La politique étrangère du Tchad désigne l’ensemble des relations internationales de la république du Tchad depuis son indépendance proclamée le . Le Tchad a gardé des relations étroites avec la France, ancienne puissance coloniale. Le ministre des Affaires étrangères est Abdoulaye Sabre Fadoul depuis .
Chronologie des relations
Premières années après l'indépendance En , de concert avec la France qui vient d'instaurer la République, le Tchad devient une République autonome au sein de la Communauté française, une fédération qui regroupe la France et certaines de ses anciennes possessions outre-mer.
Le Tchad accède officiellement à l'indépendance le sous la présidence de François Tombalbaye, tandis que le nord du pays, resté sous contrôle de l'armée française, passe sous administration tchadienne en .
Première guerre civile de 1965 à 1979
La première guerre civile tchadienne débute à la fin de l'année 1965 par une révolte contre le régime de François Tombalbaye, et de la domination politique des ethnies du sud du Tchad sur celles du nord et du centre. Trois ans seulement après s'être retiré du pays, les troupes françaises interviennent de nouveau en 1968 à la demande du président François Tombalbaye, finalement assassiné en 1975 lors d'un coup d'État qui amène au pouvoir Félix Malloum. La guerre civile se termine avec l'établissement en 1979 du Gouvernement d'union nationale et de transition (GUNT), formé par différents groupes rebelles nordistes et présidé par Goukouni Oueddei.
Le Tchad sous le mandat d'Hissène Habré Le , le chef des Forces armées du Nord (FAN), Hissène Habré, renverse avec l'appui de la CIA le président Goukouni Weddeye au pouvoir depuis la fin de la guerre civile, et instaure un régime autocratique.
Il supprime le poste de Premier ministre, fait exécuter plusieurs opposants politiques, transforme les FAN en armée régulière, puis crée une police politique responsable de milliers d'enlèvements et d'assassinats politiques. Il ordonne également des massacres dans le sud-est, notamment en .
Dans le contexte de la guerre froide et du conflit tchado-libyen, Hissène Habré bénéficie, malgré les crimes commis pendant son mandat, du soutien de la France et des États-Unis qui le considèrent comme un allié idéal contre le dictateur libyen Mouammar Kadhafi, soutenu par l'Union soviétique et accusée de soutenir le terrorisme international.
Le Tchad sous le mandat d'Idriss Déby
Le 0, avec l'appui de la France, Idriss Déby chasse du pouvoir Hissène Habré et le remplace le 0 avec le titre de président du Conseil d'État. Il est ensuite désigné président de la République du Tchad le . Idriss Déby est soutenu militairement comme son prédécesseur par la France et les États-Unis.vignette|Idriss Deby, président tchadien depuis 1990|alt=|220x220pxSon image de « guerrier », façonnée depuis ses premières armes aux côtés de Hissène Habré, lui vaut un soutien quasi unanime de la communauté internationale. En tenant son pays, entouré d’États faillis comme la Libye, la Centrafrique ou le Soudan, qu'Idriss Deby apparaît comme l’élément stabilisateur d’une région tourmentée.
Sous son mandat, plusieurs conflits dans lesquels le Tchad est engagé prennent fin, notamment avec la Libye, le Soudan, et une partie de la rébellion tchadienne. D'importantes ressources minières et pétrolières sont également découvertes, permettant au Tchad de nouer plusieurs accords de coopération économiques et commerciaux avec des entreprises européennes, américaines et asiatiques.
Le Tchad intervient militairement dans plusieurs pays africains pour appuyer les gouvernements contre des insurrections, notamment la république démocratique du Congo, le Nigéria, et le Mali. En tant « puissance pacificatrice » du continent africain, le Tchad se fait élire membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies de 2014 à 2016. L’armée tchadienne fournit aux Casques bleus de l’ONU au Mali un de leurs principaux contingents et passe pour la plus aguerrie de la force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad).
Le , Idriss Deby est tué dans le nord du Tchad pendant un combat contre des rebelles infiltrés depuis la Libye. Son fils, le général Mahamat Idriss Deby âgé de 37 ans, chef de la Garde présidentielle, lui succède à la tête d’un conseil militaire, pour 18 mois.
Relations avec les autres États africains Le Tchad est membre-fondateur de Union africaine et du G5-Sahel qui regroupe à ses côtés la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Burkina Faso pour combattre les groupes armés jihadistes dans la bande sahélo-saharienne. Le Tchad est également membre de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale et de l'Organisation de la coopération islamique, dont plus de la moitié des 57 États membres sont situés en Afrique.
Le Lac Tchad se situe entre quatre pays limitrophes : le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria.
Relations avec le Soudan Le Tchad et le Soudan sont tous les deux membres de l'Union africaine, de l'Organisation de la coopération islamique, et partagent une frontière de plus de à l'ouest du Soudan. Les populations de l'est du Tchad et de l'ouest du Soudan ont noué des liens sociaux et religieux bien avant l'indépendance des deux pays. Certains groupes ethniques comme les Zaghawa et les Rizegat ont été « coupés en deux » par la frontière tchado-soudanaise, et existent par conséquent dans ces deux pays. alt=Carte de la frontière entre le Tchad et le Soudan|vignette|Carte indiquant la frontière entre le Soudan et le Tchad, 1962. L'État soudanais du Darfour du Nord longe l'essentiel de cette frontière. Dans leurs histoires récentes, le Soudan ont en commun d'avoir tous deux été gouvernés pendant une trentaine d'années par des chefs d'État autocrates arrivés au pouvoir à peu près au même moment par des coups d'État dans leurs pays respectifs : pour Omar el-Béchir, pour Idriss Déby.
Au moment du coup d’État d'Omar el-Béchir, l'ouest du Darfour est utilisé comme un champ de bataille par des troupes fidèles au gouvernement tchadien d'Hissein Habré et par des rebelles organisés par son ancien ministre de la Défense Idriss Déby. En , c'est à partir du Soudan qu'Idriss Déby lance avec le soutien de la junte islamiste soudanaise une offensive vers le Tchad où il prend le pouvoir, qu'il garde jusqu'à sa mort en , deux ans après le renversement d'Omar el-Béchir.
Les relations tchado-soudanaises se détériorent lorsque la guerre éclate au Darfour en 2003. Idriss Déby, étant lui-même de l’ethnie des Zaghawa, décide de soutenir cette dernière en rébellion contre le gouvernement d'Omar el-Béchir, qui s'appuie sur les milices arabes, les Janjawid, pour réprimer cette rébellion. Omar el-Béchir, convaincu que le soutien du Tchad aux rebelles du Darfour durerait aussi longtemps qu’Idriss Déby serait au pouvoir, décide à son tour de soutenir les rebelles tchadiens dans leurs efforts pour le renverser.
Ainsi, pendant 6 ans entre 2004 et 2010, les deux pays se livrent une « guerre par procuration » en soutenant chacun les rebelles en lutte contre le gouvernement du pays voisin, liant étroitement la guerre du Darfour à la guerre civile tchadienne. Le Soudan devient la base arrière des insurgés tchadiens de l' « Union des forces de la résistance », tandis que le Tchad protège les factions rebelles de l'« Armée de libération du Soudan ». En plus de soutenir des combattants rebelles opérants dans le pays voisin, le Soudan et le Tchad accueillent des centaines de milliers de réfugiés de ces deux conflits. alt=Femme africaine en robe jaune|vignette|Réfugiés de la guerre du Darfour dans un camp à l'est du Tchad en 2011. La guerre culmine lors des attaques de la rébellion tchadienne contre N’Djaména en avril 2006 et en février 2008, et lors de l’assaut des rebelles du Darfour contre Khartoum en . Toutefois, des efforts diplomatiques de part et d'autre conduisent Omar al-Béchir et Idriss Déby, à signer en un accord de non-agression visant à mettre fin aux hostilités transfrontalières entre les deux paysLe Tchad et le Soudan signent un accord de paix, CNN, . Un accord est signé à Doha (Qatar) en , scellant la réconciliation entre Omar El-Béchir et Idriss Déby et la reprise des relations diplomatiques entre le Soudan et le Tchad. Mais quelques jours après sa signature, le compromis de Doha est rejeté par Idriss Déby, qui invoque le « droit de poursuite » en lançait des raids aériens en territoire soudanais, pour prendre en chasse les mercenaires tchadiens « à la solde du Soudan »
La tension retombe rapidement lorsque des tractations diplomatiques aboutissent à la signature d’un accord de normalisation en , puis de la reprise des relations diplomatiques entre Khartoum et N’Djamena, en février. Idriss Déby se rend à Khartoum pour la première fois depuis 2004, et les deux anciens ennemis signent un accord sur la sécurité à la frontière et la création d'une force militaire commune, la force mixte tchado-soudanaise, chargée de surveiller la frontière tchado-soudanaise. vignette|Idriss Déby dans sa limousine en visite au Soudan pour assister à une à une cérémonie du leader islamiste soudanais Hassan al-Tourabi, 2016. Idriss Déby se rend de nouveau à Khartoum le , en pleine révolution soudanaise, quelques jours avant le renversement d'Omar el-Béchir. Quelques jours auparavant, la visite à N’Djamena du chef des services de renseignements soudanais, le général Salah Gosh, avait laissé de nombreux observateurs supposer qu'Omar el-Béchir avait demandé l'aide de son homologue tchadien, mais cette hypothèse est par la suite démentie. Le , le porte-parole du ministère tchadien des Affaires étrangères Béchir Issa Hamidi déclare dans un tweet : .
Deux ans plus tard, alors que le Soudan est dirigé par un gouvernement de coalition civil et militaire avec pour Premier ministre Abdallah Hamdok, le président tchadien Idriss Déby est tué dans un affrontement avec les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad dans le nord du pays. Les mois suivants, alors que le général Abdel Fattah al-Burhan s'octroie les pleins pouvoirs au Soudan, le fils d'Idriss Déby Mahamat Idriss Déby succède à son père à la tête du Tchad, marquant dans ces deux pays une restauration des gouvernements militaires après des bouleversements politiques entre 2018 et 2021. Un dernier point essentiel illustrant la similitude des trajectoires politiques du Soudan et du Tchad sur cette période et la normalisation de leurs relations avec Israël à moins de deux ans d'intervalle, en pour le Tchad et en pour le Soudan.
Un conflit éclate au Soudan entre l'armée régulière soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR) en .
En , devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le Soudan (dont le gouvernement reconnu comme légitime est contrôlé par l'armée) affirme que la frontière tchado-soudanaise est « la première ligne d'approvisionnement » des FSR en mercenaires, armes et munitions. Le Soudan lie sa décision de fermer des postes-frontière entre le Tchad et la région du Darfour à sa volonté de limiter l'approvisionnement des FSR. Or la frontière sert aussi à l'acheminement d'aide humanitaire aux Soudanais et au passage de Soudanais qui fuient la guerre. Le Tchad nie ces accusations et considère que le gouvernement soudanais n'a aucune légitimité...
En raison de la guerre au Soudan, plus de (chiffre de ) fuient les combats et trouvent refuge dans des camps au Tchad..
En , l'ambassadeur du Soudan au Tchad Osman Mohamed Younisa quitte N'Djaména, sans que cela ne reflète une détérioration des relations bilatérales tchado-soudanaises, selon le gouvernement tchadien.