L'église Saint-Jean-Baptiste, également appelée église Saint-Jean ou encore église de Vif, est un édifice religieux chrétien situé à Vif, dans le département français de l'Isère.
Église paroissiale, elle dépend de la paroisse Saint-Loup.
Localisation L'église Saint-Jean-Baptiste est située dans le département de l'Isère, sur la commune de Vif, au centre de la vallée de la Gresse, à au sud de Grenoble. Placée au cœur du vieux centre-bourg de la ville, elle longe le côté nord de l'avenue Rivalta (D1075), à la frontière entre les quartiers vifois dits du « Pied du Bourg » (nord) et de la « Tête du Bourg » (sud).
L'entrée principale de l'église se trouve côté ouest, sous la Tour du Porche45°03'20.3"N 5°40'14.3"E. Hagiotoponymie Le saint patron et vocable des lieux, auquel l'église de Vif est dédiée, est Jean le Baptiste.
Historique Le prieuré de Vif gauche|vignette|284x284px|Saint Benoît, fondateur de l'ordre des Bénédictins. Si des traces d'un lieu de culte dans le bourg de Vif sont attestées grâce à des épitaphes paléochrétiennes remontant aux , ., l'église actuelle tient ses origines du prieuré de Vif, bâti au siècle par des bénédictins assujettis à Saint-Laurent de Grenoble à la suite des nombreuses donations et legs faits par Béthon, propriétaire foncier du village.
Fondé en 1035, le prieuré est doté de nombreux biens, et le privilège accordé par le pape Alexandre III le énonce un certain nombre de dépendances sur lesquelles il exerce un droit de patronage jusqu'à la Révolution : chapelles de Chabottes, du Genevrey, de Saint Barthélémy, de Lanchâtre, de Prélenfrey, d'Uriol, de Miribel, du Gua, de Saint-Géraud, église de Varces, de Saint-Paul-de-Varces…
En 1130, l'église Saint-Jean-Baptiste est rattachée au prieuré, et prend la double vocation d'église abbatiale et paroissiale : les religieux qui y vivaient étaient alors au nombre de sept. En 1488, on dénombre un supérieur, un sacristain et trois religieux ; le vicaire de la paroisse vivait au sein du prieuré. En 1497, il y avait six religieux. gauche|vignette|Les contreforts sud de l'église, contre lesquels devait se tenir le cloître du prieuré. À partir du , le prieuré possède un cloître (dit « cloître de Vif »), situé contre la façade sud de l'église, à l'emplacement de l'actuelle avenue de Rivalta. À la même époque, le porche d'entrée de l'église est cerné, à gauche, de la maison dite de Saint Claude, et à droite du logement du sacristain. La maison prieurale se trouvait de l'autre côté du cloître. Le domaine du prieuré était aussi composé d'un jardin décrit comme .
Au , la visite successive de deux évêques dépeint une période de transition pour le prieuré bénédictin de Vif : le passage de Jean II de Chissé en 1340, tout d'abord, qui s'alarme de l'état du prieuré et de son église négligée, avec des bâtiments se détériorant et des religieux qui ne participent plus à la vie commune. La visite de l'évêque Aimon II de Chissé en 1390, en revanche, est plus positive : grâce aux injonctions de son prédécesseur, le prieuré a retrouvé un bon état. C'est au cours de cette période de remise en ordre des lieux qu'auraient été peintes les peintures murales des collatéraux découvertes en 2007.
À cette époque, la juridiction du mandement de Vif est assurée par le prieur, le seigneur du Gua et le Dauphin.
Au début du , le prieuré de Vif est placé sous le régime de la commende, et sa conduite est alors assurée par un prélat ou un clerc.
Les guerres de religion Le prieuré et l'église Saint-Jean-Baptiste sont durement touchés par les guerres de religion : en 1562, notamment, le baron des Adrets endommage fortement l'église en la pillant et la saccageant. Mais c'est surtout au cours de la quatrième guerre de religion, en 1573, que le prieuré bénédictin essuie la plus violente attaque : du 5 au , le duc de Lesdiguères et son armée (composée de fantassins et 500 cavaliers) assiègent Vif. La population se retranche dans le prieuré et le château des Dauphins, mais les troupes huguenotes investissent les lieux : ils massacrent la garnison et tous les catholiques qui y sont réfugiés, puis incendient le château, le prieuré et l'église qu'ils saccagent et dont ils abattent les voûtes. Le prieuré est laissé presque totalement ruiné.
De ses réfections à la Révolution À la suite du passage ravageur des huguenots à Vif, l'église Saint-Jean-Baptiste est laissée à l'abandon, calcinée et délabrée, jusqu'en 1630, où elle est alors restaurée : les voûtes qui avaient été abattues sont remplacées, et le culte catholique est rétabli. Au cours de la même période, le père Aubert, jésuite de Grenoble, fait établir dans la petite cité la confrérie du Saint Sacrement, le : les « pénitents », membres de cette confrérie, se réunissent alors dans la chapelle du premier étage de la tour du Porche de l'église, et ce jusqu'à leur dissolution en 1825.
Il semblerait que le prieuré, lui, soit laissé à sa ruine et se désagrège avec le temps, lentement remplacé par l'arrivée de nouveaux ordres religieux à Vif : les Dominicains dans le domaine du Breuil en 1640, les Ursulines dans le Pré Metral en 1662... En 1674, il n'y avait au prieuré plus qu'un sacristain et deux religieux. vignette|213x213px|Étienne Le Camus, évêque du diocèse de Grenoble de 1671 à 1701.|gauche En 1673, une première réfection est demandée par l'évêque Étienne Le Camus, qui commande une campagne de blanchissement par badigeon blanc de l'intérieur de l'église Saint-Jean.
En 1685, le clocher primitif, alors situé à gauche du chœur, s'effondre à cause des dégâts provoqués par les flammes lors des guerres de religion. À cette époque, et à cause de l'état dégradé de l'église, les habitants de Vif envisagent d'organiser leurs assemblées dans la chapelle du couvent des Ursulines, mais Le Camus s'y oppose. : il commande la reconstruction du clocher à l'identique, mais du côté droit. Les travaux débutent en 1686 et s'achèvent avec la pose de la flèche en 1709. Pour l'occasion, une inscription commémorative est encastrée à l'angle du clocher lors de sa réédification.
Le est aussi symbole de remaniements pour l'église Saint-Jean-Baptiste : en 1732, tout d'abord, l'évêque de Grenoble Jean de Caulet constate que le cimetière primitif de Vif qui entoure l'église devient trop exigu et profané par les habitants qui viennent y étendre leur linge ou faire paître leurs animaux. Un nouveau cimetière est alors construit puis inauguré plus loin au nord de la ville le ; la terre est bénie par l'abbé Antoine Guilhermoz, curé de Saint-Jean.
En 1764, la visite du délégué de l'abbaye de Cluny permet de lister le mobilier liturgique présent dans l'église : un autel orné d'un retable en bois et décoré d'un parement en cuir doré, un tabernacle contenant un ciboire et un ostensoir, six chandeliers et croix en bois argenté, un tableau représentant la Flagellation, deux calices avec leur patène et un reliquaire en bois qui contiendrait une parcelle d'os de Jean le Baptiste. Tout est alors jugé en bon état de conservation, hormis la sacristie qui est imprégnée d'humidité. vignette|203x203px|La maison prieuriale, transformée par la suite en école mutuelle puis en mairie. À la fin du , il semblerait que le cloître du prieuré a disparu : seule la maison prieuriale qui a été rebâtie existe encore, ainsi que les murs qui délimitent le jardin et l'église.
En 1789 survient la Révolution française : en 1790, le prieuré bénédictin de Vif est définitivement supprimé, puis vendu comme bien national après 760 ans d'existence. N'en demeure alors comme dernière trace plus que l'église Saint-Jean-Baptiste.
Premières restaurations gauche|vignette|221x221px|Portrait du curé Ollier gravé sur sa sépulture au cimetière de Vif. De 1850 à 1874, le curé de Vif est Joseph Ollier, chanoine honoraire de Saint-Louis de Grenoble. Il fait placer à l'entrée de l'église deux bénitiers de style néo-gothique en pierre sculptée, et achète en 1863 une grosse cloche du nom d'Eugénie-Marie-Pauline. À la suite d'un coup de la foudre sur l'abside, le père Ollier entreprend des réparations à partir de 1857 : le toit de la nef est abaissé, le chevet est recouvert par une toiture basse en forme de demi-cône, et le vieux clocher roman est reconstruit au-dessus du porche.
La même année, le peintre Alexandre Debelle est chargé de faire les peintures dans l'abside et le chœur : sont alors représentés un évangéliste debout, des emblèmes d'évangéliste dans des médaillons qui couronnent les portes menant à la sacristie et au clocher, un ciel d'azur parsemé d'étoiles dorées, l'inscription sur l'arc-doubleau et un Christ bénissant, cerné de saint Jean-Baptiste et saint Claude (qui sont respectivement patron et patron secondaire de la paroisse).
En 1868, l'église est entièrement restaurée. Entre la fin et le début , les balustrades des tribunes (au-dessus des collatéraux sud et nord) sont réalisées avec du ciment moulé. D'autres réparations sont faites en 1876 puis 1897, où c'est le clocher qui est restauré et partiellement recouvert de crépis.
En 1906 enfin, l'église Saint-Jean devient propriété de la commune de Vif à la suite de la mise en vigueur de Loi de séparation des Églises et de l'État.
D'autres travaux viennent encore remanier l'église par la suite : sont ajoutés par le père J. Richard (curé de 1916 à 1923) une plaque commémorative des morts de la Première Guerre mondiale en 1919, ainsi qu'un nouveau dallage du chœur et de l'allée centrale de la nef en 1922.
Conflits des années 1920 à 1940 vignette|L'église en 1908.|alt=Le début du et ses Années folles sont marqués par un conflit d'intérêts entre la municipalité de Vif et la paroisse de l'église Saint-Jean-Baptiste à partir de 1926, provoquant de vives tensions à propos de l'augmentation du prix du loyer du presbytère voulue par une municipalité anticléricale, mais refusée par l'évêque de Grenoble, Alexandre Caillot. Ce conflit atteint son paroxysme le , lorsque le curé de Vif, le Père Bonvallet, est expulsé de l'église par la force publique, à grand renfort d'une foule « passionnée et vociférant », d'huissier, de commissaire de police, de gendarmes, de serruriers et de déménageurs. Cette expulsion, reprochée au maire de l'époque, Jules Revol, pousse la population à aller manifester devant sa demeure au hameau de La Rivoire et à demander sa démission. Après cet évènement, l'église est fermée et interdite de culte, et c'est l'aumônier du couvent de la Visitation Sainte-Marie (fondé en 1926) qui se charge alors d'organiser les messes du dimanche et autres cérémonies paroissiales du village.
Le , l'évêque Alexandre Caillot met définitivement fin au conflit entre la municipalité et la paroisse en nommant un nouveau curé, le père André Pichat, et permet la réouverture de l'église. Cette réouverture pousse la municipalité à faire restaurer le clocher et la toiture de l'église. Le père Pichat fait faire de nouvelles peintures dans le chœur, qui remplacent celles d'Alexandre Debelle.
Le , à la demande de Antoinette Brun, le père André fait baptiser à l'église Robert et Gérald Finaly, deux enfants juifs qui avaient été cachés à Vif en 1944 : ce baptême est l'élément déclencheur de l'affaire Finaly.
Fouilles et restaurations des années 1960 vignette|Le chevet de l'église et, au-dessus, la rosace de la nef. Dans les années 1960, une succession de fouilles et restaurations de l'église sont organisées.
La première, en 1965, permet la restauration du chœur par un architecte départemental des monuments de France : les enduits qui recouvraient les murs sont retirés pour laisser les pierres originelles apparentes. La même année, des fouilles sont réalisées et dévoilent quelques éléments datant de la première époque des bénédictins du prieuré : trois chapiteaux, ainsi que d'une frise décorative de la première moitié du . Deux inscriptions paléochrétiennes sont aussi découvertes.