La Grève des techniciens et journalistes de l'ORTF en mai-juin 1968 est un événement qui a joué un rôle important dans le déroulement de Mai 68.
Déclenchée au même moment que la plus grande manifestation de , elle se : cinq semaines pour le personnel administratif et technique, contre par exemple deux semaines à EDF, et jusqu'à sept semaines d'arrêt de travail pour les journalistes. La contestation des producteurs et réalisateurs de télévision avait commencé dès le , avant toutes les autres grèves, , selon l'historien de la presse Marc Martin"La grève de l'ORTF vue à travers la presse hebdomadaire locale" par l'historien de la presse Marc Martin, dans la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps en 1988 et dans la soirée de la nuit des barricades de Mai 68.
Le contrôle étroit de la télévision avait été dénoncé par les manifestants au moment de cette nuit des barricades de Mai 68"Mai 68, un entre deux dans l’histoire des médias et de la radio en France" par Jean-Jacques Cheval Professeur à l’Université de Bordeaux, membre du Groupe de recherches et d'études sur la radio en janvier 2009 . . La radio publique, restée plus libre de ses mouvements durant les premières semaines de Mai 68, avait couvert cette nuit, comme les radios privées mais de manière moins sensationnelle et plus factuelle et plus neutre. Le contexte général Le ministre de l'Education Alain Peyrefitte, qui avait été à partir du secrétaire d’État à l’Information, avait dès la période 1964-1965 mis en place un service de contrôle quotidien, le Service des liaisons interministérielles pour l’information, apparu sur le devant de la scène en 1968, qu'il utilisait pour orienter le choix et l’importance des informations"HISTOIRE DE LA TÉLÉVISION SOUS DE GAULLE" par Jérôme Bourdon, Chapitre 4. L’information, le ministre et les journalistes (1958-1967) et dont le fonctionnement s'était .
Près de 65 % des Français reçoivent à cette époque la première chaîne et 42 % la seconde, lancée en 1964 et qui a tout juste commencé sa diffusion en couleur en 1967"Mai 68, un entre deux dans l’histoire des médias et de la radio en France" par Jean-Jacques Cheval Professeur à l’Université de Bordeaux, membre du Groupe de recherches et d'études sur la radio en janvier 2009 . France Inter sur la défensive En , l’audiovisuel est attaqué dans son ensemble, qu’il soit public ou bien privé. La radio la plus écoutée est France Inter, (un tiers de l’audience) suivie d’Europe (21 %) et de RTL (19 %).
À la télévision, ni l'agitation le sur le campus de Nanterre, ni les événements de Toulouse du n'ont été signalés par l'ORTF alors que le mouvement étudiant en Allemagne est évoqué à plusieurs reprises. La manifestation parisienne de soutien à Rudi Dutschke, le à Paris, est signalée brièvement.
Le , la première séance de l'examen de la motion de censure déposée par la Fédération de la gauche marqué les critiques de l'opposition contre la politique gouvernementale de l'information, s'en prenant essentiellement à l'ORTF"1ère journée du débat de censure les critiques de l'opposition contre la politique gouvernementale de l'information" par André Ballet et Jacques Tournouer, Le Monde du 25 avril 1968
Les antécédents de la grève de 1962 Un Syndicat unifié des techniciens avait été fondé en 1959"Du SUT à la CFDT", synthèse de Denis Fromont tiré du Fonds de documentation de l’ACHDR, sur le site de la CFDT-TDF , par un petit groupe de dissidents de la CGT, parmi lesquels Pierre Simonetti, pour s’affranchir de l’hégémonie de la puissante fédération CGT du spectacle.
Le Syndicat unifié des techniciens décide dès 1962 de travailler de concert avec Syndicat des journalistes de radio et de télévision (SRJT), né à la suite d'une grève pour défendre la déontologie des journalistesHaute fidélité: pouvoir et télévision, 1935-1994, par Jérôme Bourdon, 1994 et soutenu également par deux dirigeants de la CFTC de l'audiovisuel, Pierre Andreu et Henri Poumerol. La grève d' conteste en particulier la sur-médiatisation de Charles de Gaulle. Les techniciens et journalistes travaillent alors main dans la main, en mettant en suspens les journaux télévisés du , soit onze jours avant le référendum constitutionnel sur l’élection du Président de la République au suffrage universel direct"Pouvoir et télévision, je t'aime moi non plus" .
En 1965, l’ORTF a vu se créer le Syndicat Interprofessionnel Radio et Télévision (SIRT) CFDT, qui regroupe les anciens de la CFTC et souhaite réunir journalistes et techniciens. Après l'important mouvement de Mai 68, il se renforcera peu à peu pour donner naissance en 1974, lors de l'éclatement de l'ORTF, au Syndicat unifié de la Radio-télévision (SURT-CFDT), dirigé par François Werner, qui a été aidé pour cette fusion par Marc Avril, René Hampe, Régis Farnoux, Maurice Billy et Michel Rey.
L'ORTF montrée du doigt dès le 10 mai à Paris Dès le , avant le refus de la diffusion de Panorama, le bureau du syndicat des réalisateurs avait protesté « contre la partialité de l'information à la télévision » Le Monde du 11 mai 1968.
Le vendredi à Paris, dans la soirée, la jonction des lycéens avec les étudiants s'opère vers 18h30 et ils forment un cortège de "RECIT. 10 MAI 1968 : LA "NUIT DES BARRICADES", PAR ILAN CARRO SUR FRANCE INFO Fuse alors le slogan "à l'hôpital Saint-Antoine !". La manifestation s'y rend pour vérifier s'il n’y a pas eu de morts lors des précédentes manifestations puis scande "à l'ORTF !" pour protester contre la couverture médiatique, mais apprend que la rive droite de la Seine est bloquée par des CRS pour protéger les Champs-Élysées.
Elle part alors rive gauche où va se déclencher la nuit des barricades de Mai 68.
Le prélude, les réactions aux interventions sur deux reportages La censure du reportage de Panorama La grève à l'ORTF a été déclenchée par la censure et la modification de deux reportages réalisés par des journalistes de l'ORTF sur les mouvements étudiants, pour deux des émissions phares de l'ORTF, Zoom (émission de télévision) et Panorama"Mai 68 à l'ORTF : Une radio-télévision en résistance"de Jean-Pierre Filiu, éditions Nouveau Monde, 2008 Préface de Jean-Noël Jeanneney qui offraient des images inédites des précédentes manifestations.
Le choc constitué par ces décisions et la manière dont elles ont été prises ont été racontés en 1978 par André Astoux qui était en 1968 directeur-adjoint de l'ORTF et qui a par la suite perdu son poste. .
Le vendredi , la première des deux chaînes de l'ORTF doit diffuser comme tous les vendredis à 20h30, l'émission de reportages Panorama qui donnait la parole, pour la première fois, aux protagonistes de la crise : côté dirigeants syndicaux Jacques Sauvageot (UNEF) et Alain Geismar (SNESup), côtés autorités le préfet de police Maurice Grimaud et le recteur d'académie Jean Roche. Michel Honorin et Jean-Pierre Chapel ont réalisé pendant trois jours des interviews des intéressés"La légende de l'écran noir : l'information à la télévision, en mai-juin 1968" par Marie-Françoise Lévy et Michelle Zancarini-Fournel, dans la revue Réseaux. Communication - Technologie - Société en 1998 .
L'équipe du magazine a appris trois-quarts d'heures avant la diffusion que le gouvernement s'y oppose, par décision des ministres de l'Information et de l'Éducation nationale. L'ORTF doit la remplacer au pied levé par un sujet sur les notaires. Les producteurs de Panorama étaient passés outre les consignes de la direction de l’information"L'ORTF SOUS SURVEILLANCE" sur le site officiel de Radio France et craignaient que la censure remonte à l'échelle du gouvernement.
Les réactions des journalistes de l'ORTF Au sein de l'ORTF, la réaction vigoureuse du , dénonçant la censure du magazine mensuel d'information Panorama ne se fait pas attendre, et n'émane pas des journalistes des journaux télévisés, mais de ceux des magazines mensuels d'information. Par un communiqué envoyé dès le matin du samedi à l'AFP, repris par la presse, il « s'indignent de la scandaleuse carence d'information du public (...) et constatent que la direction et la rédaction en chef de l'actualité télévisée ont été incapables de résister aux pressions gouvernementales et ont fait ainsi la preuve de leur irresponsabilité ».
Le communiqué de protestation est signé aussi par les journalistes d'une autre institution télévisée de l'époque, Zoom, qui a également prévu un reportage avec Jacques Sauvageot (UNEF) et Alain Geismar (SNESup).
Les signataires incluent également les équipes de Caméra III et de Cinq colonnes à la une (Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet, Igor Barrère, André Harris, Alain de Sédouy, Philippe Labro, et Henri de Turenne). Le syndicat des réalisateurs et des producteurs de télévision tout comme celui des auteurs et compositeurs publient des communiqués au même contenu. Manifestations devant l'ORTF Le samedi à Toulouse les contestataires se réunissent dès le matin et vers 15 heures, deux mille étudiants de la faculté des Sciences de Rangueil vont en cortège place du Capitole. D’autres étudiants se joignent à eux place du Capitole. Alcouffe président de l’UNEF prend la parole. Les leaders essaient de rejoindre une équipe de l’ORTFUniversité populaire de Toulouse "Chronologie de mai et juin 1968" en train de tourner une émission square De Gaulle. Les étudiants se mobilisent encore plus massivement et manifestent avec les syndicats, jusqu’à l’ORTF, à l'avant-veille d'une grande manif de la gauche et des syndicats place du Capitole"A Toulouse, Mai 68 a commencé un 25 avril" par Pierre Mathieu La Dépêche du 25/04/2018 .
L'ORTF promet de diffuser dès le samedi soir le reportage de Panorama. Mais elle le fait sans la séquence sur les étudiants ce qui déclenche une nouvelle dénonciation de la censure.
Le Premier ministre Georges Pompidou revient en France au cours de cette soirée du . Dès son arrivée, l'annonce d'une intervention prévue vers 23 heures est diffusée dès 21 heures tous les quarts d'heures à la demande du directeur de l'information de l'ORTF. À 23 heures, Georges Pompidou promet la réouverture de la Sorbonne.
Puis l'ORTF corrige légèrement le tir le lendemain à Télésoir : après la déclaration du Premier ministre, le leader du SNEsup, Alain Geismar est interrogé, de même qu'un étudiant de l'UNEF. C'est la première parole apparue à l'ORTF des contestataires sur leur mouvement.
Du 2 au , selon un bilan chiffré des images archivées, deux heures ont été consacrées dans les journaux télévisés aux événements : une heure trente émanant des ministres, préfet de police, chef du gouvernement et autorités universitaires; trente minutes pour les comptes rendus des manifestations; deux minutes pour les dirigeants syndicaux étudiants et enseignants.
Les réactions des autres médias Les réactions de la presse sont vigoureuses aussi. Le Monde juge . .
Le journal précise que les reporters de l'ORTF avaient pris le soin de et donne dès son premier article couvrant l'affaire tous les détails sur la préparation de l'émission et la façon dont elle a été censurée.
Le Monde rappelle avec ironie qu'une proposition de commission pour l'objectivité de l'information à l'ORTF avait été rejetée au motif qu'une telle demande était en fait et s'inquiète de savoir comment les reporters de l'ORTF sur le terrain, . Il rappelle que les reporters de RTL, grâce à trois voitures-radio et une moto, ont de la nuit des barricades puis constituer un lieu de négociation, avant que la direction de la radio ne considère ce rôle comme équivoque.
Les coupes dans le reportage de Zoom