Le FV4034 Challenger 2 est un char de combat britannique construit par Vickers Defence Systems (maintenant BAE Systems) et qui est en service depuis 1998 dans les armées du Royaume-Uni et d'Oman. Conçu pour remplacer le Chieftain, le Challenger 2 reprend une version modifiée du châssis du Challenger 1, alors en service, mais équipé d'une nouvelle tourelle. Cent-vingt-sept chars furent initialement commandés en mais, à la suite de la restructuration des régiments blindés de la British Army, il fut décidé d'en commander deux-cent cinquante-neuf autres en pour remplacer également le Challenger 1. Le premier exemplaire sorti d'usine le , le mois suivant, le ministère de la Défense refusa la réception du premier lot de Challenger 2, celui-ci ne répondant pas aux standards de qualité et de fiabilité exigés. Ceci repoussa la date d'entrée en service du Challenger 2 à 1998. En 1998, le prix unitaire du Challenger 2 était de 2,2 millions de livres sterling..
Historique Genèse et mise en service En , General Sir Richard Vincent, alors maître général de l'équipement, demande à Vickers Defence Systems de développer un char devant remplacer les neuf cent quatre-vingt-six chars Chieftain alors en service. Vickers propose de monter la tourelle Universal Turret du char Vickers Mk. 7 sur un châssis rénové de Challenger 1. La présentation officielle de ce concept au ministère de la Défense a lieu le à la tour Millbank.
En , les chars Challenger obtinrent la dernière place à la compétition de tirs de chars Canadian Army Trophy organisée par l'OTAN. Par rapport au Leopard 2A4 allemand et au M1A1 américain, le temps nécessaire à la détection et à l'engagement d'une cible fixe ou mobile, afin d'y porter un coup au but, par un Challenger 1 est beaucoup trop long. Cela est dû à sa conduite de tir automatisée et son armement vieillissant.
En , General Dynamics Land Systems propose le M1 Block 2 (futur M1A2) tandis que Krauss-Maffei propose une version améliorée de son Leopard 2A4 (futur Leopard 2A5). Ces deux chars ont l'avantage de posséder un canon de lisse tirant des munitions au standard OTAN. La décision SR(L) 4026 de remplacer les six cent chars Chieftain est émise officiellement le , en conséquence des mauvais résultats du Challenger 1 au Canadian Army Trophy. Vickers Defence Systems soumet sa proposition de nouveau char, sous la forme d'un contrat à prix fixe, au ministère de la défense le . Cette proposition sera amendée deux fois au cours de l'année.
L'appel d'offre SR(L) 4026 spécifiait que seul des versions améliorées du M1A1 et du Leopard 2A4 ou une validation rigoureuse du concept proposé par Vickers Defence Systems répondaient aux exigences du cahier des charges. Cependant, un certain nombre de militaires de l'échelon supérieur de la British Army souhaitait un achat immédiat de M1A1, le Leopard 2 n'étant pas retenu en raison de la position du viseur du tireur, représentant, selon eux, un point faible au niveau du blindage avant droit de la tourelle.
Étant donné que le processus de sélection du futur char britannique avait des ramifications politiques non négligeables, la question du choix du char a été renvoyée au cabinet. Margaret Thatcher, alors première ministre, rejeta la proposition d'acheter un char américain et demanda au ministère de la Défense de réfléchir encore à la question.
Vickers Defence Systems entama en fin 1987 le développement et la construction de tourelles expérimentales sur ses fonds propres pour un montant de 5,6 millions de livres sterling. La construction de la première tourelle fut achevée en .
Le , George Younger, alors secrétaire d'État à la Défense, annonce à la chambre des communes qu'un contrat de 90 millions de livres sterling allait être attribué à Vickers Defence Systems afin que ce dernier ait l'opportunité de finaliser son concept afin de pouvoir répondre, par conséquent, à l'appel d'offre SR(L) 4026. Le contrat est signé le et Vickers Defence Systems entame la construction de neuf prototypes de Challenger 2 et de deux tourelles supplémentaires pour tester l'armement et le blindage de la tourelle. Dans ce contrat, Vickers Defence Systems s'engage dans une phase de démonstration devant durer vingt et un mois et comprenant trois jalons à atteindre. Le contrat inclut aussi onze questions relatives aux performances et au potentiel de l'engin auxquelles Vickers Defence Systems devra s'y soumettre. Le contrat stipule aussi que Vickers Defence Systems devra reprendre le programme de revalorisation CHARM (CHallenger ARMament) de Royal Ordnance qui comprend le prototype de canon XL30E4 de et ses obus-flèches en uranium appauvri L26 CHARM 1 et L27 CHARM 3.
En , General Dynamics Land Systems et Krauss-Maffei furent informés que leurs offres allaient être évaluées plus en détail. Le Leclerc, proposé par Giat Industries n'est pas retenu, le Royal Armoured Corps n'étant pas convaincu par la viabilité d'un char à tourelle biplace. Une délégation du RARDE (Royal Armament Research and Development Establishment) effectue une visite à l'établissement technique d'Angers (ETAS) le et conclut que le niveau de protection balistique du char Leclerc (alors encore en phase de développement) face aux obus-flèches était inférieur aux exigencesLe blindage frontal devait avoir une résistance équivalente à une épaisseur de d'acier face à ce type de projectile. décrites dans le cahier des charges de l'appel d'offre SR(L) 4026. La fabrication des neuf prototypes à l'usine de Barnbow Works à Leeds est achevée le . L'évaluation comparative entre les troisLe Leclerc n'ayant pas été retenu pour les raisons évoquées précédemment. soumissionnaires qui devait avoir lieu durant le quatrième trimestre de l'année 1990 fut reporté à l'été 1991 en raison de la Guerre du Golfe.
L'évaluation comparative met en évidence la survivabilité du Challenger 2 en cas de perforation de son blindage par rapport au Leopard 2 tandis que ce dernier affiche un coût de maintien en condition opérationnelle inférieur, ce qui satisfaisait le Trésor de Sa Majesté. L'agence exécutive responsable des marchés publics de la défense (Defence Procurement Agency) renvoya, encore une fois, la question du choix du futur char de la British Army au cabinet. L'interopérabilité d'un nouveau char avec un canon lisse de calibre au standard OTAN était remis en cause étant donné que le futur char allait devoir évoluer aux côtés du char ChallengerLe char Challenger (ou Challenger 1) était armé d'un canon L11A5 à âme rayée de calibre employant des munitions en deux fardeaux qui ne sont pas au standard OTAN.. La viabilité économique de produire des Leopard 2 sous licence était aussi remise en question ; la production, sous licence, des trois cent quarante-cinq Panzer 87Appellation helvétique des Leopard 2A4 de l'armée suisse. de l'armée suisse avait entraîné une augmentation de 25% du coût unitaire de chaque char et retardé de deux ans leur entrée en service. Le gouvernement conservateur insistait aussi sur la perte de savoir-faire de l'industrie de défense britannique en cas de production sous licence d'un char étranger. Le sous comité du cabinet, composé du premier ministre John Major, le secrétaire de la Défense Tom King, le secrétaire d'État aux Affaires étrangères Douglas Hurd et le Secrétaire d'État aux Affaires et au Commerce Michael Heseltine prirent la décision finale.
Le , Alan Clark annonce, à la chambre des communes, la décision gouvernementale de choisir le char Challenger 2 pour remplacer les chars Chieftain. Le Challenger 2 est alors le premier char britannique à avoir été conçu et produit exclusivement par un seul maître d'œuvre depuis la Seconde Guerre mondiale.
La British Army a passé une première commande de le et une deuxième de en 1994 destinée aux unités du Royal Armoured Corps. En 1993, l'armée d'Oman commande 2 Oman va acheter 18 chars britanniques Challenger 2, Les Échos de l’Économie, du 29 janvier 1993, page 8 et une deuxième commande de est signée en . Le Challenger 2 est entré en service dans l'armée britannique en et le dernier des commandés a été livré en . Les livraisons de Challenger 2 pour l'Oman furent terminées en 2001.
Sur les 407 reçus, 306 étaient en ligne au , 254 au ..
En 2012, 227 sont effectivement en service actif, le reste est entreposé.
vignette|gauche|Un escadron de Challenger 2 du King's Royal Hussars en manœuvre en Pologne en 2014. En 2016, seuls trois régiments blindés du Royal Armoured Corps doté de l'utilisent. La transformation d'un de ces derniers annoncée fin 2016 fera passer le nombre de chars en service à 170, 112 en ligne dans deux régiments, le reste utilisé pour l’entrainement. Les chars encore en service devraient être modernisés pour être utilisés jusqu'en 2035...
En , il est prévu que 148 exemplaires passent au standard Challenger 3..
Quatorze Challenger 2 de la British Army sont livrés à l'armée ukrainienne à partir de .
En 2023, il a été rapporté que l'armée britannique ne disposait que de 157 véhicules de combat Challenger 2 capables d'effectuer des missions de combat, sur un total de 227 unités en service.
Au , 219 sont en ligne. Au , 288 chars sont enregistrés
Engagements vignette|Un Challenger 2 ukrainien en 2024. Après avoir servi dans des missions de maintien de la paix au Kosovo, les blindés britanniques ont connu leur véritable baptême du feu durant la guerre d'Irak où environ 2 ont été engagés dans l'opération liberté irakienne. Ils ont surclassé aisément les équipements de l'armée irakienne qui leur ont été opposés et seuls deux furent mis hors de combat, tous deux par tir ami. En 2003, au sud de Bassorah en Irak, un Challenger 2 s'est embourbé dans un fossé lors d'une embuscade durant la bataille de Bassorah, il aurait encaissé plus de en plus d'un missile antichar Milan avant de retourner à sa base pour être réparé. Il est à nouveau opérationnel six heures après l'embuscade..
Le , 2 du Royal Scots Dragoon Guards ont détruit T-55 et d'autres véhicules qui se portaient à la rencontre d'unités des Royal Marines .
Le , une vidéo ukrainienne montre une carcasse brûlée d'un Challenger 2 de l'armée ukrainienne près du village de Robotyne.
Caractéristiques techniques Le Challenger 2 reprend une version modifiée châssis du Challenger 1 incluant pas moins de cent cinquante-six modifications. Armement vignette|gauche|Tir d'un Challenger 2 lors de manœuvres au Canada en 2014. Le Challenger 2 est armé d'un canon, rayé, L30A1 d'un calibre de . Pour des raisons logistiques, ce dernier peut tirer toute la gamme de munitions de employées par le canon L11 des chars britanniques Chieftain et Challenger 1. Il n'est donc pas compatible avec les munitions de 120×570mm au standard OTAN.
Le tube du L30 a une longueur de 55 calibres (soit ), il est fabriqué, de manière monobloc, par autofrettage et son âme rayée possède un pas de rayure de un tour à droite pour dix-huit pouces. Pour limiter son usure, le tube et la chambre sont munis d'un revêtement en chrome. Afin d'améliorer sa précision, le diamètre des tourillons a été revu à la hausse.
Il reprend le système de munitions, non encartouchées, chargées en deux fardeaux (projectile et charge de poudre) développé pour le L11 mais se démarque de ce dernier par sa pression maximale admissible en chambre supérieure contre , lui permettant d'utiliser des charges de poudres plus énergétiques. Sa durée de vie est de 400 à 500 coups en tirant des obus-flèches. Comme sur un canon d'artillerie, la mise à feu se fait via une étoupille, la culasse renferme un chargeur d'une quinzaine de cartouches.
La dotation en munitions comprend environ 50 obus. Les obus sont disposés dans des râteliers à l'arrière de la tourelle, sur les parois de cette dernière, sur le plancher rotatif ainsi que dans le châssis, sur le plancher derrière le siège du conducteur et contre les parois de la caisse.