Les sites archéologiques lyonnais sont les lieux de la ville de Lyon où des vestiges du passé antique ont été découverts et des lieux où les chercheurs supposent qu'il existait autrefois des monuments aujourd'hui disparus.

Depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, érudits, savants puis chercheurs spécialisés ont mis au jour des restes des temps reculés de la ville, les ont recueillis et analysés pour en comprendre la nature, l'origine et reconstituer le passé de la cité. Plusieurs monuments de grande importance ont été découverts et dégagés aux .

Ces lieux sont inégalement répartis sur la région lyonnaise avec des sites particulièrement riches tels Fourvière, Vaise et le Vieux Lyon et d'autres plus modestes tels La Croix-Rousse et la Presqu'île. Enfin, les chercheurs, à partir de données fragmentaires, épigraphiques ou littéraires, s'interrogent sur des structures non encore découvertes : forum, cirque ou remparts.

Ces nombreuses découvertes ont permis de reconstituer l'évolution topographique de Lyon sous l'Antiquité, depuis les origines pré-romaines jusqu'au .

Les sites archéologiques, très nombreux et fouillés par des professionnels depuis la création de l'atelier municipal des fouilles en 1933 sont classés géographiquement.

La richesse des découvertes a permis aux chercheurs de réaliser des synthèses de plusieurs structures urbaines qui caractérisent la ville lyonnaise antique : l'habitat, la production artisanale de poterie, la gestion de l'eau, l'enceinte.

Historique des fouilles et découvertes

Disparition des monuments antiques au Moyen Âge Au Moyen Âge, la plupart des monuments de la cité antique sont détruits ou ont disparu sous la végétation. Beaucoup d'éléments sont réutilisés pour les constructions de la ville médiévale, et le calcaire bâti est brisé pour être transformé dans des fours à chaux. Au , peu de vestiges restent visibles ; quelques tombeaux, dont le tombeau dit des « Deux-Amants », des arcades à Fourvière et sur la Croix-Rousse, des pans de murs et des piles d'aqueducs. De nombreux blocs de pierre réemployés dans le bâti présentent comportent des textes épigraphiques visibles ou cachés (pont de la Guilotière, cathédrale Saint-Jean). D'autres constructions nouvellement bâties utilisent des substructions antiques comme fondation de leur propre constructionTelle la maison de l'Angélique, au 12 rue Nicolas-de-Lange..

Redécouverte à la Renaissance À la Renaissance, la mouvance humaniste incite les érudits locaux à rechercher des origines antiques à leur cité, et les Lyonnais n'échappent pas à cette tendance, recherchant les traces existantes, les notant et imaginant à partir d'elles un récit des origines largement empruntées à l'imaginaire.

Le premier humaniste lyonnais à avoir emprunté cette voie est Pierre Sala. Il acquiert en 1492 une vigne sur Fourvière connue pour receler des vestiges d'antiquités romaines et y fait bâtir une maison qu'il nomme l'Antiquaille. Il y rassemble objets antiques et pierres gravées. Ses notes non publiéesParis, BN, ms. fonds fr. ., contenant quatorze inscriptions, forment les premières études archéologiques lyonnaises.

Le groupe d'humaniste lyonnais s'intéresse à l'histoire antique de leur ville et tentent de réunir chacun chez lui objets et inscriptions, constituant des amorces de collections privées. Ils les étudient et certains publient des ouvrages les décrivant et reconstituant l'histoire de Lyon. Parmi eux citons Symphorien Champier ou Claude Bellièvre, qui réunit un grand nombre de trouvailles dans son Jardin des antiques, montée du Gourguillon. Bellièvre, échevin de la ville, fait acheter à celle-ci la table Claudienne lorsqu'elle est découverte en 1528. Il rédige un grand nombre de notes dont la plupart sont encore inédites. Le neveu de Bellièvre Nicolas de Lange récupère la collection de son oncle et l'enrichit en la transférant dans sa propre maison de l'Angélique. Parmi les érudits de l'époque qui décrivent les pièces découvertes à Lyon il y a également Guillaume de Choul, numismate et historien qui ne publie rien de son vivant et son ami Gabriel Syméoni qui collectionne les pièces et pierres puis rédige le premier inventaire des vestiges antiques de Lyon, avec plus d'une centaine de dessins encore non publiésTurin, archives d'état, J.A.X. 16..

Aux Au , Jacob Spon publie une compilation du savoir de l'époque et retranscrit plus de 150 inscriptions dans un ouvrage de 1673, Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon, qui fait date. Premier véritable archéologue lyonnais, il devient la référence sur l'archéologie lyonnaise jusqu'à François Artaud. Il inspire immédiatement Claude François Menestrier qui reprend une histoire de Lyon qu'il venait d'écrire pour s'appuyer sur les vestiges décrit par Spon. En cette deuxième moitié du , de nombreux cabinets de curiosité se fondent à Lyon, où les pièces archéologiques prennent place aux côtés d'autres objets de curiosités.

Fondée en 1700 par un groupe de notables locaux, l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon s'intéresse et publie des communiqués dès qu'une découverte particulière est réalisée sur Lyon et les environs. Ainsi, l'autel taurobolique excavé en 1704 ou la jambe d'une statue sortie de la Saône en 1766 sont immédiatement analysés dans plusieurs publications. Ces publications fournissent souvent des indications utiles sur le contexte archéologique de la découverte. Au sein du groupe de passionnés qui échangent et écrivent sur ces trouvailles, certains acquièrent une notoriété méritée, issue de travaux d'envergure. Le meilleur exemple est G. M. Delorme qui réalise une large étude des aqueducs romains, avec des tracés et des dessins posant les bases des analysées postérieures de ces vestiges.

C'est au également que des histoires de Lyon commencent à intégrer les découvertes archéologiques dans leur description de l'antiquité de la ville, n'hésitant pas à critiquer des positions antérieures fondées essentiellement sur des légendes. Le premier à s'engager sur cette voie est le père Dominique de ColoniaNotice BNF en 1733Antiquités de la ville de Lyon, ou explication de ses plus anciens monumens, A Lyon, chez Franc̜ois Rigollet. M.DCC.XXXIII.. Par ailleurs, un nouveau type d'ouvrage traitant des restes antiques lyonnais apparaît : les guides pour les voyageurs étrangers décrivant les ruines et vestiges archéologiques, tel celui d'André ClapassonNotice BNF de 1741.

Au vignette|Lavis de Fleury Richard - "François Artaud copiant une inscription dans le temple de Diane à Nîmes", MBA Lyon, inv. H 825 Le voit l'essor à Lyon de la passion et de la pratique de plus en plus structurée de l'archéologie. Le domaine est dominé au début du siècle par la figure de François Artaud, premier conservateur du musée de Lyon et très actif dans le rassemblement des pièces disséminées en ville ou le travail éditorial. Ses successeurs poursuivent dans cette voie et permettent au musée Saint-Pierre de rassembler progressivement une très importante collection, tout en publiant des ouvrages et des articles sur l'archéologie lyonnaise. Progressivement des érudits se rassemblent en sociétés savantes qui suivent les découvertes, animent les débats et publient des articles dans un certain nombre de revues.

François Artaud : 1802-1830 Au début du la municipalité et un cercle d'érudits organisent la création d'un musée destiné, entre autres, à rassembler l'ensemble des découvertes archéologiques lyonnaises, au sein de l'abbaye Saint-Pierre. Le premier directeur, François Artaud, soutenu par des érudits passionnés tel Nicolas-François CochardNotice BNF., mène activement cette politique de réunion au sein du Palais des arts de toutes les pièces archéologiques de la ville, que ce soit par achat ou, le plus souvent en sollicitant des dons. Ces carnets témoignent d'une véritable démarche archéologique et il laisse derrière lui de nombreux textes décrivant ses découvertes. Il guide ainsi la première fouille de l'amphithéâtre, qu'il interprète comme une naumachie. Il met en place une politique de suivi des travaux de voirie de la ville, et d'acquisition systématique des objets archéologiques découverts. Il mène également une recherche archéologique dans la Saône pour tenter de retrouver le corps d'une statue dont on avait retrouvé une jambe. Il ne retrouve pas la statue mais d'autres pièces antiques. François Artaud fournit un important travail de recherche et de compilation : catalogue commenté du musée, travaux sur les mosaïques, reconstitution du plan du Lyon antique, etc.

Les directeurs du Musée de Lyon après Artaud vignette|Auguste Allmer en 1899, photographie issue de la Revue du Lyonnais, vol. 29-30, 1900. Les travaux et la politique d'Artaud seront poursuivis par ses successeurs. Ainsi, Ambroise Comarmond publie en plusieurs fascicules la Description du musée lapidaire de Lyon entre 1846 et 1854, dans lequel il présente l'ensemble des inscriptions, amphores et statues conservées avec, régulièrement, le contexte archéologique de la découverte. À la même époque, l'épigraphiste Alphonse de Boissieu publie Les inscriptions antiques de Lyon, avec des gravures de Jean-Marie Fugier. Il publie également un inventaire des pièces du musée, qui sera repris et amélioré par son successeur Martin-Daussigny. Celui-ci tient un registre des entrées de nouvelles pièces au musée, avec souvent des indications sur les circonstances de la découverte. Il surveille également les travaux urbains, publiant de véritables rapports de fouilles, notamment dans le quartier des Terreaux. C'est une découverte réalisée dans le Jardin des Plantes qui lui fait avancer l'hypothèse de la présence de l'autel des Trois gaules sur les pentes de la Croix-Rousse. Le successeur de Martin-Daussigny à la tête du musée antique de Lyon, Auguste Allmer publie entre 1888 et 1893 une importante recensions des inscriptions antiques du musée, ainsi qu'un rapport de fouilles très pointu pour l'époque décrivant les découvertes effectuées lors des travaux du chemin de fer au Trion.

Le milieu des érudits lyonnais vignette|Ambroise Comarmond, gravure vers 1850, ADR, Fonds Galle, FG/B632. En 1857, un comité d'histoire et d'archéologie est constitué au sein de l'Académie de Lyon, qui rend compte de toutes les découvertes lyonnaises et publient des articles réunis dans les Mémoires de l'Académie. Les membres sont particulièrement actifs, participant à des congrès d'archéologie, notamment celui de 1862 où Martin-Daussigny, très actif au sein de ce groupe, présente la première synthèseE.-C. Martin-Daussigny, Notice sur la découverte de l'amphithéâtre antique et des restes de l'autel d'Auguste à Lugdunum. Lue au congrès de la Société française d'archéologie, à Lyon, le 19 septembre 1862, Caen, Impr. de Hardel, 1863. de la topographie antique lyonnaise.

Le milieu des passionnés d'archéologie, outre sa surveillance des découvertes fortuites lors des travaux de voirie, se met à rechercher activement des édifices historiques et élabore de multiples hypothèses sur la localisation ou l'apparence des monuments antiques. Les deux monuments alimentant le plus les débats sont l'autel des Trois-Gaules et l’amphithéâtre du martyre de 177. Les découvertes et débats sont relayés à la fois par de nombreuses revues tenues par des sociétés savantes, mais également par les journaux généralistes locaux ; toutes ces sources étant à présent utiles pour retrouver et localiser d'anciens sites archéologiques.