Les événements de mai-, ou plus brièvement Mai 68, désignent une période durant laquelle se déroulent, en France, y compris en Haute-Garonne, un long et massif mouvement social.

Avec les événements de 1968 en Normandie et ceux de la région lyonnaise, les grèves et manifestations à Nancy et Metz, les événements de Mai 68 à Toulouse ont joué un rôle important, selon les historiens, dans l'avènement de Mai 68. Dès la fin avril se créé un Mouvement du 25 avril porté par un journal éponyme, qui centralise une partie de l'agitation et de la contestation, avec une grande manifestation du à la tête de laquelle s'investit le maire de Toulouse Louis Bazerque, confronté à des tensions dans sa majorité de centre-gauche à la succession d'Eugène Montel à la présidence du conseil général de Haute-Garonne en 1966.

Toulouse est l’un des principaux foyers contestataires du pays, portée par un climat local traditionnellement propice"Formes de l’engagement des étudiants toulousains face au monde de l’art durant le printemps 1968" par Coralie Machabert dans la revue 'Siècles .

Comme à Nantes la rencontre des étudiants, des ouvriers et même des paysans " Nantes hisse le drapeau rouge", par Sarah GUILBAUD dans Libéation du 15 février 2008 a fait des événements de mai- dans la ville rose un laboratoire social. L'historiographie de Mai 68 a en effet rappelé à partir des années 1990 que la révolte étudiante avait eu lieu sur l'ensemble du territoire, en particulier dans les résidences universitaires de nombreuses villes de province, pour constituer le plus important mouvement social de l'histoire de France du .

Des prémices ont eu lieu dès janvier- à la Résidence universitaire de Toulouse-Rangueil. Le mouvement ouvrier toulousain fut plus lent au démarrage que dans d'autres villes de France mais ensuite très étendu avec en particulier un conflit long chez Sud-Aviation, où l’usine est occupée par les ouvriers. Le contexte

La croissance étudiante dans la ville Au milieu des années soixante, Toulouse bénéficie d’un essor démographique, avec près de 371 000 habitants en 1967, couplé à une expansion économique tirée par l’industrie aéronautique. A la rentrée 1967 plus de 30 000 étudiants sont recensés dont un tiers à la seule faculté de lettres. Droit et sciences humaines sont au cœur de la cité, rue Albert Lautmann, même si un déménagement est prévu depuis 1965 vers la ZUP du Mirail.

La chaudière hypokâgne La classe d'hypokhâgne du Lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse compte beaucoup d'oppositionnels au sein de l'Union des étudiants communistes (UEC) dont Antoine Artous et Daniel Bensaïd, deux délégués oppositionnels au congrès UEC de 1966, qui cofondent la Jeunesse communiste révolutionnaire peu après, soutenus par leur aîné Gérard de Verbizier"Gérard de Verbizier, militant trotskiste et cinéaste" dans Le Monde du 28 juillet 2004 qui faisait de fréquents voyages à Toulouse.

, dans des lieux emblématiques de cette fermentation, comme l’Aget 15 rue des Lois, ou le Florida. Daniel Bensaid y est respecté pour son engagement dans la philo et les luttes anticolonialistes comme les Comités Vietnam et une fois déménagé à Saint-Cloud et Nanterre, il reste en contact permanent avec Toulouse"Hommage à Daniel Bensaïd, soixante-huitard toulousain disparu" par GILBERT LAVAL, dans Libération-Toulouse, le 12 JANVIER 201.

Côté universitaires, le livre de Pierre Bourdieu et André Passeron Les Héritiers (sociologie)Les Héritiers (sociologie) par Pierre Bourdieu et André Passeron 1964 avait été lu par les « intellectuels » du mouvement étudiant, en particulier à la faculté de droit et sciences économiques et par ceux qui venaient de Jeunesse Étudiante Chrétienne, dans une université où la nostalgie de l’Algérie française était également , suscitant des antagonismes, tandis que les enseignants manifestent une volonté d’échanges avec leurs étudiants et Les Cahiers de Framespa, Entretiens avec Alain Alcouffe et Rémy Pech animés et présentés par Étienne Bordes, 2019 .

La coopération JCR-PSU au sein de l'UNEF A Toulouse, les étudiants se réclamant Parti socialiste unifié bénéficient du prestige lié au parcours de l'ancien maire. Raymond Badiou, ancien élève à l'École normale supérieure et grand résistant, qui fut maire SFIO de Toulouse de 1944 à 1958 et député de la Haute-Garonne jusqu'en 1951 avait démissionné en 1958 de la SFIO en raison des positions de ce parti sur la guerre d'Algérie. Redevenu professeur de mathématiques supérieures au lycée de Toulouse, il avait contribué parallèlement à la création du Parti socialiste autonome, puis du PSU.

À la rentrée de 1967, la tendance « gauche syndicale », animée par des étudiants de la corpo de lettres au sein de laquelle cohabitaient difficilement différentes tendances de l'Union des Étudiants Communistes, à la tête de l’AGET-UNEF depuis 1964, fut dans l’impossibilité de maintenir son contrôle. Alain Alcouffe, des Etudiants Socialistes Unifiés est ainsi élu à la présidence locale du syndicat UNEF, avec sa femme christine et Antoine Artous, leader local de la JCR, au bureau. Il forme une coalition hétéroclite avec des étudiants de la corpo de droit et des étudiants issus de l’UEC de stricte obédience pour gérer l’AGET-UNEF, qui devient .

Sur la place St-Sernin, en face de la Basilique, CGT et CNT cohabitent dans la Bourse du Travail et se partagent les salles de réunion. Les réunions animées par une douzaine de filles et fils d'anarchistes espagnols avant 68,passent pendant les événements de Mai 68 à 200 personnes. La Dépêche du Midi témoigne d'intérêt et sympathie, sous la plume de François Queffelec notamment, le compte rendu des événements.

Les prémices en janvier et février 68

Le mouvement s'est généralisé en février"D'un mouvement étudiant l'autre : la Sorbonne à la veille du 3 mai 1968" par Geneviève Dreyfus-Armand Matériaux pour l'histoire de notre temps 1988 . Les étudiants ont manifesté le , jour de la Saint-Valentin, sur la quasi-totalité des campus, où les garçons ont symboliquement envahi les pavillons des filles.

Les heurts entre étudiants le 25 avril À la faculté de droit, l'association corporative est contrôlée par la droite et l’Unef, qui l'assimile à "l'extrême droite" prétend ne pas avoir le droit de mettre un pied dans les amphithéâtres. Pierre Montané de La Roque, qui s'est déclaré ouvertement et violemment contre la constitution de 1958 et le général de Gaulle y enseigne. La Faculté de Droit jouxtait alors, en plein centre-ville, la Faculté des Lettres, appelée "faculté Albert Lautman", du nom du grand mathématicien exécuté par les nazis.

Après l'attaque quasiment mortelle dont est victime le 12 avril à Berlin Rudi Dutschke, leader de l'Union socialiste allemande des étudiants (SDS), une manifestation est appelée à Toulouse le par la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), les Etudiants Socialistes Unifiés et les comités Vietnam (CVN), dans le sillage des manifestations parisiennes des 11 et du , en bénéficiant de l'implantation naissante de la JCR à Toulouse, une trentaine de militants"Mai 1968 à Toulouse : le Mouvement du 25 avril" par Christine Fauré, dans la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps en 1988 .

Le rassemblement du , réussi avec cent à deux cents étudiants, se termine dans l'amphithéâtre Marsans, en présence d'un étudiant de l'Union socialiste allemande des étudiants (SDS) et il est décidé de se retrouver le surlendemain dans le Grand amphithéâtre, le doyen Jacques Godechot l'acceptant. Le lendemain, des affichettes et des tracts mettent en exergue l’occupation de l'amphi comme un acte politique. Ils présentent l'autorisation pour le surlendemain comme une grande victoire obtenue sur l'administration universitaire et sur la Fédération des étudiants nationalistes, association pro-Algérie française fondée au plus forte de la guerre en 1960, influente dans une ville qui a accueilli beaucoup de rapatriés, auto-dissoute en 1967, après la scission d'Occident en 1965, et perdure localement sous le nom de "Fédération des étudiants toulousains". La FET vint se plaindre de ces affiches au doyen de la faculté de droit, Gabriel MartyNécrologie de 1973 et menace d'empêcher la réunion par la force"1968 à la Faculté des Lettres de Toulouse" par Jacques Godechot Annales du Midi 1978 .

Le jeudi matin, vers 9 heures, Gabriel Marty téléphone à son homologue de la faculté de lettres, Jacques Godechot, pour lui demander d'annuler l'assemblée, en raison du risque de bagarres sanglantes et annonce qu'il doit s'absenter de Toulouse l'après-midi.

Jacques Godechot répond que l'interdiction est le meilleur moyen de provoquer la bagarre, mais le recteur lui donne l'ordre de le faire. A midi, il affiche l’interdiction de la réunion. Le grand amphithéâtre est gardé par les étudiants en droit, mais le petit "Marsans" est libre, avec 400 étudiants pour 200 places. Parmi eux, l'étudiant allemand, qui n'est pas francophone, mais aussi Daniel Bensaid, militant JCR germanophone venu de Nanterre et en route pour l'AudeBlog de Daniel Bensaïd, avril 2004 , un normalien qui grandit dans le bar de ses parents dans le quartier Saint-Agne de Toulouse "Daniel Bensaïd, le Toulousain", La Dépêche du 14 janvier 2010.

À 17h30, le Doyen Godechot intervient pour faire cesser l’assemblée. Les étudiants refusent de bouger et se barricadent dans l’amphi. Les étudiants en droit entrent dans la cour de faculté de lettres vers 17H30 et lancent des pierres, des fumigènes et des pétards contre les vitres haut placées de l'amphithéâtre, où la réunion se déplace vers le bas de l'amphi pour éviter les vitres casséesLe Recteur appelle le Ministre de l’Education Alain Peyrefitte qui lui dit de faire intervenir la police, qui enfonce la porte, détruit les barricades de tables et fait sortir, sans violence, les étudiants de Lettres, sous deux haies de policiers. Des bagarres démarrent ensuite dans les rues proches, entre 18 heures 15 et 19 heures, sans arrestation, ni interpellation, mais avec quatre blessés légers. La réaction importante de la presse à cet affrontement aura des répercussions à la Sorbonne et à Nanterre.

La réaction de la presse et du ministre le 26 avril Le lendemain , tous les quotidiens, tant régionaux que nationaux, rapportent les « événements » de Toulouse et le ministre de l'Education nationale convoque Jacques Godechot d'urgence, selon la presse de droite, tandis qu'un tract des étudiants de la FET dénonce le terrorisme des étudiants de gauche sous le titre: « Toulouse ne sera pas Nanterre » Université populaire de Toulouse "Chronologie de mai et juin 1968 . Le lendemain, samedi , le comité des doyens des Lettres se réunit avec Jacques Godechot, arrivé en avion, et le doyen Durry, de la Sorbonne, lui dit : "Je crois que dans une situation analogue, il ne faut pas hésiter à faire appel à la police".

Les manifestations étudiantes du début mai Dans les jours suivants, les débats continuent au Lycée Pierre-de-Fermat et chez les étudiants de Rangueil ou des Beaux-arts, qui se joignent au mouvement. L'action s'étend vers les plus jeunes via le journal L’Apprenti Enchainé diffusé sur les Collèges d‟Enseignement Technique de la ville. Des jeunes du Lycée Pierre-de-Fermat ont distribué des tracts rendant compte de la réunion, le proviseur a exclu d'un d'eux, accusé d'avoir tracé des inscriptions sur un mur, d'où la première manifestation du Mouvement, le : 1500 personnes réunies dans le grand amphithéâtre votent une grève illimitée pour trois revendications: libération des étudiants emprisonnés, fin des agressions policières dans l’université, liberté d’expression des lycéens. Une manifestation de plus de 3 000 personnes converge au Lycée Pierre-de-Fermat. La police charge, Alain Alcouffe est frappé et perd trois dents.