Lola est un film franco-italien écrit et réalisé par Jacques Demy, sorti en 1961. Lola est le premier film d'une trilogie, poursuivie en 1964 avec Les Parapluies de Cherbourg et conclue en 1969 avec Model Shop. Elle est également mentionnée dans Les Demoiselles de Rochefort.
Synopsis Lola est le nom de scène de Cécile, danseuse et chanteuse travaillant comme entraîneuse à L'Eldorado, un cabaret de Nantes, et bien connue des marins de passage.
Elle a une récente liaison avec Frankie, un marin américain, en escale dans le port de Nantes. Frankie lui rappelle son grand amour, Michel, avec qui elle a eu un petit garçon prénommé Yvon, aujourd'hui âgé de . Michel l'a quittée pour faire fortune dans le Pacifique, juste après qu'elle lui eut annoncé être enceinte.
Le jour même où celui-ci revient dans l’anonymat d’abord — malgré sa belle voiture américaine — Lola tombe nez à nez dans le passage Pommeraye avec Roland Cassard, un ami d'enfance qui ne l’avait d'ailleurs pas reconnue. Errant sans but dans l’existence, entre petits boulots et périodes de bohème existentielle, Roland est un habitué d’un petit hôtel-café du port où, par ailleurs, la mère du fameux Michel exerce ses talents d’aquarelliste : elle aussi est sans nouvelles de son fils. Plus tôt dans la journée, Roland, amateur de littérature, a fait la connaissance dans une librairie de Madame Desnoyers qui élève seule (elle aussi) sa fille adolescente appelée Cécile (elle aussi). Séduite par Roland, elle l’invite à dîner chez elle, au 10 rue du Calvaire. Mais entre-temps, Roland tombe à nouveau amoureux de Lola. Il se laisse pourtant entraîner dans une affaire de trafic de diamants qui doit l’emmener le lendemain à Johannesburg, en Afrique du Sud.
Prêt à tout quitter pour Lola, jaloux de Frankie, Roland est éconduit par Lola qui s’engage à quitter Nantes pour danser dans une revue à Marseille : Bien que la police ait démantelé le réseau de trafiquants, Roland se décide pourtant à partir puisque plus rien ne le retient, ignorant les avances de la mère de Cécile.
Au même moment, la jeune Cécile découvre les prémices de l’amour au côté de Frankie qui embarque le lendemain avec son équipage pour le port de Cherbourg. Elle décide aussitôt de fuguer pour Cherbourg : sa mère révèle alors à Roland que le père de Cécile n’est autre que son beau-frère coiffeur qui les avait recueillies durant la guerre. Elle appréhende grandement les retrouvailles. Michel, après avoir rendu visite à sa mère, vient enfin chercher Lola et fait la connaissance de son enfant, apprenant que c'est un garçon. Tous les protagonistes quittent donc Nantes à la recherche d’une nouvelle vie.
Fiche technique
Distribution
vignette|Anouk Aimée interprète Lola. Elle retrouve son personnage en 1969 dans Model Shop. vignette|Personnage de Lola, représenté sur Le Mur tombé du ciel.
Production du film Genèse et développement Dans une interview présente parmi les bonus du DVD du filmCinéastes de notre temps, La Nouvelle Vague par elle-même, interview réalisée par Robert Valey le ., Jacques Demy cite les souvenirs de ses fréquentations des cinémas alors enfant, ainsi qu'une amie à Nantes comme point de départ du scénario. Une première version du scénario a été présentée à Georges de Beauregard pour 250 millions de francs, mais ce dernier n'a accepté de prêter « que » 45 millions de francs. De ce fait, Jacques Demy a dû retravailler la première version du scénario.
À l'origine, le film s'intitulait Un billet pour Johannesburg. Il devait être une comédie musicale tournée en CinemaScope et en couleurs mais Demy ne trouve pas de producteur qui lui fasse confiance, hormis Georges de Beauregard qui accepte de faire le film au moindre coût. Demy abandonne l'idée de comédie musicale et accepte de travailler en noir et blanc..
Musique La bande originale est composée par Michel Legrand. Elle comporte une chanson originale, Lola, écrite par Agnès Varda. et interprétée par Jacqueline Danno en postsynchronisation..
La bande originale contient en outre des extraits de la chanson Moi j’étais pour elle (Pierre Delanoë, interprété par Marguerite Monnot), de la symphonie nº 7 de Beethoven, du Clavier bien tempéré de Bach, du concerto pour flûte en ré majeur de Mozart, de l’Invitation à la valse de Weber, et les premières mesures du thème La Maison Tellier (extrait du Plaisir de Max Ophüls, à qui est dédié le film)..
Lieux de tournage Le tournage s'est déroulé à La Baule-Escoublac et à Nantes, du au . On peut y voir la rue du Calvaire, le quartier de Roche-Maurice, le quai de la Fosse (emplacement du café au numéro 86, et scène finale du départ de Cassard), la place et le théâtre Graslin, la brasserie La Cigale, la place de la Petite-Hollande, le passage Pommeraye et l'escalier (aujourd'hui disparu) de la rue de l'Abreuvoir..
Restauration Le négatif original du film a brûlé. En 2012, Agnès et Rosalie Varda par l'intermédiaire de leur société de production Ciné-Tamaris sortent une copie neuve et numérisée de Lola à partir d'un internégatif retrouvé au British Film Institute en 1999.
Autour du film Lola est le premier long métrage de Jacques Demy. On retrouve ses personnages dans les films ultérieurs du réalisateur. Roland Cassard apparaît dans Les Parapluies de Cherbourg (1964). Il évoque son amour déçu en chanson (). Dans Les Demoiselles de Rochefort (1967), le personnage de Desnoyers est évoqué au cours d'une conversation. Enfin on retrouve Lola dans Model Shop (1968). On retrouve aussi la ville de Nantes dans Une chambre en ville (1982). Le film est dédié au cinéaste français d'origine allemande Max Ophüls. Dans le film, le personnage de Roland va voir au cinéma le film Retour au paradis qui se passe dans l'île de Matareva ; on apprend à la fin du film que c'est dans cette île que le personnage de Michel était parti pendant 7 ans. Dans le film, le personnage de Roland évoque un ami qui a mal tourné et s'est fait tuer (). Il s'agit du personnage de Michel Poiccard incarné par Jean-Paul Belmondo, dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard, film sorti au moment du tournage de Lola en 1960. Dans le film, la jeune Cécile montre une photo de sa mère du temps où elle était danseuse : il s'agit d'Agnès, le personnage joué par Élina Labourdette dans Les Dames du bois de Boulogne de Robert Bresson. Bernadette Lafont affirma avoir été contactée pour jouer dans ce film dans le cadre d'un contrat qui en inclurait deux autres (dont un signé Jean-Luc Godard) et auquel elle dut renoncer parce qu'elle était enceinte de son deuxième enfant, Jean-David, fruit de son union avec le sculpteur-réalisateur Diourka MedveczkyBernadette Lafont, Le Roman de ma Vie, Flammarion, 1997..
Influence du film Lola est le film préféré du réalisateur Christophe Honoré :
Nanni Moretti fait référence à Lola dans son propre film Vers un avenir radieux (2023). Le personnage dit le revoir tous les ans en vidéo et c'est devenu un rite familial. Ils sont tous installés devant la télévision dans laquelle passe Lola.
En 2009 dans le film Celle que j'aime, Gérard Darmon et Anton Balekdjian vont voir le film au cinéma, et l'on entend La chanson de Lola.
Accueil critique En 2012, lors de la reprise en salles de Lola, le critique Olivier Père considère le film comme l'un des plus beaux films français :
Dans Le Monde, Noémie Luciani y voit un chef-d'œuvre..
Distinctions 1961 : Grand Prix de l'Académie du Cinéma 1963 : nomination au prix du meilleur film étranger et meilleure actrice étrangère pour Anouk Aimée, lors des BAFTA Awards. 2001 : Prix spécial, lors des New York Film Critics Circle Awards.
Notes et références
Annexes Bibliographie Georges Sadoul, Les Lettres françaises, , Editions L'Humanité, Paris, , Claude Mauriac, Le Figaro littéraire, Editions Le Figaro, Paris, Jean Domarchi, Arts, , Paris, Jean de Baroncelli, Le Monde, Société éditrice du Monde, Paris, , Madeleine Garrigou-Lagrange, « Lola », Téléciné, 96, Paris, Fédération des Loisirs et Culture Cinématographique (FLECC), ,
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