Albert Michel-Lévy (1877-1955) est un géologue et minéralogiste français, pionnier de la minéralogie expérimentale. Professeur à la Sorbonne, membre de l'Institut, il a été président de la société géologique de France et, par deux fois, de la Société française de minéralogie et cristallographie.

Biographie Albert Michel-Lévy est né à Autun le Wyart, J., 1956 – Albert Michel-Lévy. Bull. Soc. franç. Miner. Crist., 79-4-6, 211-218. Gèze, B. et Jérémine, E., 1956 - Albert Michel-Lévy (1877-1955). Bulletin Volcanologique, 18 (1), 179-188. . Son père, Auguste Michel-Lévy, fils du médecin personnel de Napoléon III, est lui-même géologue, ancien élève de l'École polytechnique, inspecteur général des mines, directeur du service de la carte géologique de France, professeur au Collège de France et membre de l'Institut. Sa mère est Henriette Saint-Paul.

Le jeune Albert s'oriente tout d'abord vers l'agronomie ; en 1896 il intègre l'Institut agronomique de Nancy puis, en 1898, l'école des Eaux et Forêts de cette même ville ; en 1900 il est garde général stagiaire des Eaux et Forêts, corps quasiment militaire dans lequel il atteint le grade de sous-lieutenant. À l'instigation de son père, dont il devient en 1901 préparateur au laboratoire de l'École pratique des Hautes Études rattaché au Collège de France, et mène des recherches en vue de soutenir une thèse de doctorat en géologie ; il acquiert à cet effet à la Sorbonne les certificats qui lui permettent d'obtenir une licence ès sciences en 1904. En 1905, il est nommé préparateur au laboratoire de géologie du Collège de France dont son propre père, Auguste Michel-Lévy, vient de prendre la direction à la suite de Ferdinand Fouqué.

Albert soutient sa thèse en 1908 (Les terrains primaires du Morvan et de la Loire) ; le de cette même année, il épouse Marguerite Kiefe dont il aura 5 enfants de 1909 à 1922. En 1913, Émile Haug l'appelle à occuper un emploi de maître de conférences (aujourd'hui professeur de deuxième classe) de pétrographie à la Sorbonne, poste probablement créé à son attention.

Dès 1914, il est mobilisé comme capitaine dans les chasseurs à pied, arme d’élite redoutée par les Allemands (Die Schwarze Teufels ou « les Diables noirs »). Il revient du front en 1915 avec le grade de chef de bataillon, deux blessures sérieuses, la Légion d'honneur conférée sur le champ de bataille, la Croix de guerre et plusieurs décorations étrangères dont la prestigieuse DSO britannique. Affecté au ravitaillement des armées, il négocie en Angleterre des livraisons de céréales importées des Etats-Unis, en compagnie de Jean Monnet et d'Ernest Vilgrain.

En 1922, naît sa fille Mireille Christophe Michel-Lévy, qui prendra sa suite au laboratoire de géologie de la Sorbonne.

Il poursuit sa carrière universitaire à la Sorbonne et devient professeur titulaire à titre personnel en 1936 alors que Charles Jacob a succédé à Émile Haug en 1928 comme titulaire de la chaire de géologie. Il travaille aussi à temps partiel aux Grands Moulins de Paris, propriété de la famille Vilgrain, dont il est resté proche.

En 1939, à 62 ans, il n'est plus mobilisable mais, correspondant à la définition des Juifs donnée par l'État français en 1940, il préfère se mettre à l'abri des nazis en zone libre avec sa famille ; il est dessaisi de son enseignement à la Sorbonne et remplacé par Jacques de Lapparent, lui-même expulsé en tant que Français de sa chaire strasbourgeoise.

Son fils unique, Roger, garde général des eaux et forêts, prisonnier dans un Oflag, est relâché pour reprendre ses fonctions auprès de l'administration forestière à Besançon. Prenant part à la Résistance, celui-ci est capturé par la Gestapo et meurt sous la torture en .

Comme ancien combattant et titulaire de la Légion d'honneur à titre militaire, Albert Michel-Lévy échappe finalement aux rigueurs des lois du puis du sur le statut des Juifs de France, en vertu de l'article 3, alinéas a et c. Il est affecté à l'université de Toulouse en 1942 comme professeur titulaire à titre personnel, mais cesse son activité d'enseignement à l'occupation de la zone sud.

En 1945, il retrouve son poste à la Sorbonne et, la même année, il est élu à l’Académie des sciences. Il prend sa retraite en 1946 pour raisons de santé ; il est brièvement remplacé par Jacques de Lapparent, puis par Jean Jung en 1948. Il meurt à Paris le .

Travaux scientifiques Géologie et Pétrographie Les massifs anciens de l'orogenèse varisque Dès 1901, Albert Michel-Lévy s’attelle à ce qui fera l'objet de ses préoccupations scientifiques pendant de longues années : l'étude des massifs anciens et des relations structurales et génétiques entre granites et roches métamorphiques. Il est d'abord focalisé sur le Morvan et le Mâconnais Michel-Lévy, A., 1908 - Les terrains primaires du Morvan et de la Loire. Bull. Carte Géol. Fr., 17, 120, 193-487.. Il effectue un travail en géologue complet, examinant notamment en détail les relations entre les diverses unités géologiques, cartographiant soigneusement les contours des formations et prélevant un nombre considérable d'échantillons. Ceux-ci sont méticuleusement étudiés au laboratoire, en lames minces grâce au microscope polarisant dont il deviendra rapidement un expert de premier plan ; et par voie chimique, de nombreuses analyses étant réalisées par Félix Pisani qui tient boutique de minéralogie et laboratoire de chimie rue de Fürstenberg. Découvrant ou redécouvrant plusieurs gîtes fossilifères importants, de Goniatites et de ClyméniesMichel-Lévy, A., 1905 - Sur l'existence des couches à Clyménies dans le Plateau central (Morvan). Comptes Rendus Acad. Sci., 141, 692-693. mais aussi de Trilobites et de Brachiopodes, il contribue à la datation des formations paléozoïques. Du même coup, il démontre la mise en place relativement récente des importants massifs de granitoïdes qui constituent l'ossature de la région ; considérés avant lui comme précambriens (> 500 millions d'années), ils appartiennent clairement à l'orogenèse varisque (hercynienne écrivait-il à cette époque). Il fonde son opinion sur les recristallisations métamorphiques qui affectent les terrains encaissants d'âge Paléozoïque supérieur et sur la présence, dans les formations détritiques, de galets de roches éruptives qui témoignent de l'antériorité de leur mise en place par rapport aux phases d'érosion Michel-Lévy, A., 1908 - Métamorphisme et tectonique des terrains paléozoïques du Morvan et de la Loire. Comptes Rendus Acad. Sci., 146, 549-551. Michel-Lévy, A., 1913 - Les effets du métamorphisme granitique dans les tufs éruptifs carbonifères des environs de Mâcon. Comptes Rendus Acad. Sci., 157, 1448-1450.. De 1904 à 1907, il est l'un des principaux artisans des levers de la feuille géologique d'Autun à 1/80000. Plus tard, il signera les levers de la feuille de Charolles. Il s'intéresse aussi aux Vosges qu'il aborde après la guerre. Il donne ainsi une description détaillée des effets du métamorphisme de contact du granite de Granrupt sur les formations sédimentaires et volcaniques encaissantesMichel-Lévy, A. et Termier, H., 1923 - Sur les roches dénommées Trapps, dans la région de Raon-l'Etape (Vosges). Comptes rendus Acad. Sci., 177, 334-335., confirmant et précisant les travaux plus anciens publiés en Alsace par Harry Rosenbusch Rosenbusch, H., 1877 – Die Steigerschiefer und ihre contactzone an den granititen von Barr-Andlau und Hohwald. Schultz ed., Strasbourg.. Plus tard, il se décidera même à pousser jusqu'au cœur de cette Alsace pour laquelle il a tant combattu, en allant étudier les terrains varisques de la Vallée de la Thur à l'ouest de Colmar Michel-Lévy, A., 1935 – Quelques observations pétrographiques et tectoniques dans la haute vallée de la Thur, Vosges. Comptes Rendus somm. Soc. géol. Fr., 232..

Parcourant le Morvan en long et en large il croise à de nombreuses reprises des roches effusives et filoniennes qu'il étudie tout aussi soigneusement que les granitoïdes sur le plan minéralogique et textural comme sur le plan chimique (il faut rappeler que son premier travail sur des basaltes des Tuamotou et de Pitcairn Michel-Lévy, A., 1905 - Examen pétrographique de quelques roches volcaniques des îles Tuamotou et de l'île Pitcairn. Comptes rendus Acad. Sci., 141, 895-897. lui a donné le goût des roches volcaniques). Mais les roches du socle varisque sont assez difficiles à caractériser, affectées à des degrés divers par des déformations et recristallisations métamorphiques complexes qui obscurcissent leur texture, leur composition minéralogique primaire et même leur composition chimique. Par surcroit, Albert Michel-Lévy utilise une nomenclature qui, de nos jours, nécessite l'utilisation constante d'un dictionnaire Larouzière, F.-D. de, 2001 – Dictionnaire des roches d'origine magmatique et des météorites : variations étymologiques, minéralogiques, texturales & génétiques. Ed. BRGM. ; celui-ci n'est d'ailleurs pas toujours suffisant ; il est en effet difficile de se faire une idée claire de ce que sont des « porphyres pétrosiliceux » appartenant au groupe des alaskoses ou bien des lamprophyres qui sont en réalité des « andazes ». Notons aussi que, à la suite de son père, il utilise de façon systématique, le terme de granulite pour désigner des granites et des microgranites à muscovite et il faudra des dizaines d'années pour extirper cette acception du vocabulaire pétrographique français, popularisée par les légendes des cartes géologiques, et lui donner sa signification internationale de roche métamorphique de haut degré. D'une façon plus générale, ses interprétations sont fondées sur le dogme du géosynclinal Haug, E., 1900 – Les géosynclinaux et les aires continentales : contribution à l’étude des transgressions et des régressions marines. Au siège de la Société géologique de France., écarté aujourd'hui par la notion de dynamique des plaques lithosphériquesLe Pichon, X., 1968 – Sea-floor spreading and continental drift. Journal of Geophysical Research, 73 (12) 3661-3697, ce qui rend souvent obscures les idées qu'il développe sur l'évolution de la chaîne. En revanche, son approche cartographique marque un net progrès dans l'étude géologique des socles anciens ; ses levers relativement précis préfigurent ceux de ses successeurs qui, eux, auront l'avantage de disposer d'une vision mobiliste pour asseoir leurs hypothèses orogéniques.

Le massif volcanique permien de l'Esterel thumb|center|Vue du cap Roux à Anthéor. Les rhyolites amarante.

vignette|gauche| Rhyolite fluidale (Pyroméride), Le pont du Duc (Esterel). La fluidalité, affectée par des plis d’écoulement, conduit par altération à un débit en plaquettes.

vignette|gauche|Sphérolites feldspathiques dans une rhyolite fluidale de l'Esterel.