La fontaine des comtes d'Egmont et de Hornes (en néerlandais : Fontein van de graven van Egmont en Hoorn), située dans le square du Petit Sablon à Bruxelles, est un monument à la mémoireon commémore un évènement, pas des personnes des comtes d'Lamoral d'Egmont et de Philippe d'Hornes, décapités le au début du soulèvement des Pays-Bas contre le roi d'Espagne Philippe II.
Contexte historique Officiers et dignitaires loyaux à Charles QuintCharles Quint règne sur les Pays-Bas en tant que descendant de Charles le Téméraire, mais devient aussi roi d'Aragon et roi de Castille en tant que descendant des Rois catholiques, et est élu empereur en 1519 en tant que chef de la maison de Habsbourg, descendant de Maximilien d'Autriche. En 1555, il abdique la souveraineté sur les Pays-Bas au profit de son fils aîné Philippe, à qui il transmet les couronnes espagnoles en 1556. Philippe reste aux Pays-Bas jusqu'à la fin de la guerre contre la France, puis repart pour l'Espagne. Sa politique néerlandaise, menée sur place par Granvelle (lutter contre les privilèges des Pays-Bas, marginaliser la noblesse néerlandaise, réprimer à outrance le protestantisme), suscite des tensions de plus en plus forte au cours des années 1560-1565., puis à son fils Philippe II, Egmont et Hornes font à partir de 1560 partie de l'opposition nobiliaire au sein du Conseil d'État, aux côtés de Guillaume d'Orange.
Lorsque, en 1566, après le début de la révolte des Gueux, se produit la crise iconoclaste, les trois hommes, qui sont catholiques, n'approuvent pas les calvinistes radicaux, mais continuent de prôner la tolérance envers le culte calviniste.
En 1567, Philippe II envoie le duc d'Albe avec pour rétablir l'ordre aux Pays-Bas. Guillaume d'Orange quitte le pays avant son arrivée, comme de nombreux autres opposants prudents, tandis qu'Egmont et Hornes restent. Albe arrive à Bruxelles le .
Le , invités par lui à venir discuter de la situation, les deux amis sont arrêtés, puis déférés pour haute trahison devant le Conseil des troubles, tribunal d'exception que le duc vient de créer. Ils sont condamnés à mort après plusieurs mois d'incarcération et exécutés le .
Symbolique L’intérêt renouvelé pour Egmont date de 1804, quand des travaux font découvrir son caveau familiale à l'église de Zottegem et ce n'est personne d'autre que Guillaume, le prince-héritier hollandais, qui, le , lance la souscription pour un monument d'Egmont à Zottegem. La famille de Lamoral d'Egmont, qui est si populaire dans le sud, doit son nom à la localité Egmond aan den Hoef dans la Hollande-Septentrionale. Pour les Hollandais c'est donc un personnage qui symbolise le lien entre nord et sud. Ironie du sort, la réalisation de ce monument d'unité nationale est interrompu par la révolution belge, et le même Egmont va servir à une tout autre cause. La statue de Zottegem, conçu par Jean-Robert Calloigne en 1820, va finalement voir le jour en 1872. En 1997 - encore une réinterprétation d'histoire plus loin - une copie de la statue est placé à Egmond, la Hollandaise.
Au , les nations européennes se forgent une identité nationale, en rassemblant une histoire nationalec.f. pour la Belgique : . Le soulèvement du contre un souverain jugé trop autocratique et contre une puissance d’occupation honnie par le peuple devrait s'intégrer merveilleusement dans l'histoire nationale d'une Belgique, qui, en 1830-31, s'était libérée d'un souverain jugé trop autocratique et révoltée contre une puissance d’occupation honnie par le peuple. Seul problème, assez rare en Europe, l'histoire de cette ancienne révolte est partagée avec l'oppresseur d'hier. Pour les Pays-Bas, c'est leur acte fondateur.
Les comtes Lamoral d’Egmont et Philippe de Hornes sont, jusqu'au milieu du , des héros idéals pour la Belgique : ils ont essayé d’amadouer le pouvoir espagnol, en relayant les revendications du peuple des Pays-Bas à Madrid, mais sont décapités sur ordre de Philippe II, ce qui fait d'eux des martyrs d’un régime de terreur dans la mémoire ultérieure. Contrairement aux autres opposants qui leur ont survécu, ils n'ont jamais renoncé à la foi catholique, ce qui fait d’eux des « figures tutélaires idéales pour la jeune nation belge », catholique, qui vient de se libérer du joug hollando-protestant.
Historique Érection de la fontaine vignette|gauche|La fontaine sur la Grand-Place, vers 1873.
La première initiative de consacrer un monument au comte Egmont date de 1845, quand le sculpteur Joseph Jaquet prend l'initiative de proposer une statue équestre pour la Grand-Place. Mais son initiative n'est pas couronnée de succès, ni celle de l'Académie de 1848. Recalée pour raisons budgétaires à ce moment, l'idée fait surface à nouveau quelques années plus tard.
La section des beaux-arts du conseil communal reproche alors, en 1859, à la ville de trop honorer des étrangers (Belliard en 1838 et Charles de Lorraine en 1847) et propose de placer Egmont sur le toit de la maison des Brasseurs sur la Grand-Place. Finalement, c'est le conseiller Kaieman qui convainc conseil, collège et ministère de le placer plutôt sur la place même, à l'endroit où il a été décapité plus tôt. Dans la foulée, on propose de le faire accompagner par Hornes, décapité deux heures après son collègue au même endroit. Il s'ensuit une discussion sur la question de savoir si Egmont et Hornes valaient vraiment un monument, clôturée par un vote favorable au conseil communal, le , entériné par le gouvernement en novembre.
Charles Rogier, ministre de l'intérieur, choisit le sculpteur Charles-Auguste Fraikin pour le projet, et la fonte va à la Compagnie des Bronzes. Les figures hautes de quatre mètres se dressent sur un piédestal néogothique de trois mètres de haut trônant au-dessus d'une vasque avec fontaine. Le tout est placé à l'endroit où se dressait jadis l'échafaud, devant la Maison du Roi, et inauguré dans un froid glacial, le . Le bourgmestre Jules Anspach souligne alors dans son discours que le but du monument est « d'entretenir et de développer dans les masses l'attachement à la patrie, l'horreur des persécutions religieuses, la haine du joug de l'étranger ».
Le piédestal, financé par la ville, porte une inscription provisoire en français et en néerlandais, ce qui était une initiative du sculpteur. Lors des discussions sur une inscription dorée et définitive, le conseil communal décide ne la vouloir que dans une langue, le latin. Des députés flamands s'insurgent à la Chambre, le ministre souhaite garder français et néerlandais, le bourgmestre se prononce contre le néerlandais. Finalement, c'est l'inscription provisoire qui est dorée, sans même que soit corrigée une faute grammaticale qu'on avait découverte dans la version française.
En 1859, la mise en question du statut de héros nationaux d'Egmont et Hornes avait encore été minoritaire. Mais les arguments d’alors continuent leur vie. De plus en plus de libéraux voient en eux de piètres exemples de lâches, à qui il faudrait préférer de « vrais » héros, qui ont pris les armes contre l'Espagne, comme Philippe de Marnix et Guillaume d'Orange.
Démontage et remontage vignette|redresse|La fontaine au Petit Sablon, vers 1890.
Quand, en 1877, débutent les travaux pour la démolition-reconstruction de la Maison du Roi, statue et fontaine disparaissent et le sculpteur s'en plaint dans la presse. Lors du conseil communal du , le bourgmestre Anspach, interrogé sur le sujet, répond que l'ensemble se trouve dans un entrepôt en attendant une décision sur son nouvel emplacement. Le , le Journal des beaux-arts et de la littérature rapporte l'indignation du sculpteur, mais est aussi déjà au courant du projet de placer l'ensemble au Petit Sablon, au milieu d'un square. En effet, un an auparavant déjà, Auguste Beernaert, ministre des Travaux publics avait déclaré à l'architecte Henri Beyaert vouloir déplacer le monument à l'extrémité de la place du Petit Sablon et lui avait demandé un plan pour l'aménagement de la place. Une idée qui avait déjà été sur la table en 1859, lors des discussions sur la Grand-Place. Beyaert s'exécute et développpe des plans. Le , le conseil communal décide, unanime, de le placer au Petit Sablon.
L'ensemble est donc installé en face du palais d'Egmont, au centre d'un jardin à sculptures. Les travaux commencent en 1879, dix personnes illustres reçoivent des statues en marbre et quarante-huit statuettes en bronze, censées représenter les métiers, ornent la grille. Le nouveau square du Petit Sablon est inauguré le avec un cortège inspiré du . Le bourgmestre Charles Buls inaugure ce Panthéon du : souhaitant , il appelle à continuer la , qui avait déjà coûté si cher au pays.
Les dix statues en marbre qui entourent Egmont et Hornes depuis représentent, selon Charles Buls, ; y figurent Philippe de Marnix et Guillaume d'Orange : l'identité présumée entre belge et catholique ne plaisait plus aux libéraux.
Description Double statue en bronze sur piédestal octogonal en pierre bleue, de style néogothique. Elle est encadrée d’escaliers à rampe en fer forgé et surplombe un double bassin demi-circulaire en pierre bleue, équipé de deux lansquenets et d’une vasque en bronze. Une frise est décoré de feuilles de choux, le socle comporte les armoiries polychromées des comtes et une table dorée gravée d’inscriptions.
Inscriptions vignette|La plaque.
Sur la plaque, on peut lire la double inscription suivante :
(à gauche, en français) Aux Comtes d'Egmont et de Hornes Condamnes par Sentence inique du Duc d'Albe et Décapites à Bruxelles
(à droite, en néerlandais) Aan de Graven van Egmont en Hoorn Onrechtvaardig Veroordeeld door de Hertog van Alva en Onthoofd te Brussel de 5 Juni 1568.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Liste de statues à Bruxelles Sablon (Bruxelles) Place du Petit Sablon Egmont (Goethe) Egmont (Beethoven) Guerre de Quatre-Vingts Ans
Bibliographie
Liens externes Page sur le site du Musée de l'eau et de la fontaine (possibilité de bien lire la plaque sur une des photos présentes sur cette page)
Comtes d'Egmont et de Hornes Catégorie:Sculpture des années 1860 Catégorie:Sculpture en plein air en Belgique Catégorie:Bruxelles-ville