufs de fourmis. Comme son nom l'indique, et comme tous les pics (Picidae), le Torcol fourmilier se nourrit principalement de fourmis terrestres, à tous leurs stades de développement : œufs, larves, pupes et imago.. Dans une étude menée en Suisse, des pièges photographiques ont révélé que 95 % de la nourriture apportée par les adultes à leurs jeunes était composée de fourmis..

Le torcol consomme essentiellement les espèces des genres Lasius et Tetramorium en Europe, et celles des genres Crematogaster et Camponotus dans ses terres d'hivernage. En Algérie, des fientes collectées en hiver contenaient majoritairement Tapinoma nigerrimum.. À Hokkaidō, l'analyse de fientes et de pelotes de réjection montre une prédominance de ..

Le Torcol fourmilier peut aussi consommer d'autres invertébrés, mais plutôt de manière opportuniste, en particulier quand sa proie principale fait défaut : pucerons, mouches, petits scarabées, cloportes, chenilles, orthoptères, tipules, éphémères, papillons et araignées..

Plus rarement, il peut exploiter d'autres sources de nourriture. Il a été vu apportant à ses jeunes des escargots, des limaces (Limacus flavus) et même des têtards de Grenouille rousse (Rana temporaria). Très occasionnellement, il peut se nourrir de graines et de baies, notamment de sureau et d'airelles. En revanche, il ne semble pas consommer de fruits, bien qu'il aime à nicher dans les vieux vergers.. Une observation exceptionnelle dans les Sundarbans, entre l'Inde et le Bangladesh, porte sur un Torcol fourmilier mangeant un cadavre décapité d'oiseau..