Liliʻuokalani, née Liliʻu Loloku Walania Kamakaʻeha le à Honolulu, et morte le dans la même ville, est la huitième reine du royaume d'Hawaï, dernière souveraine du pays de à , avant le renversement de la monarchie par une coalition soutenue par les États-Unis. Malgré la brièveté de son règne, cette souveraine qui a défendu la monarchie ainsi que le peuple a marqué les esprits et la communauté hawaïenne. La reine est obligée d'abdiquer à la suite d'un coup d'État provoqué par les parlementaires progressistes de l'île, qui souhaitent abolir la monarchie et l'annexer aux États-Unis.
Dès le plus jeune âge, elle apparaît comme une héritière potentielle pour le trône. Lili'uokalani est la sœur du futur roi Kalakaua, et la cousine des rois d'Hawaï Kamehameha IV, Kamehameha V et Lunalilo. À l'âge de quatre ans, elle est envoyée à l'école royale pour y apprendre l'anglais. Lili'uokalani passe son adolescence dans l'hôtel Arlington, la résidence de M. et Bishop. Par la suite, elle est placée sous la responsabilité de cette dernière et de son époux. Lors de l'accession au trône de Kamehameha V, le dernier monarque hawaïen de la Maison de Kamehameha, le mari de Lili'uokalani, Dominis, est nommé secrétaire privé et conseiller confidentiel durant dix ans.
Le , la princesse Lili'uokalani est proclamée héritière présomptive au trône par son frère. Elle est régente du royaume de fin 1880 au , le temps du tour du monde du roi. Kalakaua tombe dans le coma le et meurt deux jours plus tard. La nouvelle de la mort du roi ne parvient à Hawaii que le , c'est ainsi que Lili'uokalani devient reine.
Lili'uokalani prend plusieurs décisions qui vont causer sa perte. Il s'agit notamment de sa volonté de remettre en place une nouvelle constitution qui rétablit les pleins pouvoirs au souverain, qui ont été largement affaiblis par une constitution mise en place sous le règne de son frère. Avec cette nouvelle constitution, Lili'uokalani agit comme une réelle protectrice de son peuple. Les parlementaires progressistes et les pro-Américains étant contre ce rétablissement des pouvoirs, font tout pour l'éviter, ils s'allient à la puissance américaine et mettent en place une action afin de défaire la reine de son trône.
L'archipel regroupe deux idéologies distinctes : l'une favorable à la monarchie et au rétablissement des pouvoirs à la souveraine, et l'autre, défavorable et réformiste, qui organise la chute de la monarchie clandestinement. La reine prend deux autres mesures qui vont lui faire du tort. La première concerne la création d'une loterie nationale, la deuxième étant la mise en place de licence pour contrôler le commerce de l'opium. Débute alors une agitation du côté des progressistes, le ministre américain ordonne le débarquement des troupes des États-Unis dans l'archipel afin de reprendre le contrôle en .
En parallèle de cette opération, s'organise la mise en place d'un gouvernement provisoire. Le , un communiqué fait savoir que la reine est déposée et la monarchie abolie. Le gouvernement provisoire est établi et il est dirigé par Sanford Ballard Dole. Lili'uokalani ne s'avoue pas complètement vaincue, elle voit ses espoirs renaître lorsque Grover Cleveland est investi président des États-Unis. Il donne d'abord son soutien à la reine tout en cherchant à établir les circonstances du coup d'État à Hawaï. Il laisse supposer que la reine pourra récupérer son trône si elle amnistie les différents acteurs du coup d'État. Par la suite, il retire son soutien à la reine. Le , la République d'Hawaï est proclamée.
Accusée de haute trahison envers la République en place, Lili'uokalani purge alors une peine de prison au sein du palais ʻIolani dès 1895, où elle passe huit à neuf mois écartée de la vie politique d'Hawaï. Lors de sa libération définitive en , l'ancienne reine se rend à Washington, D.C., aux États-Unis, où elle tentera de lutter contre l'annexion de son territoire, et de retrouver les biens de sa Couronne, mais en vain. Hawaï est finalement annexé en , et officiellement reconnu comme territoire américain en 1900.
La fin de sa vie est marquée par diverses retraites au cours desquelles Lili'uokalani s’attelle à la littérature par la réalisation de quelque traditionnels hawaïens, mais également à la prise en charge du peuple autochtone, notamment des enfants démunis par le biais d'une fondation créée en 1909.
Perçue comme une figure féminine de pouvoir, Lili'uokalani meurt le à Hawaï d'un accident vasculaire cérébral. Sa mémoire est célébrée par le biais de monuments historiques, de parcs, de commémorations. Ses chansons résonnent encore de nos jours ; notamment son titre Aloha ʻOe devenu hymne national hawaïen, qui fait désormais l'objet de diverses reprises musicales ou filmographiques.
De l'enfance à l'arrivée sur le trône Enfance vignette|upright|Lydia Kamakaʻeha Pākī au début des années 1850.|alt=|gauche Liliʻuokalani nait le à Honolulu de Kapaakea et Keohokaola, sa mère étant alors l'une des conseillères du roi Kamehameha III qui en 1840 a donné au peuple hawaïen sa . Sa famille appartient à la haute noblesse hawaïenne, et entretient des relations avec la maison régnante des , partageant une ascendance commune avec le monarque du .
Elle et ses frères et sœurs sont élevés selon la coutume hawaïenne du hānai. Peu après sa naissance, Liliʻuokalani est éduquée par Pākī, un grand chef, et son épouse Kōnia. Pendant cette même période, elle se rapproche de l'une de ses cousines, Bernice Pauahi. Liliʻuokalani est baptisée par le révérend Levi Chamberlin et reçoit le prénom de Lydia durant son enfance.
En 1842, à l'âge de quatre ans, Liliʻuokalani est envoyée à l'école royale fondée et dirigée par , qui est assisté de son épouse, pour y apprendre l'anglais notamment. Dans le pensionnat de l'institution on trouve alors cinq futurs dirigeants hawaïens qui sont également des cousins de Liliʻuokalani dont Kamehameha IV, Kamehameha V et Lunalilo, ainsi que son frère Kalakaua et elle-même. Au sein de cette école, tous les élèves sont des jeunes reconnus comme éligibles au trône de Hawaï. Les enfants y apprennent la lecture, la calligraphie, l'arithmétique, la géométrie, l'algèbre, la physique, la géographie, l'histoire, la comptabilité, le chant et la composition anglaise par le couple de missionnaires Cook. Liliʻuokalani vit toute son enfance avec la jeune Victoria Kamāmalu, la sœur des futurs rois Kamehameha IV et Kamehameha V.
Liliʻuokalani passe son adolescence dans l'hôtel Arlington, la résidence des époux Bishop (Bernice Pauahi), où le roi Kamehameha IV et son épouse sont souvent reçus. C'est durant ces années qu'elle se rapproche de celui qui va être plus tard son mari, John Owen Dominis, élève à l'école voisine à la sienne.
En , Liliʻuokalani accompagne Konia, dont la santé est déjà défaillante, sur l'île d'Hawaï pour tenter de la guérir. Après quelques mois passés dans cette île, elles partent pour Lahaina. Ensuite, Liliʻuokalani retourne à Honolulu à la demande de son frère, qui s'était fiancé à Victoria Kamāmalu. Mais quelques jours après l'arrivée en ville de Lili'uokalani, les fiançailles sont rompues car Victoria, qui n'avait pas donné de nouvelles durant quinze jours à la suite de son départ pour Wailua, avait finalement renoncé au mariage.
En , Konia retrouve Liliʻuokalani à Honolulu et décède peu après, le , des suites de sa maladie. Liliʻuokalani est donc placée sous la responsabilité de sa cousine, Bernice Pauahi, et de son époux.
Cour et vie conjugale vignette|Liliuokalani par J.J Williams.|255x255px En 1857, Liliʻuokalani passe sous la tutelle des Bishop. Elle devient une jeune de l'élite sociale, sous le règne de Kamehameha IV. Liliʻuokalani est considérée comme une amie proche de la nouvelle reine Emma, la femme de Kamehameha IV, ce qu'on peut voir quand elle sert de demoiselle d'honneur lors du mariage royal.
En 1855, Liliʻuokalani est fiancée depuis deux ans à John Owen Dominis, un membre du personnel originaire d'Amérique, ils ont l'intention de se marier le . Ce mariage est retardé par le décès du prince Albert Kamehameha, fils de Kamehameha IV et de la reine Emma. Ce mariage a finalement lieu le , à Haleʻākala, la résidence des Bishop. Il est ensuite célébré à la résidence de M. et Bishop à l'hôtel Arlington. C'est dans cet hôtel que vivent tous les grands nobles et les résidents étrangers. Selon les mémoires de Liliʻuokalani, elle et John Dominis se connaissaient depuis l'enfance. Ses demoiselles d'honneur, Elizabeth Kekaʻaniau et Martha Swinton, sont ses anciennes camarades de classe. Le roi Kamehameha IV et d'autres membres de la famille royale sont des invités d'honneur. Le couple s'installe alors à Washington Place, dans la résidence d'Honolulu des Dominis.
Peu de temps après son mariage, la reine et son mari sont invités par le prince Lot à l'accompagner pour un voyage à Hawaii, la plus grande île du groupe. Ce voyage compte parmi les plus grands noms : M. et Summer, M. et Davis, des amis du personnel de la famille royale.
Après son mariage, elle conserve son poste au sein du tribunal de Kamehameha IV, puis de son frère et successeur, Kamehameha V. Lors de l'accession au trône de Kamehameha V, le mari de Liliʻuokalani est nommé secrétaire privé et conseiller confidentiel durant dix ans. Il est également nommé gouverneur d'Ohau, l'île sur laquelle se trouve Honolulu, et le restera jusqu'à la mort du roi. Les mémoires de Liliʻuokalani permettent de savoir qu'il a également été gouverneur de l'île de Jnlaui, commissaire de l'administration des terres de la Couronne et enfin membre de l'ambassade de Hawaï. Le couple n’a pas d’enfant, mais Liliʻuokalani adopte trois enfants :
Lydia Aholo (1878-1979), fille du ministre de l’Intérieur et vice-président de l’assemblée législative, Luther Aholo. Joseph Kaiponohea (1882-1914), fils de membres de l’entourage de Liliʻuokalani. John Aimoku (1883-1917), fils illégitime de Dominis et d’une de ses maîtresses, que la reine décide d’adopter. L’adoption d’enfants se fait en respectant la tradition hawaïenne, et ces derniers, n’étant pas des membres de sang de la famille royale, n’ont pas de droits au trône.
Accession au trône de son frère vignette|Kalakaua, frère de Liliʻuokalani.|alt=|gauche|225x225pxÀ la mort du roi Lunalilo sans descendance, cela signe la fin de la dynastie des Kamehameha. Hawaï bascule dès lors dans une période de conflits pour la succession du trône, avec deux candidats potentiels : la reine Emma et le prince David Kalakaua, le frère de Liliʻuokalani. Celui-ci est désigné le . Ce jour-là, une émeute éclate menée par les partisans de la reine Emma. Malgré quelques tensions au début de son règne, Kalakaua est très populaire, notamment par la reconnaissance des traditions hawaïennes, par son traité de réciprocité entre le royaume de Hawaï et les États-Unis. Durant son règne il tente de valoriser et mettre en avant l'institution monarchique. Au cours de son règne, il donne le pouvoir de gouverner à un cabinet composé de membres non hawaïens.