Le traité de Bromberg ou traité de Wehlau-BrombergCe traité en ratifiait plusieurs autres, notamment celui signé le 19 septembre 1657 par les émissaires de Brandebourg-Prusse et de Pologne-Lituanie à Wehlau (auj. Znamensk). conclu entre Jean II Casimir Vasa et le grand électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg, à Bromberg (auj. Bydgoszcz en Pologne) le , disposait qu'en échange de son appui militaire dans la grande guerre du Nord et de la restitution de la Varmie à la Pologne, le prince de Hohenzollern-Brandebourg bénéficie de la souveraineté héréditaire sur le duché de Prusse, et des districts de Lauenburg et de Bütow. En outre, Draheim (Drahim) et Elbing sont remis en gage à la marche de Brandebourg.
Ce traité a été ratifié et reconnu par les autres puissances d'Europe à la paix d'Oliva en 1660. La Pologne conserva finalement la cité d'Elbing, mais Lauenburg-et-Bütow et Draheim furent annexés au Brandebourg-Prusse. La souveraineté des Hohenzollern en Prusse est désormais la justification des couronnements des rois de Prusse. Le traité de Wehlau-Bromberg demeurera en vigueur jusqu'à la signature du traité de Varsovie (), qui consacre le premier partage de la Pologne. Rétrospectivement, il peut être considéré comme une faute magistrale de la Pologne et le premier pas vers la dislocation de ce royaumeD'après ..
Contexte historique
vignette|Le Grand Électeur Frédéric-Guillaume de Prusse, grand bénéficiaire du traité de Bromberg.
Par le traité de Cracovie, le duché de Prusse avait été accordé comme fief au grand maître de l'ordre Teutonique Albert de Brandebourg-Ansbach le Cf. .. Ce fief polonais était héréditaire, mais au cas où la lignée d'Albert et celle de ses frères s'éteindrait par les mâles, le traité disposait qu'il reviendrait au roi de Pologne de nommer à sa tête un gouverneur germanophone né en Prusse. Or le , cette disposition avait été élargie par le roi Sigismond II de Pologne : par le privilège de Petrikau, outre la branche d'Albert (celle des Hohenzollern-Ansbach), la branche de Brandebourg des Hohenzollern bénéficiait de la successionCf. . Ce privilège étendait en 1618 le droit de succession au titre de duc de Prusse, aux électeurs de Brandebourg, en cas d'extinction de la branche des Hohenzollern-Ansbach.
Au début de la grande guerre du Nord, avec le traité de Kœnigsberg signé le , les Hohenzollern-Brandebourg offrirent ainsi la souveraineté sur le duché de Prusse et la Varmie à l'Empire de Suède, avant que le roi de Suède Charles X Gustave n'abolisse le statut de fief vassal de ces provinces avec le traité de Labiau du Cf. . Après avoir combattu aux côtés de l’armée suédoise en 1656, et s'être particulièrement illustré à la bataille de Varsovie, Frédéric-Guillaume I envisagea un retournement d'alliance : il fit connaître au roi de Pologne Jean II Casimir Vasa qu'il changerait de camp si la couronne de Pologne lui accordait les mêmes titres que le roi de Suède sur les terres de Poméranie et de Prusse. Ces conditions furent d'abord négociées le lors de la convention préliminaire de Wehlau (aujourd'hui Znamensk) puis le à BrombergCf. ..
Cette offre intervenait à un moment où les difficultés se multipliaient pour la Pologne, déjà en guerre avec la SuèdeCf. .. Le traité de Vilnius (1656), par lequel la Russie acceptait de faire la paix avec la Pologne-Lituanie et de se retourner contre les Suédois, garantissait à Alexis de Russie son élection comme successeur au trône de Pologne lors de la prochaine dièteFrost (2004) , p. 82. Si la noblesse du grand-duché de Lituanie, escomptant de nouveaux privilèges, s'enthousiasmait pour ce traité, il n'en allait pas de même en Pologne, où les élites cherchaient par tous les moyens à faire échouer le couronnement d'AlexisFrost (2004) , pp. 86, 89, 98, 103, 128, 132. Afin de mettre un terme à la guerre avec la Suède et d'éviter l'entrée en vigueur des termes de la trêve de Vilnius, il fallait donc étendre le front de l'alliance anti-suédoise ; or, tant qu'aucune diète ne venait confirmer la trêve, le nouvel allié russe renâclerait à soutenir la Pologne contre la SuèdeFrost (2004) , p. 86. La Pologne avait bien trouvé un second allié, les Habsbourg d'Autriche, par des traités signés à VienneFrost (2004) , p. 95 (1656 et 1657), mais stipulant que la Pologne assurerait l'entretien de l'armée autrichienne : aussi, la poursuite de la guerre promettait de ruiner le royaume. Enfin, le dernier allié, le royaume de Danemark-Norvège, avait bien rejoint la coalition anti-suédoise en au second traité de Vienne ; mais le Danemark ne faisait qu'ouvrir un second front, loin du théâtre d'opération polonais, et malgré la diversion exercée ainsi sur l'armée de Charles-Gustave, le but de guerre des Danois était la reconquête des terres scandinaves perdues au second traité de Brömsebro (1645).
Quant aux Habsbourg, ils cherchaient à se concilier Frédéric-Guillaume qui, en tant que prince-électeur, constituait un précieux allié dans leur politique allemandeFrost (2004) , p. 97. Aussi étaient-ils favorables à la défection de Frédéric-Guillaume et au ralliement à leur camp : c'est pourquoi ils dépêchèrent le baron François-Paul de Lisola, afin de négocier un apaisement avec la Pologne.
Bromberg et Wehlau sont considérés comme des « traités jumeauxCf. . », complémentairesCf. . voire un seul et même traité, le « traité de Wehlau et BrombergCf. .Frost (2004) , p. 105. »
Ratification et confirmation vignette|Le roi Jean-Casimir de Pologne. Les préliminaires de Wehlau avaient été signés le par les émissaires de Frédéric-Guillaume , les comtes von Schwerin et von Somnitz, ainsi que le prince-évêque de Varmie Venceslas de Leszno et Wincenty Korwin Gosiewski pour la république des Deux Nations, et le délégué Habsbourg Franz de LisolaFrost (2004) , pp. 97, 104Les signataires de Wehlau (selon ) :
Venceslas de Leszno, évêque de Varmie Vincent Corvinus Gosiewski, grand-trésorier et planipotentiaire du grand duché de Lituanie et du royaume de Pologne Franz de Lisola, conseiller et émissaire de roi de Hongrie et de Bohême Ottho Liber, baron de Schwerin, plénipotentiaire de l’électeur Laurentius Christophorus Somnitz, plénipotentiaire de l’électeur.
La version finale du traité fut ratifiée le par Frédéric-Guillaume et Jean-Casimir à BrombergCf. Parmi les signataires de Bromberg, il y avait aussi et . Édition annotée, IEG Mayence.. L’Électeur de Brandebourg et le roi de Pologne assistèrent tous deux à la cérémonie avec leurs femmes respectives, Louise-Henriette d'Orange et Marie-Louise de Gonzague ; le mayeur de Dantzig était également présent..
Les traités de Wehlau et de Bromberg furent confirmés par les partiesCf. et reconnus internationalement par la paix d'Oliva, qui mit fin à la grande guerre du Nord en 1660, et par les sejm polonais de 1659 et de 1661.
Les clauses du traité Le traité ratifié à Bromberg comportait trois parties. La première contenait 21 articles et concernait essentiellement le statut de la Prusse et son régime successoral, l'alliance et l’assistance militaire entre Brandebourg et Pologne : elle était pour l'essentiel déjà réglée à Wehlau et signée par les plénipotentiaires des deux puissance et le médiateur Habsbourg. La seconde contenait une « clause particulière » (Specialis Conventio) en 6 articles, également rédigée et signée par les plénipotentiaires et le médiateur de Wehlau ; elle précisait les détails de l'alliance et de l'appui militaire. La troisième partie amendait l'accord de Wehlau sur certaines concessions de la PologneD'après l'édition annotée du traité, IEG Mainz, consultée le 2010-02-22.
Le statut de la Prusse Le duché de Prusse, où Frédéric-Guillaume Ier exerçait pleine souveraineté en vertu du traité de Labiau, fut reconnu par la république des Deux Nations comme possession souveraine de la maison de HohenzollernJähnig (2006) , p. 68.
vignette|Venceslas Leszno, archevêque de Varmie.
Selon le traité de Bromberg, la souveraineté héréditaire n'était accordée aux Hohenzollern que sur le duché de Prusse, la Varmie devant être restituée à la Pologne. En cas d’extinction de la dynastie brandebourgeoise des Hohenzollern en ligne mâle, il était convenu que le duché de Prusse devrait revenir à la Couronne polonaise. Pour cette raison, les chambres souveraines de Prusse étaient tenues de prêter allégeance conditionnelle (hommagium eventuale, Eventualhuldigung) au représentant du roi de Pologne à chaque succession, ce qui, cela dit, les dispensait des liens de vassalité antérieurs.
L’Église catholique de l'ancien duché de Prusse demeurait subordonnée à l'archevêque de VarmieCf. Kamińska , p. 10, conservait ses possessions et ses revenus ; ses fidèles voyaient leur liberté de culte garantieD'après .
Assistance militaire Le margrave de Brandebourg-Prusse s'engageait à aider militairement la Pologne contre l’Empire suédois pour la durée du conflitD'après . Frédéric-Guillaume Ier avait déjà convenu à Wehlau d'envoyer hommes à Jean II Casimir Vasa., et les états convinrent d'une « alliance éternelle.. » À Bromberg, Frédéric-Guillaume précisa donc qu'il leverait en Prusse fantassins et 500 cavaliers..
Clauses financières et territoriales vignette|Concessions territoriales du Traité de Wehlau-Bromberg, comparées à la situation d'avant-guerre (1654) et aux traités de Königsberg (janvier 1656) et Labiau (novembre 1656).
En retour, la couronne de Pologne accordait la circonscription poméranienne de Lauenburg-et-Bütow comme fief héréditaire au souverain de Brandebourg-Prusse. Ce fief bénéficiait des mêmes conditions que celles accordées précédemment à la maison de Poméranie : il serait exempt d'impôts, mais la maison de Hohenzollern serait contrainte d'envoyer des émissaires au couronnements des rois de Pologne afin de faire à chaque fois confirmer leur suzeraineté sur leur fief. Au cas où les Hohenzollern se trouveraient privés de descendance mâle, ce fief reviendrait à la couronne de Pologne.
Outre Lauenburg-et-Bütow, le Brandebourg-Prusse recevait en hypothèque la ville d’ElbingFrost (2004) , p. 104. Dans un amendement, le Brandebourg-Prusse devait restituer la ville à la Pologne moyennant versement d'une indemnité de L'historien Robert Frost estime l'indemnité pour la cession d'Elbing à (in Frost 2004, p. 104), mais dans Frost (2000), p. 200, on lit ; selon et selon Wilson (1998) , p. 135, c'est . Kamińska , p. 12 donne . L'édition commentée du traité de l’Institut für Europäische Geschichte de Mayence indique lui aussi au second amendement, en amendement de l'article XII du traité de Wehlau : au lieu de fournir 500 cavaliers, le Brandebourg-Prusse devait restituer Elbing et raser ses fortifications à réception du paiement ; les sources à l'appui de cela sont : AGADWarschau MK KK Volume 202, p. 40, print: Dogiel IV, p. 497; Pufendorf, p. 389; Dumont VI/2, p. 196; Dolezel, p. 208.
Troisième concession de la Pologne : le versement de au Brandebourg-Prusse pour les dommages de guerre consécutifs au renversement d'alliance. En gage de paiement sous trois ans, la Pologne remettait le district de Draheim au Brandebourg : ce district comprenait alors la ville de Tempelburg et 18 villages aux marches de la Poméranie brandebourgeoiseMotsch , p. 18. Cette indemnité devait être payée par annuités de .
La liberté de culte était garantie aux catholiques de Draheim. Les Hohenzollern reconnaissaient aussi la liberté de culte aux catholiques de Lauenburg-et-BütowSchmidt , pp. 103-104. Les congrégations catholiques restaient subordonnées et représentées par l’évêque de Coujavie et conservaient le bénéfice de leurs revenus, mais les électeurs de Brandebourg et la noblesse locale administraient les paroissesSchmidt , p. 104.