La résidence universitaire de Nanterre est l’un des plus grands ensembles de logements étudiants en France, située à Nanterre, commune du département des Hauts-de-Seine. Des solutions technologiques ont permis de bâtir, en huit mois seulement, 1400 chambres répartis en quatre ensembles de deux bâtiments chacun. La résidence universitaire de Nanterre jouera un rôle important, peu après, au début des événements de Mai 68Annales de l'Université de Paris - Volume 36 - page 597.

Histoire Étude et construction L’étude de la construction d’une résidence universitaire à Nanterre est envisagée au tout début des années 1960, à la demande du ministère de l’Éducation, car le nombre d’étudiants s’inscrivant en lettres à l'Université de Paris est el qu'il sera à terme complètement impossible accueillir tout le monde pour l'année 1964- 1965"Nanterre université : rigueur et préfabrication en réponse à l’urgence et au retard de l’administration" par Géraud KERHUEL, École nationale supérieure d’architecture de Versailles .

Le ministère de l'Éducation nationale s'intéressait depuis la fin des années 1950 à un terrain militaire de jusque-là occupé par l’Établissement central de matériel aéronautique et libéré, et seulement en partie, le avec du retard, alors que les premiers bâtiments devaient être terminés seulement huit mois plus tard :. Finalement, le dossier avance un peu et Jacques Chauliat, fils d'Eugène Chauliat, un architecte en chef des monuments historiques, est choisi comme architecte le . Avec son frère Jean-Paul, ils travaillé ailleurs sur des projets de logements industrialisés.

Le , les maquettes sont présentées à Christian Fouchet, ministre de l’Éducation nationale, ainsi qu'à Georges Pompidou, Premier ministre. Pour pallier le retard, les bâtiments sont implantés suivant la libération des tranches de terrain par l'armée. En attendant, des préfabriqués font office de site intermédiaire pour les bâtiments d'enseignement, ce qui permet la mise en service en de la moitié de la faculté de lettres. Pour la Résidence universitaire de Nanterre aussi, "l'impératif principal est la rapidité de construction", notent les architectes"De l’université de Paris aux universités d’Île-de-France" par Loïc Vadelorge - 2018 . Escaliers, murs et corniches sont préfabriqués. Le mur rideau est réalisé en menuiserie coulissante d'aluminium et allèges de tôles, qui sera refaite après un appel d'offres en 1989-1990, à la suite d'une grève des loyers de huit mois des résidents, gagné par l'équipe Naizot-Rinaldi. Un "raidisseur" qui sert également à fixer le mur-rideau aux murs avait entre-temps mal vieilli. La mairie communiste de Nanterre donne entre-temps le un avis défavorable à une demande formulée une semaine avant seulement, le réseau des égouts de la ville étant jugé insuffisant compte tenu du nombre élevé d’étudiants attendu, soit près de 1500. La demande de permis de construire de la résidence universitaire se heurte aux mêmes objections. Les travaux ont alors déjà commencé depuis trois semaines, dans l'urgence.

Le concours entre procédés de construction La résidence étudiante devait être livrée pour la rentrée universitaire 1965-1966. L’importance des constructions obligea les architectes à organiser un concours entre différents procédés de construction, remporté par la Cimt-Quillery. Au cours de l'hiver 1964-1965, les plans d’architecte prévoient un système de coulage du béton par banches et plateaux chauffants, technique utilisée pour gagner du temps en accélérant le temps de séchage, et des panneaux de mur-rideau conçus par Jean Prouvé.

Ces solutions techniques peu orthodoxes ont permis de bâtir, en huit mois seulement, 1450 chambres réparties en quatre ensembles de deux bâtiments chacun. Les premiers étudiants arrivent le , un mois après la rentrée universitaire, dans le premier bâtiment terminé, mais la date de fin de construction étant imprévisible, la cité ne se remplit que progressivement. La stratégie d'industrialisation de la construction, qui a rempli son rôle de rapidité et d'efficacité sera ensuite reproduite.

À la même époque voit le jour la Résidence universitaire de Toulouse-Rangueil, bâtie sur les mêmes principes, avec chambresHistoire des résidences universitaires toulousaines (1920-1974)" par Gérard Périé , parmi lesquelles pour les étudiants et 800 pour les étudiantes. Les architectes désignés pour finaliser le projet, René Egger et Ernest Chabanne y ont conçu un schéma en trois tripodes, des ensembles de trois bâtiments de 200 chambres rayonnant à partir d'un appartement de concierge, situé au centre et chargé de veiller aux entrées et sorties, en particulier celles des garçons.

Ouverture du campus sans la résidence Le la faculté de lettres et de sciences humaines est ouvertePrésentation de l'Université de Nanterre , et devient l'un des plus gros centres d'enseignement parisiens destinés à désengorger la Sorbonne. La faculté de droit n'ouvre qu'en 1966 et elle sera, elle, rattachée à celle du Panthéon. Un immense couloir relie cinq bâtiments de la « barres des sciences sociales » (A à E) et dessert les amphithéâtres. Le C, au centre, avec sa caféteria, est stratégique. En 1972, l’arrivée du RER, une année après l'achèvement de la préfecture des Hauts-de-Seine, a permis à de nombreux résidents de se déplacer vers leur lieu d'études plus rapidement car tous ne sont pas étudiants à Nanterre.

En 1962-63, jusqu'à cinq projets de restaurants universitaires sont planifiés mais il n'ouvre qu'en 1967, dans un bâtiment connexe à celui de la bibliothèque universitaire. Durant ses premières années il est symbole de l’ouverture sur l’extérieur, car les jeunes des cités et bidonvilles viennent s’y restaurer. Un petit déjeuner y est tout d'abord servi le matin pour un public clairsemé, celui des étudiants hébergés à la Résidence universitaire de Nanterre, qui souvent le prennent plutôt dans leur chambre.

La résidence ouvre le , et ses chambres donnent sur le bidonville du Pont de Rouen et sur l’école du Petit Nanterre, qui accueille les enfants des bidonvilles. C'est la deuxième de la région en nombre de lits après celle d'Antony, dans la plus ancienne et la plus importante résidence universitaire de France. L’Association des résidents (ARCUN), fondée et présidée par Dominique Tabah, compte 800 inscrits pour dès 1967. L'écrivain Robert Merle, professeur d'anglais au campus, en fait l'épicentre de son roman "Derrière la vitre"publié en 1970 aux éditions Gallimard.

La rentrée de 1966 À la rentrée 1966, seule une partie des bâtiments de la résidence de Nanterre sont terminés"L’explosion de mai 1968 – Nanterre et la Cité universitaire" par Pierre Riché, dans C’était un autre millénaire (2008). En 1966 aussi, interrogé au Parlement sur le sujet, le gouvernement répond que les chambres actuellement inoccupées à la cité universitaire de Nanterre constituent une situation essentiellement provisoire qui résulte de la date à laquelle la construction de ces chambres a été terminée et assure que ces chambres seront à la disposition des étudiants dès le début de la prochaine année universitaire.

La mairie de Nanterre donne le un avis défavorable à une demande formulée une semaine avant seulement, le réseau des égouts de la ville étant jugé insuffisant compte tenu du nombre d’étudiants attendu. La demande de permis de construire de la résidence universitaire se heurte aux mêmes objections. Les travaux ont alors déjà commencé depuis trois semaines, dans l'urgence.

La résidence étudiante devait être livrée pour la rentrée universitaire 1965-1966. L’importance des constructions obligea les architectes à organiser un concours entre différents procédés de construction, remporté par la Cimt-Quillery. Les plans d’architecte (-) prévoient un système de coulage du béton par banches et plateaux chauffants pour accélérer le temps de séchage, et des panneaux de mur-rideau conçus par Jean Prouvé, puis des Plans d’exécution du lot gros œuvre (Quillery, janv.-).

Ces solutions ont permis de bâtir, en huit mois seulement, 1400 chambres répartis en quatre ensembles de bâtiments. Les premiers étudiants arrivent le , un mois après la rentrée universitaire, dans le premier bâtiment terminé, et la cité ne se remplit que progressivement. La stratégie d'industrialisation de la construction a cependant montré une première réussite et sera ensuite reproduite.

Les revendications des premiers résidents Les luttes pour les conditions de vie en résidence universitaire La Résidence universitaire d’Antony est réputée pour avoir été le premier des « points chauds » de la lutte estudiantine qui s'est étendue quelques années plus tard au sein du campus de Nanterre.

Certains ont ainsi vu dans le soutien apporté par les étudiants de la résidence universitaire quelques années plus tôt aux mineurs en grève les prémices des mouvements revendicatifs unitaires (étudiants-travailleurs) de mai 68.

Après trois années de lutte, la mixité est finalement obtenue dans chaque bâtiment de la Résidence universitaire d’Antony en 1967.

À Nanterre, un tract de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) de estime que le règlement d'origine, « ne pas pouvoir recevoir son père ou son frère dans sa chambre mais dans un foyer totalement impersonnel », est fortement critiqué. « Nous interdire de voir les garçons dans nos chambres, c’était parfaitement ridicule », selon Florence Prudhomme, qui étudiait la philosophie à Nanterre et future militante du MLF. Le slogan est alors populaire, en parlant de divers problèmes, , et soutenu par l'UNEF, selon Alain Lenfant, secrétaire de l’Union nationale des étudiants français (UNEF) à la fac de Nanterre entre mars et "La mixité à la cité U, premier combat de Mai 68" par Eric Nunès et Soazig Le Nevé dans Le Monde Campus du 21 mars 2018 .

Les événements de 1970 et 1972 En 1970, le processus de la hausse des loyers reprend ; de nouveau, une grève massive des résidents est entreprise. En 1972, le loyer d'une chambre individuelle s'élève à . Pour protester contre la hausse subite (sur décision ministérielle de Jean-Pierre Soisson) de 25 % de leurs loyers, les étudiants occupent les locaux administratifs et sont évacués par la police en . La FRUF (Fédération des résidences universitaires de France, dont le siège social est à Antony) lance une grève des loyers. Plus de 30 résidences universitaires (soit ) la suivront et payeront à la FRUF leur loyer à l'ancien tarif.

Le désinvestissement de l'État entre 1977 et 1988 Entre 1977 et 1987 se fait sentir peu à peu un décalage entre l'offre et la demande de logements universitaires, dont le nombre de bénéficiaires stagne sur le territoire français et dépasse à peine alors que le nombre d'étudiants a augmenté de près de 20 %, pour atteindre un million, soit un ratio d'un dixième, inférieur de plus de moitié aux objectifs du 7e plan (1976-1980)" Malaise dans les cités universitaires" par Gérard Courtois, dans Le Monde du 25 février 1988 .

Dès 1982, le rapport confié à Jean-Marie Domenach avait souligné que . Les subventions aux résidences universitaires ont doublé entre 1980 et 1986, une croissance un peu plus rapide que l'inflation élevée de l'époque, puis baissé près de 18% au cours des deux années suivanteS, ce qui fait que la subvention de l'État ne représente plus en moyenne qu'un peu plus d'un quart des coûts de fonctionnement dans les résidences universitaires gérées par les CROUS en 1988, au nombre d'environ 200

La grève des loyers du premier semestre 1988