Le gouvernement Attlee est le gouvernement du Royaume-Uni du au "Clement Attlee 1945", Archives nationales. Dirigé par le Premier ministre Clement Attlee, c'est le premier gouvernement majoritaire que parvient à constituer le Parti travailliste, après deux gouvernements minoritaires éphémères en 1924 et de 1929 à 1931. C'est donc la première fois que les travaillistes, qui sont alors un parti explicitement socialiste et ouvrier, disposent d'une majorité absolue à la Chambre des communes et peuvent mettre en oeuvre leur programme "Attlee’s Britain 1945-1951", Archives nationales.
Le gouvernement Attlee révolutionne le pays, créant l'État-providence (the welfare state) et notamment le très populaire Service national de Santé (National Health Service, NHS). Il redresse l'économie fragile du pays dans l'après-guerre. Il nationalise les principales industries du Royaume-Uni, et entame la décolonisation de l'Empire britannique en accordant l'indépendance à l'Inde, au Pakistan, au Sri Lanka et à la Birmanie, et posant ainsi les fondements d'un Commonwealth des nations élargi et multi-ethnique. Et il établit la politique étrangère du Royaume-Uni et son alliance pérenne avec les États-Unis d'Amérique dans le contexte de la guerre froide naissante, envoyant notamment les troupes britanniques participer à la guerre de Corée<ref name="Brown"> "1945-51: Labour and the creation of the welfare state", The Guardian, 14 mars 2001</ref> "Clement Attlee: enigmatic, out of time – and formidable", gouvernement du Royaume-Uni, 11 mars 2014 Andrew Thorpe, A History of the British Labour Party, Macmillan International Higher Education, 1997, pp.114-115.
Son gouvernement rassemble des personnalités majeures. Herbert Morrison (lord président du Conseil) et Ernest Bevin (secrétaire d'État aux Affaires étrangères) sont de fortes personnalités, bien connues du grand public. Avec Hugh Dalton et Sir Stafford Cripps, le second succédant au premier comme chancelier de l'Échiquier en 1947, et avec Clement Attlee lui-même, ils sont les « cinq grands » (big five) du gouvernement. Si Ernest Bevin, syndicaliste et farouche anticommuniste, contribue grandement à définir la politique étrangère de son pays, Sir Stafford Cripps est connu pour avoir redressé l'économie britannique par une politique d'austérité budgétaire peu populaire à l'époque. Enfin, Aneurin Bevan, le ministre de la Santé, est passé à la postérité avec une grande popularité pour avoir mis en oeuvre la création du Service national de Santé "Aneurin Bevan (1897 - 1960)", BBC History. vignette|gauche|200px|Les statues de Clement Attlee et de Margaret Thatcher dans l'enceinte du palais de Westminster. Bien que de nature discrète et manquant de charisme personnel, Clement Attlee est considéré par les historiens et par les citoyens britanniques comme l'un des plus grands Premiers ministres du . Dans un sondage mené auprès de spécialistes universitaires de l'histoire politique la période par l'institut Ipsos et l'université de Leeds en 2004, Clement Attlee apparaît comme le meilleur Premier ministre de ce siècle, devant Winston Churchill, David Lloyd George et Margaret Thatcher "Rating British Prime Ministers", Ipsos, 29 novembre 2004. Lors d'une étude similaire en 2016, il est considéré comme le meilleur Premier ministre depuis 1945, ayant accompli le plus et ayant été le plus efficace, Margaret Thatcher étant classée deuxième "David Cameron rated third worst Prime Minister since end of World War Two", The Independent, 12 octobre 2016. Un sondage en-ligne organisé par la British Broadcasting Corporation en 2008 et auquel répondent personnes le classe deuxième meilleur Premier ministre depuis 1945, derrière Winston Churchill et devant Margaret Thatcher "Churchill tops PM choice", British Broadcasting Corporation, octobre 2008. Il est l'un des sept Premiers ministres honorés par une statue dans le hall devant l'enceinte de la Chambre des communes, dans le palais de Westminster - avec Benjamin Disraeli, Arthur Balfour, Herbert Asquith, David Lloyd George, Winston Churchill et Margaret Thatcher. William Pitt le Jeune et William Gladstone ont, eux, leurs statues dans d'autres locaux du palais "Statues in the Palace", Parlement du Royaume-Uni "Citizen Clem review – the unparalleled achievement of Labour under Attlee", The Guardian, septembre 2016.
Contexte en 1945 Les travaillistes durant les années 1930 Le précédent gouvernement travailliste, mené par Ramsay MacDonald de 1929 à 1931, avait été un échec cuisant. Les ministres avaient été incapables de s'accorder sur les solutions à tenter face à la Grande Dépression qui avait éclaté peu après la formation de ce gouvernement. En réponse aux désaccords dans son parti, Ramsay MacDonald avait accepté la proposition faite par le roi George V en 1931 de prendre la direction d'un gouvernement de coalition avec les conservateurs et les libéraux. Exclu du Parti travailliste pour cette décision, MacDonald avait mené sa coalition à une victoire écrasante aux élections anticipées de 1931, tandis que le Parti travailliste perdait plus des de ses sièges. Le « Gouvernement national » de Ramsay MacDonald est largement dominé par le Parti conservateur de Stanley Baldwin, et mène une politique de rigueur budgétaire durant la Dépression. Les maigres aides publiques aux chômeurs sont réduites en 1931, et le protectionnisme adopté en 1932 aggrave la crise économique. Cette politique ne permet pas de résoudre le fort taux de chômage -qui atteint 25 % de la population active en 1933- ni la pauvreté et la misère accrues qui en résultent, mais au contraire l'aggrave. Dans certaines villes ouvrières du nord de l'Angleterre, le taux de chômage avoisine les 100 %, provoquant des « marches de la faim » pour réclamer des aides que le gouvernement ne fournit pas "The Depression of the 1930s", BBC History.
Clement Attlee est élu à la direction du Parti travailliste fin octobre 1935, tout juste trois semaines avant les élections législatives de cette année. Les travaillistes y gagnent une centaine de sièges supplémentaires par rapport au désastre électoral de 1931, mais demeurent l'opposition parlementaire au Gouvernement national dont le conservateur Stanley Baldwin est désormais le Premier ministre. Succédant au pacifiste George Lansbury comme chef du Parti travailliste et chef de l'opposition officielle à la Chambre des communes, Clement Attlee, appuyé par Ernest Bevin, parvient à convaincre son parti d'appeler au réarmement du Royaume-Uni face à la menace des puissances fascistes en Europe continentale. Il explique : « Nous sommes opposés à l'usage de la force pour des motifs impérialistes et capitalistes », mais favorables à l'usage de la force pour défendre la démocratie et le droit international. En mars 1936, il critique Stanley Baldwin et le secrétaire d'État aux Affaires étrangères Anthony Eden pour avoir accepté la remilitarisation de la Rhénanie par l'Allemagne nazie. En octobre, il dénonce ce qu'il appelle la « politique d'apaisement » du gouvernement, condamnant leur refus d'intervenir contre l'invasion italienne de l'Éthiopie ou de soutenir les républicains antifascistes durant la guerre d'Espagne. Il accuse le gouvernement conservateur de n'avoir « aucune politique étrangère si ce n'est la politique de céder » encore et toujours face aux agresseurs fascistes "Appeasement: 1935-1939", Spartacus Educational.
Cette position le rapproche du conservateur Winston Churchill qui, comme lui, condamne la politique d'apaisement et appelle le Royaume-Uni à mieux se préparer à une guerre inévitable contre l'Allemagne. En 1938, Attlee condamne la passivité du gouvernement de Neville Chamberlain face à l'Anschluss (l'invasion de l'Autriche par l'Allemagne), puis les accords de Munich qui laissent la Tchécoslovaquie à la merci des Allemands. Le Royaume-Uni déclare finalement la guerre à l'Allemagne en septembre 1939.
Les travaillistes durant la Seconde Guerre mondiale vignette|droite|200px|"All behind you, Winston". Dessin de David Low en mai 1940 montrant (avec approbation) les travaillistes s'unissant derrière Winston Churchill. À la gauche de Churchill sont dessinés (de gauche à droite) Clement Attlee, Ernest Bevin et Herbert Morrison. En mai 1940, Neville Chamberlain propose un gouvernement d'unité nationale. Le Parti travailliste accepte, mais à condition que Neville Chamberlain, discrédité à leurs yeux, n'en soit pas le dirigeant. Winston Churchill devient alors Premier ministre. Son gouvernement rassemble conservateurs, travaillistes et libéraux, et les pouvoirs y sont concentrés entre les mains d'un cabinet de guerre resserré de cinq membres : Winston Churchill est Premier ministre et ministre de la Défense ; Neville Chamberlain est brièvement lord président du Conseil jusqu'en septembre, puis John Anderson (indépendant) le remplace ; Clement Attlee est lord du Sceau privé puis, à partir de 1942, vice-Premier ministre ; Arthur Greenwood (travailliste) est ministre sans portefeuille ; et Edward Wood, vicomte Halifax (conservateur) conserve son poste aux Affaires étrangères. À partir du 3 octobre, le travailliste Ernest Bevin est intégré au cabinet resserré en qualité de ministre du Travail et du Service national, puis en février 1942 le travailliste Sir Stafford Cripps y est intégré en étant nommé lord du Sceau privé "Winston Churchill 1940 - Coalition government", Archives nationales.
Le Premier ministre se consacre principalement à la conduite de la guerre, et délègue les affaires intérieures du pays à Clement Attlee. Ce dernier est un vice-Premier ministre « extrêmement puissant et efficace », particulièrement apte à mener les discussions en comité vers une résolution pratique. Avec Ernest Bevin, il fait usage du pouvoir de l'État pour mobiliser les ressources du pays et organiser la production économique en temps de guerre tout en améliorant les conditions de travail des ouvriers et en renforçant le rôle des syndicats. Le service national leur permet de mobiliser des hommes issus de toutes classes sociales pour travailler dans les usines et les mines.
Les élections de 1945
En décembre 1942, l'économiste Sir William Beveridge publie un rapport avec ses recommandations pour la société d'après-guerre. Il recommande un rôle social fondamental pour l'État afin d'éliminer la pauvreté, la maladie et l'ignorance. Il préconise la création d'un système de sécurité sociale universelle, un service national de santé accessible à tous, et une politique de maintien du plein emploi atteint durant la guerre. Le Parti travailliste se prononce en faveur de la mise en oeuvre des recommandations de ce rapport. Le 8 mai 1945, la guerre en Europe s'achève, mais la guerre contre le Japon se poursuit. Le 23 mai, les travaillistes se retirent de la coalition d'unité nationale, afin de se préparer pour les élections à venir. Menés par Clement Attlee, le Parti travailliste fait campagne en promettant la construction de nombreux logements dignes pour les pauvres, la nationalisation de secteurs clef de l'économie, et l'application des propositions du rapport Beveridge. Les travaillistes mettent l'accent sur la pauvreté et le chômage que les conservateurs n'avaient pas su résoudre durant les années 1930, et promettent un avenir meilleur pour tous au sortir des longues années de guerre. Winston Churchill, bien que très populaire, n'a de son côté que très peu à proposer aux Britanniques en temps de paix, et concentre sa campagne sur un message anti-socialiste. Les élections le 5 juillet produisent un raz-de-marée en faveur des travaillistes ; ils recueillent 47,8 % des voix et 393 sièges (sur 640), contre 36,2 % des voix et 197 sièges pour les conservateurs. Pour la première fois de leur histoire, les travaillistes ont une majorité absolue des sièges à la Chambre des communes, et les Britanniques ont élu un gouvernement socialiste "Why Churchill Lost in 1945", BBC History "1945 General Election", Spartacus Educational.